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mercredi 21 janvier 2026

Journal d'un prisonnier, Gilles-William Goldnadel

Journald’un prisonnier, Gilles-William GOLDNADEL                 

Cet ouvrage commence par une note d’avertissement : « Ce nouveau journal n’a pas été rédigé par un diariste insouciant, mais par un captif angoissé. Il doit donc être regardé avec distance comme un témoignage imparfait pour exorciser le présent. » À ces mots, je comprends, sans même les valider une toute petite seconde, certains avis négatifs que j’ai pu lire sur Babelio ou Bookreads ! Les auteurs desdits avis n’ont soit pas lu cet avertissement soit n’en ont pas tenu compte. D’où la raison pour laquelle je le précise pour vous lecteurs ou futurs lecteurs de cet ouvrage.

Après avoir lu « Journal de guerre », je ne me voyais pas passer à côté de celui-ci reçu le jour de Noël, comme un cadeau pour l’occasion. Bien heureuse, j’en ai commencé la lecture. Je l’ai un peu laissé de côté ensuite le temps de lire et chroniquer d’autres ouvrages qui m’attendaient depuis quelque temps ou plus longtemps. Cette fois, je suis allée au bout de ces 308 pages réelles si on décompte les pages d’informations d’usage, sources et table des matières. 

Dès les premières pages, je suis plus comblée que surprise, car je ne relève pas de défaut de ponctuations qui règne souvent dans les livres. Et, en l’occurrence, que je suis amenée à corriger lorsque dans mon « travail alimentaire » mes clients (auteurs) font appel à moi. C’est heureux de pouvoir lire sans s’interroger sur le sens des phrases à cause de virgules mal positionnées ou absentes. Pour un lecteur lambda, ça n’a peut-être pas d’importance, mais sous mon regard acéré, c’est une grande qualité d’une part et reposant d’autre part. Par contre, pour certains, cet ouvrage pourrait s’avérer quelque peu malaisé à lire, car le lexical ne sera pas forcément à leur portée si leur vocabulaire courant n’est pas suffisamment développé.

Il ne faut pas pendre le titre au sens littéral, tel un détenu de notre monde. Il pourrait sembler exagéré, car il ne s’agit pas de détention comme on les connait dans nos prisons, mais plutôt dans cette fiction d’une incarcération dans un « Centre du bien » géré par la « Police du bien », il manquerait plus que notre civilisation en arrive là !

On ne peut que ressentir une impression ou une sensation pour l’auteur d’être enserré dans une époque qu’il estime, à juste titre, hostile où la société se fractionne. On y ressent de toute évidence le sentiment d’étouffement de l’auteur qui se sent en décalage avec l’atmosphère, aussi bien médiatique qu’intellectuelle et sociétale du moment. Au fil des pages, le narrateur partage ce qu’il ressent quant à la situation actuelle, ses réactions face à l’actualité, ses colères en passant par ses inquiétudes (légitimes) et ses convictions (profondes) parfois avec beaucoup d’humour qui, lui, peut être cinglant et/ou virulent, voire les deux à la fois.

J’en arrive rapidement au sept octobre, bien que douloureux pour le peuple d’Israël que j’ai soutenu en pensées, cette peine a été contrecarrée par la disparition de mon père une semaine plus tard. Le cœur a-t-il assez de place pour entasser autant de peine à la fois ? J’en doute, mais j’ai accolé les deux. Peut-être que la première a fait passer plus « tranquillement » la seconde. J’en doute aussi parce qu’elle ne s’est pas effacée, pas plus l’une que l’autre. En tout cas, ces deux peines se sont mêlées, c’est indubitable, mais là n’est pas le sujet.

Les différents protagonistes sont hautement ridiculisés et Dieu que ça fait du bien d’en rire. Les mots ne sont pas égrainés au hasard ayant chacun sa source, son origine, sa destination, c’est selon. Mais, une chose est certaine, on ne peut ôter à l’auteur sa droiture et son honnêteté, sa loyauté et sa franchise.

De l’humour aussi corrosif au sarcasme jouissif, l’écrit est lâché comme un vilain poison, mais le sourire est tout de même là, parfois le rire ne se contrôle pas. L’auteur nous gratifie de sa malice légendaire avec de bons mots et autres termes bien choisis. Connaissant le personnage, on en attend pas moins !

Les arroseurs arrosés ! 

Heureusement que la majorité des citoyens ne sont pas à l’image de cette « rance insoumise », même si cette dernière est bien trop présente dans notre quotidien ! On pourrait y voir quelques règlements de compte, ce ne serait pas un affront.

La police du bien...

Celle-ci nous fait rire avec sa liste d’interdits dans son « Guide lexical du Bien » et autres « Mots conceptuels prohibés », que je vous laisserai découvrir.

Le style rédactionnel est volontaire, même direct et provocateur, disons-le, ce qui ressemble bien à Gilles-William Goldnadel. Qu’on apprécie ou pas l’auteur, il ne peut pas lui être reproché d’être insincère dans ses propos tels qu’on les lui connaît déjà.

On notera un ensemble d'invectives contre la société qui pourrait en déranger certains voyant dans ce fait un acharnement contre ladite société qui est la nôtre. Le monde change, il bouge souvent dans un sens lorsqu'on aimerait le voir apaisé. Tous les délires idéologiques que nous traversons sont disséqués apportant des passages instructifs sans se départir d'une ironie acérée qui oscille  entre subtilité et exagération. L’absurde n'est pas toujours là où on le pense.

Cet ouvrage n’est certes pas un roman, mais plutôt un ouvrage qui mêle le récit au témoignage où l’auteur s’ouvre, refusant de garder le silence, préférant miser sur « sa » liberté d’expression avec courage au risque de déplaire à certains.

En toute sincérité, « Journal d’un prisonnier » est à lire indubitablement !


Quelques phrases relevées au cours de ma lecture :

- Je suis un Juif plus mort que vif.

- L’humiliation d’être redevenu un Juif souffrant alors que je me figurais combattant.

- Mon improbable lecteur a éventuellement lu mon « Journal de guerre ». Celui-ci m’a provisoirement ressuscité.

- Je défendais mes deux pays, mes deux peuples. Mécaniquement.

- Tu vas devoir en rabattre avec ta novice virilité.

- vous avez jeté de l’huile idéologique frelatée sur le feu du conflit passionnel.

- Je retire mon jeu de mots facile sur la pieuvre dont je me garde par ailleurs de manger la substance, ne serait-ce que par respect pour son intelligence.

 Marie BARRILLON

 

Informations sur le livre :

Titre : Journal d’un prisonnier

Auteur : Gilles-William GOLDNADEL

Éditions : Fayard

Format broché : ISBN 978-2213726168

Format Kindle : ISBN 9782213728537

Pas de format audio pour cet ouvrage, ce qui est bien dommage.



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