Journald’un prisonnier, Gilles-William GOLDNADEL
Cet ouvrage commence par une note
d’avertissement : « Ce nouveau
journal n’a pas été rédigé par un diariste insouciant, mais par un captif
angoissé. Il doit donc être regardé avec distance comme un témoignage imparfait
pour exorciser le présent. » À ces mots, je comprends, sans même les
valider une toute petite seconde, certains avis négatifs que j’ai pu lire sur
Babelio ou Bookreads ! Les auteurs desdits avis n’ont soit pas lu cet
avertissement soit n’en ont pas tenu compte. D’où la raison pour laquelle je le
précise pour vous lecteurs ou futurs lecteurs de cet ouvrage.
Après avoir lu « Journal de guerre », je ne me voyais pas passer à côté de celui-ci reçu le jour de
Noël, comme un cadeau pour l’occasion. Bien heureuse, j’en ai commencé la
lecture. Je l’ai un peu laissé de côté ensuite le temps de lire et chroniquer
d’autres ouvrages qui m’attendaient depuis quelque temps ou plus longtemps.
Cette fois, je suis allée au bout de ces 308 pages réelles si on décompte les
pages d’informations d’usage, sources et table des matières.
Dès les premières pages, je suis plus comblée que surprise, car je ne relève pas de défaut de ponctuations qui règne souvent dans les livres. Et, en l’occurrence, que je suis amenée à corriger lorsque dans mon « travail alimentaire » mes clients (auteurs) font appel à moi. C’est heureux de pouvoir lire sans s’interroger sur le sens des phrases à cause de virgules mal positionnées ou absentes. Pour un lecteur lambda, ça n’a peut-être pas d’importance, mais sous mon regard acéré, c’est une grande qualité d’une part et reposant d’autre part. Par contre, pour certains, cet ouvrage pourrait s’avérer quelque peu malaisé à lire, car le lexical ne sera pas forcément à leur portée si leur vocabulaire courant n’est pas suffisamment développé.
Il ne faut
pas pendre le titre au sens littéral, tel un détenu de notre monde. Il pourrait
sembler exagéré, car il ne s’agit pas de détention comme on les connait dans
nos prisons, mais plutôt dans cette fiction d’une incarcération dans un
« Centre du bien » géré par la « Police du bien », il
manquerait plus que notre civilisation en arrive là !
On ne peut
que ressentir une impression ou une sensation pour l’auteur d’être enserré dans
une époque qu’il estime, à juste titre, hostile où la société se fractionne. On
y ressent de toute évidence le sentiment d’étouffement de l’auteur qui se sent
en décalage avec l’atmosphère, aussi bien médiatique qu’intellectuelle et
sociétale du moment. Au fil des pages, le narrateur partage ce qu’il ressent
quant à la situation actuelle, ses réactions face à l’actualité, ses colères en
passant par ses inquiétudes (légitimes) et ses convictions (profondes) parfois
avec beaucoup d’humour qui, lui, peut être cinglant et/ou virulent, voire les
deux à la fois.
J’en arrive rapidement au sept
octobre, bien que douloureux pour le peuple d’Israël que j’ai soutenu en
pensées, cette peine a été contrecarrée par la disparition de mon père une
semaine plus tard. Le cœur a-t-il assez de place pour entasser autant de peine
à la fois ? J’en doute, mais j’ai accolé les deux. Peut-être que la
première a fait passer plus « tranquillement » la seconde. J’en doute
aussi parce qu’elle ne s’est pas effacée, pas plus l’une que l’autre. En tout
cas, ces deux peines se sont mêlées, c’est indubitable, mais là n’est pas le
sujet.
Les différents protagonistes sont
hautement ridiculisés et Dieu que ça fait du bien d’en rire. Les mots ne sont
pas égrainés au hasard ayant chacun sa source, son origine, sa destination,
c’est selon. Mais, une chose est certaine, on ne peut ôter à l’auteur sa
droiture et son honnêteté, sa loyauté et sa franchise.
De l’humour aussi corrosif au sarcasme
jouissif, l’écrit est lâché comme un vilain poison, mais le sourire est tout de
même là, parfois le rire ne se contrôle pas. L’auteur nous gratifie de sa
malice légendaire avec de bons mots et autres termes bien choisis. Connaissant
le personnage, on en attend pas moins !
Les arroseurs arrosés !
Heureusement que la majorité des citoyens ne sont pas à l’image de cette « rance insoumise », même si cette dernière est bien trop présente dans notre quotidien ! On pourrait y voir quelques règlements de compte, ce ne serait pas un affront.
La police du bien...
Celle-ci nous fait rire avec sa
liste d’interdits dans son « Guide
lexical du Bien » et autres « Mots
conceptuels prohibés », que je vous laisserai découvrir.
Le style rédactionnel est
volontaire, même direct et provocateur, disons-le, ce qui ressemble bien à
Gilles-William Goldnadel. Qu’on apprécie ou pas l’auteur, il ne peut pas lui
être reproché d’être insincère dans ses propos tels qu’on les lui connaît déjà.
On notera un ensemble d'invectives
contre la société qui pourrait en déranger certains voyant dans ce fait un
acharnement contre ladite société qui est la nôtre. Le monde change, il bouge
souvent dans un sens lorsqu'on aimerait le voir apaisé. Tous les délires
idéologiques que nous traversons sont disséqués apportant des passages
instructifs sans se départir d'une ironie acérée qui oscille entre subtilité et exagération. L’absurde
n'est pas toujours là où on le pense.
Cet ouvrage n’est certes pas un
roman, mais plutôt un ouvrage qui mêle le récit au témoignage où l’auteur
s’ouvre, refusant de garder le silence, préférant miser sur « sa »
liberté d’expression avec courage au risque de déplaire à certains.
En toute sincérité, « Journal d’un prisonnier » est à lire indubitablement !
Quelques phrases relevées au cours de ma lecture :
- Je suis un Juif plus mort que vif.
- L’humiliation d’être redevenu un Juif souffrant alors que je me
figurais combattant.
- Mon improbable lecteur a éventuellement lu mon « Journal de guerre ». Celui-ci m’a
provisoirement ressuscité.
- Je défendais mes deux pays, mes deux peuples. Mécaniquement.
- Tu vas devoir en rabattre avec ta novice virilité.
- vous avez jeté de l’huile idéologique frelatée sur le feu du conflit
passionnel.
- Je retire mon jeu de mots facile sur la pieuvre dont je me garde par ailleurs
de manger la substance, ne serait-ce que par respect pour son intelligence.
Marie BARRILLON
Informations
sur le livre :
Titre : Journal d’un prisonnier
Auteur : Gilles-William GOLDNADEL
Éditions : Fayard
Format broché : ISBN 978-2213726168
Format Kindle : ISBN 9782213728537
Pas de format audio pour cet ouvrage, ce qui est bien
dommage.

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