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samedi 6 juin 2009

Asiles de fous

« Une sorte de réveil en sursaut, mais les yeux clos, la conscience en retrait de crainte d’être mordue par la réalité. A nouveau le son de sa voix qui me reprochait ma lâcheté, puis mon inertie. Je reconnaissais le bruit de la grande valise arrachée d’un geste sec du dessus de l’armoire, puis ouverte sur le sol. Je me voyais à sa place, éventrée, coupée en deux, avec une longue charnière à la place de la colonne vertébrale et un intérieur vide… »
Extrait du livre

UN ROBINET CONTRE UNE RUPTURE...


On sonne à la porte, elle ouvre. C’est François, son beau-père, il vient réparer le robinet de la cuisine qui ne cesse de fuir. Il discute avec elle comme pour retarder le moment des aveux qu’il doit faire, craignant l’effondrement qu’il ne pourra peut-être pas gérer. Elle aurait tous les droits de s’effondrer, surtout lorsque rien ne lui avait mis la puce à l’oreille. Il est le messager en mauvaise posture mais il en prend presque du plaisir tout en prenant ce rôle très au sérieux.

François se lance, il le faut bien, c’est aussi pour cela qu’il est là, le robinet n’est qu’une excuse. Il lui annonce que Damien, son fils, l’homme avec lequel elle vit depuis cinq ans, ne reviendra pas. Ce Damien qui n’a pas eu le courage de faire face à ses responsabilités et encore moins celui de prendre lui-même ses affaires. François est gentil mais il serait bien mieux dans un autre rôle que l’annonceur de rupture, pense-t-elle.

Mais tout en tournant en rond, tant dans sa silhouette que dans les mots, il affronte ce pour quoi il s’est substitué à Damien, allant jusqu’à lui trouver des excuses sur son manque évident de courage : « Il aurait pu vous en parler lui-même mais il avait peur de votre chagrin, de vos pleurs. Il craignait une crise de nerfs, il est déjà très angoissé par son travail, à son âge il ne peut pas se permettre la moindre erreur s’il veut grimper dans l’organigramme. »
Il ne peut pas se permettre la moindre erreur le fiston, mais il peut se permettre de briser sa compagne en se cachant derrière son père.

VERS UNE FOLIE GENERALE...


Gisèle reçoit ce coup bas avec bonne figure, mais François ne s’arrête pas là. Il continue, il déverse et persiste même à parler pour ne rien dire. Gisèle voit sa vie s’envoler et court s’enrouler dans sa couette. Elle n’aspire qu’à dormir, s’il voulait bien se taire. Elle le laisse se dépêtrer des affaires de Damien, l’armoire, le guéridon, tout ce qu’il veut du moment qu’il disparaît une bonne fois pour toutes avec ses mots qui l’incisent.

Mais, il persiste, reste, se sent bien même avec elle comme il dit. Elle finit par l’aider à tout descendre pour le voir disparaître mais ne décroche aucun mot, pas même un souffle.

Enfin, elle se retrouve seule enfermée dans son appartement et sa torture. Gisèle ne veut pas y croire. Elle attend Damien, mais il ne rentre pas, alors elle va appeler chez ses beaux-parents. Sa belle-mère, Solange, répond et lui déverse toute sa colère, ses médisances, sa hargne.
Cinq ans de vie, de partage avec Damien et les siens et voilà comment ses beaux-parents l’éconduisent, avec insultes comme si rien n’avait existé, comme si ces cinq années n’avaient compté que cinq petites minutes.

Les personnages, dans ce quatuor, sont aussi névrosés les uns que les autres. La folie est bien présente ici, de pages en pages, de personnages en personnages. Rien n’est laissé au hasard et ce jusqu’à l’extrême parfois. Avec un humour acide et un cynisme accentué, l’auteur nous emporte dans sa caricature vers la folie des personnages parfois difficiles à cerner.


Ce roman est particulièrement destiné à tous ceux qui aiment les romans à l’emporte-pièce.
Un prix standard pour ce roman un peu trop cynique malgré les qualités de l’écrit.
Il est certes bien écrit malgré tout avec style et rythme qui ne laisse pas indifférent.
Très caricatural, troublant, dérangeant et parfois un peu ennuyeux.
Le lecteur se sent parfois agressé dans le genre de caricatures présentes.
Le côté sarcastique est un peu trop prononcé, le cynique aussi.

Marie BARRILLON

Informations sur le livre :

Titre : Asiles de fous
Auteur : Régis Jauffret
Editions : Gallimard
ISBN 13 : 9782070775347
Prix : 16,50 euros

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