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mercredi 14 janvier 2009

Une vie de cochon

"Moi, je crois que pour réfléchir, il faut s’arrêter de bouger et de penser sans cesse aux choses de tous les jours. Je vois bien que, lorsque je réfléchis, je suis immobile, alors que les adultes, ils ne sont jamais immobiles, sauf devant la télé. Mais la télé, je trouve que ce n’est pas fait pour réfléchir, c’est fait pour ne plus penser."
Extrait du livre

UNE PETITE FILLE CURIEUSE…

Solenn est une petite fille curieuse. Elle s’intéresse à tout. Mais surtout, elle cherche des réponses à tout ce qu’elle ne comprend pas, persuadée que tout à un sens. Sa mère tente de la tranquilliser. « Maman m’assure que je ne peux pas comprendre parce que je suis jeune. D’abord, je ne suis pas si jeune. Et puis, je ne suis pas sûre que je comprenne mieux plus tard. Je n’ai pas l’impression que les adultes comprennent. Ce qu’on ne comprend pas quand on est petit, comment pourrait-on le comprendre quand on est grand ? Le comprendre de l’intérieur, je veux dire. » Mais elle cherche aussi des réponses à tout ce qu’elle estime ne pas être normal.

Son monde tourne autour des cochons et rien n’y est simple. Sa mère, sa tante Claire et les amies de sa mère travaillent dans une exploitation de cochons : une porcherie. Ca n’a vraiment rien de drôle parfois. Elles doivent assurer le rendement des porcelets. Plus il y en a, plus il en faut. Tout doit être chiffré, comptabilisé et entré dans l’ordinateur de l’exploitation.

Le rendement est le mot-clé, le maître mot, même si parfois elles pensent agir comme des sauvages. Solenn n’aime pas voir sa mère aussi fatiguée surtout moralement parce que l’exploitation l’use. Parfois, elle laisse échapper des phrases que Solenn tente de comprendre : « Il y a des fois je me demande si on n’est pas des sauvages. » « J’ai vérifié : sauvage, dans le dictionnaire. »

Solenn se passionne amoureusement pour ces cochons et ces truies à la vie difficile, allant jusqu’à leur donner un nom, leur parler. Elle leur voue une véritable affection.
Elle aime les animaux en général, mais les cochons en particulier.

Alors, elle observe pour parvenir à comprendre ce qui est souvent incompréhensible. De surprises en déceptions. De colère en incompréhension, Solenn ne sait plus où donner de la tête.
De son enfance, elle traverse et partage ce monde animal, de l’exploitation que l’on en fait pour garnir les assiettes et remplir les bouches. Mais elle supporte difficilement les souffrances qu’on leur fait subir. « Est-ce qu’on a tous les droits sur les animaux, c’est ce que je me demande. Je pense que non. Je crois qu’on doit leur donner une vie qui leur ressemble à eux. Ou un peu de nous aussi dans ce qu’on a de bien. »
De ces souffrances, elle en demeurera marquée, parfois aussi tranchée dans le vif de son cœur. Les cochons sont gentils alors au nom de l’industrialisation, Solenn est contre toutes ces souffrances qu’on leur afflige. Ils seraient tellement plus heureux en plein air à s’ébattre en toute quiétude. Face à cette forme d’exploitation, son cœur d’enfant est lacéré dans un tourbillon de sensibilité. « Manger de la viande oui, mais pas à n’importe quel prix. »

ET SI ON FAISAIT PREUVE D’UN PEU PLUS D’HUMANITE !


Mangerions-nous moins bien pour autant ?
Même après de bons et loyaux services, si les truies ne produisent plus suffisamment de porcelets, la direction finale pour elles, c’est l’abattoir sans sommation. Dans ce milieu, on n’a pas de temps à perdre.

Elle aimerait profondément que les élevages se passent de manière plus humaine.
Mais, l’industrialisation ne fait pas de sentiments. Seuls les chiffres ont de l’importance. Le rendement doit être toujours supérieur. Et cela pour une petite fille comme Solenn, à la sensibilité à fleur de peau, à la tendresse au bord du cœur, c’est purement insupportable. Et elle se remémore une conversation avec Philippe : Des animaux libres pour des éleveurs libres et réciproquement, comme m’a dit Philippe, l’éleveur de vaches. Parce qu’on peut être libres ensemble, ou prisonniers ensemble, c’est à nous de choisir.

« Une vie de cochons », nous informe de manière simple, à travers le regard et le cœur d’une enfant, sur les conditions d’élevage des cochons dont nous n’imaginons même pas les différents modes utilisés sur la chaîne pour parvenir à un rendement toujours plus important. Des inséminations aux mises-bas, en passant par la nutrition, les conditions d’enfermement… de quoi se sentir révolté en découvrant certaines réalités.

Une belle idée que cet ouvrage pour nous faire découvrir et nous éclairer sur ce type d’exploitation, tant au niveau des conditions de vie des animaux, que des conditions de travail des employés avec toutes les difficultés engendrées, qu’elles soient physiques ou morales pour l’être humain comme pour l’animal lui-même.

Un livre à mettre, à mon sens, entre toutes les mains afin de réaliser tout ce qui précède chaque morceau de viande garnissant nos assiettes et comme le dit Solenn en rêvant à l’idéal : « les animaux comptent. Ils sont importants et précieux. Et même si on les tue finalement, c’est le plus tard possible et ce n’est pas pour rien. C’est pour qu’on mange, qu’on vive et qu’on se souvienne d’eux. »

Le langage est celui d’une petite fille qui raconte sans complaisance, donc nous ne sommes pas surpris de constater que le texte est simple et facile à lire.
Sur la couverture où trône un mignon petit cochon rose.
Ce livre offre le plaisir d’en savoir plus sur l’élevage des cochons.
Les détails sont explicites et même surprenants.

Un glossaire en fin d’ouvrage donnant la définition des termes utilisés afin de ne pas se noyer en mots incompris ou inconnus, permet de comprendre certaines expressions employées dans l’élevage des cochons, et de ne pas perdre la compréhension du livre au fil des pages.

Jocelyne Porcher est chargée de recherches à l’INRA.
Christine Tribondeau a longtemps été salariée en production porcine industrielle.

Cet ouvrage s’inscrit dans un projet de recherche sur le travail en élevage et l’agriculture durable financé par le ministère de la recherche et dirigé par Jocelyne Porcher.

Marie BARRILLON

Informations sur le livre :

Titre : Une vie de cochon
Auteur : Jocelyne Porcher et Christine Tribondeau
Editions : La découverte
ISBN 13 : 9782707154774
Prix : 8,00 euros

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