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mardi 29 septembre 2009

Noirceur des cimes

« Les relations avec les proches sont complexes quand on ne sait plus trop gérer son propre intérieur. Chacun cherche en prononçant des chapelets rapides de mots dérisoires à détendre l’atmosphère et surtout, en déclenchant de précieuses secondes de bonne humeur, à calmer sa propre angoisse, celle qui ronge mais qui n’ose s’exprimer clairement. Soutenir le moral de ses compagnons en réfrénant ses propres inquiétudes et espérer obtenir en retour la parole réconfortante dont on a tant besoin. Voilà le quotidien d’un camp d’altitude. »
Extrait du livre

L’AMITIE POUR UN SOMMET…


Ils sont partis à quatre hommes pour affronter le K2 et tenter de monter jusqu’à son sommet tandis que Sandra, l’amie de Luc, les attendra au camp de base.
Etienne, Axel, Tanguy et Luc savent à quoi ils s’engagent. Le K2 est réputé des plus dangereux. Il est le deuxième sommet de la planète.
Il s’est approprié quelques vies d’êtres courageux ayant voulu atteindre son sommet coûte que coûte. Des personnes qui sont allées au bout de leur passion au péril même de leur vie.
Cela en vaut-il la peine ? Pour ces passionnés, peut-être, en tout cas dans leurs esprits.

Les quatre hommes gravissent dans une ascension périlleuse. Ils sont rompus de fatigue, fourbus de crampes, inondés de douleurs un peu partout, de déshydratation et leur esprit n’est pas au firmament du bonheur à cet instant précis. Axel, sentant le silence prendre trop d’espace, sait qu’il ne faut pas que le moral tombe : « Demain, on monte ou alors on se tire d’ici […] Trop longtemps qu’on traine à 7000. On se vide. Il reste au moins une arête sérieuse à franchir. Mais avec la neige qui tombe, ça va compliquer la progression. » Tous sont d’accord, ils ne peuvent pas se permettre d’attendre trop longtemps sinon, avec ce mauvais temps, la montagne aura raison de leur peau, de leur vie, de leur âme.

Au petit matin, bien avant l’aube, l’un après l’autre, ils se réveillent. Quatre heures du matin, le froid cingle les visages « moins 22 degrés à l’abri du vent […] Ca fait bien du moins 35 en plein vent. Faut espérer que ça va monter un peu pendant la journée. » Ils commencent leur ascension. Axel en tête avec Luc puis Etienne en cordée avec Tanguy. Ils entament la traversée qui va les mener à la paroi qu’ils recherchent. Celle qu’ils veulent gravir coûte que coûte. Celle pour laquelle ils sont là, dans ce froid redoutable. Mais la veulent-ils vraiment à tout prix ? Aux pieds de ces montagnes, notre regard est bien différent du leur. Nous y voyons des paysages majestueux, des sommets tellement beaux mais inaccessibles, de neiges d’une extrême blancheur, mais nous ne percevons pas le dixième des dangers qu’elles représentent en réalité. Des températures frôlant l’irréel qui lacèrent les corps téméraires qui osent s’aventurer en elle.

Muni d’une extrême concentration ils grimpent, seuls les quelques mètres qui les entourent ont de l’importance. Le reste de l’espace, l’horizon n’ont pas d’intérêt à ces instants où leur vie est suspendue à leur corde. Ils se concentrent entièrement sur la montée et la cordée. Une seule erreur, même infime, pourrait être fatale.

RIEN N’EST SIMPLE A CES HAUTEURS VERTIGINEUSES…


Arrivés à 8000, l’état d’Etienne est inquiétant. Blessé à une main depuis la veille, celui-ci semble aller de moins en moins bien, « la nausée ne le quitte pas et il a senti dans la dernière remontée qu’il avait du mal à coordonner ses mouvements et à prendre une décision. »

Luc et Axel échangent leurs avis sur l’état inquiétant de leur ami. Ils pensent sérieusement à un œdème, « ils savent qu’en cas d’œdème, seule une descente rapide permettant au sang de retrouver une circulation normale peut sauver le grimpeur. » S’ils devaient battre en retraite rien ne dit qu’ils parviendraient assez rapidement à descendre pour sauver Etienne.

Mais Etienne ne veut pas redescendre. Malgré l’inquiétude des deux hommes, tous les quatre continuent leur ascension. Luc prend la tête pendant qu’Axel assure Etienne et que Tanguy ferme la cordée. Au contraire d’Etienne, Luc a une forme extraordinaire. Il ne veut pas que le sommet lui échappe. Il le veut, et il le veut aujourd’hui. Il décide de poursuivre sa montée.

Axel s’inquiète un peu plus, entre Luc forcené, envahit d’un trop plein d’énergie et Etienne épuisé, manquant sérieusement de force malgré son envie si puissante d’y parvenir.
De son côté Sandra, en phase à une profonde angoisse et une détresse évidente cherche des renseignements mais rien ne vient l’apaiser. Elle réalise que dans l’esprit de Luc, elle est face à « l’implacable concurrence que lui propose la montagne. Elle ressent brutalement la petitesse de ce qu’elle peut lui opposer. […] Elle sait désormais qu’il lui faudra lutter contre une rivale puissante. »

Finalement, à force de réflexion, elle finit par remettre en question sa relation avec Luc. « Elle constate brutalement que les interrogations qui se succèdent depuis quelques jours délivrent en elle davantage de vérités potentielles que des dizaines d’ouvrages. » C’est un peu le processus instinctif de tout être que d’arriver à de profondes réflexions lorsqu’il se trouve un certain temps complètement seul et pratiquement coupé du monde. Chaque personne inévitablement aboutit à une grande introspection en analysant tout ce qui fait sa vie et son pourtour, entendons par-là ses relations amoureuses ou amicales, professionnelles ou relationnelles ainsi que tout ce qui fait le quotidien du présent sans omettre le passé torturé ou non. On y trouve toujours, dans ces moments de solitudes, quelque chose à redire.

MEME TOUTES DETERMINATIONS A SES LIMITES…


Les quatre hommes continuent leur ascension. Mais les choses ne se présentent décidément pas comme chacun le souhaitait initialement. L’accident effroyable et tant redouté se produit, les plongeant dans une terrible souffrance. La montagne a parlé et son timbre glacial ne pardonne rien. N’accorde rien. Elle leur donne une multitude de plaisirs pour leur reprendre finalement probablement le meilleur. Elle sait être coléreuse, teigneuse, rancunière envers qui ne sera pas aussi fort qu’elle l’est. Ces pas qui la foulent, elle les veut pour les engloutir en elle comme autant de trophées. Elle sait être intraitable, insatiable dans ses profondeurs tout comme dans ses hauteurs. Aussi mauvaise qu’elle est belle. Les quatre hommes sont à l’heure des épreuves. Terribles épreuves. Mais, alors que le moral s’effondre, que les forces s’amenuisent, que la fatigue les ruine, ils n’ont plus le choix. Ils sont trop haut pour envisager une quelconque retraite ou un retour en arrière.

Alors que nous plaignons nos muscles du moindre petit effort, que nous maudissons nos pieds enserrés dans nos chaussures après une journée ou lorsqu’ils sont gelés avant même les zéro degré, que nous fonçons sous la douche dès le levé ou à peine rentré du travail effectivement, nous ne nous imaginons pas à moins trente-cinq degrés en plein vent, ni une seule journée sans notre petit confort qui devant un tel roman fait de nous de petits capricieux.
Tout ce qui s’y trouve est parfaitement inimaginable, malgré cela c’est bien réel. Penser à l’impensable tel que décrit ici n’est pas de notre capacité. Pourtant, Tanguy, Etienne, Axel et Luc le font, l’affronte. Mais, en reviendront-ils ? Là est toute la question !

Accrochez-vous aux cordées et n’oubliez surtout pas votre cache-nez car le froid de l’altitude est bien supérieur à nos froids hivernaux sur le plat de nos rues. Sachez écouter leur courage et observer leur détermination, quelques leçons sont à retenir lorsque nous nous plaignons de nos petits maux quotidiens. Voyez aussi avec quelle puissance on en arrive à une profonde analyse de soi et une compréhension sur l’entourage, sur ces hauteurs faramineuses et dans de telles conditions extrêmes. Finalement, l’isolement, les difficultés et les dangers aussi extrêmes changent bien des visions personnelles.

Quelques phrases relevées au hasard :


« Pour entendre, il faut écouter. Mais pour écouter, il faut que le mental se taise. »
« L’homme assis n’a jamais avancé. »
« Qui sait ce dont l’homme est capable quand la mort le tourment. »
« Les inquiétudes sont de puissants aimants vers lesquels le mental succombe avec facilité. »
« Les morts enchaînent les vivants par des entraves redoutables. »
« C’est l’esprit qui tient le corps debout. Qu’une faille s’entrouvre dans le mur compact de la volonté et la poursuite de la lutte devient impossible. »


Un excellent roman qui mérite le prix indiqué.
La qualité est également présente sur l’ensemble, mise en page, papier…
La couverture est très jolie et est comme un appel à la lecture de cet ouvrage.

D’innombrables détails nous apprennent ce que vivent les alpinistes tout en nous faisant découvrir les beautés de la montagne mais également ses noirceurs.
L’auteur nous emmène au cœur de cette ascension qui nous procure de grands frissons tant par les événements, parfois tragiques, que par ce froid extrême propre à l’altitude.

Marie BARRILLON

Informations sur le livre :

Titre : Noirceur des cimes
Auteur : Thierry Ledru
Editions : Altal Editions
ISBN 13 : 9782916736075
Prix : 16,00 euros

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