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dimanche 25 janvier 2009

Bleus sont les étés, Christian Signol

« Rien n’existait plus que les heures qu’il passait avec l’enfant et qu’il prolongeait le plus possible, comme cette nuit, puisqu’ils allaient réaliser le rêve qu’il poursuivait depuis longtemps : descendre à la rivière avec le troupeau, comme autrefois, au temps du père, au temps où la vie n’avait pas encore basculé de l’autre côté de l’enfance, au temps où l’air qu’il respirait avait le goût de miel, les jours le charme de ce qui ne finira jamais. »
Extrait du livre

LE BERGER SOLITAIRE…

Aurélien est berger dans le causse. Une région magnifique de pierres et de forêts, de terres et de vallées. Un terroir exceptionnel. Il est né dans le hameau familial qu’il n’a jamais quitté. Pas même pour se marier et avoir des enfants. Il aurait pu mais sa mère ne l’entendait pas de la même oreille, disant que « deux femmes dans une maison, c’est toujours une de trop. » Alors, Aurélien en a pris son parti. En grandissant, il a uni ses forces à celles de son père pour l’aider aux bêtes. Les brebis et les agneaux, les poules et les lapins sont tout son univers. Toute sa vie. il ne connaît rien d’autre.

Lorsque son père décède, Aurélien se retrouve complètement seul avec tout son petit monde d’animaux. Depuis chaque jour, il monte avec les brebis sur le plateau des terres hautes. Chaque jour, il se dit encore un jour, « Un jour de plus. Un jour qui s’ajoute à tous ceux d’une vie qui compte quatre-vingts années et qui s’éteint elle aussi, comme cette nuit d’avril bruissante du grand froissement des étoiles dans le ciel épanoui. »

Aurélien est un être solitaire. Il aime cette vie tranquille où rien ne vient perturber son quotidien. Où le soleil et les hivers rythment son existence. Jamais de colère, peu de sourire car on ne sourit pas tout seul, sauf peut-être face aux agréables moments passés. Aurélien a beaucoup de souvenirs pour s’occuper l’esprit, là-haut sur les terres hautes ou au coin du feu. Aucune technologie pour l’encombrer, même le téléviseur ne fonctionne plus depuis longtemps, cela ne le dérange pas, ne lui manque pas non plus. Tout cela, c’est pour les gens d’ailleurs, ceux des villes, toujours à courir. Lui, il n’est pas pressé, il vit au rythme du temps, de la nature et de ses bêtes.

Il aurait pu être comblé de toute cette tranquillité, cette nature partout autour de lui, ce paysage qui l’enivre, l’apaise tour à tour. Mais, il lui manque quelque chose que même les années qui lui restent sur le compteur de sa vie ne pourront pas lui donner. Un fils. Son seul regret en quelque sorte. Une petite bouille qu’il aurait pu choyer, une petite main qu’il aurait pu réchauffer, un petit cœur qu’il aurait pu aimer. Un être dont il aurait eu le plaisir et le plus grand bonheur d’en faire un homme.

QUAND LE DESTIN ENTRE OUVRE LA PORTE DE NOS REVES…


Alors, au fil des années, il s’en était inventé un dans son imaginaire, avec toute une histoire. Il lui parlait sur les hauts plateaux. Il lui racontait le vent et les dessins des nuages. La douceur du soleil et les colères des tempêtes. Les arbres centenaires et les fleurs à la venue du printemps. Il lui parlait tellement souvent à l’enfant de son cœur. Mais, Aurélien n’était pas fou et il souffrait de cette absence.  Il s’inventait une histoire avec ce fils imaginaire, cela lui faisait du bien et ça ne faisait de mal à personne. Il pensait qu’il aurait été le meilleur des pères et aussi bon que le sien. Mais l’enfant n’était pas là.

Jusqu’au jour où une famille de parisiens est arrivée au hameau pour l’été, en vacanciers. Aurélien va tisser des liens plus forts que tout avec le jeune fils, Benjamin. Des liens qu’il n’aurait jamais pu imaginer pouvoir exister. Entre eux va naître un amour tellement grand, passionnel et partagé. Ils se comprennent ces deux-là, parfois même d’un simple regard. Mais Aurélien va aller au-delà de ses sentiments. Il a le garçon dans la tête, dans l’âme, dans le cœur, dans le ventre. Il prend toute la place.

Aurélien emmène Benjamin partout sur les terres de ce causse qu’il aime tant où « rien ne bougeait autour d’eux. La grande chaleur de l’été affermissait sa poigne sur les buissons et les genévriers. Le ciel d’un bleu de lavande pesait de tout son poids sur la terre exténuée. Le causse grésillait et craquait de toutes parts. » Avec les brebis, ils vont, tous deux, partager le silence des hautes terres, respirer la nature qui s’offre à qui sait regarder. Il apprend au petit ce que son père lui a appris, toutes les merveilles des environs. Les liens se tissent de plus en plus forts. Benjamin ne veut plus partir.

QUAND LE REVE DEPASSE LA REALITE...

Cette passion entre eux va trop loin. Cet amour devient trop profond. Benjamin se sent heureux et Aurélien n’en demande pas plus. Il a enfin ce fils désiré durant tant d’années. Les parents du petit sentent le danger. Leurs liens avec lui se distendent. Ils souhaitent que tout cela s’arrête, Aurélien voudrait bien pour le bien de l’enfant mais il ne peut pas. C’est trop lui demander de balayer son dernier bonheur. Alors les parents imposent, comptant sur la sagesse d’Aurélien, mais Aurélien n’a plus de sagesse depuis que Benjamin est entré dans sa vie comme un cadeau. Aurélien refuse d’entendre les menaces des parents, il n’a plus sa raison. Cet enfant est devenu sa raison de vivre, la dernière, l’unique.

La séparation cependant est inévitable. Le vieil homme ne le supporte pas. On ne peut pas raisonner un cœur qui perd le sens. L’amour rend aveugle certes, mais parfois à perpétuité. Il peut nous faire commettre l’irréparable. Plus rien n’a d’importance puisqu’il est là, lui, l’amour pour cet être qui comble tous les vides. Il tient chaud à l’âme. Il repose le cœur. Aurélien n’admet pas de perdre Benjamin « son fils. » Il va commettre le plus fou des actes, jusqu’au bout de l’insensé. L’esprit vide de sa raison, il va aller sur les hauteurs du causse au bout de sa vie parce que plus rien ne le retient. Ses plus belles heures s’appellent Benjamin.

L’auteur nous enivre de ce paysage dans des descriptions magnifiquement détaillées.
Les émotions sont fortes et ont également leur place tout au long des pages.
Le texte est facile pour une lecture sans contrainte, laissant ainsi la place au rêve.
Un roman magnifique comme sait les faire Christian Signol.
Une histoire pleine de sentiments, d’amour et de passion entre un enfant et un vieil homme.
La description des paysages du causse est poétique portant notre imaginaire sur ces terres.
A découvrir sans hésitation !

Marie BARRILLON


Informations sur le livre :

Titre : Bleus sont les étés
Auteur : Christian Signol
Editions : Albin Michel
ISBN 13 : 9782226095664
Prix : 14,90 euros

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