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lundi 14 février 2011

Alcôve

"J’ai hâte de vous revoir, j’en ai le cœur qui bat d’impatience, et pourtant il se mêle à cette joie une terrible peur. Cette peur étrange qui me rappelle celle de la punition. L’attente interminable dans le coin d’une pièce, essayant en vain de se cacher, de disparaître. Ne désirant que la mort… […] Mon enfance s’est passée dans l’abandon, ce silence interminable de l’attente, debout, dans un coin, face au mur."
Extrait du livre

PLUS QU’UN TEMOIGNAGE…UNE HISTOIRE !

Ce témoignage autobiographique commence fort en émotions. Malgré tout, âme sensible ne pas s’abstenir ! Il amène, dans un premier temps, à se poser des questions sur la condition des enfants en particulier mais également sur celle de l’enfance en général. Faisons-nous vraiment toujours autant de bien que nous le croyons à nos chères petites têtes, blondes, brunes ou rousses ?

Nina Vivien nous ouvre le regard, si tant est que cela soit nécessaire, sur ces enfances blessées. Elle nous écarquille les yeux, du moins, nous force à les porter là où elle souhaite les voir se poser. Et ce n’est pas un mal !

Combien de regards se détournent des évidences : "Les voisins : ils savent tout, voient tout, entendent tout, mais ils ne font rien. Par peur d’être dérangés, peur que cela vienne troubler leur intimité, leur vie."

Notre personnage se remémore les drames d’enfance mutilée, blessée, tout en en vivant d’autres dans le présent, la perte proche d’un être cher et tant aimé : "Je ne peux accepter que tu disparaisses sans avoir goûté à la vie… […] Une mort certaine, dans ce monde pour qui l’histoire ne lui a rien apporté". Un ami proche. Plus qu’un ami pourrait-on dire puisque pour émettre un tel ressenti, il ne peut pas en être autrement.

Le sida, cette maladie, l’enfer des vivants en sursit qui décime les Hommes depuis plus de deux décennies frappe et frappe encore sans cesser, ni laisser le moindre répit. Combien sommes-nous à en avoir une peur bleue ? Mais, combien sommes-nous, surtout, à s’en détourner pour ne pas affronter une réalité terrible ? Combien sommes-nous à la taire, la rendant encore plus tabou aujourd’hui qu’elle ne l’était à sa découverte, il y a quelque vingt-cinq ans ? "Je hais le regard des autres, celui qui nous désigne comme une chose anormale […] Je hais l’homosexualité, c’est un véritable poison qui nous bouffe lentement […] Je hais le sida. Je hais cette maladie qui nous tue d’avoir essayé d’aimer".

UN VIDE DE PLUS…

De cette maladie, Nina ne s’en détourne pas, elle ne le peut pas. Et même si elle le voulait elle en serait incapable : "Encore un vide qui va me poursuivre jusqu’à mon dernier souffle". Ce vide là, s’associera à ceux de son enfance pour la brutaliser un peu plus, plus profondément. Comment trouver l’apaisement lorsque l’on en a jamais connu les prémices ? Faire de la vie un délice n’est qu’une bataille contre des murailles encore trop élevées qui empêchent à ce délice d’emplir la vie pour lui offrir l’équilibre, au moins. Et permettre à tout ce qu’il y a de meilleur de prendre naissance là où il a oublié de fleurir, au premier cri expulsé, à la première goulée d’air inspirée, aux premières lueurs aveuglantes.

Malgré tout, le constat, Nina le fait : "Je sais aujourd’hui que cette souffrance est mienne. […] Elle a donné fruits à d’innombrables richesses, forces et courages." Bien sûr, beaucoup diront qu’il faut oublier le passé, que la vie se trouve devant. Plus facile à dire qu’à faire ! Ceux-là, que savent-ils de ces douleurs ? Il est des souffrances qui ne s’effacent pas, Brel le chantait si bien d’ailleurs, n’est-ce pas ! Mais, il est également des souffrances qui perdurent dans le temps quoi qu’on fasse, tout en étant aussi vivaces qu’à leur premier jour. Alors, lorsqu’elles sont répétées, n’est-ce pas encore pire ?

Faut-il avoir vécu certaines de ces horribles souffrances pour comprendre leur acharnement à survivre envers et contre tout ? Et surtout pour comprendre l’impossibilité parfois de les effacer ? Je ne pense pas, mais il est d’une grande évidence que pour comprendre encore faut-il avoir un minimum de sensibilité humaine. Chapeau bas à celles et ceux qui y parviennent, bravo à ces autres qui les combattent jour après jour. Mais, dans tous les cas, Respect à tous ces torturés de la vie pour toutes ces batailles pas vraiment gagnées d’avance.

L’INDESIRABLE !

Dans cette famille, tous n’avaient pas le même traitement, pourquoi ? : "Ma sœur avait sa propre pièce, le salon avec sa propre télévision […] J’étais donc assise face au mur, entre mon frère et mon père, encore une fois très mal placée, à l’affûts des coups. Mon père aimait se défouler sur moi […] sans aucune raison (en faut-il vraiment une ?)". Qu’avait de si différent notre personnage pour qu’un traitement de violences quotidiennes lui soit réservé ? Parce qu’elle n’était pas désirée ne justifie en rien la cruauté parentale dont elle était affligée jour après jour. Elle subissait sans nul autre choix possible comme tout enfant issu de la maltraitance.

Elle pense que ce qu’elle vit est une normalité, tout au moins elle a l’impression de n’exister qu’à travers la violence parentale qu’elle reçoit. Elle fini par le croire tant qu’elle s’en automutile : "Je vivais dans le refus et la négation, un comportement masochiste où seuls les coups de mes parents me rappelaient que j’étais à eux, que je leur appartenais. J’interprétais leurs gestes comme de l’amour, de l’attention, je me nourrissais de cela."

Bien sûr certains se révolteront devant de tels propos. Mais, avant d’en arriver là, si nous nous interrogions tout juste quelques secondes. Comment un enfant pourrait-il raisonner autrement alors qu’il n’a connu que ce cas de figure ? Raisonnons avec l’esprit de cet enfant qui n’a aucune notion de ce qu’est l’amour parental, ni même familiale en général, au lieu de penser avec nos esprits d’adultes responsables donc enclins à une maturité que l’enfant ne possède pas.

Comment l’enfant pourrait-il prendre conscience de quelque chose dont nous-mêmes n’avions pas conscience à son âge ? Comment cet enfant pourrait-il faire la différence de manière aussi marqué que nous entre le bien et le mal alors qu’aucun exemple ne lui est offert pour identifier et reconnaître l’un et l’autre comme étant des faits diamétralement opposés ? "J’étais considérée comme étant une chose monstrueuse, cette mauvaise graine, la honte de la famille […] J’étais une vilaine fille […] J’ai accepté leurs mots. Je me rendais coupable de tout, de tous […] Parce que je suis une vipère, une mauvaise graine, un monstre ambulant. J’ai peur de la mort de ma mère. Ils m’ont toujours dit que je la tuerais."

SURVIVRE POUR PARVENIR A VIVRE…

Qui est donc à blâmer dans tout cela ? L’enfant qui raisonne comme un enfant et subit ? Les parents destructeurs qui n’ont de parents que le nom ? La famille qui sait tout mais ferme les yeux sur tant de monstruosités ? Les voisins qui n’ignorent rien mais gardent le silence sur une situation innommable qui certes n’est pas la leur, mais pour ne pas être dérangés dans leurs petites vies bien rangées, bien heureuses ? Beaucoup de questions nous le concevrons mais des questions que l’on doit se poser vraiment !

Qui est à punir, donc ? Certainement pas l’enfant ! Il y a là, non assistance à personne en danger ! Non assistance à l’enfance maltraitée ! Et combien encore devront souffrir avant que les consciences bougent ? Se réveillent ? Osent ?

Cette petite fille devenue femme se bat quotidiennement contre des démons semés par des parents inconscients, ou plus précisément inhumains. Elle bataille contre des douleurs plus hautes que toutes les murailles, douleurs ancrées si profondément. Impossible d’imaginer qu’il puisse en être autrement !

Des années de psychothérapie auront-elle raison de ce mal ? Auront-elles le bénéfice de sauver cette femme torturée, brisée ? Seul l’avenir le lui prouvera car c’est bien d’elle qu’il s’agit ! Mais au-delà de toute cette souffrance subie depuis l’enfance, portée tel un fardeau, et dans le même temps, nous nous apercevons tout au long de ce témoignage de l’intolérance humaine quasi quotidienne rencontrée face aux personnes qui sorte de la "normalité" quant à leur sexualité : "L’homosexualité n’est ni une tare, ni une maladie, ni une faiblesse. Ce n’est pas non plus un choix que l’on fait dans le seul but d’être différent des autres. Non, ce parcours est difficile et parfois dramatique."

QU’EST-CE QUE LA NORMALITE ?

Posons-nous donc, à cet instant, une ultime question sur laquelle chacun peut méditer, ou encore argumenter. Qu’est-ce que la normalité ? Un vaste mot qui au fond n’a aucun sens réel pour finalement ne rien vouloir dire vraiment. Chacun en développe sa propre définition, ses propres limites, ses critères personnels, car ce qui est normal pour certains ne le paraitra pas pour d’autres. A mon sens profond, la normalité, qu’elle soit votre ou mienne, devrait (doit) s’allier à la tolérance ainsi qu’à l’acceptation de la différence pour avoir un sens.
Personne ne se ressemble, et heureusement !

De quel droit devrions-nous reprocher à quelqu’un d’aimer et de vouloir être aimé, de vivre, tout simplement parce qu’il (elle) est différent du modèle dans lequel nous avons grandi, évolué et où les "valeurs"  inculquées manquent cruellement justement de tolérance ?
Le monde évolue, les mentalités devraient en faire de même. Ne serait-ce pas là un bien pour le monde, pour la société, pour l’humanité ? Bien sûr que si, et cela changerait déjà bien des choses !

Ce témoignage poignant ne nous fait certes pas sourire mais il nous percute et nous ouvre un temps soit peu les yeux. Il semble que le personnage nous parle, se dévoile, sans artifice mais par besoin de montrer aux regards qui se poseront là, que ça existe encore. L’enfance est notre sac de douleur ou de bonheur, c’est selon. En cours de lecture, on s’aperçoit que le personnage s’adresse à sa psychothérapeute, parce qu’évidemment rares sont ceux qui pourront vivre leur vie sereinement sans avoir reçu d’aide pour surmonter de telles douleurs. Rien de plus humain à cela !

Et ce qu’il faut également comprendre de ce témoignage c’est qu’un enfant issu de la maltraitance ne deviendra pas nécessairement maltraitant à son tour. Un autre ayant subit l’inceste ne sera pas forcément lui aussi incestueux. Bien sûr, cela arrive mais ce n’est pas pour autant une généralité ou une évidence. Pourtant, tout ces enfants en souffrance deviendront des adultes en souffrances qui se feront bien plus de mal à eux-mêmes qu’aux autres. Et lorsqu’ils ne sont ni compris, ni aidés, ni soutenus et qu’on leur demande d’être comme tout le monde, c’est comme si on leur demandait l’impossible. Ces personnes sont bien souvent enclines à une sensibilité accrue et hors du commun. On le serait à moins !

Un livre pour tous incontestablement, car le sujet doit sensibiliser le maximum de monde.
Malgré le côté tragique du sujet, on notera de très belles phrases de l’auteur.
La tristesse que l’on peut ressentir peut en rebuter certains mais s’il n’y en avait pas cela voudrait dire que l’histoire est mal contée.

Marie BARRILLON

Informations sur le livre :

Titre : Alcôve
Auteur : Nina Vivien
Editions : Edilivre
ISBN 13 : 9782812109171
Prix : 13,00€

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