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samedi 26 décembre 2009

Le dérèglement

"Lorsque je me penche sur une feuille et que j’écris, je file plus vite que la lumière, et le trou que je creuse me sert à planquer mes trésors solubles mes mots crus et cassés, Paris détend ses jambes immenses puis les écartes, alors je m’enfonce aussi sec dans le Vagin du Siècle, à l’intérieur des communautés se font la guerre, hélas le peuple se divise (mes rêves de grand soir disparaissent), mais ma semence est magique : elle me servira à féconder l’Ovule de la Nuit !"
Extrait du livre

QUAND LES "MOTS PROVIENNENT DU VENTRE DE LA REALITE" !

Un point sur cette société désabusée, un début de révolte jetée là, sous notre regard. Au premier abord, nous en sommes surpris puis au fil des lignes nous admettons parfois le bien fondé et la justesse des propos : "Mon corps esquinté se dresse, demain je te retrouverai ma tendre égarée mais pour le moment j’écris sans pour autant vivre en paix."

Ce n’est pas à proprement parlé un règlement de compte mais plutôt un cri où l’auteur ne prend pas de gants pour poser les mots. Au fil des quatorze textes, nous rencontrons toute sorte de personnages déroutants, au verbe incisif, dénué de douceur et qui plus est sans fioriture.

Il est question de société, d’état, de sentiments souvent bouleversants mais également impressionnants et on se sent emporté dans ces textes où la folie est assez présente, elle en  rappelle donc bien le titre de l’ouvrage.

L’écriture est précise, fougueuse et mouvante, les émotions nous traversent également fréquemment : "La vie est une autoroute déserte alors j’essaie de me cacher derrière ces mots beaucoup trop sombres." Sombres, oui, ils le sont c’est une évidence marquante.

L’auteur ne triche pas et nous bouscule par ses impressions sur la vie, telle qu’il la ressent. Cet ouvrage se place entre roman et poésie et nous promène aux bras des différents individus, tous victimes de dérèglement intérieur. Mais la question est : qu’est-ce qui provoque ce dérèglement ? L’auteur nous montre en quelques pistes de multiples douleurs qu’il nous décrit par des phases diverses : "Mes maux proviennent du ventre de la réalité" ou bien "Autour de moi c’est la décrue des sentiments" ou encore "Quand je te dis que je ne veux pas d’enfants parce que ce monde est un enfer, ce n’est pas pour te rendre triste, d’ailleurs je les entends qui s’amusent en coulisse, dans le jardin de tes yeux."

ENTRE FOLIE ET DERAISON…

Ce roman peut paraître étrange certes, il peut également déranger et son langage est parfois assez cru. Mais, le rythme ne nous laisse pas sur le bas-côté et nous emporte dans son tourbillon sans faire d’effort. Le titre résonne finalement comme une profonde évidence.

Dans cette série de personnages, chacun cherche son chemin sinon sa vie dans l’entrelacs des difficultés : "Les passants s’affolent en tentant de secouer leur pauvre routine […] Elle est belle ta routine que tu souhaiterais me voir adopter."

Nous sommes ballotés entre folie et déraison,  déséquilibre et démence. Chaque récit en montre un exemple d’une manière ou d’une autre, entre absurdité ou violence, cruauté ou cynisme, impudicité ou pulsions diverses.

On ressent également qu’à travers les différents personnages, l’auteur s’attaque à ses propres souffrances. Le monde tel qu’il le décrit est loin de ressembler à ce qu’il aurait souhaité et à bien y réfléchir n’est-ce pas lui qui a raison ou tout au moins en partie. L’inhumanité qu’il dépeint semble lui apporter du dégout, de la colère et il se débat contre tout ce qui fait ce monde : "Je sens de la démesure je vais me mettre à boire créer des mondes brefs où l’on vivra vieux. Jouer à me perdre dans les océans coléreux." 

Ce récit est un peu un cri de révolte puissant, vif, et je dirai même brutal. Chaque personnage porte une douleur différente des autres dans son destin. Nous ne pouvons que constater l’implication de l’auteur lui-même dans ce récit. L’écriture y est vive et parfois violente mais malgré cela les mots nous emmènent, nous secouent. Cette lecture n’en demeure pas moins un plaisir.

Pour tous ceux que le verbe ne choque pas.
Un bon rapport qualité/prix pour cet ouvrage qui ne manque pas valeur.

Marie BARRILLON

Informations sur le livre :

Titre : Le dérèglement
Auteur : Yann Bourven
Editions : Sulliver
ISBN 13 : 9782351220566
Prix : 11,00 euros

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