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lundi 23 novembre 2009

La barbarie occidentale

« A la différence de n’importe qu’elle autre guerre, une guerre civile possède ses propres règles. Elle ne reconnaît pas l’ennemi dans celui qui porte un autre uniforme, appartient à une autre armée aux signes distinctifs, mais l’adversaire devient celui qui ne vous plaît pas, celui qu’on n’aime pas, celui qui ne vous revient pas. Thouille en est parfaitement conscient. Il sait que nombreux seront ceux qui vont régler leur compte. »
Extrait du livre

FREDERIC, RATANA, LAN… ET LES AUTRES


Il y a Frédéric qui vit au Cambodge depuis cinq ans. Il garde avec lui Ratana qu’il rémunère au mois comme chauffeur, ceci afin de ne plus se faire racketter dans sa voiture privée et de ne pas courir après les taxis peu scrupuleux. Ici c’est un peu chacun pour soi.

Il y a aussi Ra, un enfant de dix ans mais un enfant qui n’a pas vraiment d’attaches, il « n’a rien d’un écolier sauf à considérer la rue comme une école. » Et comme bien d’autre, il n’a ni famille, ni parents, « personne pour le protéger. »

Lim est également un enfant de la rue, un peu trouillard. Ra le prend sous sa protection, il sait se débrouiller et apprendra à Lim les ficelles de la rue, même si elles sont invisibles, elles existent. Il ne faut pas se laisser tout prendre, ils n’ont déjà presque rien. La rue, là-bas, c’est la loi de la survie.

Chandy est la femme de Ratana. Elle travaille dans une usine de confection, dans des conditions inacceptables que nous ne tolérerions pas. Dix heures par jour à coudre des vêtements, six jours sur sept, douze mois par an. Pas de congés, peu de repos. Le « droit de cuissage » est très présent pour peu que les femmes soient jolies.

Suite à l’obtention de ce travail, Chandy doit donner de son salaire « dix pour-cent qu’elle verse à chaque paie à celui qui le lui a procuré. »

Frédéric passe la plupart de ses soirées dans un cloaque où les filles « gagnent » leur vie, leur pain quotidien, leur subsistance. Ce n’est pas qu’il aime cet endroit mais il y retrouve Lan dont « il est amoureux […] Lan, qu’il tente désespérément de racheter et faute d’y être parvenu jusqu’alors il se présente tous les soirs dans l’établissement pour s’assurer qu’une fois de plus […] elle passera la soirée avec lui et le suivra chez lui. »

Dans le même temps et pas très loin, un coup d’état se prépare : « Un coup d’état ne peut s’organiser sans un minimum d’intervenants. »

SEXE, CORRUPTION…

Frédéric reste dans ce lieu où les filles n’ont d’autres possibilités que de s’offrir aux hommes. Les clients y passent et repassent, certains habitués puis « d’autres clients arrivent […] essentiellement des touristes sexuels qui ne craignent pas l’opprobre. » Ici, le tourisme sexuel n’est pas chose rare, il fait presque partie du « décor ».

Frédéric parvient à persuader la patronne de laisser Lan partir avec lui ce soir encore. La patronne l’aime bien, cet homme. Depuis le temps qu’ils se connaissent, et la générosité constante de Frédéric l’aide à accepter : « J’aurai préféré que tu restes, que tu dépenses un peu d’argent chez moi, mais bon, on ne peut rien refuser aux amis. C’est bon, tu peux l’emmener. »

Lan et Frédéric s’éclipsent. Ratana les emmène. Il les conduit sur son motodoubs. Mais, trois hommes en voiture semblent s’amuser à vouloir les faire tomber. C’est devenu un jeu de renverser les étrangers dans cette contrée.

Le « couple » retrouve l’associé de Frédéric dans un bar. Un associé sans vraiment de scrupules. Un associé comme il en faut en Asie, car là-bas « toute négociation qui se respecte se doit, à un moment ou à un autre, finir en ripaille, le plus souvent agrémentée d’un dessert charnel. » La corruption n’est pas omniprésente, non, elle est à tous les coins de rue, faisant partie intégrante du monde des affaires et même de la vie en général.

Puis, il y a l’orphelinat où Ny « réside ». Ce qui s’y déroule est inimaginable. Les bébés séropositifs ne sont pas adoptables. Ils sont purement et simplement sacrifiés. Ny en a eu la preuve et des vertiges, de la haine ont pris naissance en elle : Deux bébés dans une grosse poubelle métallique se trouvaient là. […] La faim et la chaleur dans cet environnement clos et métallique, avaient eu raison de leurs forces. » Ces bébés n’ont pas d’importance dans ce milieu. L’orphelinat se doit d’offrir des enfants « sains » à l’adoption. Ny en a le cœur retourné.

LES EMEUTES…

Dans le même temps, les émeutes commencent dans les rues. Frédéric en est témoin. Nous sommes en 1997, le coup d’état éclate. Les balles fusent de partout. Les gens courent, hurlent. Frédéric se retrouve bloqué dans l’ambassade américaine d’où personne ne peut ni entrer, ni sortir. Ratana, sachant « son patron » en sécurité, se sauve pour retrouver sa famille : « Les protéger. La seule chose, le seul bien qui mérite qu’on se batte pour lui. » Ce n’est pas le moment de traîner, le danger se trouve de tous les côtés.

Tout au long de ce roman, les rebondissement ne manquent pas. On ne s’y ennui pas une seconde. On cherche, on fouine au fil des pages pour trouver ou retrouver tel ou tel personnage. Tous ces destins au cœur de cette contrée si lointaine ne cherchent qu’à survivre entre haine et corruption, pauvreté et prostitution. Ces êtres n’aspirent qu’à vivre mais ils ne font que survivre. Ils n’ont malheureusement pas d’autres choix que de se plier à cet état de fait.

Ce livre est fort et parfois brutal en nous ouvrant les yeux sur ce qui fait cette société.
L’auteur a vécu onze années au Cambodge, « comme tous ceux qui connaissent bien ce pays, il est passé par les différentes phases : ébahissement, adoration, consternation, haine puis réconciliation. Il y a commencé comme journaliste sans même connaître la langue, puis a cherché par tous les moyens à devenir comme ses habitants, à pouvoir se mettre à leur place, à les comprendre. » (Quatrième de couverture)

Bon rapport qualité/prix pour ce roman qui le mérite à plus d'un titre.
Ce roman nous emmène en voyage dans ce pays où nombre d’aberrations peuvent nous révolter.

Marie BARRILLON

Informations sur le livre :

Titre : La barbarie occidentale
Auteur : Jean Wysock
Editions : Amalthée
ISBN 13 : 9782310001083
Prix : 18,00 euros

1 commentaire:

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