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vendredi 15 janvier 2010

Petite cantate à la mère

"Notre histoire, maman, débute à chaque douleur, chaque joie partagées, à chaque bonheur, chaque malentendu, chaque regard de tendresse, chaque silence. Notre histoire commence aux années glorieuses, années de plénitude où tu conduisais ta vie avec une douce détermination. Vinrent les années de déracinement, de maladie. Puis la cassure : la mort de ton mari, et six moi après, le suicide d’un de tes fils. A la fin de ce sinistre été, tu m’accompagnes avant mon départ au loin pour plusieurs mois. Je t’embrasse de toute la force de mon amour et toi, un infini désarroi sur le visage et dans la voix…"
Extrait du livre

LE PLUS BEL AMOUR…

Un des moments sentimentalement le plus difficile à vivre est sans nul doute lorsque, pour des raisons diverses, nous sommes contraints de placer nos parents en maison de retraite afin qu’ils ne soient plus seuls : "Nous prenons le chemin de la maison de retraite. Tu viens y finir ta vie. Tu ne pouvais plus rester seule."

A un moment de la vie, nous devenons un peu les parents de nos parents sans même y avoir pensé. C’est un peu comme si nous changions de "statut familial" : "Me voici désormais à la génération des pères sans même m’être aperçu que j’avais quitté celle des fils, celle que nous n’abandonnons jamais vraiment."

Les années avancent, le déclin pointe. Inévitablement. Le constat se fait avec tristesse. Nos parents si vaillants autrefois, se fatiguent désormais d’un rien. D’un pas de trop. Les gestes deviennent désordonnés, la mémoire se faufile pour parfois disparaître totalement puis revient par petites touches timides.

Le mariage d’un petit-fils rend pour quelques heures une apparente jeunesse. Les plaisirs oubliés réinvestissent leur place première dans les souvenirs et le cœur : "Il arrive quelquefois que les ombres se changent en lumières et les cendres en fleurs. Sur le sable le plus aride, germe toujours la vie rebelle."

A quatre-vingt-dix ans, il est difficile de profiter de grands moments sans que ceux-ci ne laissent de trace. La fatigue d’empresse de reprendre possession du corps. Comment le comprendre après toute une vie active ? Et surtout comment l’accepter ? Le corps se fatigue, la raison se disperse et l’incompréhension s’installe : "Tu ne crois plus aux lendemains qui passent dans le ciel au gré de vents capricieux et tétus. Ils errent incertains et transportent nos vies, nos souffrances et nos joies, éclatent en nous dans le fracas des batailles ou le silence de la solitude."

C’EST BIEN CELUI D’UNE MERE !

L’auteur nous conte son enfance auprès de cette maman qu’il aime tant et qui lui rend cet amour au centuple associé de mille prévenances et tout autant de tendresse. Et en définitive : "Qu’importe ce que l’on est, seul compte ce que l’on aime."
Cette maman il va la choyer comme il se doit, avec patience, jusqu’au bout sans manquer un instant à l’amour qui les unit dans une fusion, je dirai, respectueuse et parfaite mais aussi sans étouffement. Et toujours avec des mots qui offrent des douceurs et distillent de la tendresse tant qu’on peut encore en faire offrande car "les mots sont des fleurs en bouton qui s’ouvrent quand on les prononce. Certains se fanent lorsque meurent ceux qui les énonçaient."

Dans "Petite cantate à la mère" nous partageons la vie et les souvenirs de l’auteur et sa mère avec un plaisir attentif. Nous sommes ravis de croiser au détour de toutes les pages, ou presque, de magnifiques phrases dont voici quelques exemples bien que je ne puisse toutes les citer. Un vrai plaisir pour les yeux et le cœur :

"Le cœur est un coquillage au fond duquel s’entend le chant de la mère."
"Sur la rosée du temps bat le sang de l’attente."
"Pourchassé à travers le temps et l’espace, il faut pouvoir s’enfuir léger sur les chemins, sans autre richesse que son savoir et son intelligence. Partir sans rien, n’emporter que soi-même."
"Nos vrais bagages sont dans notre tête, à l’abri de tout pillage, avec eux nous pouvons aller partout."
"Le cœur est la fleur de soi que chacun porte en lui-même."
"Seule la mort nous délivre de nous-même."
"De leurs mains élégantes, les errances te bercent entre l’espoir et l’illusion."
"Le cœur des pères bourgeonnent, celui des mères fleurit."

Nous avons droit à un véritable hommage dans ce livre qui résonne comme une mélodie. L’être le plus merveilleux pour chacun de nous n’est-ce pas justement notre mère dont cet hommage est le plus légitime et mérité.

Un prix courant pour ce bel ouvrage qui ne manque pas de qualité, tant par le récit que par la présentation dans son ensemble.
Un bon moment de chaleur humaine et d’amour entre cette mère et son fils, qui font vraiment plaisir à lire.

Marie BARRILLON

Informations sur le livre :

Titre : Petite cantate à la mère
Auteur : Denis Lévy-Soussan
Editions : La Cheminante
ISBN 13 : 9782917598030
Prix : 17,00 euros

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