J’ai perdu un bédouin dans Paris, Arthur Essebag
Comme souvent en entamant une
lecture dont je vais faire la chronique, je fais quelques recherches sur
l’auteur de l’ouvrage. Présentement, je ne connais l’auteur que par l’écran de
télévision, depuis longtemps comme tout le monde, et je découvre une chose qui
n’a aucun intérêt pour n’importe qui d’autre, mais qui pour moi résonne très
fort. Arthur Essebag est né le même jour, même mois que ma chère maman, disparue
l’année des attentats de 2015, par ailleurs il est de la même année que mon
frère aîné, soit un an avant moi. C’est absurde ou niais ou stupide pour le
commun des mortels, mais ça retentit dans mon for intérieur. Et les émotions ne
cessent d’amplifier à mesure que j’avance sur ce titre ! Je sais, je suis
(trop) sensible.
Alors qu’on se croyait/pensait dans un monde d’une relative tranquillité, moi en tout cas ayant traversé les années 80/90/2 000, celui-ci s’est éclipsé pour laisser place à une barbarie sans commune mesure. Notre quotidien est happé par des luttes, des attaques où des assauts et autres tueries qui déferlent, chez nous comme ailleurs. Des populations se débattent pour vivre, certaines plutôt pour survivre comme le peuple d’Israël, comme le peuple d’Iran, ou encore les peuples d’Afrique, comme s’il fallait pour chacun ; citoyens individuellement ou peuple dans son entièreté, en passer par là pour faire valoir son droit à exister sur la planète.
On ne retient rien !
Le 7 octobre 2023, c’est un séisme,
un tremblement planétaire, comme le furent en France les attentats de 2015, qui
se sont abattus sur le monde et plus particulièrement sur Israël. Nous avons
tous vu en boucle les images insoutenables de cette tuerie de masse au summum
de la barbarie (je ne vois pas comment le nommer autrement) propagé par le
Hamas et ses sbires terroristes. Après que mes grands-parents m’aient conté
leur vécu en leur temps lors de la Seconde Guerre mondiale, je n’aurais jamais
imaginé que l’on puisse encore voir se perpétrer de tels massacres. L’histoire
ne nous apprendrait-elle donc rien ?
Pour ceux qui ne sont pas de
confession juive, ils en ressentiront de la tristesse, de la colère, du dégoût,
mais finalement peu de combats et peu de soutien, ce qui semble surprenant à
l’heure des réseaux sociaux. On pourrait se dire que justement, les réseaux
sociaux ouvrent chaque jour, d’où que l’on soit, une fenêtre sur le monde.
Alors que pour de trop nombreuses personnes, ce sont des haines innommables et
totalement incompréhensibles qu’ils laissent évacuer. Désolidarisation, haine,
animosités au lieu de fraternité, compassion, empathie ! L’aspect le plus
vil de la gent humaine s’étend sans retenue ni complexe.
L’auteur ici raconte ce drame qui
s’inscrit dans sa chair sans fard ni artifice, sans tricherie, sans travestissement
de la (sa) réalité face ce qui se déroule devant ses yeux (et les nôtres) le 7
octobre : « Mon corps entier
refuse de bouger, il y a une colle invisible entre moi et les images ».
La marche au Trocadéro, le 9
octobre, bien qu’elle ait commencé et se déroule, la foule n’y est pas dense
« il y a de l’espace, trop d’espace.
Un espace qui hurle l’absence ». Il aurait été juste qu’il y ait un
monde difficilement calculable, ne serait-ce que par esprit de solidarité pour
affronter en « frères » l’innommable barbarie qui s’est déroulée au
festival Nova ! Mais non, à croire que c’est, comme c’est le cas de plus
en plus, l’individualisme qui règne dans chaque parcelle de notre pays
dorénavant, voire dans le monde. Chacun pour soi et Dieu pour tous !
D’aucuns pourraient me dire, mais toi, Marie, tu n’y étais pas ! Effectivement, et pour cause ! Mon père était hospitalisé à ce moment, et nous a quittés une semaine après le 7 octobre. Ceci explique cela, même si ces mêmes « d’aucuns » n’y trouvent pas une raison, ou du moins, pas un motif moral acceptable. L’année 2015 et celle de 2023 sont des dates qui, sous couvert de coïncidences, s’entrechoquent ! Je suis humaine ! Une chose est sûre, si j’avais pu, j’y serais allée parce que j’ai aussi des raisons légitimes, il me semble, même si je ne suis pas personnellement de confession juive, des proches, très proches le sont, ce que je respecte haut plus haut point.
Et comment, pour l’auteur, quelques
jours après le 7 octobre, savourer un prix (le
C21 International Drama Awards récompense les meilleures créations scénarisées
au niveau mondial) qui le récompense pour son excellence au milieu d’un
chaos sans nom quand il est à terre ? L’auteur assume et surmonte avec une
force inimaginable qui, elle, arrive de nulle part.
Je loue dans ce récit cette unité
familiale que nous sommes nombreux, bien malgré nous, à ne pas avoir ou ne plus
connaître. C’est véritablement une qualité que j’admire. Je suis submergée
d’émotions lorsqu’il dit s’agissant de sa femme, après une très mauvaise
nouvelle, impensable dans un cerveau sein et structuré : « elle s’effondre dans mes bras. Sans un mot.
Nous pleurons ensemble, longtemps ». Impossible d’être impassible,
sauf à avoir perdu toute humanité !
Émotions... douloureuses !
Il faut être dénué d’humanité pour
ne pas ressentir d’émotions en parcourant un écrit qui hurle de souffrance et
d’afflictions. Et il y en a, en l’occurrence sur les réseaux sociaux, qui se
pavanent en crachant leur venin, et toute la haine viscérale qui les anime,
mais bien évidemment confortablement caché derrière leur écran sous couvert de
leur profil à pseudonyme/anonyme !
On ne me prendra jamais à ce petit cirque de la méchanceté gratuite et injuste, parce que personnellement au-delà de l’origine, de la couleur de peau, de la religion, je ne vois qu’une chose : l’être humain ! Peu importe d’où il vient, qui il est tant qu’il est honnête, sincère, loyal et juste. Le père de mon fils m’appelle depuis toujours : « la mère juive », je l’ai toujours reçu comme un compliment, comme une expression de valeur qui fait honneur à ce que je suis et à ce que je tiens à rester.
Pour ceux qui ne voient que l’animateur
qui fait rire à travers ses émissions, il est bien plus que cela ! C’est
comme tout un chacun, un homme qui vibre, qui souffre, qui se bat, qui se
relève avec force même quand la chute est rude, mais qui ne cherche pas à se
plaindre ou être plaint et ne le montre pas forcément. Il parle dans l’espoir
que les œillères tombent, que les yeux s’ouvrent, que les oreilles entendent.
Comme il le dit : « on peut être profondément attaché à Israël
et refuser catégoriquement qu’il soit gouverné par ceux qui foulent aux pieds
ce qu’il a de précieux » tout comme en France, me permettrais-je de
dire. Ce n’est pas parce qu’on aime son pays au plus haut point qu’on adhère
obligatoirement à ceux qui le dirigent, le salissent, l’humilient, le condamnent
au mépris de son peuple.
Selon le dicton partagé par
l’auteur dans ces pages : « Israël, petit pays, immense
famille », si tous les peuples pouvaient tenir un tel discours de même que
les actes, comme le monde serait en paix ! Je savoure aussi
particulièrement le véritable voyage que nous propose Arthur au cœur de ce pays
si loin et tellement beau par les descriptions qu’il en fait.
J’ai lu « J’ai perdu un bédouin dans Paris » presque d’une traite, mais il m’a fallu faire une pause indispensable arrivée à mi-chemin tant il est prenant, fort et percutant, émotionnellement puissant, les mots s’accrochent au cœur inévitablement, mais ils sont si lourds qu’il me faut suspendre ma lecture pour prendre le temps de les digérer !
Pour écrire un tel témoignage, il
faut vraiment, à mon humble avis, être en capacité de sortir toutes ses trippes !
Déjà, écrire un livre ce n’est pas simple, mais là il faut puiser loin au plus
profond de soi.
Je plussoie l’hommage en toute fin,
que ce soit pour sa mère, son épouse, ses enfants, en particulier et le monde
en général, et ce qu’il souhaite laisser : « la capacité d’habiter le monde sans s’éteindre [...] C’est le droit de
ressentir. C’est le droit d’être tendres dans un monde dur ». Et j’exècre
au plus haut point les divers harcèlements, lynchages, insultes, menaces dont
il a été victime, ces mêmes méfaits dont d’autres sont aussi la cible.
Lisez ce livre pour comprendre qui
il est en dehors du « show », un homme de cœur qui se dévoile comme
rarement, voire jamais dans les médias, et qui mérite d’être... aimé, apprécié,
estimé avec la plus grande des sincérités, reconnu pour ses valeurs !
Que le ciel ou qui que ce soit qui l'occupe protège chacun, tous, vous, nous, le monde !
Quelques
phrases relevées au cours de ma lecture :
- « Et moi,
je ne suis pas prêt »
- « Un cri
qu’on pensait ne plus jamais devoir entendre »
- « Comment
fêter quoi que ce soit quand l’innocence elle-même est prise pour cible ? »
- « 1 200 morts, dans un pays si petit... ce
n’est pas une abstraction. »
- « Le vrai
poison, ce n’est pas l’ignorance, ce n’est pas l’indifférence. C’est le rire.
Celui qui vous nie ».
- « Ce
n’est pas la violence qui blesse le plus. C’est l’abandon. L’effacement
progressif de ceux qu’on croyait proches. »
- « Je suis
là, mais dissous. Un pantin bien habillé ».
-
« Israël n’est pas une anomalie. C’est une leçon. Un paradoxe
vivant. »
- « le
7 octobre, ce ne sont pas seulement des vies que les monstres du Hamas ont voulu effacer. C’est ce que nous
sommes devenus : debout, vivants, fiers. »
-
« Aujourd’hui tout est inversé. La décence. La vérité. Quelque chose se
défait. La haine se montre nue, sans fard, partout. »
- « Il
arrive un moment où tu dois choisir. Choisir d’être complice. Ou choisir d’être
libre. »
-
« J’ai besoin d’air. Je me lève. Pas par envie. Parce que parfois, il faut
juste marcher pour ne pas s’effondrer. »
-
« Même au cœur de la souffrance, il y aura toujours une lueur
d’espoir. »
Marie BARRILLON
Informations
sur le livre :
Titre : J’ai perdu un bédouin dans Paris
Auteur : Arthur
Essebag
Éditions : Grasset
ISBN : 9782246844785
Format
broché : Amazon
Format Kindle : 9782246844792
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