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dimanche 25 janvier 2026

J’ai perdu un bédouin dans Paris, Arthur Essebag

J’ai perdu un bédouin dans Paris,  Arthur Essebag

Comme souvent en entamant une lecture dont je vais faire la chronique, je fais quelques recherches sur l’auteur de l’ouvrage. Présentement, je ne connais l’auteur que par l’écran de télévision, depuis longtemps comme tout le monde, et je découvre une chose qui n’a aucun intérêt pour n’importe qui d’autre, mais qui pour moi résonne très fort. Arthur Essebag est né le même jour, même mois que ma chère maman, disparue l’année des attentats de 2015, par ailleurs il est de la même année que mon frère aîné, soit un an avant moi. C’est absurde ou niais ou stupide pour le commun des mortels, mais ça retentit dans mon for intérieur. Et les émotions ne cessent d’amplifier à mesure que j’avance sur ce titre ! Je sais, je suis (trop) sensible.

Alors qu’on se croyait/pensait dans un monde d’une relative tranquillité, moi en tout cas ayant traversé les années 80/90/2 000, celui-ci s’est éclipsé pour laisser place à une barbarie sans commune mesure. Notre quotidien est happé par des luttes, des attaques où des assauts et autres tueries qui déferlent, chez nous comme ailleurs. Des populations se débattent pour vivre, certaines plutôt pour survivre comme le peuple d’Israël, comme le peuple d’Iran, ou encore les peuples d’Afrique, comme s’il fallait pour chacun ; citoyens individuellement ou peuple dans son entièreté, en passer par là pour faire valoir son droit à exister sur la planète. 

On ne retient rien !

Le 7 octobre 2023, c’est un séisme, un tremblement planétaire, comme le furent en France les attentats de 2015, qui se sont abattus sur le monde et plus particulièrement sur Israël. Nous avons tous vu en boucle les images insoutenables de cette tuerie de masse au summum de la barbarie (je ne vois pas comment le nommer autrement) propagé par le Hamas et ses sbires terroristes. Après que mes grands-parents m’aient conté leur vécu en leur temps lors de la Seconde Guerre mondiale, je n’aurais jamais imaginé que l’on puisse encore voir se perpétrer de tels massacres. L’histoire ne nous apprendrait-elle donc rien ?

Pour ceux qui ne sont pas de confession juive, ils en ressentiront de la tristesse, de la colère, du dégoût, mais finalement peu de combats et peu de soutien, ce qui semble surprenant à l’heure des réseaux sociaux. On pourrait se dire que justement, les réseaux sociaux ouvrent chaque jour, d’où que l’on soit, une fenêtre sur le monde. Alors que pour de trop nombreuses personnes, ce sont des haines innommables et totalement incompréhensibles qu’ils laissent évacuer. Désolidarisation, haine, animosités au lieu de fraternité, compassion, empathie ! L’aspect le plus vil de la gent humaine s’étend sans retenue ni complexe.

L’auteur ici raconte ce drame qui s’inscrit dans sa chair sans fard ni artifice, sans tricherie, sans travestissement de la (sa) réalité face ce qui se déroule devant ses yeux (et les nôtres) le 7 octobre : « Mon corps entier refuse de bouger, il y a une colle invisible entre moi et les images ».

La marche au Trocadéro, le 9 octobre, bien qu’elle ait commencé et se déroule, la foule n’y est pas dense « il y a de l’espace, trop d’espace. Un espace qui hurle l’absence ». Il aurait été juste qu’il y ait un monde difficilement calculable, ne serait-ce que par esprit de solidarité pour affronter en « frères » l’innommable barbarie qui s’est déroulée au festival Nova ! Mais non, à croire que c’est, comme c’est le cas de plus en plus, l’individualisme qui règne dans chaque parcelle de notre pays dorénavant, voire dans le monde. Chacun pour soi et Dieu pour tous !

D’aucuns pourraient me dire, mais toi, Marie, tu n’y étais pas ! Effectivement, et pour cause ! Mon père était hospitalisé à ce moment, et nous a quittés une semaine après le 7 octobre. Ceci explique cela, même si ces mêmes « d’aucuns » n’y trouvent pas une raison, ou du moins, pas un motif moral acceptable. L’année 2015 et celle de 2023 sont des dates qui, sous couvert de coïncidences, s’entrechoquent ! Je suis humaine ! Une chose est sûre, si j’avais pu, j’y serais allée parce que j’ai aussi des raisons légitimes, il me semble, même si je ne suis pas personnellement de confession juive, des proches, très proches le sont, ce que je respecte haut plus haut point.

Et comment, pour l’auteur, quelques jours après le 7 octobre, savourer un prix (le C21 International Drama Awards récompense les meilleures créations scénarisées au niveau mondial) qui le récompense pour son excellence au milieu d’un chaos sans nom quand il est à terre ? L’auteur assume et surmonte avec une force inimaginable qui, elle, arrive de nulle part.

Je loue dans ce récit cette unité familiale que nous sommes nombreux, bien malgré nous, à ne pas avoir ou ne plus connaître. C’est véritablement une qualité que j’admire. Je suis submergée d’émotions lorsqu’il dit s’agissant de sa femme, après une très mauvaise nouvelle, impensable dans un cerveau sein et structuré : « elle s’effondre dans mes bras. Sans un mot. Nous pleurons ensemble, longtemps ». Impossible d’être impassible, sauf à avoir perdu toute humanité ! 

Émotions... douloureuses !

Il faut être dénué d’humanité pour ne pas ressentir d’émotions en parcourant un écrit qui hurle de souffrance et d’afflictions. Et il y en a, en l’occurrence sur les réseaux sociaux, qui se pavanent en crachant leur venin, et toute la haine viscérale qui les anime, mais bien évidemment confortablement caché derrière leur écran sous couvert de leur profil à pseudonyme/anonyme ! 

On ne me prendra jamais à ce petit cirque de la méchanceté gratuite et injuste, parce que personnellement au-delà de l’origine, de la couleur de peau, de la religion, je ne vois qu’une chose : l’être humain ! Peu importe d’où il vient, qui il est tant qu’il est honnête, sincère, loyal et juste. Le père de mon fils m’appelle depuis toujours : « la mère juive », je l’ai toujours reçu comme un compliment, comme une expression de valeur qui fait honneur à ce que je suis et à ce que je tiens à rester.

Pour ceux qui ne voient que l’animateur qui fait rire à travers ses émissions, il est bien plus que cela ! C’est comme tout un chacun, un homme qui vibre, qui souffre, qui se bat, qui se relève avec force même quand la chute est rude, mais qui ne cherche pas à se plaindre ou être plaint et ne le montre pas forcément. Il parle dans l’espoir que les œillères tombent, que les yeux s’ouvrent, que les oreilles entendent.

Comme il le dit : « on peut être profondément attaché à Israël et refuser catégoriquement qu’il soit gouverné par ceux qui foulent aux pieds ce qu’il a de précieux » tout comme en France, me permettrais-je de dire. Ce n’est pas parce qu’on aime son pays au plus haut point qu’on adhère obligatoirement à ceux qui le dirigent, le salissent, l’humilient, le condamnent au mépris de son peuple.

Selon le dicton partagé par l’auteur dans ces pages : « Israël, petit pays, immense famille », si tous les peuples pouvaient tenir un tel discours de même que les actes, comme le monde serait en paix ! Je savoure aussi particulièrement le véritable voyage que nous propose Arthur au cœur de ce pays si loin et tellement beau par les descriptions qu’il en fait.

J’ai lu « J’ai perdu un bédouin dans Paris » presque d’une traite, mais il m’a fallu faire une pause indispensable arrivée à mi-chemin tant il est prenant, fort et percutant, émotionnellement puissant, les mots s’accrochent au cœur inévitablement, mais ils sont si lourds qu’il me faut suspendre ma lecture pour prendre le temps de les digérer ! 

Pour écrire un tel témoignage, il faut vraiment, à mon humble avis, être en capacité de sortir toutes ses trippes ! Déjà, écrire un livre ce n’est pas simple, mais là il faut puiser loin au plus profond de soi.

Je plussoie l’hommage en toute fin, que ce soit pour sa mère, son épouse, ses enfants, en particulier et le monde en général, et ce qu’il souhaite laisser : « la capacité d’habiter le monde sans s’éteindre [...] C’est le droit de ressentir. C’est le droit d’être tendres dans un monde dur ». Et j’exècre au plus haut point les divers harcèlements, lynchages, insultes, menaces dont il a été victime, ces mêmes méfaits dont d’autres sont aussi la cible.

Lisez ce livre pour comprendre qui il est en dehors du « show », un homme de cœur qui se dévoile comme rarement, voire jamais dans les médias, et qui mérite d’être... aimé, apprécié, estimé avec la plus grande des sincérités, reconnu pour ses valeurs !

Que le ciel ou qui que ce soit qui l'occupe protège chacun, tous, vous, nous, le monde !

 

Quelques phrases relevées au cours de ma lecture :

- « Et moi, je ne suis pas prêt »

- « Un cri qu’on pensait ne plus jamais devoir entendre »

- « Comment fêter quoi que ce soit quand l’innocence elle-même est prise pour cible ? »

- «  1 200 morts, dans un pays si petit... ce n’est pas une abstraction. »

- « Le vrai poison, ce n’est pas l’ignorance, ce n’est pas l’indifférence. C’est le rire. Celui qui vous nie ».

- « Ce n’est pas la violence qui blesse le plus. C’est l’abandon. L’effacement progressif de ceux qu’on croyait proches. »

- « Je suis là, mais dissous. Un pantin bien habillé ».

- « Israël n’est pas une anomalie. C’est une leçon. Un paradoxe vivant. »

- « le 7 octobre, ce ne sont pas seulement des vies que les monstres du  Hamas ont voulu effacer. C’est ce que nous sommes devenus : debout, vivants, fiers. »

- « Aujourd’hui tout est inversé. La décence. La vérité. Quelque chose se défait. La haine se montre nue, sans fard, partout. »

- « Il arrive un moment où tu dois choisir. Choisir d’être complice. Ou choisir d’être libre. »

- « J’ai besoin d’air. Je me lève. Pas par envie. Parce que parfois, il faut juste marcher pour ne pas s’effondrer. »

- « Même au cœur de la souffrance, il y aura toujours une lueur d’espoir. »

Marie BARRILLON

Informations sur le livre :

Titre : J’ai perdu un bédouin dans Paris

Auteur : Arthur Essebag

Éditions : Grasset

ISBN : 9782246844785

Format broché : Amazon 

Format Kindle : 9782246844792

mercredi 21 janvier 2026

Journal d'un prisonnier, Gilles-William Goldnadel

Journald’un prisonnier, Gilles-William GOLDNADEL                 

Cet ouvrage commence par une note d’avertissement : « Ce nouveau journal n’a pas été rédigé par un diariste insouciant, mais par un captif angoissé. Il doit donc être regardé avec distance comme un témoignage imparfait pour exorciser le présent. » À ces mots, je comprends, sans même les valider une toute petite seconde, certains avis négatifs que j’ai pu lire sur Babelio ou Bookreads ! Les auteurs desdits avis n’ont soit pas lu cet avertissement soit n’en ont pas tenu compte. D’où la raison pour laquelle je le précise pour vous lecteurs ou futurs lecteurs de cet ouvrage.

Après avoir lu « Journal de guerre », je ne me voyais pas passer à côté de celui-ci reçu le jour de Noël, comme un cadeau pour l’occasion. Bien heureuse, j’en ai commencé la lecture. Je l’ai un peu laissé de côté ensuite le temps de lire et chroniquer d’autres ouvrages qui m’attendaient depuis quelque temps ou plus longtemps. Cette fois, je suis allée au bout de ces 308 pages réelles si on décompte les pages d’informations d’usage, sources et table des matières. 

Dès les premières pages, je suis plus comblée que surprise, car je ne relève pas de défaut de ponctuations qui règne souvent dans les livres. Et, en l’occurrence, que je suis amenée à corriger lorsque dans mon « travail alimentaire » mes clients (auteurs) font appel à moi. C’est heureux de pouvoir lire sans s’interroger sur le sens des phrases à cause de virgules mal positionnées ou absentes. Pour un lecteur lambda, ça n’a peut-être pas d’importance, mais sous mon regard acéré, c’est une grande qualité d’une part et reposant d’autre part. Par contre, pour certains, cet ouvrage pourrait s’avérer quelque peu malaisé à lire, car le lexical ne sera pas forcément à leur portée si leur vocabulaire courant n’est pas suffisamment développé.

Il ne faut pas pendre le titre au sens littéral, tel un détenu de notre monde. Il pourrait sembler exagéré, car il ne s’agit pas de détention comme on les connait dans nos prisons, mais plutôt dans cette fiction d’une incarcération dans un « Centre du bien » géré par la « Police du bien », il manquerait plus que notre civilisation en arrive là !

On ne peut que ressentir une impression ou une sensation pour l’auteur d’être enserré dans une époque qu’il estime, à juste titre, hostile où la société se fractionne. On y ressent de toute évidence le sentiment d’étouffement de l’auteur qui se sent en décalage avec l’atmosphère, aussi bien médiatique qu’intellectuelle et sociétale du moment. Au fil des pages, le narrateur partage ce qu’il ressent quant à la situation actuelle, ses réactions face à l’actualité, ses colères en passant par ses inquiétudes (légitimes) et ses convictions (profondes) parfois avec beaucoup d’humour qui, lui, peut être cinglant et/ou virulent, voire les deux à la fois.

J’en arrive rapidement au sept octobre, bien que douloureux pour le peuple d’Israël que j’ai soutenu en pensées, cette peine a été contrecarrée par la disparition de mon père une semaine plus tard. Le cœur a-t-il assez de place pour entasser autant de peine à la fois ? J’en doute, mais j’ai accolé les deux. Peut-être que la première a fait passer plus « tranquillement » la seconde. J’en doute aussi parce qu’elle ne s’est pas effacée, pas plus l’une que l’autre. En tout cas, ces deux peines se sont mêlées, c’est indubitable, mais là n’est pas le sujet.

Les différents protagonistes sont hautement ridiculisés et Dieu que ça fait du bien d’en rire. Les mots ne sont pas égrainés au hasard ayant chacun sa source, son origine, sa destination, c’est selon. Mais, une chose est certaine, on ne peut ôter à l’auteur sa droiture et son honnêteté, sa loyauté et sa franchise.

De l’humour aussi corrosif au sarcasme jouissif, l’écrit est lâché comme un vilain poison, mais le sourire est tout de même là, parfois le rire ne se contrôle pas. L’auteur nous gratifie de sa malice légendaire avec de bons mots et autres termes bien choisis. Connaissant le personnage, on en attend pas moins !

Les arroseurs arrosés ! 

Heureusement que la majorité des citoyens ne sont pas à l’image de cette « rance insoumise », même si cette dernière est bien trop présente dans notre quotidien ! On pourrait y voir quelques règlements de compte, ce ne serait pas un affront.

La police du bien...

Celle-ci nous fait rire avec sa liste d’interdits dans son « Guide lexical du Bien » et autres « Mots conceptuels prohibés », que je vous laisserai découvrir.

Le style rédactionnel est volontaire, même direct et provocateur, disons-le, ce qui ressemble bien à Gilles-William Goldnadel. Qu’on apprécie ou pas l’auteur, il ne peut pas lui être reproché d’être insincère dans ses propos tels qu’on les lui connaît déjà.

On notera un ensemble d'invectives contre la société qui pourrait en déranger certains voyant dans ce fait un acharnement contre ladite société qui est la nôtre. Le monde change, il bouge souvent dans un sens lorsqu'on aimerait le voir apaisé. Tous les délires idéologiques que nous traversons sont disséqués apportant des passages instructifs sans se départir d'une ironie acérée qui oscille  entre subtilité et exagération. L’absurde n'est pas toujours là où on le pense.

Cet ouvrage n’est certes pas un roman, mais plutôt un ouvrage qui mêle le récit au témoignage où l’auteur s’ouvre, refusant de garder le silence, préférant miser sur « sa » liberté d’expression avec courage au risque de déplaire à certains.

En toute sincérité, « Journal d’un prisonnier » est à lire indubitablement !


Quelques phrases relevées au cours de ma lecture :

- Je suis un Juif plus mort que vif.

- L’humiliation d’être redevenu un Juif souffrant alors que je me figurais combattant.

- Mon improbable lecteur a éventuellement lu mon « Journal de guerre ». Celui-ci m’a provisoirement ressuscité.

- Je défendais mes deux pays, mes deux peuples. Mécaniquement.

- Tu vas devoir en rabattre avec ta novice virilité.

- vous avez jeté de l’huile idéologique frelatée sur le feu du conflit passionnel.

- Je retire mon jeu de mots facile sur la pieuvre dont je me garde par ailleurs de manger la substance, ne serait-ce que par respect pour son intelligence.

 Marie BARRILLON

 

Informations sur le livre :

Titre : Journal d’un prisonnier

Auteur : Gilles-William GOLDNADEL

Éditions : Fayard

Format broché : ISBN 978-2213726168

Format Kindle : ISBN 9782213728537

Pas de format audio pour cet ouvrage, ce qui est bien dommage.



samedi 17 janvier 2026

Les gens..., Agnès Martin-Lugand

Les gens heureux lisent et boivent du café, Agnès Martin-Lugand

Pour commencer, je dois avouer et me rendre à l’évidence qu’il me faut absolument cesser de lire les avis lecteurs avant de me pencher et d’entamer une lecture. Certains avis, les négatifs, sont fortement injustes. Pas nécessairement envers l’auteur, et dans le cas présent sur les dénigrements prononcés envers l'histoire qui pour certains ne tiennent pas la route ! Vous l'aurez compris, je ne suis pas d'accord. Plus un ouvrage est dénigré, plus j'ai envie de le lire ! Esprit de contradiction ? Peut-être !

Elle s’appelle Diane... ils s'appelaient Colin et Clara

Quant au détour de la vie tout bascule, on peut être tenté de tout quitter pour chercher à se retrouver, ou du moins pour retrouver des repères. Sauf qu’il n’est pas aisé de retrouver ceux qui ce sont effacés, quoi que l’on fasse, il ne sont plus là.

Face à l’hécatombe, chacun réagit à sa manière, les uns sont anéantis sans plus aucune force, d’autres seront plutôt dans la bataille pour vaincre le « mal » qui les ont transpercés, d’autres encore pleureront toutes les larmes de leur corps jusqu’à ce que l’œil asséché n’en a plus à verser. 

Ici, Diane après avoir végété et s’être cloisonnée dans la noirceur que lui procure le drame s’écarte de tout : « La pénombre était ma meilleure amie ». Pour surmonter ce qui met à plat sa vie autant que sa personne, elle décide de s’exiler loin, très loin, quoi de mieux qu’une île. Pour ce faire, elle opte pour petit patelin en Irlande. Son meilleur ami, Félix, ne croit pas un instant qu’elle en est capable et est persuadé que ce n’est pas la bonne méthode pour revivre, surtout lorsqu’on a tout perdu : « je ne te donne pas deux jours. Tu vas revenir toute penaude et tu me supplieras de t’emmener au soleil ». Il n’en sera rien !

Comme elle est incapable de choisir où aller, où trouver un point de chute, elle décide de s’en remettre au hasard, les yeux fermés elle pointe la carte devant elle : « Le hasard avait choisi le plus petit village possible, l’écriture était à peine lisible sur la carte. « Mulranny ».

Pour ceux qui ne connaissent pas, je vous épargne une recherche. Mulranny est une ville du comté de Mayo en Irlande. La plage de Mulranny se compose d'une étendue de sable de bonne taille soutenue par des galets et des rochers (source Nature Photographie).

Ce que j’en pense...

Dans les premières pages, j’ai eu un peu de mal à me lover dans l’histoire. Le drame traversé par Diane était trop prenant pour moi. Après plusieurs années en possession de l’ouvrage, il m’a fallu attendre ma troisième tentative pour enfin parvenir à le lire dans son entier. À partir de là, je l’ai lu d’une traite sans aucun arrêt ou coupure longue.

Je le dis souvent, les lectures trouvent écho ou non suivant notre état d’esprit. Quand un livre ne passe pas, ce n’est pas nécessairement qu’il n’est pas bon, souvent c’est dû à notre état d’esprit qui n’est pas en adéquation avec le sujet/l’histoire pour moult raisons. La preuve, j’étais réticente avec celui-ci, et finalement je suis ravie de l’avoir lu, mais surtout de l’avoir apprécié.

L’histoire, les personnages, l’environnement, tout est attachant. Les émotions sont au rendez-vous aussi bien la tristesse que la tendresse, l’amitié et l’amour, les colères et les sentiments, la complicité et parfois l’hostilité. Mon seul bémol (qui n’en est pas vraiment un) est que j’espérais une autre fin quelque peu différente. Mais, n’est-ce pas ce qu’il y a dans le suivant une continuité avec « La vie est facile, ne t'inquiète pas » d’après ce que j’ai compris. Et ça tombe bien, j’ai aussi ce titre dans ma PAL.

Je n’en dirai pas plus pour ne pas révéler le contenu. L’écriture est bien maîtrisée, le déroulé ne fait pas pleurer dans les chaumières, même s’il s’y trouve de forts passages d’émotions intenses.

Mais, sans hésiter, si votre mental est en phase, lisez-le ! Et pour ceux qui n'ont pas la chance de lire l'ouvrage, il existe en version audio.


Quelques phrases relevées au cours de ma lecture :

- Je voulais dormir, le sommeil me ferait oublier.

- L'odeur sucrée me tira quelques larmes d'un réconfort morbide.

- La pénombre était ma meilleure amie.

- Certaines choses ne changaient pas, comme ma technique pour faire mes valises.

- Tout le monde comprend ce que tu endure. Mais, ce n'est pas une raison pour t'éteindre. Ça fait un an qu'ils sont partis, il est temps de vivre.

- Je faisais tout pour réintégrer le monde des vivants et ne plus sombrer dans des délires paranoïaques.


Marie BARRILLON

 

Informations sur le livre :

Titre : Les gens lisent et boivent du café

Auteur : Agnès Martin-Lugrand

Éditions : Michel Lafon (ISBN 978-2749919980)

Format poche : ISBN 9782266300872

Format Kindle : ISBN 9782749919997

Format Audio : ISBN B0C69NP624

vendredi 16 janvier 2026

Ils n'ont rien vu, Andrea Mara

Ils n’ont rien vu, Andrea Mara

J'ai noté ce titre grâce à « au.fil.des.livres » sur Instagram (je la cite avec son accord).

Je n'ai pas été particulièrement emballée par la couverture qui offre peu d’intérêt, mais bien plus attirée par le titre et la quatrième de couverture. Ce qui compte à mon avis, ce n’est pas l’extérieur (parfois trompeur), mais bien ce qui se cache à l’intérieur (comme pour les êtres qui nous entourent).

Qui est Andrea Mara ?

Auteure irlandaise, récompensée par le prix du roman policier irlandais de l’année 2001 et du prix du Gujan Thriller Festival de 2024. Il est dit que ses romans sont traduits en plusieurs langues et sont des best-sellers. Elle tient également un blog, sous le nom de « OfficeMum.ie » dédié à la parentalité et au bien-être. On peut la suivre sur Instagram sous le nom @andreamaraauthor.

Concernant l’ouvrage « Ils n’ont rien vu »...

La disparition d’une des fillettes de Sive ? Ça commence bien !  Il est fin de tirer sur la corde sensible du lecteur. Rien que par ce début, on n’a pas envie de lâcher cette lecture ! Pourquoi, me direz-vous ? Simplement parce que dès que cela touche à des enfants, notre trouillomètre active notre radar de la sensibilité qui se met en marche illico presto. On veut savoir où est passée Faye, six ans, disparue dans un wagon de métro parmi la foule.

Cette histoire n’est ni absurde ni invraisemblable, elle fait plutôt transpirer dans l’attente de démêler tout le nœud jusqu’à la dernière page. On ne peut que noter la subtilité de l’auteur et l’aisance qu’elle a à tenir le lecteur en haleine entre fausses pistes, mensonges, soupçons. Qu’est-ce qui est vrai, qu’est-ce qui ne l’est pas ?

Nous découvrons des personnages qui n’ont pas que des qualités bienséantes et/ou bienfaitrices véritablement. Notons que nos amis, ceux que nous voyons comme tel, le sont-ils vraiment ?

Dans « Ils n’ont rien vu », on peut voir de la haine, des amis ou faux amis, de la jalousie, des mensonges, pour se clore sur une fin à laquelle on ne s’attend pas, mais qui a tout son effet. 

Toutefois, quelques bémols...

Les retours arrière alternés avec le présent sont incessants rendant la lecture de l'ouvrage terriblement longue inutilement, et sont presque pénibles, ce qui risque de ne pas encourager certains à poursuivre.

À mon sens, cela casse le rythme dans une histoire qui tire en longueur. On notera également quelques redondances comme concernant les dires de Sive : « Elle n'avait jamais eu de personnel sous sa responsabilité ». Nombre de lecteurs lambda pourraient abandonner en cours de route et/ou sauter des chapitres pour en arriver au nœud du problème afin de savoir qui et pourquoi la petite Faye a-t-elle été enlevée.

Mais, comme je suis têtue, j'ai pris « mon mal en patience » pour arriver au bout parce que je n'abandonne pas une lecture, ne serait-ce que par respect pour l'auteur, et comme je le suis moi-même, je sais le travail que cela représente.

Il y a aussi beaucoup d'interrogations du style « et si..., et si..., et si... », suivi de questionnements sans nécessairement de réponses. Ça tire en longueur entre verres, pintes, pancakes, déjeuners, dîners, x cafés ingurgités, les tétées du petit dernier et autres scènes assez quotidiennes... et j'en passe. 

S'agissant des personnages de ce groupe d'amis, chacun y va de son ego surdimensionné quant à sa réussite aussi bien professionnelle que personnelle et sociale. Tous se croient meilleurs que les autres à des niveaux différents. Ils sont amis, mais finalement, ils sont des ennemis.

Les scènes semblent longues alors que (par exemple) entre les chapitres indiquant l'heure, le 43 (il est 15h37) et le 44 (il est 15h49), il ne s'est écoulé que 8 minutes. Je n’ai pas été jusqu’à tous les vérifier, mais là précisément, ça m’a sauté aux yeux. Puis, au chapitre 46 sur la suite de la disparition de l'enfant, il est indiqué 16h52, il s'étend sur une longue conversation jusqu'au chapitre 47 qui indique 17h. Je ne peux que constater qu'il y a une forte incohérence dans le déroulé de l'histoire quant au temps écoulé qui ne se correspond pas. C'est dommage, car l'ensemble est bien écrit.

 À la toute fin, des remerciements s’étendent sur sept pages, du jamais vu, il me semble ! Puis, suivi de trois pages annonçant le prochain roman d'un autre auteur.

J'ai également relevé des défauts tels que des mots manquants, je ne saurais dire si c'est dû à une défaillance de la seule traduction, mais je partage quelques-unes des phrases relevées telles qu'elles sont présentes dans le livre :

  - "Je ne sais pas s'ils sont très intéressants, mais c'est le type de nouvelles qui pousse les gens à se dire que c'est qu'il ne se passe rien de plus sérieux dans le monde."

- "Jude avait à environ cinq ans de moins qu'elle..."

- "Il réussit à ôter son sweet à et à le nouer autour de sa taille."

"Je pense que vos collègues du barreau seraient curieux connaître la manière..."

- "Ce sont tous les deux narcissiques égocentriques."

Sur ce dernier point, je dirai que c'est une déformation professionnelle comme on dit. Le genre de choses qui me sautent aux yeux puisque cela fait partie de mon activité quotidienne.

En conclusion :

Bien que je ne sois pas particulièrement adepte de thrillers, de policiers ou autres thèmes du même genre, sauf peut-être les ouvrages de Patricia Mac Donald, j’ai apprécié cette lecture qu’avait recommandée la lectrice chroniqueuse/bloggeuse sur Instagram citée plus avant.

 

Quelques phrases relevées au cours de ma lecture :

- Mentir pour de petites choses sous-entend qu'on est susceptible de mentir pour des choses plus graves.

- ce n’est pas parce que quelqu’un d’autre souffre plus que toi, que tu ne souffres pas pour autant.

- Il y a toujours quelqu’un de plus malheureux que nous.

- je pensais connaître tout un tas de choses à ne pas faire en tant que parent.

- Il y a deux façons de procéder : le pousser à mentir ou lui donner l'occasion de dire la vérité.

Marie BARRILLON


Informations sur le livre :

Titre : Ils n’ont rien vu

Auteur : Andrea Mara

Éditions : Mera Éditions (ISBN : 9782487149137)

Éditions : Points (ISBN : 9791041425365)

Format Kindle : xxx

Livre audio : Audible Studios 

mercredi 7 janvier 2026

La vie interdite, Didier Van Cauwelaert

 

La vie interdite, Didier Van Cauwelaert

Didier Van Cauwelaert n’est plus à présenter dans le milieu littéraire ayant largement fait ses preuves avec un nombre incalculable de romans, récits, essais, nouvelles, en passant par la scénarisation, le théâtre, sans compter sa filmographie, les adaptations de ses ouvrages au cinéma et/ou la télévision et la quinzaine de distinctions (prix divers). J’apprécie de le lire depuis le premier jour où je l’ai découvert. J’ai nombre de ses ouvrages, bien que je ne les ai pas encore tous lus. Je l’apprécie d’autant plus qu’il semble être un personnage discret. Alors aujourd’hui, j’ai pioché au hasard dans ma bibliothèque pour en extirper l’un d’eux qui m’attendaient sagement. Les autres attendront encore un peu leur tour.

Dans ce roman, on notera dans un premier temps, l’aspect surprenant d’aborder un tel sujet, puis finalement on se laisse aisément emporter, voire charmé par la voix du personnage principal. Dès le début, on se sentirait presque pris par la main par Jacques, le personnage central, au fil des pages pour le suivre et... savoir. 

Savoir quoi ?

L’impensable, l’inimaginable, le possible ou l’impossible, ce qui peut être ou n’est peut-être pas. La finesse de l’auteur se trouve intacte. Elle pourrait s’étioler au vu du nombre d’ouvrages, mais que nenni, le plaisir est toujours aussi présent que la première fois où je l’ai lu, il y a fort longtemps, et au cours des années suivantes.

Si le sujet de la vie après la mort est le fil principal de ce roman, il parle également de divers aspects, comme la mémoire liée aux proches disparus et le désert que leur absence a provoqué pour les vivants, les souvenirs sont aussi de la partie.

À trente-quatre ans, Jacques mène une vie peu ordinaire entre une femme, un fils, une maîtresse secrète sans l’être vraiment et la peinture. Il a déserté la maison familiale pour se cloîtrer dans sa caravane, installé dans la cour de la propriété, dans laquelle il partage des moments intimes avec sa maîtresse et un lieu où il trouve la paix pour s’adonner à sa passion (la peinture), laissant les rênes de l’entreprise familiale à Madame.

Puis, à brûle-pourpoint, il décède d’une rupture d’anévrisme en pleine nuit aux côtés de sa maîtresse qui au matin l’embrasse avant de partir précipitamment sans même se rendre compte de l’évidence. Il se voit alors d’en haut, du dessus du frigo plus précisément. Il observe et s’observe. Se lançant dans des analyses de ce qu’il a vécu, de ce qui est, et de ce qui pourrait être maintenant dans ce moment fatidique.

En conclusion :

Le style d’écriture magistral reste admirablement plaisant à lire offrant une compréhension sans la moindre difficulté tout en mêlant émotions, humour et légèreté sur un sujet qui pourrait sembler lourd pour certains. Au fil de la lecture, nous retiendrons quelques passages très juste sur la vie et la mort ainsi que sur l’amour. De sorte que lire cet ouvrage pourra amener le lecteur à avoir certaines réflexions pas forcément évidentes au quotidien, néanmoins il en donne une bonne base.

D’aucuns, dans les avis lecteurs, disent qu’il est sans doute l’un des meilleurs, sinon le meilleur des romans de Didier van Cauwelaert. Pour ma part, je ne m’avancerai pas en ces termes, sachant que je ne les ai pas tous lus, mais en tout cas, une fois de plus, je n’ai absolument pas été déçue.

Je recommande cette lecture sans la moindre hésitation, car c’est un roman fort agréable, et par moment drôle, qui suppute la vie telle qu’elle pourrait l’être dans l’au-delà, telle qu'on pourrait l'imaginer, invitant à l'espoir tout en étant bien écrit !

 

Quelques phrases parmi d’autres relevées au cours de ma lecture :

- J’ai essayé de me concentrer pour revenir à moi, pour enfiler mon corps comme une chaussure trop petite.

- J’ai barbouillé des tableaux pour faire écran entre le quotidien et moi.

- J’ai nourri jusqu’à l’indigestion des rêves d’enfance auxquels je suis toujours resté fidèles.

- J’ai vécu relativement heureux et je meurs comme on sort de table, en remerciant le chef.

- Je n’étais bon à rien dans ce que les gens appellent « la vie ».

Marie BARRILLON

  

Informations sur le livre :

Titre : La vie interdite

Auteur : Didier Van Cauwelaert

Éditions initiale : Albin Michel, ISBN : 9782226088792

Format broché : ISBN 9782744109362

Format poche : ISBN 9782253145646

Format Kindle : ISBN 9782226283450

Disponible en livre audio : Livre audio

dimanche 4 janvier 2026

Le journal d’un prisonnier, Nicolas Sarkozy

Le journal d’un prisonnier, Nicolas Sarkozy chez Fayard

En entamant ma lecture de « Le journal d’un prisonnier », ma première réflexion a été de m’en vouloir d’avis lu divers avis sur le Net. Tant de méchancetés parfois, voire même de dénigrements et de médiocrités dans certains propos, notamment sur le style d’écriture. Certains médisants devraient retenir la citation datant du XVIIIe siècle de Philippe Néricault « la critique est aisée, mais l'art est difficile » !

Parce que, outre les propos, ces mêmes personnes font preuve de grandes lacunes en termes de grammaire, de conjugaison, de style et de tournures de phrases biscornues, et même parfois qui n’ont aucun sens, mais se positionnent en critiqueurs cruels et donneurs de leçons uniquement parce qu’ils n’aiment pas l’auteur ! 

Donc, oui, « la critique est aisée, mais l'art est difficile », car Il est plus facile de critiquer que de créer soi-même quelque chose que l’on soit citoyen lambda ou grand Homme !

Ainsi, présentement, je ne parlerai que du livre !

Bien que j’en apprécie l’auteur, car c’est de cela qu’il s’agit dans cette chronique, et surtout pas de juger une personne précise ! 

Au-delà de l’homme que représente Nicolas Sarkozy, ancien Président de la République française, j’ai été gagnée par l’émotion à de nombreux niveaux dans cet ouvrage, et plus encore lorsque l’auteur parle de son épouse et de ses proches ; enfants, amis, avocats, connaissances diverses. 

Combien d’hommes sont capables de tant d’amour, d’attention, ainsi que de sollicitude, d’inquiétude, d’ardeur, de gentillesse, de prévenance et surtout de bienveillance à l’égard de son épouse, mais aussi de sa famille et de l’ensemble de ses proches ? 

Combien d’hommes sont capables de tant de résilience, d’abnégation, de conscience, de dévotion tout en conservant une profonde humilité, de la mesure et de la sagesse ? Peu gardent discernement et modestie face à leur propre vulnérabilité !

J’ai particulièrement aimé certains passages, à l’exemple de celui-ci « Une petite initiative pouvait avoir un retentissement national. Carla démontra qu’il était possible d’être cinglant sans être violent. Ce fut une leçon utile pour moi ». Ce geste de la « bonnette » qui a fait le tour des chaînes de télévision, des réseaux sociaux, et sûrement même à l’international.

On se souviendra longtemps des défaillances lorsqu’à l’arrivée de Nicolas Sarkozy, comme il l’écrit : « On a dû faire arrêter ma voiture et donc mon cortège car l’administration pénitentiaire qui m’attendait depuis trois semaines n’était pas prête ! [...] Le fugitif potentiel que j’étais patienta à cent mètres de l’entrée le temps que l’on finisse par l’accepter ». N’est-ce pas un comble ? Invraisemblable situation ! Ils ont dû bien rire à l’international !

J’imagine la scène quand il évoque ces entrevues avec Carla, il écrit : « De temps en temps, nous faisions des messes basses pour nous dire des futilités en nous moquant de ce possible espionnage judiciaire tellement inutile. Comme si vingt ans après les faits qui m’étaient reprochés à tort, nous avions quelque chose à cacher, à dissimuler ou à soustraire à la justice et aux enquêteurs » portant à sourire. 

Que dire des deux parlementaires ?

Oui, que dire des « deux parlementaires de La France insoumise présents à la Santé avec un journaliste et un photographe. Leur dessein était clair : me voir, me photographier [...] Il y avait donc des gens qui mettaient le combat politique avant la dignité minimale qui aurait dû consister à respecter l’intimité d’un homme en prison ». 

Des députés qui outrepassent leurs fonctions, à mon sens, et un journal, plutôt un torchon, qui usent de bassesses : « Le journal Le Monde, autrefois un quotidien qui faisait autorité, avait envoyé un photographe dans les bagages de La France insoumise pour voler une photo de moi emprisonné ». 

Leur intervention avait empêché la visite des proches de l’auteur, comme si d’être enfermé, il devait en plus subir une telle filouterie !

Des souvenirs peu glorieux et encore moins agréables m’ont rappelé mon passage en internat quand j’étais préadolescente où j’ai été passablement malheureuse, notamment concernant la douche, l’auteur explique : « Le pire était que ce mince filet d’eau s’interrompait très vite, comme une minuterie. Il fallait sans cesse retrouver le bouton et le presser pour que l’écoulement de l’eau reprenne ». 

J’ai connu ça, à la différence que nous étions une vingtaine d’enfants à la file indienne, et j’en garde des traces indélébiles dans ma mémoire de ces douches « communes » avec leur filet d’eau qui s’arrêtait constamment et qu’il fallait trouver à tâtons le bouton poussoir pour l’actionner sous l’œil de la surveillante qui scrutait nos gestes afin de s’assurer que même le lavage à l’arrière des oreilles ne soit pas oublié.

La cellule ayant été conçue pour éventuellement recevoir des détenus à mobilité réduite, l’auteur explique que « le seul miroir de la cellule était solidement fixé au mur à une hauteur qui me permettait de bien voir tous les détails de la ceinture de mon pantalon. En revanche, je devais me plier en deux pour me coiffer ou pour tailler ma barbe. Ces exercices quotidiens devenaient acrobatiques. J’étais soulagé qu’il n’y ait aucun témoin de mes ablutions, tant j’avais parfaitement conscience du ridicule de la situation », vu mon imagination débordante, je n’ai pu m’empêcher de sourire malgré la gravité de la situation.

De grandes valeurs...

Il nous parle de ses amitiés et de leur valeur à ses yeux, ouvrant son cœur, et peut-être un peu de son âme, à tout un chacun qui voudra plonger dans ces pages pleines d’humilité sans fard ni artifice. Nous offrant nombre de questions dans une introspection évidente sur plusieurs points que qui que ce soi vivant cette même condition serait amené à avoir.

Et comme le disait très justement Nicolas Sarkozy lors d’une interview : « On n’apprend rien de ses succès, on apprend tout de ses échecs ». Cette phrase m’a profondément marquée et en même temps, elle est tellement vraie !

J’ai également été sensible aux passages où le prêtre lui rend visite, les dimanches, dont l’un, où celui-ci lui cite l’Évangile tiré de Saint Matthieu, prénom que j’ai donné moi-même à mon fils en hommage à ma grand-mère maternelle qui en aimait profondément les psaumes. 

En conclusion...

Alors, chers lecteurs et lectrices, si vous n’aimez pas, n’appréciez pas son auteur, lisez tout de même ce livre en faisant abstraction de la personne. À cette condition, il est fort à parier que vous finissiez par apprécier ce qui est raconté dans ces pages, même si votre animosité persiste parce qu’il est très bien écrit en toute franchise avec les diverses émotions, bonnes comme moins bonnes, qui conviennent à la situation. 

Ne dit-on pas qu’il faut rendre à César ce qui lui appartient ? Citation présente dans les Évangiles synoptiques : Marc 12,17, Matthieu 22,21 et Luc 20,25« Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu ».

Quelques phrases, parmi d’autres, relevées au cours de ma lecture :

- « De droite, je l’ai toujours été, sans regret et surtout sans complexe, ce qui constitue à n’en point douter une circonstance aggravant. » ;

- On ne prête à autrui que les sentiments que l’on éprouve pour soi-même. Ce fut sans doute une erreur de ma part de ne pas l’avoir compris à temps. » ;

- Parlant de ses proches : « La réalité était monstrueuse. Il me fallait mentir le mieux possible pour les apaiser. » ;

- « L’incertitude était sans doute le pire, elle créait un sentiment de vertige. » ;

- « C’est dans l’épreuve que l’on se connaît vraiment, non dans son anticipation. La modestie s’imposait. » ;

- En parlant de son épouse : « C’est elle qui m’a permis de tenir. Je le sentais au bord du gouffre malgré toute sa volonté. » ;

- « J’aurais été à dix mille kilomètres de mon domicile avec un décalage horaire considérable que je n’aurais pas été plus dépaysé. » ;

- « Aucun espace n’exprimait le plus petit espoir ou la moindre humanité. » ;

- « Je paraphai les documents mécaniquement, décidé d’être ailleurs pour ma santé mentale. Je venais de quitter en pensée la prison. Je respirais à pleins poumons le bon air de la liberté... dans ma tête. » ;

- « Je sentais que j’étais en train de devenir vulnérable à la tristesse. » ;

- « L’oisiveté est le pire des travers spécifiquement lorsqu’on se trouve privé de liberté. » ;

- « Quelle nouvelle belle leçon d’humilité étais-je en train de recevoir. » ;

- « Je n’étais finalement peut-être pas plus fort que les autres. Et je n’avais vraiment pas besoin de ce rappel. » ;

- « Cela a toujours été plus facile pour moi, s’agissant des questions intimes et importantes, d’écrire plutôt que de dire. » ;

- « À défaut de vivre libre, je pouvais rêver librement. » ;

« Si apprendre c'est rester jeune, la prison m'aura rajeuni parce que j'y ai beaucoup appris. » ;

- « Il me semblait qu'il s'agissait d'une éternité. J'étais en train de faire l'expérience utile de la relativité. J'avais conscience qu'elle était la première marche vers la tolérance. Faire des progrès en la matière ne pouvait qu'être salutaire. » ;

« Au fond, baisser la tête est un mouvement plus naturel pour l'être humain que celui de la tenir droite. » ;

-« "Haïssez-moi, je vis ! Enfermez-moi, je vis ! Vous ne pourrez jamais rien contre cela." Tel était le message subliminal que je voulais adresser à mes contempteurs. » ;

« Avec ce livre, j'ai dit la vérité de mes sentiments sans les travestir. Je n'ai de compte à rendre à personne, si ce n'est avec le mensonge. Celui-ci, je le pourfendrai sans pitié et avec lui, ses auteurs. » ;

« La vie qui passe et qui propose tant d'épreuves permet de renaître plus fort, plus mature, plus grave. »

Marie BARRILLON

 

Informations sur le livre :

Titre : Le journal d’un prisonnier

Auteur : Nicolas Sarkozy

Éditions : Fayard

Format papier : ISBN : 9782213734699

Format Kindle : ISBN : 9782213735528

Format audio : Livre audio

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