Nouveau roman : "Hors des apparences" à découvrir => ici !

dimanche 9 février 2014

Hôtel Victoire

"Six heures du matin, lundi, 26 juin 1950. Branle-bas de combat dans mes escaliers, mes corridors, mes chambres. Tout mon être chavire.  [...] Depuis quelques semaines, la fébrilité qui règne ici s'empare de tout le monde.  [...] Je suis triste de voir partir ces personnes qui m'ont si bien traité pendant vingt ans."  Extrait du livre.

 Un auteur à découvrir...

Nous avions découvert Bernard PELCHAT avec son ouvrage "Des nouvelles de ma sœur" en février 2013. Pour votre plaisir, j’en avais réalisé une chronique publiée sur "La revue 100 % Auteurs" du moment. Cette dernière est notamment présente sur ce blog, ici : Des nouvelles de ma sœur. Ainsi que l’entretien avec l’auteur, ici : Bernard PELCHAT.

Dans "Des nouvelles de ma sœur", l’auteur nous avait offert un témoignage poignant mettant à fleur de peau votre sensibilité. Dans cet ouvrage, nous avions découvert une belle leçon de courage où l’intensité des émotions était présente tout au long des pages.


Aujourd’hui, nous retrouvons la plume de Bernard PELCHAT dans "Hôtel Victoire", une histoire ne manquant pas d’originalité. Ainsi, les différents narrateurs ne sont autres que l’Hôtel Victoire lui-même et tout ce qu’il comprend, voire même ce qui se trouve alentour ; de "La grosse radio" : "Sous ma belle robe boisée, avec mes luisants boutons noirs et mon cadran lumineux, je serai la star du jour…" au "Registre des réservations" : "On griffonne à qui mieux mieux dans mes espaces libres des noms, des dates et des heures d’arrivée et de départ…", en passant par "Le chœur des clés" : "Nous reposons suspendues à nos crochets respectifs… […] Quand le registre se remplit, nous travaillons fort…", mais encore "L’eau", "La cuisine", "La salle à manger" ou bien "Le journal" de Fernande, "Les tabliers" et "Le tiroir caisse" : "Quand les clients qui quitteront l’hôtel ce matin viendront payer, je serai prêt […] J’adore sentir l’effleurement des billets et entendre le tintement des pièces dans mes compartiments…"

Tout y est et rien ne manque ! Chacun à son mot à conter, de la petite rumeur à la grosse indiscrétion. Ces regards qui en apprennent tant nous font partager leurs diverses découvertes en nous parlant des "Maîtres des lieux", de leurs enfants adolescents…

Cependant, d’emblée, nous sentons qu’il se passe quelque chose qui perturbe le quotidien de cette famille que tout réussi… du moins, c’est ce que l’on pourrait penser. Chaque chapitre représente un élément de l’hôtel et chaque élément à son mode d’expression propre et personnel qui diffère des autres. Un défi, certes difficile, mais savamment réalisé par l’auteur.

Ainsi, la gravité de certains passages est adoucie par l’humour présent comme les affres profondes qui perturbent les deux adolescents, poussant pour les mêmes raisons les parents à… vendre l’hôtel Victoire !

Une fois encore, nous pouvons saluer l’auteur pour ce livre avec lequel nous passons un très bon moment. Le style, l’écriture y sont fluides tout comme la qualité que l’on connaissait déjà de Bernard PELCHAT pour certains lecteurs, à découvrir pour les autres.

Que demander de plus ? Simplement, qu’il ne cesse d’écrire encore pour notre plus grand plaisir !


 
Informations sur le livre :

Titre : Hôtel Victoire
Auteur : Bernard PELCHAT
Éditions : A à Z Création
ISBN : 9782981167644
Format broché : 17,56 € 
Format Kindle : 7,08 €

mercredi 15 janvier 2014

Le 36ème dessous

"Pour éviter de livrer au monde ma mine sinistre, je mets le masque : j'essaie devant la glace un rictus qui plisse mon faciès cartonné comme si on l'avait plongé dans un bain d'amidon. Avant d'aller dans le beau monde, je vais éprouver mon masque chez le pharmacien. J'entre, la mort dans l'âme, avec mon rictus, et m'efforce de paraître l'homme le plus gai du monde... [...] Dès les premiers pas dans le salon-cocktail, je me sens malheureux, empêtré, incapable de me mettre au diapason. Mais mon rictus tient bon..." Extrait du livre
 
La dépression, loin d'être une coquetterie !
 
"Le 36ème dessous" commence par une dédicace qui devrait donner à réfléchir ainsi que remettre en place les idées reçues de certains bien pensants imaginant tout savoir : "À tout ceux qui n'ont jamais connu la dépression et qui vous disent : "secouez-vous"." Cette dédicace est bien évidemment à lire absolument avant d'entamer la lecture de l'ouvrage. Mais, surtout à ne pas perdre de vue tout au long des pages. 
 
Le personnage, Pierre, est aux prises à un début de dépression dans laquelle, il nage à contre courant pour maintenir une apparence, mais une apparence seulement : "Quand au lit lui-même, il m'est d'autant plus difficile de m'en arracher le matin que je n'ai plus à en tirer un seul homme mais deux..." À savoir : "Petit a, ex-prix d'excellence, tout entier dans ma tête... [...] Grand B, fainéant des morceaux choisis, qui fait l'école buissonnière, tord le bras des élèves modèles et finira à l'hôpital dévoré par le jeu, le vice, l'alcool, occupe en squatter le reste de mon corps..." 
 
Deux êtres en un dans un même espace, un même corps ne peuvent que provoquer des conflits. Entre petit a et grand B c'est une lutte sans merci, engagée sans aucune égalité et la bataille s'annonce des plus ardues.
 
Petit a et grand B en sont conscients, mais celui qui "les porte", Pierre, ne sait plus sur quel pieds danser, car avancer et reculer semblent avoir échangé leur définition respective.
Le corps avance, néanmoins dans ce moment critique n'est-ce pas à reculons ? 
 
À tel point que même lorsque le téléphone sonne, la peur affirme sa place autant que sa présence : "J'ai peur en saisissant le récepteur d'être automatiquement happé par la vie que je fuis". 
 
  La dépression, déjà une longue existence !
 
L'ouvrage révèle qu'à cette époque déjà (1975) : "L'angoisse étreignant [...] sept individus sur dix, C'EST LE MAL DE NOTRE TEMPS, un corollaire de la vie moderne, saturée de contraintes, d'interdits, d'obligations". Ce n’est donc pas un mal nouveau. 
 
Nous constatons donc qu'à notre époque actuelle le mal est encore plus profond et qu'au fil des décennies ce fameux mal s'est amplifié. La dépression n'a à aucun moment cessé de gagner du terrain dans toutes les couches sociales et la course continuelle contre le temps ne fait que l'alimenter plus encore. 
 
De mal en pis et de pis en mal, en route vers le meilleur, Daninos décrit avec un brin d'humour et une bonne dose d'autodérision ce mal qui prend subitement toute la place et contre lequel il ne parvient pas à lutter, au point d'en arriver à l'entretenir presque volontairement : "La lecture des journaux me permet, comme je l'espère secrètement, de broyer du noir à loisir en me livrant sans cesse du combustible [...] Je trouve dans la presse tout ce qu'il faut pour m'inquiéter davantage".
 
L'auteur retrace sa descente aux enfers, lente, mais insidieuse et prenante. Cette torpeur qui entraîne des difficultés même dans les gestes les plus simples. Cette brume qui le sépare du reste du monde, l'inertie devenant si imposante rendant la moindre action incertaine : "Il y a des moments où il faut beaucoup plus de courage pour quitter le troupeau que pour le suivre.  [...] Chaque jour qui vient est le triste frère de ceux qui ont fui".
 
Cet ouvrage confirme que la dépression est loin d'être une banalité, plus encore près de quarante ans plus tard. Au point que l'on se sent souvent, dans une telle traversée, déshabillé au moindre regard : "J'ai l'impression de me déplacer avec un écriteau sur le front". Comme si tout ce chamboulement intérieur rayonnait à l'extérieur. Et puis, après un parcours parfois du combattant, accompagné de quelques doses de prescriptions médicales le bleu du ciel réapparaît, mais pas celui de l'âme, pour avoir enfin "la tête comme un point sur un i, et non prise dans l'o [...] J'ai l'impression d'avoir retourné ma conscience comme un gant".
 
"Nous avons tous, dans le crâne une espèce de violon qui s'accorde et se désaccorde" et dont les périodes peuvent durer plus ou moins longtemps suivant les individus.
 
Daninos le dit : "N'empêchez pas le monde de tourner, vous risqueriez de vous arrêter avant lui !"
 
À bon entendeur ! 
 
Marie BARRILLON
 
Quelques phrases relevées au cours de ma lecture :

- "Me voilà donc prêt à vivre normalement et à mourir comme tout le monde." 
- "Si Dieu me prête vie, sans du moins se montrer trop pressé que je la lui rende, j'ai du travail sur la planche."
- "Si le succès ne m'a pas tourné la tête, c'est précisément parce que je garde vivace le souvenir de mes apprentissages." 
- "Je me demande s'il faut crever pour vivre ou vivre pour crever."
- "C'est fou, j'y pense maintenant, ce qu'il peut y avoir de moment dans la vie où l'on veut en avoir "le cœur net"."
- "On n'a pas le droit de tromper le lecteur sur la marchandise, et, si j'ose dire, à plus d'un titre."
- "Les gens paraissent bizarres pour peu qu'ils soient seulement aussi curieux de nous."
- "Parfois mon impatience a bousculé les délais prescrits."
- "Notre tort, toujours, pour tout, c'est de croire que nous sommes une exception, un cas."
- "TON OEUVRE, si l'on réussit, TES PETITS GRIBOUILLAGES si l'on rate..."
- "Il y a peut-être des maux qu'il vaut mieux ne pas prononcer."
- "Je suis dans le paradoxe comme d'autres dans le textile."
- "On prétend que de nos jours on n'écrit plus. C'est peut-être vrai dans le sens Sévigné du terme, mais pour le reste, quel déluge !"
- "L'erreur est de croire que nous sommes "un cas". Lorsqu'il nous arrive quelque chose d'exceptionnel,  y a gros à parier qu'au même instant des milliers de nos semblables connaissent le même sort." 
- "Jouer le jeu, à notre époque, ce n'est pas seulement, hélas ! laisser voguer son livre une fois qu'il est terminé. Non. Il faut lui faire un petit bout d'escorte, l'accompagner vers la haute mer du public sous peine de le voir noyé dans l'océan des publications."
 

Informations sur le livre :  

Auteur : Daninos
Editions : Le livre de poche
Prix variables selon les vendeurs d’occasions
 

jeudi 9 janvier 2014

Parents

Maman, ce petit mot... (juste pour elle)

 
Maman, on le dit pendant l'enfance,
On le répète la vie durant
On le chuchotte même dans l'absence

Chaque jour, c'est comme un chant.

Ce petit mot qui n'a qu'un sens
Est grand dans notre coeur enfant
Que nous restons malgré les occurrences
Maman, c'est notre sang.

Maman, c'est l'antidote à nos chagrins
C'est la force qui nous manque
C'est la tendresse qui nous soutient
C'est la seule qui nous entend.

Maman, quoi qu'il arrive, il n'y en a qu'une
Elle est là, même dans l'absence
Nos larmes sont pour elle, une à une
Comment vivre sans sa présence ?

Maman, sans toi, c'est le coeur qui hurle
Plus de sourire, trop de distance
Le froid est là, il nous envahit
Sans toi, c'est la vie sans espérance.

 © Marie BARRILLON
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La mère
 
La voix de la mère
Comme unique repère
Aux premières couleurs de la vie

Comme un conte bien écrit.

Le cœur de la mère qui sourit
Et notre regard s’en nourrit.

Elle partira sans rien, un jour
Nous laissant là sans détour
Avec nos bagages pleins d’amour
Qu’elle aura façonné chaque jour.

On se déchire le cœur
A l’aimer en douceur

On tricote dans notre esprit
Des chemins pleins de vie.
La mère c’est cette femme
A qui on donnerait notre âme.

© Marie Barrillon
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L’homme fatigué

Du haut de ta forme,
Tu fais le brave homme.

Ton cœur fatigué
Expire avec difficulté.

Mais toi, tu vois la vie
Comme si c’était ton amie.
De la vie à la mort,
Là demeure notre sort.

Tu te vois éternel,
Pourtant, la vie est infidèle.
Gageant sur notre fin
Quand on monte dans son train.

Tu ne connais pas ton arrivée,
Mais, elle, elle le sait.
Elle ne te dira pas de descendre.
Elle te jettera sans être tendre.

Je voudrais du fond de mon être,
Que tu te poses avant d’être
Celui qu’elle aura choisit
D’éteindre sans bruit.

(A mes parents)

© Marie BARRILLON

lundi 30 décembre 2013

Le chat dans tous ses états

"Les écrivains, les premiers, assignent le chat à demeure et le bouclent dans leur bureau. Les chats "se plaisent dans le silence, l'ordre et la quiétude, et aucun endroit ne leur convient mieux que le cabinet du littérateur", écrit Théophile Gautier." Extrait du livre
 
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"Il y a une seule fêlure, affective, dans ce colosse. Il ne s'abandonne jamais tout à fait dans les bras, accorde des câlins hâtifs et préfère de ses griffes un pull abandonné ou une pantoufle. »
« Quand sa bêtise l'embarrasse trop, Elle part bouder au fond d'une baignoire ou d'un grenier et miaule à tue-tête." Autres extraits
 
Du chat qu'on aime...
 
Dans cet ouvrage, nous allons à la découverte du chat sans qu'aucune dimension ne soit laissée de côté : artistique, mythologique, littérature et même scientifique. L'auteur ouvre au monde cette passion qui l'anime : le chat.
 
Il n'en lésinera aucun aspect quitte à heurter notre sensibilité en traversant les laboratoires et autres expériences. Il nous raconte ses recherches et ce qu'il en résulte. Il en aura parcouru des pas à la suite de ces jolis félins, à leur recherche où encore à leur rencontre pour assouvir ce désir de savoir, mais également de partager ses découvertes.
 
Il nous fait don de superbes phrasés ; petites phrases qui laissent des traces. On s'attristera de quelques passages, tels que précisés précédemment, faisant référence à la science dans ce qu'elle a de plus barbare : "Les recherches ne bouleversent pas par leurs découvertes mais par leurs méthodes [...] Mac CUISTION ouvre le ventre des chatons et écoute leurs murmures, l'index planté dans leurs viscères.  [...] Bernard DENIS ligature une veine cave, coupe le voile du palais, ouvre la trachée, cisaille les cordes vocales. Après chaque amputation, le chat ronronne encore."
 
Tout cela pour tenter de comprendre comment se produit le ronronnement et pourquoi il survient ou encore dans qu'elles circonstances. Là se trouve l'ombre de cet ouvrage. "En un siècle de recherches, le chat de laboratoire a été réduit au minimum vital".

Au chat victime...

 
De la page 86 à la page 91, chapitre 16, nous y lirons l'insoutenable que je ne peux relater ici. Ces passages donnent des haut-le-cœur terribles. On ressentirait presque leur souffrance. Notre sensibilité heurtée par tant de cruautés au sens large du terme au nom de la recherche pour satisfaire la curiosité de quelques hommes sans cœur. Parce qu'admettons tout de même qu'il n'y a aucun intérêt par exemple de cisailler les cordes vocales pour soit disant  tenter de comprendre pourquoi le chat ronronne. 

Et puis, parce qu'à mon sens, il ne s'agit pas là de recherches pour la médecine. Non, tout juste de la recherche pour assouvir un orgueil bien mal placé. Ce qui se justifie par l'extrait suivant : "On a curé sa colonne vertébrale, substituant à la moelle épinière de la limaille de fer, afin d'étudier l'action de l'aimant sur le cœur" ou bien "on a obstrué sa gueule et son nez, et constaté que la mort par asphyxie survient au bout de quarante secondes", et j'en passe des plus cruels. Nous le voyons bien ici, de la cruauté barbare uniquement pour de la curiosité malsaine.
 
L'auteur note que "pour son malheur, le chat est un pionnier de la méthode expérimentale".
 
On découvre également que jusqu'en 1648, "Le chat noir expie ses frasques nocturnes.  Il est brûlé vif, le soir de la Saint Jean". Louis XIV fit interdire cette "coutume" qu'il jugeait écœurante.

Par contre, "les belges ne brûlaient pas les chats.  Jusqu'en 1817, ils les jetaient vivants, du haut d'une tour...". Nous noterons donc qu'il n'y a pas qu'une France que l'on brutalise, torture, violente le chat, et l'auteur admet que "les temps modernes ont tempéré la barbarie du sacrifice", et c'est heureux, car le chat a assez souffert. Faisant preuve de bonne volonté, ses descendants n'en ont gardé aucune rancune.
 
Pour une vie paisible méritée !
 
Apres ce  passage cruel,  nous voilà à la découverte de ces mamies pour une partie de sentiments. Elles s'occupent des chats errants des rues au cimetière qui tant gaver et soigner, les dames à chats engloutissent leur temps et, souvent, les deux tiers de leur pension retraite"

Elles n'ont pas besoin de les chercher pour les trouver, car "ils sont partout quand on a appris à les voir". Ils savent même mieux que personne où ils se trouvent et où ils vont. D'ailleurs, il était coutume que "rien ne parvient à déboussoler l'animal, pas même la méthode dite du sac tournant, pratiquée naguère dans les campagnes pour étourdis le chat et lui enlever toute chance de retour".
 
Puis, pour continuer dans cette douceur, l'auteur nous raconte ses escapades avec ses trois chats libres et qui lui emboitent le pas en balade ou encore le devance, selon leur convenance. 

Mais, toujours l'auteur nous offre une bien poétique manière de décrire l'animal dont la place qu'il occupe est toute particulière en prenant parfois si peu de place : "Il réussit à se faire une place là où il n'y en a pas. [...] Dans une chaussure, il s'amenuise jusqu'à épouser la forme d'un embauchoir. Encore un peu d'assouplissement, et il tiendrait dans un vase à violettes".
 
Un ouvrage assez rare à trouver peut-être au vu de lancienneté de la parution, bien quil semble présent sur Amazon, y compris au format Kindle, mais à lire absolument si l'occasion vous est donnée de l'acquérir (sauf le chapitre 16 qui m'a profondément secouée et qui me reste véritablement sur le cœur).

Marie BARRILLON 

Informations sur le livre :

Auteur : Jean-Louis HUE
Éditions : Grasset
ISBN : 97822462279914
Format poche : 17,90 € 
Prix Kindle : 9,49 €

dimanche 15 décembre 2013

Au coeur des forêts

"Il fallait vite aller dormir, car le Père-Noël n'aurait pu déposer devant la cheminée le seul présent qu'il déposât jamais pour ma sœur et moi : un petit savoir en chocolat avec un Jésus en sucre blanc à l'intérieur. Je le découvrais le lendemain matin, n'osais pas le manger, Je le conservais précieusement avant de m'y décider, puis je partais au hameau frapper à la porte des maisons où l'on recevait une orange, un gâteau où un bonbon, dérisoires présents qui me paraissaient de magnifiques trésors." Extrait du livre

Un roman sans fausse note...

Inutile d'imaginer une quelconque déception avec cet ouvrage, vous n'en aurez pas !

À travers ce parcours au cœur de la terre parmi les arbres, Bastien nous transporte dans la nature ; celle qu'il aime, qui l’a vu grandir puis vieillir, celle qu'il choie depuis sa tendre enfance, et enfin celle qui l'a fait souffrir au détour des grosses tempêtes. 1999 demeure pour lui une profonde blessure intérieure tant les dégâts furent importants.

À l'arrivée de Charlotte, sa petite-fille qu'il n'a pas vu depuis plusieurs années et qui, atteinte d'une tumeur, a besoin de « repos », la transmission de cet amour pour la (sa) forêt se fera naturellement.

Malgré que Charlotte soit une enfant des villes, elle va découvrir, aux côtés de son grand-père, un univers qu'elle va finalement aimer profondément.

Elle va se battre contre la maladie, mais aussi pour la forêt. De son côté, Bastien va continuer à se démener pour sauver sa forêt : "Cette forêt violentée, déchiquetée, meurtrie jusque dans son cœur, désormais, pour moi, elle aurait le visage de Charlotte", tout en souhaitant que sa petite-fille survive à la maladie parce qu'il ne peut en être autrement pour lui : "Pour moi, la maladie ne doit venir qu'avec la vieillesse.  Avant, elle est inacceptable, injuste, intolérable...".

Au cœur de la nature et... des Hommes !

En définitive, leurs objectifs ont le même horizon pour fil conducteur l'amour qu'ils se portent mutuellement. Dans cette fusion toute nouvelle qu'ils se découvrent, Bastien partage son passé aux innombrables souvenirs avec Charlotte, dévoilant ses plus profond secrets, y compris les plus douloureux, car l'existence n'est pas toujours une partie de plaisir et que le vieil homme a essuyé quelques lourds revers.

Ses confidences l'amènent à de profondes introspections, revivant intérieurement des moments heureux ou malheureux tour à tour, mais : "Dans la solitude on ne rencontre que soi-même [...] Et il vaut mieux entretenir de bonnes relations avec soi, ne pas avoir trop de reproches à se faire..." sans oublier que "l'excès de conscience est une dangereuse maladie".

Charlotte apprendra beaucoup près de son grand-père et sans le savoir, elle lui apportera l'essentiel oublié depuis la disparition de sa femme tant aimée. La solitude est une chose, mais revivre est indispensable pour empêcher que "les années viennent nous priver d'un temps où chaque instant était un enchantement".

Comme à son habitude Christian SIGNOL sait nous émouvoir avec tendresse et poésie. Il nous touche là où l'émotion se calfeutre pour nous offrir un pur moment de bonheur, entremêlant les hommes à la nature, les sentiments à la poésie, la force à la douceur.  Rien ne manque ! Est-il vraiment nécessaire de le préciser ?

Quelques phrases relevées au cours de la lecture :

"La fidélité au-delà de la mort témoigne à les yeux de la droiture et de la force. Celles des arbres comme celles des hommes."

"Le dépit est le pire des châtiments."

"Je repars seul en pensée, souvent, pour revivre ces heures où tout pouvait arriver."

"J'ai appris à m'accommoder de tout, même de l'absence de ceux qui m'ont accompagné toute ma vie. La souffrance de leur disparition ne s'est pas estompée."

"Il ne faut jamais renoncer à une éclaircie."

"Pour se battre, il faut savoir contre quoi..."

"Quelque chose m'a retenu, m'empêchant de m'en aller. C'était le regret de n'avoir pas trouvé les mots..."

"La lanterne des autres ne sert qu'à nous égarer."

"Je cherchais inlassablement dans ma mémoire le signe, l'évènement, même bénin, qui aurait pu expliquer l'inexplicable."

"Si nous continuons à vivre, c'est uniquement parce que nous avons commencé."

Marie BARRILLON
 
Informations sur le livre :

Auteur : Christian SIGNOL
Editions : Livre de poche
ISBN : 9782253175698
Format Broché : 21,80 €
Format relié : 19,90 €
Format poche : 7,20 €
Format Kindle : 6,99 €