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samedi 30 novembre 2013

Frankie Addams

"C'était l'heure où les contours de la cuisine se perdaient dans l'ombre, où les voix s'épanouissaient. Elles parlaient doucement et leurs voix ressemblaient à des fleurs ouvertes. Si tant est que les sons soient comme des fleurs et que les voix s'épanouissaient. Mains croisées derrière la tête, F.Jasmine faisait face à la pièce obscure. Elle avait L'impression que des mots inconnus se formaient dans sa gorge et qu'elle était sur le point de les prononcer. Des mots étrangers, qui s'ouvraient dans sa gorge comme des fleurs et le temps était venu pour elle de les appeler par leur nom." Extrait du livre
 
"Frankie Addams est mal dans sa peau", nous dit la quatrième de couverture et c'est le moins qu'on puisse dire.
 
Elle a grandi sans sa mère, décédée lors de la naissance de l'enfant, ce qui a sûrement manqué à l'épanouissement de la petite. Puis, un père très peu présent n'arrange probablement pas l'état psychologique de la jeune fille.
 
Cet été là, elle passe le plus clair de son temps avec son jeune cousin John-Henri et Bérénice, la cuisinière.
 
Lorsque son frère arrive avec sa fiancée et annonce son proche mariage, tout se chamboule dans la tête de la petite jeune fille de 12 ans.
 
Ce mariage en prévision tourne à l'obsession dans son esprit, l'amenant à se poser moult questions existentielles auxquelles Bérénice tente de répondre sans toutefois y parvenir à chaque fois.
 
Frankie se sent seule et esseulée dans son espace. Elle s'accroche à son frère et sa fiancée pensant, et allant jusqu'à le croire réellement, qu'ils vont l'emmener avec eux. À eux trois, ils feraient ce "nous" dans une symbiose parfaite et dont elle a tant besoin. Ce "nous" qu'elle ne trouve pas auprès de Bérénice et de John-Henri.
 
L'une étant la cuisinière, le second son cousin, encore trop jeune, un enfant. Elle se sent donc trop incomprise... jusqu'au jour où...
 
Jusqu'au jour où...
 
La veille du mariage, Frankie décide qu'elle s'appellerait Jasmine, portant ainsi les deux mêmes premières lettres que le prénom de son frère Jarvis et celui de sa fiancée Janice.  Confirmant en cela, dans son esprit, ce "nous" auquel elle ne doute plus du tout.
 
Ce même jour, elle décide également de parcourir la ville afin de parler du mariage et de son futur départ à tous les parfaits inconnus qu'elle croise. Quitter cette ville, elle en rêve, même toute éveillée.
 
Elle n'est plus une enfant sans être encore pour autant une adulte. Toutefois, l'adolescence se montre pour elle un cap difficile, la tiraille, l'étouffe, entre ses désirs et la réalité immédiate dont elle n'imagine pas déchanter, même si elle a déjà compris que "l'univers est vraiment quelque chose de brusque".
 
Bérénice se sent impuissante face à ce que la jeune fille ressent au point qu'elle ne peut parfois qu'abandonner la partie.
 
L'atmosphère parfaitement décrite, la chaleur étouffante, l'oisiveté des vacances, l'ennui, tout cela s'ajoute et s'associe à cette perte de repères et à cette recherche de son moi personnel, profond auxquels sont confrontés tous les adolescents, ou presque. Un cap rarement facile à passer. 

Et comme toute transition délicate, Frankie livre sa propre conception du monde très éloignée de la réalité où forcément seuls les rêves permettent de s'évader quand les instants moins supportables sont trop lourds à traverser, que la vie perd quelque peu ses attraits ou que certaines interrogations ont cruellement besoin de réponses, parfois introuvables.
 
Quelle est notre place dans ce monde ? Quels sont nos rapports aux autres ? Que sont-ils censés nous apporter ? Etc.
 
Les personnages sont pour le moins surprenants au début, puis attachants ensuite. Néanmoins,  nous ne décèlerons pas vraiment d'intrigue. Et malgré un beau style dans l'écriture, cette lecture peut s'avérer un peu lassante si on ne fait pas de pause.
 
Marie BARRILLON
 
Informations sur le livre :

Titre : FrankieAddams
Auteur : Carson MC CULLERS
Editions : Le livre de poche
ISBN : 9782253053804
Format broché : 20,99 €
Format poche : 7,40 €
Format Kindle : 6,99 €

lundi 25 novembre 2013

Mes gribouillis

"L'écriture m'a entraîné vers la poésie, la poésie vers mes gribouillis, mes gribouillis vers vous. Mes gribouillis sont la conséquence de ma vie." 
 
C'est ainsi que commence ce petit opus de 75 pages où nous imaginons bien son résumé, car parfois quelques mots suffisent où il est inutile, voire superflu de faire de longs discours.
 
Nous parcourons les phrases de page en page, traversant les émotions, les sentiments, les sensations.  Mais, l'écriture ici abordée est aussi un pansement aux maux traversés :
 
"L'écriture me relève
Quand je tombe
Elle me soutient quand je sombre
Quand mes larmes coulent
Elle les sèche."
 
D'un chantier à sa banquière, de l'amour à la trahison, en passant par des baisers volés, la jalousie ou la colère, tout y est exploré :
 
"Je te maudits, jalousie,
Je te maudits jusqu'au paradis,
Toi qui m'as jugé
Sans même m'avoir goûté !
Si imbuvable je suis,
C'est que trop cher pour toi, je suis aussi..."
 
L'auteur ne nous laisse aucun répit pour nous porter là où se trouve son envie de poser les mots :
 
"Vous ne coincerez jamais le vent sans une peine !
Vous pouvez vous étouffer dans une fourmilière,
Vous ne pourrez jamais asphyxier la poésie !
On ne noie pas Poséidon dans les océans !
On ne brûle pas les ailes d'un phénix !
On n'écrase pas les montagnes!
On ne fait pas taire un volcan !
Mais, les poètes sont immortels !"
 
Et c'est par cette même tirade que s'achève cet opuscule, comme pour ne pas l'oublier.
 
Marie BARRILLON
 
Informations sur le livre :
 
Titre : Mes gribouillis
Auteur : Jean-Baptiste FERRAN
Editions : Epingle à nourrice
ISBN : 9782919521043
Ce livre n'est plus référencé

vendredi 15 novembre 2013

Pacifique secret

"Il récupéra la liasse de billets, tendit les quatre feuillets des factures détaillées et les reconduisit jusque dans le magasin où il les abandonna. Les deux hommes se retrouvèrent sur le parking. Ils avaient une heure devant eux. D’un commun accord ils décidèrent de retourner dans leur voiture pour prendre connaissance dans le détail des factures. Ce serait plus discret. […] d’un côté ces facturettes étaient un signe positif, d’un autre ce pouvait être beaucoup plus inquiétant. Etait-il, lui comme son épouse, en danger ?" Extrait du livre

Pacifique secret
 
Pani, alors qu'il garde sa petite-fille pour les vacances scolaires, se retrouve confronté à un terrible évènement. À ce moment, il vit au Canada. Son fils aîné et sa belle-fille, les parents de la petite, doivent arriver pour la récupérer.  Malheureusement, ils n'arriveront jamais à bon port. L’avion disparaît dans le secteur des îles Micronésiennes, au milieu du Pacifique : « L’appareil a perdu soudain tout contact avec les centres de contrôle. […] Si ce n’était aussi tragique et douloureux pour vous, j’oserai dire que l’avion s’est… s’est comme volatilisé ».

La Micronésie ("les petites îles") est, avec la Mélanésie et la Polynésie, l'une des trois grandes régions que l'on distingue couramment en Océanie. La Micronésie, en forme longue les États fédérés de Micronésie, en anglais Micronesia etFederated States of Micronesia, est un État fédéral du Pacifique occidental situé dans une partie de l'archipel des îles Carolines et composé de quatre États : Chuuk, Kosrae, Pohnpei et Yap. 

La Micronésie, une des régions de l'Océanie ainsi dénommée par Jules Dumont d'Urville, s'étend bien au-delà du seul territoire de cet État et comprend également les îles Marshall, les Kiribati, les îles Mariannes, les Palaos, etc.  Pour les intéressés, les passionnés ou les férus d’apprentissage, les différents liens précédents vous permettront de découvrir davantage d’informations pour combler d’éventuelles lacunes.

Depuis ce triste jour, Pani vit avec sa petite-fille, chloé. Cette dernière, passionnée de piano, voue tous ses temps libre et de loisirs à s’entraîner et joue également régulièrement en la mémoire de ses parents. Maintes récompenses lui ont été attribuées, malgré son jeune âge qui ne la pénalise pas.
 
Avec elle, Pani avait quitté le Canada pour se réinstaller en France, leur terre natale. Ils s’étaient installés du côté d’Arles. La compagne de Pani les avait suivis dans cette nouvelle vie.
 
Lorsqu’il était parti au Canada, Pani avait réalisé un rêve qui lui tenait à cœur : "Posséder et exploiter une vaste forêt" d’érables. Sébastien, devenu adulte s’était investi dans l’exploitation et menait à bien sa mission, ce qui permettait à Pani de lever le pied pour passer les rênes. Mais, voilà… Sa disparition venait briser ce beau rêve. Néanmoins, Gérald, le plus jeune avait décidé de prendre les choses en mains. Il le fit avec brio ce qui donnait l’opportunité à Pani de consacrer son temps à l’éducation de sa petite-fille.
 
Jusqu’au jour où des éléments survenus permettent d’envisager que Sébastien et sa femme Aline, ne sont peut-être pas morts ni disparus, mais quelque part "retenus" en Micronésie. Quelque part dans cette immense superficie où les îles ne manquent pas. Mais, où ? Trouver des réponses devient une obsession où Pani cherchera à tout mettre en œuvre pour y parvenir. Et lorsque "le grain de sable" viendra chambouler la machine de cette disparition dont plus personne ne parle, Pani saisira cette occasion pour se rendre en Micronésie. Mais, il ne sera pas seul !
 
Alors, s’engage un véritable périple afin de découvrir se qui s’est passé, et peut-être retrouver ce fils qui lui manque tant. Pour lui, mais surtout pour la petite Chloé dont le bonheur est une des priorités de ce grand-père qui ferait tout pour lui rendre le sourire.
 
L’auteur nous offre au passage de belles descriptions détaillées de ce qu’est l’exploitation des érables, l’extraction de leurs sucres… Mais aussi, les secrets redoutables, voire effrayants au cœur de ce Pacifique lointain.
 
Dans cet ouvrage la culture, très diversifiée, ne manque pas ; des forêts du Canada à la fabrication du sirop d’érable, autres sucres et dérivés, de l’histoire de Taïwan ainsi que ses liens avec la Chine, le Japon, en passant par les monuments et autres beautés présentent sur cette l’île. Tel que le Musée National du Palais de Taipei excellemment expliqué et extrêmement bien détaillé concernant, par exemple, "les trésors du passé culturel de la Chine impériale", tout comme la noix de coco où l’on apprendra tout ce qu’il y a à savoir ; de la noix elle-même à l’arbre… Tout nous est dévoilé : "Un peu comme avec le bambou d’Asie, dans le cocotier rien ne se perd !"
 
Il faut tout de même arriver à la moitié du livre pour y trouver un peu de suspens et que l’intrigue prenne forme, incitant le lecteur à poursuivre afin de répondre aux nombreuses interrogations qu’il se pose. Cela dit, au vu des descriptions citées plus haut, nous ne trouvons aucun ennui au cours de cette lecture qui au final forme une belle histoire.

Marie BARRILLON

Informations sur le livre :

Titre : Pacifique secret
Auteur : Denis CRESSENS
Editions : Romart
ISBN : 9791090485099
Format broché : 6,95 €


jeudi 7 novembre 2013

Coeur d'elfe

"Des coups retentirent à la porte du salon, les invités venaient d’arriver, n’ayant aucune réponse, ils entrèrent en riant et en appelant Laura. […] Mais, on eut beau l’appeler, elle ne répondit jamais. En pénétrant dans la chambre, les enfants hurlèrent en  voyant un homme presque nu assis sur le tapis de leur tante en train de lire d’un regard hébété les dernières lignes qui s’inscrivaient dans le livre qu’il tenait entre ses mains." Extrait du livre

D’une histoire…

Djaban, jeune garçon fougueux et intrépide, "futur chevalier encore en apprentissage", appartient à la civilisation des Dobinites, "peuple venant de l’Est, chassé par la rudesse du climat et de violents phénomènes naturels à une époque où la terre était en constante évolution". L’harmonie règne entre les Dobinites et les peuples des elfes disséminés dans les fougères des forêts.

Djaban et Morean, son elfe, sont en symbiose, car ce dernier n’est autre que "l’autre facette de la personnalité" du jeune garçon. De ce fait, ils sont censés être complémentaires.

Quittant le Collégium pour un parcours à étudier, Djaban et Morean se retrouve dans un piège d’où ils auront du mal à se sortir. Néanmoins, ils vont faire des découvertes pour le moins étonnantes, voire cruciales qui domineront la suite de leur avancée et même leur avenir : "La grotte d’un mage […] Tu as vu ces livres ; ils traitaient tous du Morpheum […] Regarde ces runes, je reconnais le signe du Morpheum… […] Peut-être un mage noir…"

Jusqu’au moment où Morean, petit elfe peureux, mais qui suite à un rêve étrange, trouve la force "obscure du désir" de se rendre seul à la montagne de Quartz. Celle-là même où il va "traverser la porte du temps des livres, la porte du Morpheum".

… à l’autre… pour finalement n’en faire qu’une

Laura égrène les rayonnages de la grande bibliothèque Pétrarque à la recherche d’ouvrages traitant et pouvant l’éclairer sur les rêves étranges qu’elle fait depuis quelques nuits. 

Elle y rencontre un bibliothécaire qui lui remet un livre surprenant où le comble est qu’il y manque la fin de l’histoire : "Sur l’ultime page, une seule phrase sibylline était inscrite et aux formes déliées : A toi de finir l’histoire que tu as commencée". De quoi agacer furieusement la demoiselle.

À son retour à la bibliothèque, stupéfaite, elle apprend que le bibliothécaire n’a jamais existé, et pour cause : "Pour la dernière fois, je vous répète qu’il n’y a plus de bibliothécaire depuis des années, seulement des androïdes qui rangent les livres…" lui déclare la vieille secrétaire.

Les rêves de Laura demeurent persistants, mais elle y découvre quelques similitudes avec sa dernière lecture du livre sans fin. Elle vit des évènements qui lui permettent d’éclairer quelque peu ses songes mystérieux, mais inondant d’innombrables questions.

Sa rencontre avec l’elfe Morean en fait partie, et ce dernier l’aiguille : "Quelques fois les mondes se rejoignent, à la croisée incertaine de l’imaginaire et du réel, où plus personne ne s’aventure, dans les rêves et les chimères, c’est rare, seuls des êtres particuliers y parviennent et Djaban a compris tout de suite que tu étais l’un d’entre eux".

Mais, ce que Morean ignore c’est que pour passer d’un monde à l’autre, le prix est cher payé et que pour garder l’équilibre des mondes, il y a une condition sine qua none à laquelle il n’échappera pas, donc "pour ne pas basculer dans le chaos, l’équilibre entre les deux mondes doit toujours être respecté et que pour un être vivant passé dans le monde des contes un être merveilleux doit rester sur terre".

C’est ainsi que Laura se retrouve dans le monde féérique de Djaban laissant derrière elle Morean qui perdu dans le monde des humains fera une rencontre étonnantes d’une part, dangereuse et décisive d’autre part : "Ne vous en faites pas, je suis un ami, suivez-moi…".

Tant pour Morean que pour Laura, le temps n’a plus la même valeur, car chaque monde a ses propres notions qui diffèrent des autres : "Le temps ne s’écoule pas de la même manière entre ces deux mondes…".

Après avoir transgressé toutes les lois, elfiques et humaines, Morean, petit elfe transformé en humain, se retrouve donc piégé et prisonnier dans le monde des humains, perdant ses pouvoirs tout autant que ses jolies ailes.

Le jeu d’écriture de cet ouvrage n’a certainement pas dû être aisé, cependant l’auteur y est parvenu avec brio emportant son lecteur dans la féérie des elfes. Un conte apaisant dans un style agréable qui offre aux lecteurs la sensation de voyager sans réfléchir et dans une lecture pour le moins fluide.

À offrir ou à s’offrir, assurance garantie de passer un excellent moment sans l’ombre d’une déception. Ni aucune lassitude, bien au contraire !

Marie BARRILLON
 
Informations sur le livre :

Auteur : Valéria JOURCIN-CAMPANILE
Editions : Rêves de livres Editions
ISBN : 9782954305400
Format broché d'occasion : 24,28 €
 

mercredi 30 octobre 2013

Mr Vertigo

"Chaque épreuve me paraissait plus terrible que la précédente, et si je réussis à ne reculer, ce ne fut que par pure obstination reptilienne, une passivité végétative tapie quelque part au plus profond de mon âme. Cela n'avait rien à voir avec la volonté, la détermination ou le courage. Je ne possédais aucune de ces qualités et plus loin je me laissais pousser, moins je ressentais de fierté devant ce que j'accomplissais." Extrait du livre 

L’effet AUSTER… 

Pour qui ne le connaîtrait pas Paul Auster est à découvrir. À travers ce roman mêlant réalité et improbabilité, il parvient à nous étourdir. Les vessies ne sont pas des lanternes, nous le savons et pourtant... 
 
Une fois encore, il démontre par cette plume bien calée qu'il a l'art et la manière d'emporter qui il veut au fil des lignes et nous, lecteurs, nous nous laissons prendre à ce "jeu" en toute conscience.  

Dans ce roman, Walt, jeune orphelin de neuf ans vit avec son oncle Slim et sa tante. Des gens sans aucune attention pour lui, pour lesquels il fait plus l'effet d'un boulet trop lourd. L'un est un petit voyou de bas étages, tandis que l'autre, la tante, soigne son mal de vivre dans l'alcool.  
 
Walt est sur les traces de son oncle, vivant de manière peu recommandable, un "scatman miniature à la langue bien pendue". Et effectivement, les dialogues sont riches de ce côté-là. Jusqu'au jour où le gamin va croiser le chemin de Maître Yehudi qui lui fait une promesse bien étrange à laquelle le gamin aura bien du mal à croire, mais à laquelle il ne résistera pas. Ce pari va les lier, car Walt, tenace n'a pas froid aux yeux, ne demandant qu'à voir : "Dans deux ans, tu voleras dans les airs où tu me coupes la tête". Il n'en faut pas plus à Walt pour suivre celui qui deviendra le "Maître" et auquel son destin sera scellé.  
 
L'histoire se déroule au début du siècle dernier au cœur d'une Amérique bousculée, éraflée de grands bleus tels que le racisme, l'esclavage des noirs et des indiens, le Ku Klux Klan, la crise de 1929, l'effondrement de la bourse de New York, le commerce d'alcool, les jeux ou encore la prostitution régentée par la mafia, etc. 
 
Walt se retrouve donc loin de sa ville de Saint Louis dans une campagne perdue qu'il nomme "Ploucville", dans la demeure du Maître Yehudi avec pour compagnon, Esope, un jeune noir abîmé, mais à l'intelligence incontestable qui parviendra à se faire aimer de ce gamin effronté et raciste, et maman Sioux, petite fille de Sitting Bull. Sans oublier Mrs Witherspoon, amante du Maître et dont la présence a toute son importance au cours du roman, même si on ne la retrouve que par épisodes.  
 
Walt côtoiera la gloire et la lumière, la joie et la peine ainsi que la déchéance : "C'est comme ça, quand on est dans le besoin. Tant qu'une chose manque, on ne cesse de la désirer [...] Un vieil adage affirme qu'on n'apprécie pas ce qu'on a tant qu'on ne l'a pas perdu". Il apprendra la souffrance aussi.  Les épreuves n'exemptent pas la tendresse, la misère n'empêche pas le cœur de s'exprimer dans le silence parfois absolu, mais tout a une raison d'être et "si on ne voit pas de raison de continuer à vivre, on n'a guère à se soucier de ce qui risque d'arriver". 
 
Un ouvrage entre roman et improbabilité, tel que je le précisais précédemment, mais irréalité et vérité également qui ne manque pas de tenir le lecteur en haleine. Un style qu'on ne manquera pas d'apprécier une fois encore pour cet auteur égal à lui-même !
 
Quelques phrases relevées au cours de ma lecture :

"Sa langue était l'une des plus formidables machines à embobiner de tous les temps, et une fois qu'il était lancé, les rêves jaillissaient de lui comme la fumée d'une cheminée."

"Vivre, c'est souffrir, de toute façon."

"La mort n'est pas si terrible [...] Quand on arrive à bout de course, c'est la seule chose qu'on souhaite vraiment."

"J'ai lu des livres et j'ai réorganisé ma boîte à mots."

Dès que le cul prend les commandes, on perd la capacité de raisonner."

"Plus ce qu'on désire est grand, plus il faut payer pour l'avoir."

"Il n'existe rien de comparable à la douceur de retrouver ce dont on a été dépouillé."

Marie BARRILLON
 
Informations sur le livre : 

Titre : MrVertigo
Auteur : Paul AUSTER
Éditions : Livre de poche
ISBN : 9782253140757
Format poche : 11,20 €
Format Kindle : 10,99 €

mardi 15 octobre 2013

Trésor de guerre

À lire avec le cœur... 

Se reconstruire ailleurs comme une nouvelle naissance pour tenter de faire un pied de nez au passé. Et comme bien souvent, un "mais" s'incruste pour déstabiliser ce que l'on a tant de mal à redresser.


Vient alors la naissance de l'enfant tant attendu après un parcours long et difficile. Bien que "cette excursion dans le trou-du-cul du monde allait bouleverser..." leurs vies, cette naissance allait les perturber plus encore.


"Avec lui en chair et en os, je mettais entre parenthèses la jeune fille que j'étais", parce que certaines situations obligent l'être humain à changer sans même qu'il s'en rende compte parfois, et sans son consentement non plus.


La petite... s'avère différente. Quelque chose perturbe son évolution. L'angoisse prend de l'ampleur dans le cœur des parents. Les médecins ne trouvent pas ce qui pose problème. 

Les jours passent dans l'incompréhension, mais pour les parents : "Le temps s'était arrêté.  Trop lourd à porter", jusqu'à la rencontre du médecin qui décèlera l'anomalie. Il est vrai que certains médecins (pas tous heureusement) sont laxistes et n'écoutent pas vraiment leurs patients.

Tant de temps passé et perdu avant de rencontrer celui qui donnera les réponses aux parents désarmés : "C'était si bon de parler à un médecin compétant et qui daignait répondre à nos questions ! C'était jouissif. "

Savoir enfin ! Savoir pour mieux appréhender les jours à venir.  Savoir pour enfin s'armer face aux difficultés.  Savoir pour tout simplement comprendre : "Personne n'est responsable de l'AVC à l'origine du handicap de ma fille.  C'est la faute à pas de chance.  Inutile de chercher un coupable", parce que nous n'en trouverions pas.

Trésor de guerre est un ouvrage à lire avec le cœur.  Un témoignage poignant pour peut-être... comprendre !

Suite à une terrible mésaventure, le personnage principal décide de s'exiler ailleurs avec son mari, direction la campagne :

- "À la campagne, la vie est à dimension humaine."

- "Tout paraissait évident : nous allions nous enraciner ici. Puis y laisser tomber nos feuilles pour nous renouveler."

- "Je vacillais, la vue brouillée par mes battements de cœur."

- "Mon bébé et moi faisions voile de concert. Mon souffle nous portait vers la terre ferme de notre amour."

- "Avec lui en chair et en os, je mettais entre parenthèses la jeune fille que j'était."

- "L'hôpital était aussi vaste que mes facultés étaient amoindries par le chagrin."

- "Au regard de l'histoire, nous savions que sans une profonde humanité, les prouesses technologiques peuvent parfois mener au drame."

- "Pour nous le temps s'était arrêté. Trop lourd à porter."

- "En vivant à la campagne, j'avais découvert la grandeur d'âme des petites gens, et le courage des paysans. Ces gens qui n'ont pas la langue de bois, mais qui parlent avec leurs tripes."

- "Dans l'urgence, chaque seconde est importante."

- Ils ont décidé de reprendre un commerce de proximité, ce qui manque cruellement dans nos petites campagnes, nos villages : "Pour être au plus près des gens. [...] Nous voulions lutter contre la misère sociale et accéder à une connaissance de l'être humain dans toute sa profondeur."

Marie BARRILLON

Titre : Trésorsde guerre
Auteur : Virginie JOUANY
Édition : Les Papillons de Charcot
ISBN : 9782953689044
Format broché d'occasion : 3,84 €

dimanche 29 septembre 2013

Où on va, papa ?

"Il ne faut pas croire que la mort d'un enfant handicapé est moins triste. C'est aussi triste que la mort d'un enfant normal. Elle est terrible la mort de celui qui n'a jamais été heureux, celui qui est venu faire un petit tour sur Terre seulement pour souffrir. De celui-là, on a du mal à garder le souvenir d'un sourire." Extrait du livre
 
Jean-Louis Fournier nous raconte le parcours avec Mathieu et Thomas, tous deux handicapés à 80 %. Difficile d'admettre une première naissance lorsque l'enfant est "différent", alors à la seconde, cela devient très complexe : "Si un enfant qui naît, c'est un miracle, un enfant handicapé, c'est un miracle à l'envers."
 
Au fil des pages, nous nous sentons envahi de compassion, pas seulement pour l'auteur, mais pour l'ensemble des parents confrontés à ce que la nature leur impose. Comme le dit si justement l'auteur ici : "Je ne comprendrais jamais pourquoi ils ont été punis si lourdement. C'est profondément injuste, ils n'ont rien fait. Ça ressemble à une terrible erreur judiciaire."

Néanmoins, à ce "pourquoi", il n'y a malheureusement pas de réponse. La torture des jours suffit, la culpabilité n'a pas sa place, bien que malgré tout elle prend de l'espace... involontairement. Personne ne peut savoir à l’avance ce que la nature va lui imposer de bon comme de désagréable.

L'auteur tente parfois l'humour pour peut-être dédramatiser, mais cela ne marche pas. Sa souffrance veut faire sa place dans les mots : "Avec mes enfants, on ne craint jamais de répéter, ils oublient tout. Avec eux, jamais de lassitude, ni d'habitude, ni d'ennui. Rien ne se démode, tout est nouveau". Cela dit, une interrogation essentielle reste en attente de réponse, ce qui dérange sur le cours de la lecture.

Ses "petits oiseaux", comme il les appelle, il leur a apporté le meilleur, du moins c’est ce que l’on pense au fil des pages, parce que le contraire aurait été inconcevable, inacceptable. Cependant, l’interrogation qui nous taraude est toujours présente. Elle concerne la maman et la sœur qui sont presque totalement évincées du fond comme de la forme, nous faisant croire que l’auteur seul vit ce drame au quotidien.

Pourtant, la mère de Mathieu et Thomas ainsi que leur sœur sont présentes et vivent tout autant la situation au jour le jour, mais à travers les pages, ce qui me laisse un goût amer c’est que seul le silence leur est accordé, comme si elles n’avaient pas de mots à poser sur ce vécu, comme si elle n’en avaient pas le droit, comme si elles n’en avaient cure. 

De ce fait, nous sommes entrainés bien malgré nous sur un faux chemin. L’histoire est véridique, mais il lui manque quelque chose d’important, à mon sens. Et là s’installe alors le « pourquoi » !

Cet ouvrage, tel une lettre ouverte, mais totalement personnelle, pour Mathieu et Thomas, qu'ils n'auraient, de toute façon, pas pu lire témoigne de l'amour que leur père leur a porté et uniquement celui-là : "Mes petits oiseaux, vous ne saurez jamais conjuguer à la première personne du singulier et à l'indicatif du présent le verbe du premier groupe : aimer."

Pourtant, nous ne savons pas ce que leurs cœurs ressentaient, personne ne le saura jamais, emportant ce secret avec eux. Cependant, ce que l'on peut imaginer c'est qu'ils étaient probablement inondés d'amour pour leur père certes, mais aussi pour leur maman et leur sœur qui faisaient bel et bien partie de leur ciel quotidien, de leur univers... j'aime à le penser !

Marie BARRILLON

Informations sur le livre :

Auteur : Jean-Louis Fournier
Édition : Livre de poche
ISBN : 9782253127840
Format broché : 15,30 €
Format poche : 7,20 €
Format Kindle : 5,99 €