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samedi 27 décembre 2025

Sac de nœuds, Luc Leens

Sac de nœuds, Luc Leens

En préambule de cet ouvrage, on s’arrête sur l’avertissement en première page : « Ces histoires ne sont pas vraies... ni fausses d’ailleurs. L’important est qu’elles soient de vraies histoires, écrites à hauteur d’hommes et de femmes. Deux nouvelles, cependant, sont directement inspirées de faits réels : L’effet boule de neige et La gourde. Si celles-ci vous paraissent invraisemblables, n’en cherchez pas ailleurs la raison ».

Grâce aux éditions Quadrature, une maison d’édition belge, que je ne remercierai jamais assez pour ce partenariat, je découvre Luc Leens, auteur de cet ouvrage « Sac de nœuds », et c’est une agréable découverte.

Au fil de cet ouvrage, c’est la rencontre avec des histoires qui comblent nos vies. Et qu’est-ce que nos vies en définitive ? À bien y regarder, quand on met en pause notre quotidien, c’est véritablement un « Sac de nœuds ». Je ne connais aucune vie fade où rien n’arrive, quelle que soit l’importance d’un évènement ou un autre.

Dans la quinzaine de récits qui jalonne ce recueil, l’auteur met en exergue dans une écriture toute en élégance des tranches de vie parfois tristes, mais qui procurent une certaine émotion comme dans « Hannah » qui atteint notre sensibilité. 

D’autres, parfois drôles comme dans « Le chat, la souris et le petit oiseau » où on vacille dans l’humour, la drôlerie avec une fin surprenante, mais bien mignonne dont on ne s’attend pas. 

Par exemple encore, à la toute fin de « L’effet boule de neige », une émotion inattendue vient emporter le cœur du lecteur. En tout cas, ce fut le cas pour le mien. Et quand je lis « Les livres font partie de ma vie autant que le ciel par la fenêtre ou le pain dans mon assiette », je me retrouve. 

Avec un même écho, je ne peux qu’admettre qu’« Avec l’âge, j’ai compris que les romans ne sont pas des livres de recettes ou des modes d’emploi pour mener sa vie. Ils sont mieux que cela. Grâce à eux, j’ai appris à apprivoiser le chagrin, à dompter la peur, à savourer la mélancolie. Dans leurs pages, j’ai pu faire l’expérience de l’angoisse, de l’effroi ou du désespoir, sans en subir la violence ».

J’ai adoré « Trou d’air » qui a déclenché en moi une rasade d’empathie, le genre de sensation qui m’anime souvent, dès le début où l’homme qui parle dit sans détour : « Oui, je suis clodo. Il a suffi de pas grand-chose, juste d’un trou d’air ». 

Dans « Notre père », non ce n’est pas une ou la prière que l’on pourrait imaginer. On y lit des évidences incontestables liées à l’éducation des enfants : « Le coup du sac à dos. Dès qu’un enfant vient au monde, ses parents lui enfilent en douce un sac à dos dans lequel ils vont fourrer tous leurs espoirs de surdoués [...] sans même s’en rendre compte ils y enfournent aussi toutes leurs frustrations, leurs illusions, leurs manies et leurs angoisses ». Je vous laisse découvrir la suite qui est tout aussi pertinente. 

Des textes denses et ciselés, parfois fermes, puis graves, un style qui oscille entre fermeté et densité, douceur ou gravité. Des histoires de vie, d’hommes et de femmes, joliment écrits et décrits, brossés avec habileté.

Merci à l’auteur pour cet ouvrage agréable à lire !

Marie BARRILLON

 

Quelques phrases qui m’ont marquée au cours de ma lecture :

- Ces histoires ne sont pas vraies... ni fausses d’ailleurs. L’important est qu’elles soient de vraies histoires, écrites à hauteur d’hommes et de femmes.

- Dans cette ville où je ne connaissais rien ni personne, j’étais comme un naufragé qui retourne sur la terre ferme.

- Le sourire qu’elle m’a envoyé dans les gencives a guéri d’un coup ma petite blessure d’amour-propre.

- où était le type sûr de lui derrière lequel j’essayais de cacher mon irrésolution pathologique ?

- Je rêvais de sauver le monde et de parcourir la planète, mais qu’avais-je accompli d’autre dans ma vie que le tour de mon nombril ?

- Ma vie n’était encore qu’une ébauche. Un brouillon.

- Ma vie n’était encore qu’une ébauche. Un brouillon.

- Après la soupe, un coup de vin, c’est un écu de moins pour le médecin.

- Je n’étais pas convaincue qu’offrir des chaussures à la fille d’un cordonnier fût la meilleure façon de la séduire.

- il n’est pas sans risque de recommander un livre pour soigner les maux de l’âme ou en apaiser les tourments. Certains peuvent guérir. D’autres sont capables de tuer.

- D’une certaine façon, on s’aimait mieux. On avait découvert ensemble que le contraire de dur, ce n’est pas mou. C’est doux ».

- C’est impossible de mettre un bâillon sur mon cerveau.

- Certaines personnes saturent immédiatement l’espace de leur présence, des hommes surtout.

 

Marie BARRILLON

 

Informations sur le livre :

Titre : Sacde nœuds

Auteur : Luc Leens

Éditions : Quadrature

Format papier : 9782931080580

Format Kindle : 9782931080597

lundi 22 décembre 2025

Eddy grandit, Linda Vanden Bemden

 Eddy grandit, Linda Vanden Bemden

Dès le début de ce recueil, j’ai été passionnée. « Eddy grandit », par son titre et sans avoir parcouru la quatrième de couverture, laisse à penser au premier abord que nous allons suivre l’évolution d’un petit bambin. Eh bien, surprise, il n’en est rien !

Mais alors, qui est-il ?

L’addiction est rapide. Ce recueil se lit vite tout en étant un véritable plaisir.

Dans ces pages, en réalité, il y a deux Eddy, mais l’un d’eux prend le pas sur l’autre. Non que le second ne soit pas important, mais bien parce que le premier capte toute l’attention du lecteur.

Le petit bout de choux inattendu est vite attachant. La narratrice qui tente de lui prodiguer tous les soins nécessaires sous l’œil d’Henry sait happer le lecteur. Le tout fragmenté en petits textes titrés à lire dans la continuité de préférence pour ne pas perdre le fil de l’histoire.

Un ange pour un Eddy piaf !

La narratrice s’extasie quand son « aviateur de la boîte en carton de la chambre bleu ciel » l’escalade et « recherche contact et chaleur. Il va y arriver, c’est un guerrier ». Et quand bien même les chances de survie d’Eddy sont minces, sa bonne fée se place en ange gardien pour lui permettre de vivre. Et parce qu'Eddy doit être libre, son adoptante se fait une raison, un jour tôt ou tard, il partira, « Ne dit-on pas qu’il ne faut jamais retenir quelqu’un qui part sans un regard ? »

Et puis, Henry...

Qui est-il ? Le mari, qui est tour à tour septique, ironique, lunatique, voire mystérieux ou agaçant quand il ne s'agit pas d'une pointe de jalousie, et qui malgré quelques apparitions, perd un peu de sa place dans cette épopée détrôné par ce « tout petit » guerrier. Pourtant, il n’y a pas de quoi être jaloux d’un petit être sans défense tombé là par hasard et qui tente d’apprendre la vie, de survivre surtout, et d’en appréhender les difficultés. Cela dit, « Henry sourit », et la narratrice d’ajouter « Je ne sais pas s’il se moque ou s’il m’encourage ». Mais, il a aussi « un petit cœur », Henry.

« Mouchoir de poche », « Cadeau du sol », « Mi-grant »,
« Eddy au carré », « Montgolfière », « La promesse » et d’autres sont des titres qui chapotent chaque étape de cette belle histoire qui offre apaisement à l’esprit.

Ce recueil est une lecture légère et fortement agréable sans prise de tête. Il met en exergue la dépendance que l’on peut ressentir soudainement envers un être, humain ou animal, un amour passionné pour un être vulnérable et en danger que l’on veut sauver envers et contre tout, quel que soit le prix qui en résulte. 
De la dépendance à la liberté, Eddy n’est pas seulement tombé du nid, il a échoué au bon endroit où un ange, sans le savoir, l’attendait prêt à le protéger.


Quelques phrases relevées au cours de ma lecture :

- L’amour est sans limite. Je ne pensais pas non plus que l’amour pouvait ne peser que onze grammes ». (En référence à Eddy)

- Je dois toutefois bien admettre qu’on ne s’improvise pas chasseur d’insectes pour piaf sans papier ».

- Henry me court sur le haricot, mais je ne le lui dis pas de peur qu’il ne décortique l’expression ».

- L’abrutissement suscite l’intérêt et l’humaine que je suis n’échappe pas à la règle ».

- L’entrée dans la forêt offre à nos sens les vapeurs d’une nuit qui s’éteint ».

- Le chant des oiseaux, c’est de l’engrais pour faire pousser les arbres...

Marie BARRILLON


Informations sur le livre :

Titre : Eddy grandit

Auteur : Linda Vanden Bemden

Éditions : Quadrature

ISBN : 9782931080528 

Format papier : Quadrature

Format Kindle : 978293108535

mardi 16 décembre 2025

Journal de guerre, Gilles-William Goldnadel

Journal de guerre, Gilles-William Goldnadel

Note de l’éditeur : « Ce «  journal de guerre  » débute le 7 octobre, jour du pogrom perpétré par le Hamas. Il s’agit d’un journal intime sur les états d’âme d’un juif dans la peine et d’un journal de réflexions politiques et psychologiques d’un avocat engagé dans la sphère publique. Un écrit «  à chaud  », car la tragédie que nous vivons a des enjeux civilisationnels qui devraient tous nous inquiéter. »

Le monde et ses tourments

Le monde d’une relative tranquillité s’est éclipsé pour laisser place à celui dans lequel nous vivons, happé par des luttes, des attaques où des assauts et autres tueries déferlent. Des populations se débattent pour vivre ou survivre comme s’il fallait pour chacun ; citoyens individuellement ou peuple dans son entièreté, en passer par là pour faire valoir son droit à exister sur la planète.

J’ai entamé « Journal de guerre : C’est l’occident qu’on assassine » avec une forte appréhension au début, puis je me suis laissée emporter avec une extrême résilience par le style de l’auteur tout en sachant en surface ce à quoi j’allais être confrontée dans cet ouvrage. On ne lit pas ce livre par hasard, qu’on se le dise !

Au premier chef, la plume vive de l’auteur nous pique là où elle doit pénétrer avec une lucidité poignante, puis les mots se veulent bruts, implacables, intransigeants. Sans surprise, nous sommes pris dans une ambiance des plus écrasantes et chaotiques d’une zone où règnent conflits, désolations, destructions et autres ravages provoquant des afflictions en tout genre qui se trouvent être purement réelles. Il n’y a pas ici de place pour le fictif, l’imaginaire ou le virtuel !

Au détour de l’horreur des ravages, des scènes glaçantes décrites, de la violence, l’auteur nous propose ce récit, malgré toute la désolation qu’on ne peut ignorer, dans l’incursion de l’âme humaine et tout ce qu’elle peut porter d’horreur. Gilles-William Goldnadel nous prend ici par la main à la rencontre de personnes, parfois complexes, et nous met face à un éventail d’émotions humaines ; de la colère à la peur en passant par la cruauté et la compassion dans une dilution inimaginable, et pourtant bien réelle. Il décortique tout ce que peut décliner ou manifester de sombritude la nature humaine avec un regard juste, lucide et factuel.

On ne peut qu’embrasser le jugement que porte l’auteur, et sans complaisance il nous pousse, volontairement ou non, à réfléchir à nos propres contradictions, voire dénégations. De la même manière, ce récit nous amène à considérer ce que nous-mêmes serions en capacité d’appréhender et/ou de braver dans une situation de barbarie telle, si tant est qu’on soit en mesure de le savoir, là, de loin, nous ne pouvons que spéculer sans être dans la réalité des faits où nous ne pourrions que subodorer une éventuelle réaction qui au final ne serait probablement pas celle que nous aurions face au « fait accompli » ?

Espoir et résilience

Dans une grande abnégation, Gilles-William Goldnadel nous témoigne avec une pointe d’introspection un récit où la résilience et l’espoir y ont toute leur place, car il n’est pas question de céder au désespoir. En toute chose, y a-t-il une lueur d’espoir ? Comment passer du jour à la nuit ? De la joie à une profonde tristesse qui laisse indubitablement des traces qui ne s’effaceront jamais ? Comment se contenter de voir sans ressentir la moindre émotion ? Au fil des pages, on ressent chez l’auteur cette petite lueur qui perdure malgré toute la bassesse cruelle et barbare de certaines âmes humaines. 

Force et pertinence !

« Journal de guerre » au-delà du récit est le témoignage déchirant d’un homme blessé qui résume les complexités de la condition humaine mettant en exergue les peurs et les espoirs de tout un chacun. Il nous invite à nous questionner sur comment nous sommes en tant qu’être humain.

L’écriture y est fluide rendant la lecture agréable malgré la gravité du sujet. On y retient une grande sincérité de la part de l’auteur. Pour ceux qui l’écoutent régulièrement sur les ondes, on retrouve son ironie parfois et l’esprit corrosif qui font qu’il est aussi apprécié. On ne peut pas rester insensible.

Lisez ce récit, il vous chamboulera parfois, mettra en évidence certaines des émotions cachées au plus profond de vous, mettra aussi au grand jour vos espoirs les plus dissimulés, ceux-là mêmes que vous gardez au secret dans votre for intérieur. Cet ouvrage vous permettra de toucher du doigt ce qui se déroule loin de vous, loin de votre sphère et de votre vie.

Bien que je n'ai pas encore eu le loisir de lire « Journal d'un prisonnier », l'ouvrage suivant de l'auteur, je compte bien y remédier au plus vite. 

Marie BARRILLON

Informations sur le livre :

Titre : Journal d’un prisonnier

Auteur : Gilles-William Goldnadel

Éditions : Fayard

ISBN : 9782213727219, Format : Broché

ISBN : 9782213729572, Format : Kindle

Format audio : Livre audio

4 ème de couverture : 

« Il ne s’agit ni d’un journal intime ni d’un journal officiel. Mais d’un journal de guerre.

Guerre contre le désarroi personnel né un 7 octobre au réveil.

Guerre contre la détestation des Juifs et de leur État.

Guerre au jour le jour contre la nuit qui vient.

Guerre contre la désinformation médiatique pour causes idéologiques, à commencer par celle de l’audiovisuel public. Cette idéologie anti-occidentale du double standard, cette préférence pour l’Autre, qui traite différemment l’immigré et le Français, le Palestinien et l’Israélien.

Guerre contre une extrême gauche ayant sombré dans l’antisémitisme après son alliance avec l’islamisme.

Guerre contre la folie qui s’est emparée de l’Occident en perdition à cause de la disgrâce d’un wokisme détestant les Français, en tant que Blancs.

Une guerre totale. Argumentée, documentée, avec les armes de l’ironie mortelle et de l’humour létal.

Une guerre sans concessions menée par un avocat qui, parce qu’il aime tant la vie, a condamné cette haine qui nous menace à la peine de mort. »

N'hésitez pas à laisser un commentaire lors de votre passage (même en anonyme) et/ou à partager le lien cette chronique, ça fait toujours plaisir. 🙏

lundi 8 décembre 2025

Entretien avec Pierre-Yves Bolus

À l’époque où j’ai créée la revue 100 % Auteur, j’organisais des entretiens d’auteur. Puis, après quelques années, j’ai fermé cette petite revue et l’association du même nom. Depuis, je continue à réaliser mes chroniques de lecture, mais dans mon esprit ce n’est pas suffisant, je reprends désormais mes entretiens d’auteurs avec ces derniers, s’ils et quand ils le souhaitent.

Questions à Pierre-Yves Bolus pour lentretien dauteurs faisant suite à la chronique sur le recueil de nouvelles « Pas si seul » de lauteur paru aux éditions Quadrature.

Bonjour Pierre-Yves Bolus. Après avoir lu votre ouvrage, jaimerais en savoir un peu plus sur lauteur que vous êtes, tout comme assurément les lecteurs.

Marie B : Qu’est-ce qui vous a inspiré pour écrire « Pas si seul » ?

Pierre-Yves Bolus :

Les nouvelles reprises dans le recueil Pas si seul ont été écrites entre la fin du confinement et 2024, la plupart sont nées lors d’atelier d’écriture, avant de mûrir en réécriture. Ce sont des instants de vie, une plongée dans la vie des autres, elles parlent de la vie de ceux que l’on croise dans le tram ou ailleurs, elles parlent de notre regard sur les autres.

Marie B : Les lecteurs sont souvent curieux de découvrir leurs auteurs autrement qu’à travers leurs ouvrages. Doù vous vient ce goût pour l’écriture ?

Pierre-Yves Bolus :

J’ai toujours aimé écrire, j’ai toujours voulu écrire, malheureusement la vie ne laisse pas toujours le temps. Depuis mes 20 ans, j’ai gardé à l’esprit qu’un auteur que je lisais beaucoup à l’époque, Henri Bauchau, s’était mis à écrire sur le tard, passé 40 ans. Alors un peu avant d’atteindre les 50, je me suis dit qu’il était temps et j’ai décidé d’organiser ma vie pour me donner du temps de qualité pour écrire. On observe le monde, les gens, leur vie et on a envie de partager des sentiments ou des expériences, de dire des choses, de se cacher derrière des personnages pour partager sa vision du monde, ses peurs et ses désirs.

Marie B : Quelle part tient l’écriture dans votre quotidien ?

Pierre-Yves Bolus :

J’essaie d’écrire tous les matins, au moins deux heures à l’aube, mais je dirais surtout qu’écrire c’est réécrire, un premier jet jaillit souvent assez facilement, mais ce n’est qu’après cette irruption que démarre le vrai travail.

Marie B : Est-ce plus un passe-temps, telle une occupation de loisir, ou plus particulièrement une réelle passion ?

Pierre-Yves Bolus :

C’est une réelle passion et je souhaite me donner le temps d’y consacrer encore davantage d’énergie.

Marie B : Pensez-vous qu’une vie sans l’écriture vous serait possible ?

Pierre-Yves Bolus :

Eh bien, pour être tout à fait sincère, je pense que non, écrire est tout aussi vital que de randonner en forêt ou de manger. Dans notre monde de fou, j’envisage l’écriture comme une soupape pour libérer le flot de pensées pollué par l’air du temps. Ce n’est d’ailleurs sans doute pas anodin si tant de gens se mettent à écrire de nos jours.

Marie B : Suivant les uns et les autres, les méthodes de travail sont assez différentes. Établissez-vous un plan de travail ou écrivez-vous plutôt à linstinct en suivant les pas que votre inspiration vous impose ?

Pierre-Yves Bolus :

Je ne sais plus qui a dit qu’en matière d’écriture il y avait les architectes et les jardiniers, je suis plutôt de ces derniers. Le premier jet est toujours à l’instinct, je ne sais pas où je vais, je plante, je laisse pousser, je laisse les mots s’aligner, les phrases couler. Parfois, ça ne marche pas, ça ne débouche sur rien, parfois après 6 ou 7000 signes les choses se débloquent, le sens se montre à voir. C’est bizarre, car à chaque fois, je suis persuadé que ça ne mènera nulle part et pourtant, il y a toujours quelque chose qui se passe. Ensuite il faut tailler, élaguer, le vrai travail de jardinier commence.

Marie B : Y a-t-il une citation que vous affectionnez particulièrement ? Si oui, laquelle est-ce ?

Pierre-Yves Bolus : « Il faut encore avoir du chaos en soi pour enfanter une étoile qui danse » Friedrich Nietzsche. » 

Marie B : Et pourquoi celle-ci précisément ?

Pierre-Yves Bolus :

Elle résume parfaitement la manière dont j’envisage le travail d’écriture.

Marie B : Pour mieux nous imaginer l’auteur qui est en vous, est-ce que comme nombre dauteurs, vous avez des « petits trucs » bien à vous, des « petites manies », des rituels, voire des addictions par exemple un café (ou thé) à portée de main, un stylo plutôt quun autre… Avez-vous également ce genre dhabitudes ?

Pierre-Yves Bolus :

Quand je dois écrire un premier jet, j’essaie de démarrer ma journée vierge, sans avoir été inquiété par le désordre du monde extérieur, je me lève très tôt, vers 6 h, sans rallumer mon smartphone, je bois mon jus de citron et puis je m’installe à mon bureau, dans l’obscurité de la fin de nuit, avec très peu de lumière. J’allume l’ordi que j’ai débranché du Wifi la veille au soir et je laisse mes doigts tapoter sur le clavier. Si je cale, je vais vers la bibliothèque, je prends un livre au hasard, une page au hasard et je lis un ou deux paragraphes.

Marie B : Par ailleurs, que ce soit une passion, un plaisir ou un loisir, que préférez-vous écrire ?

Pierre-Yves Bolus :

J’aime écrire des instants de vie, des tranches de vie de gens ordinaires, je trouve qu’il y a tout un pan de la population qui n’est pas assez représentée dans la littérature. Ils n’ont pas le temps d’écrire, ils sont pris par leur vie, à l’usine, dans le nettoyage, dans les transports en commun, ils méritent qu’on leur donne une voix.

Marie B : Jai souvent pour habitude de dire que lon ne donne pas rendez-vous à linspiration, quelle est seule décisionnaire, qu’elle s’impose comme bon lui semble, ce qui est mon cas par exemple. Vous concernant l’inspiration, est-elle innée ou au contraire avez-vous besoin de réflexion avant dentamer un projet d’écriture ?

Pierre-Yves Bolus :

L’inspiration me vient surtout en lisant, ou en me promenant. Assis devant l’ordi, j’en ai très peu. Je prends des notes sur mon smartphone tout le temps.

Marie B : La question curieuse, sil devait y en avoir une, serait la suivante. Y a-t-il des projets littéraires en cours ? Si oui, acceptez-vous de nous en parler en quelques mots ?

Pierre-Yves Bolus :

Je travaille depuis un an sur un roman dans le genre de la littérature du réel. Je préfère ne rien en dire, par superstition, parce qu’il est en relecture.

 

Merci infiniment davoir accepté de répondre à ces quelques questions et de nous avoir offert cet échange.


Informations sur le livre :


Titre : Pas si seul

Auteur : Pierre-Yves Bolus

Éditions : Quadrature

ISBN : 9782931080566

Prix format papier : 18 €

Prix format Ebook et Kindle : 9,90 €

dimanche 7 décembre 2025

Pas si seul

Pas si seul, Pierre-Yves Bolus

Si les Éditions Quadrature, maison d’édition belge, ont fait de la nouvelle leur ligne éditoriale, je l’analyse ainsi.

Lire des nouvelles est particulièrement plaisant dans la mesure où c’est relativement rapide et dans certains cas plus léger à lire que des romans. Bien que ces deux types de lecture ne soient pas comparables ni antinomiques, dans leur brièveté, elles sont plus digestes parfois, plus rapides à parcourir et à appréhender lorsque nos temps de lecture se restreignent au quotidien. Elles demandent souvent aussi moins d’efforts. Encore que, quand elles incitent à la réflexion, c’est moins certain.

Donc, lecture plus flexible contrairement aux romans où parfois les chapitres peuvent s’étendre plus que le temps qu’on a à leur allouer sur le moment, surtout pour les lecteurs empruntant les transports en commun.

Par ailleurs, dans les nouvelles, le plaisir est plus immédiat, car en très peu de pages, nous avons une construction, certes moins détaillée que dans le roman, mais offrant malgré tout un début, un développement et une fin. De la même manière, avec des recueils de nouvelles, on se trouve face à une diversité quant aux thèmes abordés, aux ambiances, ou encore les saisons, les styles et les personnages différents de l’une à l’autre. Dans ce genre de lecture, on traverse un éventail d’univers diversifiés. Et comme les nouvelles sont courtes, elles imposent de la concentration, de l’attention rendant la lecture plus intense.

Enfin, lire des recueils de nouvelles offre une variété de textes qu’il est aisé d’abandonner plus facilement sans remords pour passer au suivant sans avoir le sentiment de véritablement abandonner la lecture ou son auteur. On ne peut pas tout aimer non plus !

Mon avis : alterner les lectures entre recueils de nouvelles, de poésies, de pensées et romans. Chacun aura sa particularité, mais tous recèlent et concentrent des points positifs.

« Pas si seul » 

À travers « Pas si seul », je découvre Pierre-Yves Bolus, son auteur. Ce recueil de nouvelles n’est pas son premier ouvrage, mais c’est le tout premier paru aux éditions Quadrature. Sur la quatrième de couverture, on peut lire que « Pierre-Yves Bolus a un faible pour Bruxelles, mais s’en échappe volontiers », mais aussi qu’« il aime observer les oiseaux et les gens qui passent, écrire à l’aube et marcher en forêt. Le reste à moins d’importance ».

Pour en savoir plus sur l’auteur :

Avant ce recueil de nouvelles, pour les intéressés, il est l’auteur primé d’un des textes du collectif « À basse température » regroupant les nouvelles retenues lors du Grand concours de nouvelles 2020 de la Fédération Wallonie-Bruxelles de Belgique, organisé par le Service général des Lettres et du Livre de Belgique. Primé pour sa nouvelle « C’est quelque chose qui se répand » le jury déclare « La personnalité du narrateur se reflète dans la langue et le rythme des phrases. La nouvelle dégage une sensation de vie âpre, de récriminations, mais aussi de vrais éclats de poésie. Une superbe écriture, érudite, mais sans condescendance. »

Il est également l’auteur de « Ce qui arrive à pied » publié chez « L'harmattan ».

Dès les premières lignes de « Pas si seul », j’ai été enthousiasmée par les mots qui s’enchaînent sans la moindre lassitude. Certains passages, outre le plaisir de la lecture, mènent à la réflexion, à l’exemple de « Il suffit de regarder longtemps. [...] J’ai regardé, comme ça, pour poser les yeux quelque part. J’ai fouillé à l’intérieur de moi ». Il y a l’homme étranger qui est envoyé au dernier étage pour nettoyer le bureau du patron, tâche initialement réservée aux femmes, tout en étant respectueux des convenances préconisées dues au rang du monsieur : « Faire ce qu’on me dit, comme on me le dit, c’est ce que j’avais toujours fait... », s’installe alors une petite proximité entre l’homme et le patron, une faible connivence. Ce dernier lui apprend alors une chose essentielle, « Regarde bien [...] Regarde la ville, les lumières de la nuit, toute cette vie cachée... » L’homme étranger est attachant.

Puis, changement de décor avec « Le pouvoir des roses » qui nous conte le périple d’un homme ayant trouvé un bouquet de roses rouges avec « tout autour, un mica, un cellophane, un plastique, il ne sait pas vraiment comment on dit. De ceux qui font du bruit quand on les froisse ». Ensuite, on se laisse porter sur le fil d’un épisode de vie de « La princesse de Ribancourt ».

Au fil des lignes comme dans « Le théâtre des certitudes », nous sommes tentés de suivre les questionnements du narrateur qui nous incite à une certaine dose de réflexion quand il dit : « Où sont les espoirs et les idéaux de ma jeunesse... », une pensée que chacun est amené à avoir à un moment donné. Et que face à la scène qui se déroule devant son regard, il admet que sa « colère est contenue toute à l’intérieur, mais elle est prête à éclater. » Puis, à force d’écouter ce monde qui l’entoure à cet instant, il comprend une chose en ces mots : « Mes convictions se sont effondrées, les idées reçues dégringolent les marches et s’en vont en courant », ce que nous pouvons souvent réaliser nous-mêmes.

J’ai été particulièrement touchée par la nouvelle titrée « Je l’aime à mourir » rythmée aux paroles de la si célèbre chanson de Francis Cabrel. Ici, le personnage narrateur prend soin de l’amour de sa vie touché par Alzheimer, de son prénom Alois qui n’est pas de bon aloi de rencontrer quand sait les ravages qu’il provoque. Elle prend soin de lui sans oublier « cette chanson, en filigrane, comme un souffle de vie » qui a toujours fait partie de l’union depuis le premier jour, « une vie entière tenue et rythmée par une chanson ».

La lassitude ne vient toujours pas ! Tant mieux si elle fait l’école buissonnière, ça rend la lecture apaisante, et le style est particulièrement agréable à lire. Tant et si bien qu’arrivé à la fin, on se dit qu’on est déjà au bout de ces vingt-trois nouvelles qui se suivent pour assouvir notre besoin de lecture.

Et si à la toute fin, on est un peu triste de tourner la dernière page parce qu’on aurait aimé en avoir un peu plus, nous voilà tout même comblé d’avoir parcouru cet ouvrage !

 

Quelques phrases relevées au cours de ma lecture :

- « Où sont les espoirs et les idéaux de ma jeunesse... »

- « Mes convictions se sont effondrées, les idées reçues dégringolent les marches et s’en vont en courant. »

- « Les faits du présent sont plus convenus que les souvenirs. »

- « Peut-être que c’est ça la mémoire, la capacité d’oublier, ou de reconstruire des décors conformes à ce qu’on a envie de garder. »

- «  La frontière entre la mémoire et l’imagination est tenue, peut-être que les souvenirs sont surtout des inventions. À force de répéter, de ranimer, d’épiloguer, vous avez fini par créer une nouvelle histoire. »

- « Pourquoi le cerveau n’imprime-t-il que des choses futiles ? Comme les mauvaises herbes dans un jardin paysagé. » 

Marie BARRILLON

Prochainement, je publierai l'entretien d'auteur avec Pierre-Yves Bolus

Informations sur le livre :


Titre : Pas si seul

Auteur : Pierre-Yves Bolus

Éditions : Quadrature

ISBN : 9782931080566

Prix format papier : 18 €

Prix format Ebook et Kindle : 9,90 €