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jeudi 25 décembre 2008

Entretien avec Laurent Boyet

Entretien avec Laurent Boyet,
auteur du roman "Le rédempteur de la Têt"

1001 livres : Quelle motivation t'as poussé à écrire un roman policier, indépendamment du fait que ce soit ton métier ?

Laurent Boyet : En fait, j'étais persuadé que je n'écrirais jamais de romans policiers, justement parce que c'est mon métier. Je pensais que tout avait déjà été dit, écrit et filmé sur le sujet. Et puis, il y avait une espèce de pudeur à parler de quelque chose que je connais trop bien sans doute. Mais, on m'a demandé de réfléchir à quelque chose en vue de participer au Prix du Quai des Orfèvres. Ayant trouvé une idée qui sortait un peu de l'ordinaire, je me suis lancé dans l'écriture et j'ai trouvé un éditeur avant d'avoir eu le temps de participer au Prix.

1001 livres : Penses-tu écrire d'autres romans ? Si oui, est-ce que ce sera dans la continuité du premier, c'est-à-dire des policiers ?


Laurent Boyet : J'ai trouvé une véritable liberté dans l'écriture d'un roman policier, une sensation que je n'ai pas retrouvée dans l'écriture pour d'autres genres. En 2001, j'ai publié à compte d'auteur mon premier roman, "TOI", une belle histoire d'amour qui a reçu d'ailleurs la même année une mention spéciale au Prix Littéraire Européen. Mais, j'ai pris plus de plaisir à écrire "le rédempteur...". Cela me permet d'aller loin, très loin dans l'écriture, l'imaginaire, l'exutoire.
En début d'année prochaine, sortira chez le même éditeur "Le supplice d'Amélie", un roman policier encore plus noir que le premier. Ce ne serait pas une suite mais, on y retrouvera deux personnages croisés dans "Le Rédempteur de la Têt".
Mais, j'aime tellement écrire; c'est une telle nécessité pour moi, que je n'ai pas envie de me laisser enfermer dans un style, un genre littéraire.

1001 livres : Sur ta manière d'écrire, le fais-tu à l'instinct ou plutôt en adoptant, dès le début, une certaine organisation ou logique ?


Laurent Boyet : Je dirais que c'est une sorte ...d'instinct structuré ! C'est très étrange. Je commence par avoir une idée. Je ne jette rien par écrit. Je ne fais aucun plan. Non, je laisse l'histoire mûrir en moi, librement. Pour "Le Rédempteur de la Têt"", par exemple, j'ai d'abord eu l'idée du dénouement et j'ai construit mon histoire tout autour, par rapport à la fin. Pour le prochain, c'est tout l'inverse. J'ai eu l'idée du point de départ et je me suis laissé guider. J'ai même changé de meurtrier en cours d'écriture !
J'aime me lancer dans un projet d'écriture parce que je vis véritablement avec mon histoire. Elle est en moi, comme un secret, que personne ne pourrait percer. Elle grandit et je vis vraiment avec mes personnages. Au final, ce sont eux qui finissent par me dicter les mots...
Propos recueillis par Marie BARRILLON

Le rédempteur de la Têt, Laurent Boyet

Etre policier, c’est justement aller de l’autre côté du miroir trop bien poli, pour découvrir la mauvaise face des gens. Rien ne nous échappe jamais. A force de fouiller, de chercher et de chercher encore, on finit toujours par trouver. Pas forcément ce qu’on cherche. Mais, on trouve.
Extrait du livre

LIEUTENANT LAYETTE…

Bruno Layette, un nom qui peut prêter à rire, il le sait et le reconnaît avec humour. « Je sais cela ne s’invente pas ! Cela fait 35 ans qu’on me demande si je mets encore des couches, ou si je mange avec un bavoir. A force on s’habitue. »

Bruno Layette est flic. Lieutenant de police précisément, ce qui équivaut anciennement à Inspecteur. Cela paraît moins flatteur mais le travail est le même.
Est-ce par vocation qu’il a choisi ce métier ? Il n’en n’est pas certain. Dans son esprit, la police c’était ce qu’il en voyait dans les séries policières lorsqu’il était plus jeune et encore chez ses parents. Moulin et sa moto. Maigret et son chapeau, sa pipe. Navarro et ses mulets. Ah, Navarro !

Toujours est-il que Bruno est lieutenant de police à Perpignan. Ce n’est pas que ce soit navrant mais ça ne remue pas beaucoup. Et Bruno aimerait bien que ça bouge un peu. « On se retrouve à Perpignan, à chasser plus souvent l’ennui que les grands délinquants. »

Entre eux, les collègues parlent de tout et de rien, ça occupe. Ils discutent des matchs de rugby passés ou à venir. Parce que Perpignan, c’est bien l’endroit où on ne peut éviter le rugby.
Puis, ils parlent des filles. Celles qu’ils ont ou n’ont pas, celles qu’ils aimeraient avoir ou pas du tout. Le boulot, ils en discutent un peu mais il n’y a pas grand-chose à en dire, alors ce sujet là passe vite. C’est calme. Le soleil, la mer…

Lorsqu’un appel les alerte, c’est la détente et l’ennui qui prennent fin. Prendre l’air, bouger, mener l’enquête, même une toute petite, ils sont preneurs.

Bruno est appelé avec ses collègues sur le lieu d’un accident, non loin de la Têt, une rivière caillouteuse qui vient des montagnes. Elle peut être capricieuse après des chutes de neige et des pluies trop importantes. Les crues la font monter jusqu’aux berges pour parfois même passer au dessus des traverses. « Il y a les pompiers qui courent dans tous les sens. Il y a les coups de klaxon des gens imbéciles qui sont toujours pressés, même devant la mort. Il y a les badauds, de l’autre côté de la rambarde, qui prennent des photos avec leur téléphone portable. »
Mais, les riverains ont aperçu un corps emballé dans un sac plastique et flottant sur la Têt. Et cela n’a visiblement rien à voir avec l’accident. D’un seul coup, la vie de Bruno et ses collègues va s’animer.

FINALEMENT, N’EST-CE PAS MIEUX LORSQUE PERPIGNAN EST AU CALME ?


Un accident, un corps flottant sur la Têt, du sang, des morts ! Ca on ne l’apprend pas à l’école de police. « C’est cru. Mais, c’est la réalité, notre vrai travail et on le prend en pleine gueule. Alors tant bien que mal, on se forge un caractère. »

Une jeune femme de la PJ, le gardien Caroline Payet, doit travailler en équipe avec Bruno sur ce crime. Mais Bruno est plein de préjugés sur les femmes en général mais dans la police en particulier : « Les femmes dans la police ? Je suis pas contre. Le problème, c’est que ça fini toujours par une histoire de cul et, ça fout la mauvaise ambiance. »
Alors Bruno est largement sceptique sur cette association avec le gardien Payet et n’est pas du tout enclin à l’amabilité. Un minimum sera bien suffisant, pense-t-il !

L’enquête débute : photos, relevé d’indices, autopsie… « La police est un monde de voyeurs. Il faut toujours qu’on prenne tout en photo : les scènes de crime, les suspects, les voitures brûlées, les stupéfiants découverts, les autopsies. Tout. »
Pas le temps pour l’apéro… Là, on ne rigole pas, c’est du sérieux. « Quand on commence une enquête, c’est un peu comme si on se retrouvait devant un puzzle défait. »

Au fil de l’enquête et de la découverte des indices, le tueur s’adresse à Bruno par des petits mots retrouvés sur les victimes : « Bien vu Lieutenant. J’avais raison de vous faire confiance… ». Mais, pourquoi ? Bruno aimerait bien comprendre les raisons qui poussent le tueur à s’adresser à lui en particulier par ces messages de très mauvais goût.

Comme si l’enquête n’était pas suffisante en elle-même pour accaparer son esprit, Caroline s’impose ! Elle fait preuve de beaucoup de logique et de réflexion. Ses intuitions agacent le Lieutenant Layette mais en même temps, il est bien obligé de reconnaître qu’elle possède  certaines qualités et des atouts évidents. Caroline fait bien son travail, il en convient sans grand plaisir.

Tout se complique lorsqu’un second corps est découvert et que les premiers indices correspondent avec le premier crime. Le légiste le confirme : « Et, si on y regarde de plus près, je suis au regret de vous dire que celui, ou celle qui a grossièrement cousu les lèvres entre elles avec ce fil est le même que celui qui a cousu les yeux de notre noyé. »

MAIS A QUEL JEU JOUE LE TUEUR ?


Bruno sait très bien ce que cela veut dire. Un second crime, un seul tueur. Et peut-être même d’autres crimes à venir.
L’enquête avance à petits pas tendus. Les interrogations sur ces meurtres au fil des indices n’ont pas de réponse et les interrogatoires s’accumulent.
Puis, il y a Caroline et ses intuitions certes assez bonnes en général mais qui l’agacent. D’ailleurs, il n’y a pas que cela qui l’agace chez elle. Elle est belle, sûre d’elle, elle a de la réflexion, de la finesse. C’est trop pour Bruno mais il faut faire avec, il n’a pas le choix.

Aller prendre un verre avec sa collègue leur permettrait de se changer les idées, prendre l’air et revenir sur l’enquête avec l’esprit plus frais, plus disponible à de nouvelles évidences, d’autres intuitions et peut-être même faire apparaître des détails qu’ils n’avaient pas jugés importants à un autre moment.

Bruno lance l’idée malgré ses préjugés. Un verre et rien de plus. Un verre ce n’est rien. Ils ne sont que coéquipiers sur cette affaire et rien d’autre. Enfin…rien de plus…ils le croient, l’un comme l’autre.

Un verre, des confidences mutuelles, une bise sur la joue, puis ils rentrent chacun de leur côté. Bruno tente de se persuader que ce verre, n’était qu’un verre. Caroline, elle, voit bien au-delà dans l’ambiance tamisée du pub.
Le lendemain, le sérieux reprend ses droits. L’enquête devient de plus en plus difficile pour Bruno. Le tueur est bien déterminé à jouer avec les nerfs du Lieutenant sans rien lui épargner.

Une troisième victime et toujours un message à son intention : Bruno commence à se sentir de plus en plus mal à l’aise dans cette affaire. « Non, ce n’est pas difficile, c’est… insupportable. Insoutenable. Je n’en peux plus. Si vous saviez comme je n’en peux plus. Je passe mon temps à chercher dans le moindre recoin de mon esprit. Et j’en ai des recoins… Je cherche un signe, un repère. N’importe quoi. Mais, il a tellement d’avance sur moi. »

Il a de plus en plus de mal à se concentrer et son esprit qui tourne autour de Caroline au lieu de rester sur les meurtres à élucider. Heureusement Caroline est une vraie pro et ne se laisse pas tourmenter : « Du sacré bon travail. Du vrai boulot de flic. Mais ça m’en coûterait de lui dire. J’ai du mal avec les compliments. C’est comme si plus rien de bon ne pouvait, ne voulait sortir de ma bouche. »

Les questions tentent de se frayer un chemin dans son esprit pour comprendre pourquoi le tueur s’acharne sur lui, jusqu’à entrer dans sa vie privée pour l’atteindre.

Texte simple et facile à lire pour tous les amoureux de roman policier.
L’intrigue est présente tout au long des pages et donne au lecteur le désir d’en savoir plus.
Une histoire bien montée où la chute est tout à fait inattendue.
En deux mots, un polar plein de suspense qui maintient le lecteur en haleine jusqu’aux dernières pages.

Marie BARRILLON

Informations sur le livre :

Titre : Le rédempteur de la Têt
Auteur : Laurent Boyet
Editions : Cap Béar éditions
ISBN 13 : 9782350660493
Prix : 9,00 euros

mercredi 10 décembre 2008

La traversée de l'été

"Il lui glissa dans les mains un petit bouquet de violettes. Elle n’eut pas besoin de les regarder pour savoir qu’il les avait volées, comme si elle avait assisté à la scène. Les fleurs contenaient l’été tout entier, avec ses ombres et ses lumières gravées dans les feuilles, et elle en pressa toute la fraîcheur contre sa joue.
Grady n’avait qu’une connaissance limitée de ce genre de naufrage citadin."
Extrait du livre

Grady…

Alors que Mr et Mrs McNeil sont sur le point de partir en Europe pour passer l’été, Mrs McNeil s’angoisse de laisser leur fille, Grady, seule à New York.

Grady, n’a certes que dix-sept ans mais elle n’est plus une petite fille non plus. Et elle ne s’angoisse pas le moins du monde de se retrouver seule. Ce serait plutôt le contraire. Elle « sentit un rire irrépressible monter en elle, une joyeuse agitation qui semblait envahir la blancheur du ciel d’été étendu devant elle comme une toile vierge sur laquelle elle pouvait dessiner les premiers élans imparables de la liberté. »

Pourtant aucune sympathie unissait la mère et la fille. Mrs McNeil inspirait même du mépris à Grady. Ce qui n’empêchait pas cette angoisse de monter dans le cœur de Mrs McNeil, elle ne s’en cachait pas d’ailleurs.

A l’heure du départ, le mouchoir blanc déployé, la main battant l’air. Mrs McNeil ne cessait de culpabiliser, pensant et s’interrogeant sur le sort de Grady durant leur absence. « Ne commettait-elle pas une faute inexcusable en la laissant ainsi ? On n’abandonne pas une enfant inaboutie, incomplète. »
Mais son mari l’apaisa en la serrant dans ses bras. Le bateau largua les amarres et s’éloigna.

L’INNOCENCE DE LA JEUNESSE IGNORE LES PIEGES DE LA VIE...


Grady, libérée du regard de sa mère n’eut qu’une pensée qu’elle s’empressa d’exécuter : retrouver Clyde Manzer. Il travaillait dans le parking où Grady garait souvent sa voiture. Parfois, Clyde piquait un somme à l’arrière de l’un des véhicules présents dans le parking.
Grady le trouva effectivement endormi sur la banquette arrière de sa propre voiture.

En le voyant ainsi au pays des songes, elle ne put s’empêcher de penser : « Il y a une sorte de magie à observer l’être aimé sans qu’il en ait conscience, comme si sans le toucher on lui prenait la main et qu’on lise dans son cœur. »
Grady était amoureuse de Clyde, bien que ce ne fut pas son premier amour.

Peter Bell, son meilleur ami et ami d’enfance de surcroît, ne voyait pas d’un bon œil cet amour naissant dans le cœur de Grady. Surtout depuis qu’il avait compris qu’il était, lui, profondément épris d’elle.
Les narrations de Grady sur son nouvel amour et leurs ébats exaspéraient Peter à l’extrême. Mais ils étaient amis, alors il gardait pour lui son ressentiment. « Il était possible qu’il ne parvînt jamais à lui faire l’amour et, s’il y réussissait, leurs ébats s’achèveraient sans doute par une crise de fou rire ou de larmes, comme lors de leurs jeux d’enfants. »

Mais pour l’heure, Peter occupait la seconde place dans le cœur de Grady, devancé par Clyde, qu’il n’appréciait pas beaucoup.
Grady était ailleurs, trop occupée par ses sentiments qu’elle en oubliait bonne manière et bonne éducation. Clyde l’emportait dans un tourbillon qu’elle ne cherchait pas à éviter. Elle ne ressentait pas le désir de s’en évader.
Etait-elle consciente que ces jeux la conduisaient vers des lisières sombres que la vie est capable de mettre sur notre chemin s’il y a une brèche dans notre garde ?

Et quand le piège se referme qu’advient-il de nous ?

Grady se laissait aller sans réflexion à ce bien-être de liberté et sans aucune prudence, même si parfois quelques questions venaient subrepticement lui effleurer l’esprit. Mais tout juste l’effleurer, rien de plus ! Cela ne lui permettait pas de réagir.

De bêtises en bêtises, rien n’allait plus dans le bon sens. Grady ne voyait plus que Clyde dans son univers. Clyde et toutes les petites choses, honnêtes ou non, qu’il faisait. Il les faisait pour elle, « Il m’a apporté un papillon, confia-t-elle à un miroir tacheté. Oui, dans un sac de pastilles de menthe… Du moins, je croyais qu’ils étaient à la menthe, l’odeur avait ce délicieux parfum. » « Cela lui faisait du bien de sentir une main qui lui tenait la tête, cela atténuait le vertige, les vibrations intérieures. » « Parfois, j’ai l’impression que ma tête s’envole, que mon cœur me traverse la gorge. »

La jeunesse a cela de beau : l’innocence. Mais de dangereux aussi, parfois même jusqu’au geste fatal face à l’inconscience, entraînant tout un monde dans sa chute.

Texte sans difficulté, et agréable de fluidité.
Une postface rédigée avec beaucoup d’élégance et d’affection par Alan U.Schwartz.
Une préface de quelques pages rédigées par Charles Dantzig nous apprend également comment est apparu le désir d’écriture chez l’auteur.
Ces deux sections relatent la vie d’auteur de Truman Capote. Beaucoup de détails nous apprennent qui était l’auteur et ce qu’il a vécu dans l’écriture.

Marie BARRILLON


Informations sur le livre :

Titre : La traversée de l’été
Traduit de l’Anglais par Gabrielle ROLIN
Auteur : Truman Capote
Editions : Grasset et Fasquelle
ISBN 13 : 9782246703013
Prix : 12,90 euros