Nouveau roman : "Hors des apparences" à découvrir => ici !

dimanche 28 novembre 2010

Mon frère

"Charlène a pris les commandes. Décidément, cette fille, elle n’a pas fini de me surprendre. Elle est à la fois si tendre et…si battante. Napoléon n’a qu’à rester couché. La mort d’un être cher, il y en a pour qui c’est le couperet : la vie continue à défiler, malgré elle, mais elle a perdu toute sa consistance, elle n’a plus aucun sens. Et puis il y en a pour qui c’est comme un détonateur : ça leur donne la hargne, la rage de vivre. Charlène en est un bel exemple. Cette fille ne se contente pas de vivre, elle croque la vie à pleines dents. Je me cramponne à son bras, je me laisse guider. J’ai confiance. 120…122…124…126. Nous y voilà. Un baiser pour me donner du courage." Extrait du livre

ILS ÉTAIENT DEUX…

Théo et Léo étaient deux frères qui s’adoraient. L’un, Léo, faisait des études et ne rentrait que certains week-ends. Le second, Théo, vivait auprès de leurs parents. Trop jeune encore pour quitter la maison. Lorsque Théo implore son grand-frère de rentrer pour le week-end de son anniversaire, tout bascule.

Léo ne souhaitait pas rentrer ce week-end là, il voulait réviser ses cours car il avait des examens qui devaient se dérouler la semaine suivante. Mais, devant l’insistance de son petit frère, Léo décida finalement de faire la route jusqu’à la demeure familiale : "Allez, Léo, arrête de jouer les intello ! Ça te réussit pas ! Je te rappelle que dimanche, c’est mon anni… Et un anni sans toi, c’est pas cool…"

Sur la route du retour à la maison pour ce fameux week-end, contre toute attente, c’est l’accident. Léo est mort sur le coup, le véhicule "encastré dans la glissière de sécurité." Evidemment, Théo commence par culpabiliser car, comme nous l’avons vu, c’est lui qui avait tant insisté pour que rentre son frère : "Je me sens coupable d’avoir tant insisté, d’avoir trop écouté mes désirs. Quelque part c’est de ma faute si Léo est mort, c’est moi qui l’ai tué."

Vu sous cet angle, bien sûr que l’on a toutes les raisons de se sentir coupable. Et ne le serait-on pas à moins, d’ailleurs ? Mais, lorsqu’on aime ce sont les désirs qui l’emportent. Nous ne pouvons pas savoir à l’avance ce que l’avenir, proche ou lointain, nous réserve, sinon il y a bien des choses que nous ne ferions pas.

UN PEU DE L’UN AVEC L’AUTRE…

Au funérarium, avant la fermeture du cercueil, Théo profite qu’aucun regard ne soit posé sur lui pour intervertir sa gourmette avec celle de Léo : "Léo et moi, on a des gourmettes identiques ; seuls les prénoms gravés dessus diffèrent. Et encore, si peu. Jamais personne ne verra la supercherie." Alors, c’est chose faite. Un peu de chacun avec l’autre. Les sentiments l’emportent. On ne peut que le comprendre. Il n’existe pas une personne qui n’ait pas souhaité à un moment conserver quelque objet d’un être aimé et disparu. Théo n’est pas à blâmer.

Soudain, Théo se souvient qu’à l’heure de l’accident, il était en cours de français. Il a subitement ressenti une "déchirure". Il a eu le sentiment qu’on lui "triturait le cœur". Le souffle court, il se sentait mal puis, "la douleur s’est dissipée". Il réalise que quelque chose en lui s’est déclenché au moment précis de l’accident : "C’est peut-être ça, aussi, le lien qui unit deux frères : quand l’un s’en va, l’autre le devine aussitôt". Une sorte de télépathie.

Nous ne connaissons pas toute la complexité de l’être humain mais en tout cas de telles situations se sont déjà vues. Il nous arrive de ressentir des choses que nous ne comprenons pas toujours et en analysant la situation, les rapprochements sont parfois tellement évidents que nous ne pouvons pas les nier.

L’ANNIVERSAIRE…

Pour Théo, cet anniversaire à un goût amer. Il "fête" ses quatorze ans mais ses : "quatorze ans seront marqués au fer rouge". Et puis, "la mort, ça n’empêche pas les traditions". La mémoire est là pour nous éviter d’oublier. Elle est sélective de surcroit et laisse en évidence ce que parfois nous souhaiterions laisser un peu de côté.

Cet anniversaire est probablement un des seuls, sinon le seul, que Théo n’oubliera jamais. Il est ancré dans ses profondeurs intérieures et fera partie de son fardeau de souvenirs. Parce que le mot "Souvenir" ne désigne pas que les bonnes choses malgré la beauté du mot dans sa résonnance.

À mon sens, il devrait y avoir deux mots bien distincts pour désigner ce que l’on ne peut oublier. "Souvenir" pour les bons moments retenus, les beautés qu’ils nous laissent, les sourires qui perdurent. Puis, un autre mot, moins joli pour définir le reste. Ce qui est plus laid, qui laisse des rancœurs et fait jaillir les larmes lorsqu’on y repense. Mais, comme "Souvenir" englobe le tout, il faut bien s’y faire !

L’IRONIE N’EST JAMAIS BIEN LOIN…

Une chanson de Dutronc à la radio joue son ironie, ce n’est pas le bon moment bien sûr ! : "L’ironie ces temps-ci, je ne suis pas fan. Tu m’étonnes que dans notre vie, il y a un cactus. Et pas des moindres. Un qui fait vraiment mal. Un qui nous piquera le cul pendant très longtemps." Mais, un cactus comme celui-ci, on s’en passerait bien, même si on ne le souhaiterait pas à d’autres.

La maman ne s’en remet pas. La douleur est trop imposante pour être effacée et comme rien ne s’oublie, cela mettra longtemps avant de s’apaiser. Cette perte et la douleur qu’elle provoque prennent tout l’espace pour elle : "Des torrents de larmes dévalent le long de ses joues. […] Depuis la mort de Léo, le cœur de ma mère est comme un pneu crevé, il a une fuite de vitalité."

Théo n’apprécie pas ces visites au cimetière, mais il ne veut pas laisser sa mère sans compagnie et affronter seule ces instants. Les pleurs de sa mère rythment les visites, amplifiant du même coup sa propre douleur d’adolescent. Pour lui, ces visites au cimetière ne servent pas à grand-chose sinon à retourner le couteau dans la plaie : "A mon bras, j’ai une vieille femme ratatinée. […] Les sanglots redoublent, ça me fout les glandes. […] deux miséreux dans un paysage lugubre. […] Plus tard, quand je mourrai, je voudrais qu’on m’incinère et qu’on jette mes cendres à la mer. Comme ça, personne ne pourra venir me pleurer. Je hais les cimetières."

Ce genre de réaction est tout à fait compréhensible dans la mesure où déjà adulte le deuil est difficilement supportable, alors adolescent ça l’est bien moins. Tout en sachant qui plus est que personne ne gère ce genre de situation de la même manière.

Malgré cela Théo fait preuve de beaucoup de force intérieure afin de soutenir sa maman au mieux. C’est une réaction admirable de sa part, bien que cela ne soit pas une évidence. Mais, comme tout être humain, il a ses limites.

L’AMOUR, PEUT-ÊTRE L’ANTIDOTE À LA DOULEUR…

L’ambiance à la maison est de moins en moins supportable. Il n’y a désormais pratiquement plus d’échange, ni de conversation. Chacun s’enferme dans sa propre douleur laissant le silence régner en maître des lieux et attiser les souffrances. Théo ne le supporte plus. Lorsqu’un jour son meilleur ami Yohann lui propose de se rendre à une boum, il accepte avec empressement. Il a besoin de respirer et de laisser derrière lui cet accablement constant qui règne chez lui.

Lorsqu’une fille à cette soirée lui déclare qu’il ressemble à son frère Léo, Théo bascule : "Je dégueule comme je n’ai jamais dégueulé. Ensuite, je m’assois sur le trône et je pleure tout mon saoul. Toutes les larmes emmagasinées ces dernières semaines s’écoulent d’un seul coup. Je suis une fontaine à chagrin." Il craque. 

Comme tout le monde, à un moment ou à un autre, il fallait que cela se produise. On ne surmonte pas la douleur en la gardant au fond de soi sans jamais l’évacuer de quelle que manière que ce soit. On peut être ou se montrer fort et solide, on reste des êtres humains et comme pour tout rien n’est éternel.

Dans toute cette douleur, les parents sombrent chacun de leur côté. Théo a le sentiment de ne plus exister : "Léo est peut-être mort, mais moi, je suis toujours vivant, j’existe !" Et quoi qu’il fasse, pas une réflexion ne fuse. Pas même une dispute qui serait méritée lorsqu’il sèche les cours sans aucune raison valable. Pourtant, comme il le dit : "Je suis vexé de ne pas m’être fait engueuler, j’aurais préféré me la prendre, cette raclée ! Au moins, ça aurait prouvé que mes parents tiennent un tout petit peu à moi."

Pour l’instant, plus rien ne semble avoir plus d’importance pour eux que l’absence irréversible de Léo. Théo en souffre deux fois plus, d’une part par la disparition tragique de son frère aîné et d’autre part par ce sentiment d’être devenu invisible pour ces parents.

Théo va tenter de se frayer un chemin dans ce dédale de douleur. La rencontre de l’amour sous le nom de Charlène va l’y aider. Il fera également des découvertes sur Léo comme des traces laissées avant de partir. Mais, pas n’importe quelles traces. Celles qui vont le porter loin avec une immense fierté au cœur, mais aussi celles qui permettront de remettre de l’ordre dans cette famille au bord du gouffre laissé par la perte d’un enfant.

Par sa main assidue, l’auteur parvient une fois de plus à nous emmener sur la route de l’émotion avec "Mon frère".
Un prix raisonnable pour ce joli roman qui saura toucher notre sensibilité.
Nous aurons plaisir à découvrir des poésies au fil des pages.
Ce roman fait également l’objet d’un feuilleton radiophonique en Angleterre et en Nouvelle-Zélande (4° de couverture).

Pour achever cette chronique, je ne résiste pas au plaisir de partager quelques petites phrases relevées au cours de ma lecture :

"Si le temps recouvre les souvenirs, il ne les efface pas."

"Mieux vaut un nouveau départ qu’une existence morne et vide de sens."

"Alors que les vieux s’accrochent comme des fous à la vie, les jeunes prennent leur pied à se détruire…"

"C’est important de récolter l’avis des autres, c’est ce qui permet d’avancer…"

"En réfléchissant bien, la vie, c’est un peu ça : un vaste chantier. Un perpétuel remue-ménage. On construit, on démolit et on reconstruit par-dessus."

"L’amour, c’est du genre vorace, ça a tendance à empiéter sur tout le reste."

"Pour le parisien, le métro, c’est comme le stylo chez l’écrivain, ça fait partie du quotidien."

Marie BARRILLON

Informations sur le livre :

Titre : Mon frère
Auteur : Emmanuel Parmentier
Editions : Grrr…Art
ISBN 13 : 9782913574946
Prix : 15,00 €


lundi 22 novembre 2010

Traduire un silence

"J’avance dans le vide, je recule sans raison puis je m’élance sans but précis. C’est cela, les amoureux sont conduits par le destin de la passion. D’un mouvement de la main, tu rejettes en arrière ta belle chevelure, tes joues se dégagent, ton charme pétille, ton sourire s’étale, l’éclat de tes yeux m’aveugle, ton visage d’ange plein de mansuétude se retrouve, et moi dans ton univers où tout rime, je baigne, la tête dans les nuages." Extrait du livre

L’AMOUR EN ÉCHEC…

Dans la préface réalisée par Emma Poirret nous pouvons lire, entre autre : "Iris se donne pour projet de peser le secret du silence amoureux, du silence de l’être aimé plus précisément." Nous supposons qu’il y a là de la souffrance qui s’étend, prend sa place et que l’être cherche, parfois désespérément, à comprendre car "le silence profond, insondable d’autrui nous plonge souvent dans les abîmes de l’incompréhension, nous égare dans les dédales de l’erreur, parfois."

Cela dit, nous entamons cette lecture en tentant nous aussi de comprendre ce que le personnage essaie de mettre en évidence. Il n’est pas aisé de cerner une personne qui s’enferme dans le silence de ses sentiments, laissant de ce fait s’installer une multitude de doutes et /ou incompréhensions menant effectivement parfois à des erreurs de jugement.

Et lorsque l’être aimé n’est plus là pour une raison ou pour une autre, ces incompréhensions envahissent celui qui aime encore. Le faisant plonger dans une recherche assidue qui devient inévitable, voir viscérale, comme s’il n’y avait plus que cela d’important. Résultat logique et immédiat face à l’amour qui disparaît ou prend quelques distances sans raison apparente ou évidente.

En matière d’amour et/ou de rupture amoureuse, on se rend compte au fil des pages que finalement les questions sont les mêmes dans des esprits différents. Seuls ceux qui n’ont pas vécu d’échec amoureux, si tant est qu’il en existe, ne s’apercevront pas de cette évidence et pire peut-être ne pourront comprendre que "finir est bien souvent plus difficile que commencer."

L’ANGOISSE ENVAHISSANTE…

L’angoisse arrive alors de ses petits pas pour nous envahir de grandes enjambées comme en terrain conquis sans avoir eu à batailler pour gagner sa place à la chaleur de nos souffrances, et il est à ne pas omettre que, "un des effets les plus redoutables de l’angoisse continuelle est la destruction de nos facultés de concentration."

Nous sommes également en présence de fortes contradictions au long de ce travail intérieur : "Ces souvenirs sont si touchants, si doux, si repoussants…" Mais, n’est-ce pas ce qui se produit lorsque l’esprit ne sait plus à quel saint se vouer. Penchant pour le désamour alors que le cœur aime encore si fort. Cherchant une porte de sortie digne, salutaire ou encore salvatrice alors que le poids du sentiment est si présent, si fort, qu’il empêche toutes actions en ce sens. 

Souhaitant se détourner mais voulant aimer encore en donnant une chance supplémentaire, une énième chance déjà tant de fois accordée à l’amour, car même si dans cet instant il demeure douloureux et parfois colérique, il l’est bien moins qu’un effacement, un détournement de l’être que l’on aime malgré soi : "L’âme repliée se replie sur elle-même et garde ses sentiments pour elle."

Nous ressentirons, par moment, le cœur tant blessé en appui sur des mots qui font d’un cas une généralité : "Car chaque fois que le mot "amour" est articulé, la femme prend à volonté ses distances et ses réserves, mais une fois qu’elle remarque et qu’elle sent que même cette amitié est sur le point de se rompre, vu que l’homme ne voit pas les choses de cet œil, elle court alors à la conquête de son amour et de ses amours perdues. Faut-il les qualifier de femmes prudentes, de femmes pudiques ? […] En ces moments critiques, rien n’a de valeur à leurs yeux que le désir fervent d’assouvir les caprices de leurs cœurs."

On ressent intensément la douleur de cet homme blessé au plus profond de lui. En ce passage, on peut ressentir une dévalorisation totale de la femme en son cœur, comme si elle était une éternelle capricieuse, ce qui à mon sens n’est pas le cas. Les femmes savent autant aimer que les hommes, avec tout autant d’honnêteté, de force, de volonté. Là, j’y vois un peu plus une généralité que dans le passage précédemment cité. La femme se sert tout autant de son cœur, peut-être est-elle plus discrète. Et encore j’en doute.

DESCRIPTION SURPRENANTE DE LA FEMME…

"Le mal qui taraude et corrode le cœur de l’homme est une jouissance à celui de la femme", là encore je ne peux être qu’en désaccord car l’inverse est tout aussi vrai. Mais, nous comprenons que cette douleur apporte de telles réactions. Nous en savons quelque chose. N’avons-nous pas vécu de tels passages de perte de soi, de repères face à l’amour insolent qui se détourne ? Bien sûr que si ! Ce qui en émane pour tout être c’est la raison et la déraison qui se frôlent de manière si claire et explicite lorsque l’on ne s’y attend pas.

Puis, au fil des pages, nous allons à la rencontre de Tiziri, une jeune fille de dix-sept ans. Nous côtoyons ses romances, ses turbulences, ses douleurs et ses questionnements intérieurs qui ont tant d’importance à cet âge.

Tiziri est la source des angoisses du narrateur, tout comme l’est le narrateur pour la jeune fille. Arriveront-ils à se comprendre ? A se parler ? A communiquer ou simplement se regarder, non seulement avec les yeux mais aussi avec le cœur ? Ou au contraire laisseront-ils entre eux les distances les éloigner encore un peu plus ?

Il est parfois, et parfois souvent, si difficile de mettre à jour ce qui se trouve dans les pensées et plus encore ce qui navigue au fond de soi, dans le cœur. Ce qui amène moult questions sans parler des angoisses perturbantes : "Si je m’interroge c’est pour trouver une réponse à mon point d’interrogation planté magistralement et magiquement dans ma conscience afin de pouvoir le raidir et le transformer en point d’exclamation."  N’est-ce pas en ce sens la recherche de tout être ? 

Mais, il est certes difficile de trouver des réponses, surtout en amour, et surtout aussi lorsque l’on a en face de soi une personne qui s’enferme dans un mutisme quasi insondable. Les craintes sont probablement similaires de l’un à l’autre mais comme souvent la communication s’échappe, l’ampleur des angoisses s’amplifie et le silence prend place. 

Et même si "d’un moment à un autre, on change de face et d’humeur", il en demeure pas moins que, "on est seul avec son âme comme l’est la nature avec son silence." Toujours est-il que cela n’apporte pas le dialogue. L’effort doit se faire de part et d’autre. Les réponses aux diverses questions viendront à partir de ce moment pour le moins crucial.

UN CAS POUR UNE GÉNÉRALITE : SOUVENT LE RÉSULTAT D’UNE RUPTURE AMOUREUSE…

Cependant, nous remarquerons une fois encore que l’image de la femme n’est pas vraiment dépeinte de manière glorieuse : "Les fumeuses trouvent moins de plaisir en amour, elles jouissent moins car l’effet de la cigarette sur les hormones est néfaste. Elle fripe et la santé et le reste." Et pour les hommes, qu’en est-il donc ? Aucune statistique ne met en avant une telle affirmation. 

Je me permettrais un écart, une fois n’est certes pas coutume car je suis une femme et fumeuse effectivement. Et je constate cependant que bien des femmes (fumeuses) ne font pas leur âge, je précise en cela qu’on leur donne quelques années de moins, et pour le reste, en ce qui me concerne, je me sens tout à fait épanouie et sans problème aucun avec mes jouissances.

Si nous suivions le raisonnement de cet extrait, nous en déduirions que si les femmes ne fumaient pas, elles seraient donc à la limite de la nymphomanie ou en tout cas dans une extase extrême au moment "d’aimer". Est-ce le cas des femmes non fumeuses ? Je m’interroge.

Toujours concernant les femmes : "J’admire sa beauté mais je crains son esprit, ce foyer des dépassements"[…] "Je n’ai rien compris à ce jeu. Si je le qualifie de jeu, c’est parce que j’ai toujours considéré les égarements des femmes comme tels. Elles jouent, tombent victimes et cherchent alors refuge" […] "C’est ainsi les filles dans leurs ruses, elles ravivent le doute pour pimenter le jeu et y trouvent du goût"

Faire d’un cas une généralité comme présentement ici est souvent le résultat de profondes douleurs qui amènent également à ce genre d’amalgame, pas toujours très bien perçu, comme encore par exemple : "Ainsi est la femme, on ne voit que "elle", on espère que "elle", on l’idéalise. Elle devient alors inaccessible, impossible et c’est elle la source de nos souffrances" […] "A mon sens, on ne provoque pas n’importe qu’elle fille dans la rue que si celle-ci a une mauvaise réputation" […]"Dire que le caractère féminin est un sacré foyer de mensonges".

Plusieurs exemples de ce genre ne nous glorifient pas, nous les femmes, c’est le moins qu’on puisse dire. Les hommes en ce sens seraient-ils ou plutôt se croiraient-ils supérieurs à ce point ? Je préfère rester sur mon impression première qui me laisse à penser que seule une souffrance trop importante peut amener l’être à de telles conclusions concernant le sexe opposé car dans le cas inverse ceci est également valable.

La qualité de l’édition est correcte (papier, couverture, mise en page).

Mais, on regrettera une qualité de brochage assez moyenne, car fragile (un ensemble de pages se détache du reste du livre)
On déplorera des erreurs typographies assez fréquentes, des mots collés entre eux ou des passages à la ligne impromptus sans même être arrivé en bout de page, ce qui gêne quelque peu la lecture.

Des poésies parsèment le roman, pour notre plus grand plaisir tout de même. On trouve un beau style dans la plume de l’auteur et les tournures de phrases.

On trouvera dommage de rencontrer certaines fautes ou encore un mélange de temps de conjugaison qui ne sont pas appropriés et rend la lecture dérangeante.

On trouvera également dommage de ne pas avoir de traduction sur les quelques dialogues kabyle, car on s’aperçoit de leur présence en fin d’ouvrage, mais aucune indication ne renvoie à ces dernières pages au cours de la lecture.

On se sentira parfois seul dans le texte, car une grande partie de ce roman est en quelque sorte un long monologue qui est parfois un peu lassant.

Marie BARRILLON

Informations sur le livre :

Auteur : Iris
Editions : Editions Franco-Berbères
ISBN 13 : 9782354530044
Format broché : 19,50 €
Uniquement disponible en anglais.


vendredi 12 novembre 2010

Livresque du noir

Livresque du noir, un territoire d’échanges !


Livresque du noir est un site consacré à la littérature dite Noire, "Il se veut surtout un endroit de libre discussion pour les auteurs, pour que ceux-ci puissent parler de leurs derniers romans, en toute liberté, sans contrainte de format."

Mais, ce n’est pas tout. Les auteurs y parlent de leurs lectures, de leurs choix, des livres qu’ils recommandent… C’est un site de partage entre auteurs et lecteurs.

Livresque du noir trottait dans la tête de son créateur, Fabien Hérisson, depuis un petit moment déjà. Alors, il s’est lancé. Quelques auteurs ont déjà posé leurs bagages. Des auteurs à connaître ou à découvrir, c’est selon chacun. Tous les auteurs ont porte ouverte ce qui nous amène à en découvrir qui se trouvent même pour certains hors de nos frontières, un belge, un québécois…

Quelques noms parsèment les pages, quelques pitch fleurissent ici et là : Philippe Declerck, Elisa Vix, Johann Moulin, Thierry Brun, Paul Colize, Bob Garcia, Frank Thilliez, Didier Fossey, et bien d’autres.

Ce site a pour but de favoriser un échange de visions entre auteurs, lecteurs et éditeurs. Ici, ce n’est pas seulement le lecteur qui s’exprime seul mais un ensemble "d’acteurs" autour d’un ou plusieurs livres.

Jusque là, la majeure partie des avis d’auteurs se trouvait sur leur propre site, lorsqu’ils en ont un, comme le souligne Fabien Hérisson. Donc, tous se trouvaient éparpillés sur la gigantesque toile qu’est le Web.

Avec Livresque du noir, l’opportunité est offerte à tous de se retrouver pour un partage, des échanges en toute convivialité. Livresque du noir permet de ce fait également d’offrir une visibilité aux auteurs qui cherchent à se faire une place dans l’œil des lecteurs et nous ne sommes pas sans connaitre l’ampleur de cette difficulté.

Fabien Hérisson est clair et explicite en ce sens : "Voilà pourquoi j’ai créé ce site. Donner la parole à tous et à toutes, connus ou inconnus, de grandes maisons d’éditions comme de maisons indépendantes. Que les auteurs puissent se livrer dans une sorte de "tribune libre", sans contrainte, sans une réelle démarche mercantile."

Chaque "acteur" a donc carte blanche pour s’exprimer sur les livres proposés par lui-même ou les autres. Ce site ne cherche pas à prétendre être meilleur que les autres, au contraire. Il se veut complémentaire à ce que nous pouvons déjà trouver sur le Net.

Alors, souhaitons donc succès à Livresque du noir pour son excellent initiative ainsi qu’aux auteurs, lecteurs, éditeurs qui auront décidé de s’y poser pour leur plaisir et le notre bien entendu.


Marie BARRILLON
12/11/2010
(Pour 1001 livres magazine)

lundi 1 novembre 2010

EX-TENEBRIS, UN SITE


EX-TENEBRIS

Lorsqu’un site d’entraide pour les auteurs voit le jour et ne leur veut que du bien, n’est-il pas d’une grande logique que de le montrer du doigt. Rien de péjoratif ici dans mon propos, vous l’aurez compris. Alors oui, c’est profondément logique de lui rendre un hommage, mais pas seulement.

Aujourd’hui, je vous parle de ce site afin de le partager, mais aussi de le faire connaître car nombre de personnes, auteurs, chroniqueurs, éditeurs et lecteurs, peuvent pour une raison ou pour une autre être fortement intéressés par le concept même et la démarche engagée par Ex-Tenebris.

POUR LES AUTEURS…


Son idée : réunir les auteurs français inconnus ou peu connus mais les autres également, afin de créer "une sorte de catalogue en ligne", comme ils le disent eux-même. Un travail colossal certes mais un concept qui mérite d’être relayé, partagé, propagé, par tous à travers la toile qui de nos jours nous fournie continuellement une mine d’informations perpétuellement renouvelée et renouvelable, sans limite aucune et sans précédent non plus. Alors, exploitons-là ! Allons-y de bon cœur !

Pour en revenir à Ex-Tenebris, son objectif est également de faire connaître de nouveaux talents littéraires et en découvrir d’autres par la même occasion, sans se cantonner aux médias qui eux ne s’en tiennent visiblement qu’aux auteurs déjà connus, voire très connus.

POUR LES LECTEURS…

Pour les lecteurs, Ex-Tenebris souhaite leur faire découvrir de nouvelles lectures d’auteurs sur lesquels ils n’auraient pas forcément eu l’idée de se pencher ou simplement parce qu’ils ne les connaissaient pas.

La grande majorité des auteurs présents sur Ex-Tenebris fait partie du genre fantastique mais il est à savoir qu’aucun auteur, quel que soit son genre de prédilection, n’est rejeté, bien au contraire. Qui plus est leur accueil est des plus agréables ! Chaque auteur et/ou éditeur se voit attribuer une page qui le concerne expressément au sein du site.

Alors, promenons-nous, non pas dans les bois, il y fait un peu frais en cette saison automnale, mais plutôt au gré des pages d’Ex-Tenebris et découvrons moult informations, auteurs, éditeurs, lectures…pour combler nos longues soirées d’hiver à venir. Eh oui, il est déjà à la porte !

Bonne visite et excellentes lectures à tous.

Marie BARRILLON
01/11/2010
(Pour 1001 livres magazine)

mercredi 14 juillet 2010

Les Mange-Rêve : Tombmor 2

"Dame nature n’appartient à personne, et même s’ils l’ont torturée en pensant la dompter, le tableau qu’elle nous offre, c’est elle qui l’a sculpté, peint ou dessiné. Elle a posé dessus la couleur, la froideur, la tiédeur, la vie ou bien la mort. C’est elle qui aujourd’hui nous offre un court répit, le droit de savourer cette œuvre qu’elle changera demain en soufflant sur les arbres comme on souffle une bougie un soir d’anniversaire. C’est elle qui gommera le perce-neige blanc pour remettre du vert, puis du rouge et du jaune, d’autres plantes, d’autres pluies, d’autres lunes et soleils, d’autres étoiles et rêves. Et puis du blanc encore…"  Extrait du livre

DES JEUNES, DÉCIDÉMENT, TRÈS COURAGEUX…

La seconde partie de ce troisième volet débute sur les chapeaux de roue. Tout d’abord, nous découvrons ce qui s’est passé pour Yvon, Jack, Mélanie et Snow, le chien Labrador de Jack, après la chute d’Iwan et de Thibault du cataski.

Il ne leur est pas venue à l’esprit une seconde d’abandonner les deux gamins en plein désert de neige et "une douleur lancinante les rongeait. Bien sûr, ils n’avaient pu faire demi-tour après l’accident" et "ne pouvaient se résoudre à abandonner deux adolescents qui avaient tout donné pour le succès de l’expédition." On n’en espérait pas moins.

Après plusieurs jours dans ce désert de froid et de glace, les deux adolescents sont donc retrouvés par Yvon, inventant tous les stratagèmes possible pour éviter les repérages. Le temps n’avait pas permis un sauvetage plus rapide, "ils durent attendre deux jours que les caprices du temps leur entrouvrent la petite porte de l’espoir." Yvon, Jack et Mélanie comptaient bien sûr, sur les capacités d’Iwan et de Thibault pour survivre en trouvant un abri de fortune, malgré le peu de chance, les circonstances et les conditions extérieures.

Ces deux gamins faisaient preuve de maturité, d’expérience et de sang-froid, tout comme Mélanie d’ailleurs, depuis le tout début de leurs mésaventures et personne n’en doutait plus une seconde.

LE RETOUR…

De retour en sécurité, chacun se laisse aller à la joie des retrouvailles tant espérées. Cependant, un membre d’équipage manque à l’appel : Snow, le Labrador de Jack. Ce chien plein d’intelligence, l’œil perçant et l’ouïe défiant toutes concurrences. Lui aussi avait chuté du cataski mais il avait été impossible de le retrouver.

Il manquait dans les cinq cœurs et l’espoir de le revoir était à présent inexistant, surtout après tout ce temps. Force est de constater que malgré sa sublime intelligence, il n’était pas un homme, et survivre par ce froid relevait du défi.

L’heure du nouveau départ approchait. La dernière étape était à quelques heures seulement. Destination : Tombmor. L’angoisse est présente et pour le moins palpable : "Mais c’est surtout le bout du voyage et la découverte de l’empire des ténèbres qui me tord les boyaux. À quoi ressemble cet endroit maudit où ils ont enfermé nos parents."

Iwan le saura bientôt, tout comme le reste de l’équipage. Et cette angoisse latente nous la ressentons, nous lecteurs, comme si nous y étions aussi.

DÉPART PRÉCIPITÉ…

Le départ, finalement précipité, ne sera pas de tout repos, on s’y attendait bien : "Le décor est planté et je comprends pourquoi il nous faut passer le plus rapidement possible cette agglomération mise à feu et à sang par les hommes de Bogdich qui annoncent la couleur…"

Arrivés à destination, Tombmor se montre à eux. La surprise s’impose dans tous les regards face à cette masse énorme et immense, digne de l’enfer : "Je me rappelle être resté campé face au spectacle durant de longues minutes, totalement muet… […] Tombmor était là, imposante, à plusieurs centaines de mètres en aval." Pas de place pour le rêve, la situation déjà bien sérieuse allait le devenir encore plus.

Les quarts de surveillances reprennent, l’attaque de Tombmor est imminente. Mais, les choses ne se passent pas toujours aussi bien qu’on le souhaiterait, nos amis vont vite s’en rendre compte et ne feront pas exception à la règle.

De grosses frayeurs seront au rendez-vous… mais pas seulement ! Frissonnons une fois encore avec ces adolescents hors du commun sous la plume d’un Jean-Luc Le Pogam plus en forme que jamais.

Pour adolescents, mais les adultes peuvent se laisser emporter par la lecture de cette saga sans aucun complexe, ils n’en auront que du plaisir. Comme pour les précédents tomes, le format est passe-partout, facile à emporter. Son prix demeure attractif pour cette excellente série, de quoi faire ou se faire plaisir à moindre coût et sans modération.

Comme à son habitude, l’auteur informe les lecteurs, petits et grands, par des astérisques donnant les définitions de certains mots que l’on ne connait pas forcément ou expressions, reportées en bas de page.

Marie BARRILLON

Informations sur le livre :

Auteur : Jean-Luc Le pogam
Editions : Palémon
ISBN 13 : 9782916248134
Format broché : 4,20 €


lundi 12 juillet 2010

Les Mange-Rêve : Tombmor 1

"Nuit noire comme de l’encre, puits sans fond inlassablement rincé d’une neige intarissable de ses épais flocons… Enfer des vents rugissant comme des démons dont le souffle nous projette vers les entrailles d’un gouffre sans fin… Voilà des heures que nous perforons l’obscurité, l’œil rivé au zéro du compas de route, les fesses plantées sur nos siège plastiques, bringuebalés comme de vulgaires pantins que le froid et les événements semblent avoir statufiés sur place en attendant d’en disposer le moment venu." Extrait du livre

PETIT RAPPEL…

Tombmor1 est le troisième épisode de la saga des Mange-Rêve. Je vous avais présenté les deux premiers tomes lors de chroniques, que je vous invite à revisiter, si tant est qu’il vous faille vous remémorer le sujet pour le moins captivant.

Ce troisième volet commence par une excellente préface de Christian Décamps dont je relève un passage : "On ne peut sortir indemne de ce voyage troublant. Après coup, on a même envie de sagesse et de passion, denrées plus précieuses que l’or."

Jean-Luc Le Pogam récidive pour nous faire frissonner, et on aime ça ! Dans le deuxième volet nous en étions restés au moment où Iwan, Mélanie, Thibault ainsi que Yvon, le grand-père d’Iwan, et son amis Jack étaient en fuite sur la route du nord à bord de cataski des plus perfectionnés. Yvon et Jack sont des anciens du G.I.A.T, dotés d’une forte expérience en défense et survie dans des situations extrêmes.

Tous les cinq étaient donc en route pour tenter de retrouver les parents d’Iwan fait prisonniers par les hommes de Bogdich. Sur leur chemin, ils affrontent les milices et leurs mésaventures ne manquent pas. Nous en avions retenu, entre autre, ces formidables leçons de courage dont faisaient preuve nos amis.

DE NOUVELLES AVENTURES EN NOUVELLES MÉSAVENTURES !

Dans ce nouveau volet, nous les retrouvons donc toujours sur la route du nord mais en direction de Tombmor où se trouveraient prisonniers les parents d’Iwan. Ils sont toujours sur le cataski à affronter le froid pouvant atteindre les moins cinquante degrés : "Plus un mot n’est sorti de nos bouches comme scellés par le gel que la lumière du soleil nous a une nouvelle fois abandonnés."

À l’approche d’une ville, loin d’être une ville fantôme mais qui y ressemble, nos amis ne savent pas vraiment à quel saint se vouer. C’est une ville qui paraît "désolée dont les hauts murs des bâtiments atténuent fort heureusement la puissance du vent et freinent progressivement" la vitesse du cataski de nos amis.

Vont-ils trouver des alliés en cet endroit peu avenant ? Ou au contraire sont-ils sur le point de se jeter dans la gueule du loup que sont les ennemis miliciens au service de Bogdich ?  Nous les suivons dans leurs mésaventures qui ne manquent pas, une fois encore, de nous faire ressentir moult frissons et tout autant d’émotions.

Dans cette ville délabrée, ils vont faire des découvertes. Les "habitants" ne sont finalement pas des ennemis. La chance leur tend peut-être les bras pour une fois. Et si les informations qu’ils vont en retirer pouvaient les aider, ce ne serait pas de trop.

Apparemment, les parents d’Iwan seraient passés par cette ville peu de temps avant eux, ce qui remue sérieusement Iwan : "Je n’écoute plus la conversation. Pour moi, il n’y a pas le moindre doute. […] Une fraction de seconde. C’est le temps qu’il faut à mon estomac pour faire un nœud sur lui-même. […] On était si près du but ! Mes jambes ne me portent plus." De quoi vous déstabiliser et vous faire perdre espoir.

TAYFA…

Puis, au fil de la conversation avec Laïd, un des "habitant", il pense que les parents de Thibault étaient présent également. Thibault prend lui aussi l’information de plein fouet. Nos trois amis sont secoués quelques secondes. Ils écoutent ce que Laïd a à leur apprendre car dans leur situation tout est bon à entendre, à savoir, à retenir.

Le clan de cette ville se fait appeler Tayfa. Ils sont en nombre important à se révolter contre Bogdich et son système. Téméraires et combattants, ils se battent contre les miliciens, les longs-manteaux et autres BMR (Brigade des Mange-rêve) qui viennent pour tenter de tout détruire et les faire plier au régime de leur patron ou les emprisonner.

Mais, Tayfa ne se laisse pas faire. Leur chef, Laïd, raconte tout à Iwan, Mélanie et Thibault, dans les moindres détails et leur fait visiter la "ville", ou du moins ce qu’il en reste. Là encore, ils vont faire des découvertes entre sous-sol et  passages secrets.

Tayfa est un des nids de la rébellion, et ce n’est pas le seul. Il en existe un peu partout. Nos trois compères ne se sentent plus seuls comme ils le croyaient jusque là. Des nids de ce genre s’établissent un peu partout dans l’Europe prisonnière et agissent en sous-marins pour tenter de déjouer Bogdich. Leur but est de faire "tomber" le mur magnétique pour retrouver une vraie liberté : "Et un jour, s’amuse Vlad, on fera comme à Berlin il y a trente-cinq ans : on lui abattra son mur !"

Iwan et ses deux amis apprennent que les Mangeurs étaient venus mettre la ville à feu et à sang. Le clan Tayfa ne s’était pas laissé vaincre en ripostant aussi sévèrement pour se défendre. Les mangeurs étaient repartis avec pour bouclier les parents d’Iwan et de Thibault. Si peu de temps avant leur arrivée. De quoi être secoué et passablement énervé !

LE DANGER EST À DEUX PAS…

Puis, en repartant de Tayfa, les choses se gâtent. Iwan oublie de rattacher son harnais de sécurité. Le vent et le froid sévissent toujours. La neige, quant à elle, s’est épaissie de plus belle. Une violente bourrasque fait chavirer Iwan par-dessus bord du cataski : "La tête au ras du tapis et ne levant seulement que de temps à autre les yeux afin de mieux me protéger le visage de la neige qui m’arrive de face […] retrouver un peu de verticalité pour ensuite me relever […] Je m’enfonce instantanément dans la neige qui me remonte jusqu’au dessus de la poitrine…"

Mais, contre toute attente, Iwan n’est pas le seul à avoir été éjecté du cataski. Thibault en est au même point quelques mètres plus loin. Tous deux sont désormais livrés à eux-mêmes en plein désert de neige dans la nuit noire à moins cinquante degrés, rappelons-le !

Comment vont-ils se sortir de ce pétrin dont ils se seraient bien passés alors que le cataski file à vive allure, emportant Yvon, Jack et Mélanie. Ces trois derniers ne se sont pas encore aperçut qu’il en manquait deux à bord.

Iwan et Thibault sont à présent confrontés seuls au froid sans plus aucune protection avec pour seul soutien leurs lampes frontales et quelques biscuits égarés dans leurs poches. Ils vont devoir faire preuve de réflexion et de plus en plus de courage pour parvenir à se sortir de cette mauvaise posture : "Face à nous, le néant, de l’obscurité retrouvée […] la nuit qui déchaîne son tumulte. Tornades incessantes montant à l’offensive…"

Le courage de nos deux amis ne manque pas, on le savait déjà, mais dans le cas présent, il redouble en force. Iwan se rappelle des conseils maintes fois prodigués par son père au cours de sa jeune existence. Ces conseils lui sont bien utiles aujourd’hui plus que jamais et c’est le moment de s’en souvenir d’une part et de les mettre en application d’autre part : "L’humour est souvent un bon moyen de survie qui fait momentanément oublier le pire." Sans oublier également que "le sommeil, lorsqu’on l’a trouvé, efface bien souvent l’inquiétude des lendemains", même si ce n’est que de courte durée.

Le froid, la neige, les Mange-Rêve, les milices, les longs-Manteaux et autres BMR sont autant de dangers qui parsèment leur avancée à chaque minute. Mais, Tayfa, Yvon Mélanie et Jack sont autant d’amis pour les aider. Arriveront-ils à les retrouver avant d’être attrapés et fait prisonniers ou avant d’être mort de froid en plein désert de neige ?

Une fois encore Jean-Luc Le Pogam nous offre un petit bijou à lire où l’on est dans l’attente, si ce n’est dans l’angoisse, de ce qui va arriver à nos amis.

L’auteur parvient encore à faire des nœuds avec nos émotions en nous emportant sur une longue coulée de frissons.
Pour adolescents, mais les adultes peuvent se laisser emporter dans la lecture de cette saga sans aucun complexe, ils n’en auront que du plaisir.

Comme pour les deux précédents tomes, le format est passe-partout, facile à emporter. Son prix demeure attractif pour cette excellente série, de quoi faire ou se faire plaisir à moindre coût.

Marie BARRILLON

Informations sur le livre :

Auteur : Jean-Luc Le Pogam
Editions : Palémon
Collection : Mange-Rêve
ISBN 13 : 9782916248097
Format broché d'occasion : 3,99 €


vendredi 9 juillet 2010

Retour à Auschwitz

"N’importe quel peuple d’aujourd’hui - "civilisé" ou non – peut basculer dans la folie meurtrière. La Shoah semble un mystère parce qu’elle a été le fait d’un peuple cultivé, "avancé", et qu’elle a mis en œuvre toutes les ressources de la technologie moderne, avec les résultats effarants qu’on connaît… Mais du coup, d’autres Shoah sont possible. Tant que nous n’aurons pas atteint un degré vraiment supérieur de civilisation, le danger sera présent." Extrait du livre

PETITE CRISE SANS IMPORTANCE…

Tout d’abord, je remercie l’auteur de m’avoir si gentiment dédicacé son livre.

Tout commence comme on n’y aurait pas songé. Jef, en compagnie de son grand-père est à Paris pour quelques jours. Paris en France précise-t-il, et pour cause : "Nous étions au bar de l’hôtel Lutécia, à Paris, en France. Je précise, parce que Paris (Illinois) est à trois heures de route de Péoria, le trou où j’habite."

Jef accompagne son grand-père pendant quinze jours en Europe à la demande de son père. Mais, Jef n’est pas très heureux car il avait prévu de passer ces quinze jours-là avec sa copine du moment. 

Il est déçu et en veut presque à son grand-père : "J’étais bien décidé à faire la gueule à grand-père (mais je me connaissais : j’aimai trop grandpa. Si je tenais un jour ou deux sans lui adresser la parole, ce serait le bout du monde) […] Je le regardais avec tendresse : sûr que ça allait être difficile de lui faire la gueule pendant quinze jours."

À l’hôtel tous deux se dirigent vers la salle de restaurant. Jef avait troqué son short contre un Jean’s alors que son grand-père avait revêtu un beau costume. Car visiblement, l’homme avait pour habitude de toujours porter une attention particulière à sa tenue, quelle que soient les circonstances.

CONFIDENCES, CONFIDENCES…

Grandpa commence à parler des allemands à son petit-fils. Ce dernier se sent tout à coup très intéressé : "Mon vœu de silence s’était envolé depuis belle lurette." Durant la guerre de 39-45, grandpa y était et pas en simple spectateur. C’était un tout jeune homme de dix-huit ans à l’époque, l’âge de Jef aujourd’hui.

Le lieu où se trouvent Jef et grandpa aujourd’hui prête à confidence, car il rappelle des souvenirs au grand-père. Et des souvenirs pas franchement toujours gais : "Cet hôtel… Figure-toi que pendant la guerre, il servait de quartier général à l’Abwher, l’armée allemande".

Jef et son grand-père quittent la France. Grandpa souhaite aller en Pologne. C’est Jef qui est au volant d’une belle Mercedes cabriolet. Sur la route, grandpa lui parle de sa jeunesse, mais de cette partie qui entoure la période de la guerre de 39-45 tel qu’il avait commencé à le faire à l’hôtel Lutécia, à Paris.

Lorsqu’ils traversent Berlin, Jef remarque le mur. Au moment des faits, il n’était pas encore tombé. Puis, après de longues heures de route, ils arrivent à Varsovie. Jef est fatigué de ce voyage, concentré sur sa conduite et n’aspire qu’à se reposer. Grandpa, quant à lui, souhaite visiter la ville. Une dispute éclate entre les deux hommes : "Désolé, Jeffrey. Mais, tu m’accompagne. On va à Auschwitz." Jef connaissait l’histoire et n’avait pas vraiment envie de s’y plonger.

Petit affrontement entre deux générations ignorantes l’une de l’autre. Mais, les choses sont moins évidentes lorsque l’une porte un secret que l’autre ne connaît pas. Il en résulte donc une certaine incompréhension légitime.

LE SÉRIEUX DE L’UN, LA JEUNESSE DE L’AUTRE...

Grandpa laisse Jef en plan pour se rendre seul à Auschwitz. Jef de son côté rencontre "un tas de jeunes, polonais et étrangers, toujours partant pour faire la fête. Mais, tout ça avait un arrière goût-amer." Son grand-père lui manque. Il aurait encore voulu entendre son histoire, la suite, ce qu’il ne sait pas encore. Ils se retrouvent cinq jours plus tard. Ils s’expliquent gentiment dans la voiture.

Jef a repris le volant pour revenir en France, car grandpa souhaitait retourner dans une petite ville où il avait vécu durant la guerre. Lorsqu’ils arrivent, le grand-père intima à Jef de ne plus prononcer un mot de français : "À partir de maintenant tu ne parles plus français. […] Disons qu’on vient d’entrer dans la réserve et qu’on ne sait pas si les Indiens sont sur le sentier de la guerre…"

Mais, qu’est-ce que tout cela voulait dire ? Pourquoi ne fallait-il plus parler français ? Étrange le grandpa tout de même. Jef avait malgré tout réussi à soutirer une information. Son grand-père cherchait ici à retrouver son amour de jeunesse, mais cela ne justifiait pas de ne plus parler français ! Que manigançait le grand-père ? Jef ne parvenait pas à suivre les intentions du vieil homme. Il apprenait le passé de ce dernier au compte-goutte.

Ce village de France, Auschwitz, un amour de jeunesse et maintenant une sœur dont il n’avait jamais entendu parler. Décidément, un grand-père très secret !
Jef ne manquera pas de faire des découvertes, il constatait une évidence : "Il mentait comme un arracheur de dents, mais ça, je ne le savais pas encore."

Ils arrivèrent face à l’ancienne propriété de grandpa. Tout a changé bien sûr, mais Adèle, l’amour de jeunesse, est toujours là : "Ça fait quarante-cinq ans, Jean…" Jef n’en croit pas ses oreilles : "Jean et pas John. Sacré nuance." Il réalise que son grand-père cache bien plus de choses qu’il n’y paraît. À partir de là, rien ne va plus. Grandpa fini par raconter son histoire à Jef. Son histoire, la vraie… La guerre, les rafles, le maquis, les juifs, les spoliations…

DÉCOUVERTES ET VÉRITÉS...

Jef découvre ses véritables origines et au-delà de cela, l’histoire de la guerre de 39-45. De la bouche de son grand-père, ça n’a plus le même sens que dans les livres d’histoire.

Mais, au sortir de la propriété, ils sont suivis par deux voitures. À croire que quelque chose perdure. On leur en veut, tout au moins au grand-père, mais de quoi et surtout cinquante ans après. Les deux hommes se retrouvent en cavale, puis en planque, avant que n’arrivent "des amis" que le grand-père a contacté pour les aider à se sortir de ce guêpier.

Les amis, Etienne et Barbara, ne traînent pas. Les informations qu’ils ont obtenues sont de grande importance. Jef et grandpa commencent à comprendre l’inimaginable. Comme quoi le temps est parfois notre allié et parfois notre ennemi.

En revenant dans la région où il avait vécu avec ses parents durant la guerre, grandpa n’imaginait pas une seconde se retrouver dans cette situation tortueuse, entre meurtre et vengeance sous couvert de trahison.

Voici un excellent roman où il n’y a pas une seconde d’ennui. On le lâche difficilement et à la fin, il nous laisse un excellent sentiment de satisfaction. Il n’y a rien à lui reprocher, mais au contraire, tous les qualificatifs positifs à lui allouer. 

Transmettre un peu de notre histoire fait également partie de ce livre, certes pas comme les autres, même si ce n’est pas son but premier. On remarquera la formidable mise en avant pour le côté historique des faits, les spoliations… qui mettent en valeur l’ensemble du roman, page après page.

On appréciera ce retour sur le passé avec un œil autre que celui de l’histoire communément entendue. On aimera cette unité de deux générations qui aurait pu être diamétralement opposées, mais ne l’est pas. On retiendra également les multiples recherches de l’auteur pour construire son ouvrage tout au long des pages. Et beaucoup d’autres choses encore.

Quelques citations relevées au cœur du roman :

"Il paraît que je parlais fort. Ce n’était pas moi qui parlait fort, mais les autres qui murmuraient."

"Le mal fini toujours par rattraper ses auteurs."

"Si l’on gratte un peu la peau du "civilisé", ou sa carapace, comme on veut, on retrouve le primitif."

"Tant qu’on n’arrive pas à nommer les choses, à les intellectualiser, on ne les comprend pas. Et ce qu’on ne comprend pas, on le refoule."

Marie BARRILLON

Informations sur le livre :

Auteur : Daniel Gauthier
Editions : Amalthée
ISBN 13 : 9782310005289
Format broché d'occasion : 17,24 €