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mercredi 14 juillet 2010

Les Mange-Rêve : Tombmor 2

"Dame nature n’appartient à personne, et même s’ils l’ont torturée en pensant la dompter, le tableau qu’elle nous offre, c’est elle qui l’a sculpté, peint ou dessiné. Elle a posé dessus la couleur, la froideur, la tiédeur, la vie ou bien la mort. C’est elle qui aujourd’hui nous offre un court répit, le droit de savourer cette œuvre qu’elle changera demain en soufflant sur les arbres comme on souffle une bougie un soir d’anniversaire. C’est elle qui gommera le perce-neige blanc pour remettre du vert, puis du rouge et du jaune, d’autres plantes, d’autres pluies, d’autres lunes et soleils, d’autres étoiles et rêves. Et puis du blanc encore…"  Extrait du livre

DES JEUNES, DÉCIDÉMENT, TRÈS COURAGEUX…

La seconde partie de ce troisième volet débute sur les chapeaux de roue. Tout d’abord, nous découvrons ce qui s’est passé pour Yvon, Jack, Mélanie et Snow, le chien Labrador de Jack, après la chute d’Iwan et de Thibault du cataski.

Il ne leur est pas venue à l’esprit une seconde d’abandonner les deux gamins en plein désert de neige et "une douleur lancinante les rongeait. Bien sûr, ils n’avaient pu faire demi-tour après l’accident" et "ne pouvaient se résoudre à abandonner deux adolescents qui avaient tout donné pour le succès de l’expédition." On n’en espérait pas moins.

Après plusieurs jours dans ce désert de froid et de glace, les deux adolescents sont donc retrouvés par Yvon, inventant tous les stratagèmes possible pour éviter les repérages. Le temps n’avait pas permis un sauvetage plus rapide, "ils durent attendre deux jours que les caprices du temps leur entrouvrent la petite porte de l’espoir." Yvon, Jack et Mélanie comptaient bien sûr, sur les capacités d’Iwan et de Thibault pour survivre en trouvant un abri de fortune, malgré le peu de chance, les circonstances et les conditions extérieures.

Ces deux gamins faisaient preuve de maturité, d’expérience et de sang-froid, tout comme Mélanie d’ailleurs, depuis le tout début de leurs mésaventures et personne n’en doutait plus une seconde.

LE RETOUR…

De retour en sécurité, chacun se laisse aller à la joie des retrouvailles tant espérées. Cependant, un membre d’équipage manque à l’appel : Snow, le Labrador de Jack. Ce chien plein d’intelligence, l’œil perçant et l’ouïe défiant toutes concurrences. Lui aussi avait chuté du cataski mais il avait été impossible de le retrouver.

Il manquait dans les cinq cœurs et l’espoir de le revoir était à présent inexistant, surtout après tout ce temps. Force est de constater que malgré sa sublime intelligence, il n’était pas un homme, et survivre par ce froid relevait du défi.

L’heure du nouveau départ approchait. La dernière étape était à quelques heures seulement. Destination : Tombmor. L’angoisse est présente et pour le moins palpable : "Mais c’est surtout le bout du voyage et la découverte de l’empire des ténèbres qui me tord les boyaux. À quoi ressemble cet endroit maudit où ils ont enfermé nos parents."

Iwan le saura bientôt, tout comme le reste de l’équipage. Et cette angoisse latente nous la ressentons, nous lecteurs, comme si nous y étions aussi.

DÉPART PRÉCIPITÉ…

Le départ, finalement précipité, ne sera pas de tout repos, on s’y attendait bien : "Le décor est planté et je comprends pourquoi il nous faut passer le plus rapidement possible cette agglomération mise à feu et à sang par les hommes de Bogdich qui annoncent la couleur…"

Arrivés à destination, Tombmor se montre à eux. La surprise s’impose dans tous les regards face à cette masse énorme et immense, digne de l’enfer : "Je me rappelle être resté campé face au spectacle durant de longues minutes, totalement muet… […] Tombmor était là, imposante, à plusieurs centaines de mètres en aval." Pas de place pour le rêve, la situation déjà bien sérieuse allait le devenir encore plus.

Les quarts de surveillances reprennent, l’attaque de Tombmor est imminente. Mais, les choses ne se passent pas toujours aussi bien qu’on le souhaiterait, nos amis vont vite s’en rendre compte et ne feront pas exception à la règle.

De grosses frayeurs seront au rendez-vous… mais pas seulement ! Frissonnons une fois encore avec ces adolescents hors du commun sous la plume d’un Jean-Luc Le Pogam plus en forme que jamais.

Pour adolescents, mais les adultes peuvent se laisser emporter par la lecture de cette saga sans aucun complexe, ils n’en auront que du plaisir. Comme pour les précédents tomes, le format est passe-partout, facile à emporter. Son prix demeure attractif pour cette excellente série, de quoi faire ou se faire plaisir à moindre coût et sans modération.

Comme à son habitude, l’auteur informe les lecteurs, petits et grands, par des astérisques donnant les définitions de certains mots que l’on ne connait pas forcément ou expressions, reportées en bas de page.

Marie BARRILLON

Informations sur le livre :

Auteur : Jean-Luc Le pogam
Editions : Palémon
ISBN 13 : 9782916248134
Format broché : 4,20 €


lundi 12 juillet 2010

Les Mange-Rêve : Tombmor 1

"Nuit noire comme de l’encre, puits sans fond inlassablement rincé d’une neige intarissable de ses épais flocons… Enfer des vents rugissant comme des démons dont le souffle nous projette vers les entrailles d’un gouffre sans fin… Voilà des heures que nous perforons l’obscurité, l’œil rivé au zéro du compas de route, les fesses plantées sur nos siège plastiques, bringuebalés comme de vulgaires pantins que le froid et les événements semblent avoir statufiés sur place en attendant d’en disposer le moment venu." Extrait du livre

PETIT RAPPEL…

Tombmor1 est le troisième épisode de la saga des Mange-Rêve. Je vous avais présenté les deux premiers tomes lors de chroniques, que je vous invite à revisiter, si tant est qu’il vous faille vous remémorer le sujet pour le moins captivant.

Ce troisième volet commence par une excellente préface de Christian Décamps dont je relève un passage : "On ne peut sortir indemne de ce voyage troublant. Après coup, on a même envie de sagesse et de passion, denrées plus précieuses que l’or."

Jean-Luc Le Pogam récidive pour nous faire frissonner, et on aime ça ! Dans le deuxième volet nous en étions restés au moment où Iwan, Mélanie, Thibault ainsi que Yvon, le grand-père d’Iwan, et son amis Jack étaient en fuite sur la route du nord à bord de cataski des plus perfectionnés. Yvon et Jack sont des anciens du G.I.A.T, dotés d’une forte expérience en défense et survie dans des situations extrêmes.

Tous les cinq étaient donc en route pour tenter de retrouver les parents d’Iwan fait prisonniers par les hommes de Bogdich. Sur leur chemin, ils affrontent les milices et leurs mésaventures ne manquent pas. Nous en avions retenu, entre autre, ces formidables leçons de courage dont faisaient preuve nos amis.

DE NOUVELLES AVENTURES EN NOUVELLES MÉSAVENTURES !

Dans ce nouveau volet, nous les retrouvons donc toujours sur la route du nord mais en direction de Tombmor où se trouveraient prisonniers les parents d’Iwan. Ils sont toujours sur le cataski à affronter le froid pouvant atteindre les moins cinquante degrés : "Plus un mot n’est sorti de nos bouches comme scellés par le gel que la lumière du soleil nous a une nouvelle fois abandonnés."

À l’approche d’une ville, loin d’être une ville fantôme mais qui y ressemble, nos amis ne savent pas vraiment à quel saint se vouer. C’est une ville qui paraît "désolée dont les hauts murs des bâtiments atténuent fort heureusement la puissance du vent et freinent progressivement" la vitesse du cataski de nos amis.

Vont-ils trouver des alliés en cet endroit peu avenant ? Ou au contraire sont-ils sur le point de se jeter dans la gueule du loup que sont les ennemis miliciens au service de Bogdich ?  Nous les suivons dans leurs mésaventures qui ne manquent pas, une fois encore, de nous faire ressentir moult frissons et tout autant d’émotions.

Dans cette ville délabrée, ils vont faire des découvertes. Les "habitants" ne sont finalement pas des ennemis. La chance leur tend peut-être les bras pour une fois. Et si les informations qu’ils vont en retirer pouvaient les aider, ce ne serait pas de trop.

Apparemment, les parents d’Iwan seraient passés par cette ville peu de temps avant eux, ce qui remue sérieusement Iwan : "Je n’écoute plus la conversation. Pour moi, il n’y a pas le moindre doute. […] Une fraction de seconde. C’est le temps qu’il faut à mon estomac pour faire un nœud sur lui-même. […] On était si près du but ! Mes jambes ne me portent plus." De quoi vous déstabiliser et vous faire perdre espoir.

TAYFA…

Puis, au fil de la conversation avec Laïd, un des "habitant", il pense que les parents de Thibault étaient présent également. Thibault prend lui aussi l’information de plein fouet. Nos trois amis sont secoués quelques secondes. Ils écoutent ce que Laïd a à leur apprendre car dans leur situation tout est bon à entendre, à savoir, à retenir.

Le clan de cette ville se fait appeler Tayfa. Ils sont en nombre important à se révolter contre Bogdich et son système. Téméraires et combattants, ils se battent contre les miliciens, les longs-manteaux et autres BMR (Brigade des Mange-rêve) qui viennent pour tenter de tout détruire et les faire plier au régime de leur patron ou les emprisonner.

Mais, Tayfa ne se laisse pas faire. Leur chef, Laïd, raconte tout à Iwan, Mélanie et Thibault, dans les moindres détails et leur fait visiter la "ville", ou du moins ce qu’il en reste. Là encore, ils vont faire des découvertes entre sous-sol et  passages secrets.

Tayfa est un des nids de la rébellion, et ce n’est pas le seul. Il en existe un peu partout. Nos trois compères ne se sentent plus seuls comme ils le croyaient jusque là. Des nids de ce genre s’établissent un peu partout dans l’Europe prisonnière et agissent en sous-marins pour tenter de déjouer Bogdich. Leur but est de faire "tomber" le mur magnétique pour retrouver une vraie liberté : "Et un jour, s’amuse Vlad, on fera comme à Berlin il y a trente-cinq ans : on lui abattra son mur !"

Iwan et ses deux amis apprennent que les Mangeurs étaient venus mettre la ville à feu et à sang. Le clan Tayfa ne s’était pas laissé vaincre en ripostant aussi sévèrement pour se défendre. Les mangeurs étaient repartis avec pour bouclier les parents d’Iwan et de Thibault. Si peu de temps avant leur arrivée. De quoi être secoué et passablement énervé !

LE DANGER EST À DEUX PAS…

Puis, en repartant de Tayfa, les choses se gâtent. Iwan oublie de rattacher son harnais de sécurité. Le vent et le froid sévissent toujours. La neige, quant à elle, s’est épaissie de plus belle. Une violente bourrasque fait chavirer Iwan par-dessus bord du cataski : "La tête au ras du tapis et ne levant seulement que de temps à autre les yeux afin de mieux me protéger le visage de la neige qui m’arrive de face […] retrouver un peu de verticalité pour ensuite me relever […] Je m’enfonce instantanément dans la neige qui me remonte jusqu’au dessus de la poitrine…"

Mais, contre toute attente, Iwan n’est pas le seul à avoir été éjecté du cataski. Thibault en est au même point quelques mètres plus loin. Tous deux sont désormais livrés à eux-mêmes en plein désert de neige dans la nuit noire à moins cinquante degrés, rappelons-le !

Comment vont-ils se sortir de ce pétrin dont ils se seraient bien passés alors que le cataski file à vive allure, emportant Yvon, Jack et Mélanie. Ces trois derniers ne se sont pas encore aperçut qu’il en manquait deux à bord.

Iwan et Thibault sont à présent confrontés seuls au froid sans plus aucune protection avec pour seul soutien leurs lampes frontales et quelques biscuits égarés dans leurs poches. Ils vont devoir faire preuve de réflexion et de plus en plus de courage pour parvenir à se sortir de cette mauvaise posture : "Face à nous, le néant, de l’obscurité retrouvée […] la nuit qui déchaîne son tumulte. Tornades incessantes montant à l’offensive…"

Le courage de nos deux amis ne manque pas, on le savait déjà, mais dans le cas présent, il redouble en force. Iwan se rappelle des conseils maintes fois prodigués par son père au cours de sa jeune existence. Ces conseils lui sont bien utiles aujourd’hui plus que jamais et c’est le moment de s’en souvenir d’une part et de les mettre en application d’autre part : "L’humour est souvent un bon moyen de survie qui fait momentanément oublier le pire." Sans oublier également que "le sommeil, lorsqu’on l’a trouvé, efface bien souvent l’inquiétude des lendemains", même si ce n’est que de courte durée.

Le froid, la neige, les Mange-Rêve, les milices, les longs-Manteaux et autres BMR sont autant de dangers qui parsèment leur avancée à chaque minute. Mais, Tayfa, Yvon Mélanie et Jack sont autant d’amis pour les aider. Arriveront-ils à les retrouver avant d’être attrapés et fait prisonniers ou avant d’être mort de froid en plein désert de neige ?

Une fois encore Jean-Luc Le Pogam nous offre un petit bijou à lire où l’on est dans l’attente, si ce n’est dans l’angoisse, de ce qui va arriver à nos amis.

L’auteur parvient encore à faire des nœuds avec nos émotions en nous emportant sur une longue coulée de frissons.
Pour adolescents, mais les adultes peuvent se laisser emporter dans la lecture de cette saga sans aucun complexe, ils n’en auront que du plaisir.

Comme pour les deux précédents tomes, le format est passe-partout, facile à emporter. Son prix demeure attractif pour cette excellente série, de quoi faire ou se faire plaisir à moindre coût.

Marie BARRILLON

Informations sur le livre :

Auteur : Jean-Luc Le Pogam
Editions : Palémon
Collection : Mange-Rêve
ISBN 13 : 9782916248097
Format broché d'occasion : 3,99 €


vendredi 9 juillet 2010

Retour à Auschwitz

"N’importe quel peuple d’aujourd’hui - "civilisé" ou non – peut basculer dans la folie meurtrière. La Shoah semble un mystère parce qu’elle a été le fait d’un peuple cultivé, "avancé", et qu’elle a mis en œuvre toutes les ressources de la technologie moderne, avec les résultats effarants qu’on connaît… Mais du coup, d’autres Shoah sont possible. Tant que nous n’aurons pas atteint un degré vraiment supérieur de civilisation, le danger sera présent." Extrait du livre

PETITE CRISE SANS IMPORTANCE…

Tout d’abord, je remercie l’auteur de m’avoir si gentiment dédicacé son livre.

Tout commence comme on n’y aurait pas songé. Jef, en compagnie de son grand-père est à Paris pour quelques jours. Paris en France précise-t-il, et pour cause : "Nous étions au bar de l’hôtel Lutécia, à Paris, en France. Je précise, parce que Paris (Illinois) est à trois heures de route de Péoria, le trou où j’habite."

Jef accompagne son grand-père pendant quinze jours en Europe à la demande de son père. Mais, Jef n’est pas très heureux car il avait prévu de passer ces quinze jours-là avec sa copine du moment. 

Il est déçu et en veut presque à son grand-père : "J’étais bien décidé à faire la gueule à grand-père (mais je me connaissais : j’aimai trop grandpa. Si je tenais un jour ou deux sans lui adresser la parole, ce serait le bout du monde) […] Je le regardais avec tendresse : sûr que ça allait être difficile de lui faire la gueule pendant quinze jours."

À l’hôtel tous deux se dirigent vers la salle de restaurant. Jef avait troqué son short contre un Jean’s alors que son grand-père avait revêtu un beau costume. Car visiblement, l’homme avait pour habitude de toujours porter une attention particulière à sa tenue, quelle que soient les circonstances.

CONFIDENCES, CONFIDENCES…

Grandpa commence à parler des allemands à son petit-fils. Ce dernier se sent tout à coup très intéressé : "Mon vœu de silence s’était envolé depuis belle lurette." Durant la guerre de 39-45, grandpa y était et pas en simple spectateur. C’était un tout jeune homme de dix-huit ans à l’époque, l’âge de Jef aujourd’hui.

Le lieu où se trouvent Jef et grandpa aujourd’hui prête à confidence, car il rappelle des souvenirs au grand-père. Et des souvenirs pas franchement toujours gais : "Cet hôtel… Figure-toi que pendant la guerre, il servait de quartier général à l’Abwher, l’armée allemande".

Jef et son grand-père quittent la France. Grandpa souhaite aller en Pologne. C’est Jef qui est au volant d’une belle Mercedes cabriolet. Sur la route, grandpa lui parle de sa jeunesse, mais de cette partie qui entoure la période de la guerre de 39-45 tel qu’il avait commencé à le faire à l’hôtel Lutécia, à Paris.

Lorsqu’ils traversent Berlin, Jef remarque le mur. Au moment des faits, il n’était pas encore tombé. Puis, après de longues heures de route, ils arrivent à Varsovie. Jef est fatigué de ce voyage, concentré sur sa conduite et n’aspire qu’à se reposer. Grandpa, quant à lui, souhaite visiter la ville. Une dispute éclate entre les deux hommes : "Désolé, Jeffrey. Mais, tu m’accompagne. On va à Auschwitz." Jef connaissait l’histoire et n’avait pas vraiment envie de s’y plonger.

Petit affrontement entre deux générations ignorantes l’une de l’autre. Mais, les choses sont moins évidentes lorsque l’une porte un secret que l’autre ne connaît pas. Il en résulte donc une certaine incompréhension légitime.

LE SÉRIEUX DE L’UN, LA JEUNESSE DE L’AUTRE...

Grandpa laisse Jef en plan pour se rendre seul à Auschwitz. Jef de son côté rencontre "un tas de jeunes, polonais et étrangers, toujours partant pour faire la fête. Mais, tout ça avait un arrière goût-amer." Son grand-père lui manque. Il aurait encore voulu entendre son histoire, la suite, ce qu’il ne sait pas encore. Ils se retrouvent cinq jours plus tard. Ils s’expliquent gentiment dans la voiture.

Jef a repris le volant pour revenir en France, car grandpa souhaitait retourner dans une petite ville où il avait vécu durant la guerre. Lorsqu’ils arrivent, le grand-père intima à Jef de ne plus prononcer un mot de français : "À partir de maintenant tu ne parles plus français. […] Disons qu’on vient d’entrer dans la réserve et qu’on ne sait pas si les Indiens sont sur le sentier de la guerre…"

Mais, qu’est-ce que tout cela voulait dire ? Pourquoi ne fallait-il plus parler français ? Étrange le grandpa tout de même. Jef avait malgré tout réussi à soutirer une information. Son grand-père cherchait ici à retrouver son amour de jeunesse, mais cela ne justifiait pas de ne plus parler français ! Que manigançait le grand-père ? Jef ne parvenait pas à suivre les intentions du vieil homme. Il apprenait le passé de ce dernier au compte-goutte.

Ce village de France, Auschwitz, un amour de jeunesse et maintenant une sœur dont il n’avait jamais entendu parler. Décidément, un grand-père très secret !
Jef ne manquera pas de faire des découvertes, il constatait une évidence : "Il mentait comme un arracheur de dents, mais ça, je ne le savais pas encore."

Ils arrivèrent face à l’ancienne propriété de grandpa. Tout a changé bien sûr, mais Adèle, l’amour de jeunesse, est toujours là : "Ça fait quarante-cinq ans, Jean…" Jef n’en croit pas ses oreilles : "Jean et pas John. Sacré nuance." Il réalise que son grand-père cache bien plus de choses qu’il n’y paraît. À partir de là, rien ne va plus. Grandpa fini par raconter son histoire à Jef. Son histoire, la vraie… La guerre, les rafles, le maquis, les juifs, les spoliations…

DÉCOUVERTES ET VÉRITÉS...

Jef découvre ses véritables origines et au-delà de cela, l’histoire de la guerre de 39-45. De la bouche de son grand-père, ça n’a plus le même sens que dans les livres d’histoire.

Mais, au sortir de la propriété, ils sont suivis par deux voitures. À croire que quelque chose perdure. On leur en veut, tout au moins au grand-père, mais de quoi et surtout cinquante ans après. Les deux hommes se retrouvent en cavale, puis en planque, avant que n’arrivent "des amis" que le grand-père a contacté pour les aider à se sortir de ce guêpier.

Les amis, Etienne et Barbara, ne traînent pas. Les informations qu’ils ont obtenues sont de grande importance. Jef et grandpa commencent à comprendre l’inimaginable. Comme quoi le temps est parfois notre allié et parfois notre ennemi.

En revenant dans la région où il avait vécu avec ses parents durant la guerre, grandpa n’imaginait pas une seconde se retrouver dans cette situation tortueuse, entre meurtre et vengeance sous couvert de trahison.

Voici un excellent roman où il n’y a pas une seconde d’ennui. On le lâche difficilement et à la fin, il nous laisse un excellent sentiment de satisfaction. Il n’y a rien à lui reprocher, mais au contraire, tous les qualificatifs positifs à lui allouer. 

Transmettre un peu de notre histoire fait également partie de ce livre, certes pas comme les autres, même si ce n’est pas son but premier. On remarquera la formidable mise en avant pour le côté historique des faits, les spoliations… qui mettent en valeur l’ensemble du roman, page après page.

On appréciera ce retour sur le passé avec un œil autre que celui de l’histoire communément entendue. On aimera cette unité de deux générations qui aurait pu être diamétralement opposées, mais ne l’est pas. On retiendra également les multiples recherches de l’auteur pour construire son ouvrage tout au long des pages. Et beaucoup d’autres choses encore.

Quelques citations relevées au cœur du roman :

"Il paraît que je parlais fort. Ce n’était pas moi qui parlait fort, mais les autres qui murmuraient."

"Le mal fini toujours par rattraper ses auteurs."

"Si l’on gratte un peu la peau du "civilisé", ou sa carapace, comme on veut, on retrouve le primitif."

"Tant qu’on n’arrive pas à nommer les choses, à les intellectualiser, on ne les comprend pas. Et ce qu’on ne comprend pas, on le refoule."

Marie BARRILLON

Informations sur le livre :

Auteur : Daniel Gauthier
Editions : Amalthée
ISBN 13 : 9782310005289
Format broché d'occasion : 17,24 €


mardi 15 juin 2010

Polyarthrite d’un ange

"Durant ces deux premières années, je vivais normalement, j’avais des parents heureux, un grand frère gentil, une belle petite famille sans problème. Pas de quoi écrire un livre ! Aussi étrange soit-il, j’aime ne pas pouvoir me souvenir de cette période, car je n’avais pas encore mal. J’accepterais beaucoup moins bien la douleur si je savais ce que c’est de vivre sans elle. Pendant deux ans, elle fut une bonne locataire. Très discrète, je la remarquais à peine. Très polie, elle ne manquait jamais une occasion de me saluer et bien entendu, elle payait toujours le loyer à la date convenue." Extrait du livre

POLYARTHRITE, PLUS QU’UNE MALADIE…

Nous nous demandons souvent, face à certaines maladies, comment les parents font pour surmonter la situation et tenir le coup. Mais, nous nous interrogeons bien moins souvent sur le comment les enfants vivent eux-mêmes leur maladie. Comment ils l’assument. 

Ils en font leur combat quotidiennement de manière étonnante. Non par choix, mais par pure obligation et bien souvent sans rechigner.

C’est ce que nous raconte ici Emilie Michel, de manière spontanée,  sans prendre de gants. Mais avant cela, nous découvrons deux préfaces. La première faite par les parents d’Emilie. Ces parents qui ont vécus ce parcours difficile de leur fille et bien évidemment, avec elle. Ne sont-ils pas les mieux placés pour en parler ? Bien sur que si !

La seconde préface est écrite par Elise Chassang. Cette dernière est, comme Emilie atteinte de polyarthrite. Cette maladie est donc également son combat. Un point commun qui les unies bien qu’elles ne se connaissent pas : "Je ne connais pas personnellement Emilie, mais à travers son histoire, ma vie semble défiler devant mes yeux et je me reconnais en elle. C’est pour ce passé commun qu’Emilie a souhaité que je lui préface son livre."

Et d’ajouter, pour que nous comprenions bien ce lien qui les uni : "Nous avons la même maladie et même si la forme n’est pas commune, les blessures sont similaires qu’elles soient morales ou physique."

QUAND L’ÉVIDENCE EST INÉLUCTABLE…

Les premières inquiétudes, pour les parents d’Emilie, surviennent alors que leur fille n’a que deux ans. Pour la maman, soudain, plus rien ne semble exister. L’état de santé d’Emilie voile son ciel, "le temps s’était arrêté, comme suspendu aux lèvres d’un médecin". 

Lorsque le diagnostique tombe, c’est l’évidence qui l’accompagne. Toute la vie de la famille va en être bouleversée, à commencer par celle de la petite. Les douleurs vont être coutumières.

Il lui faudra vivre avec parce que le choix ne s’offre pas à elle. Se battre chaque jour ou abandonner ! Voilà son seul choix ! Mais lorsqu’un enfant se retrouve si jeune confronté à la maladie, il n’y a qu’une chose qui en ressort de manière instinctive, sans aucune préméditation, c’est l’instinct de survie. 

Ensuite, au fur et à mesure, c’est la force de se battre envers et contre tout qui s’associe à cet instinct de survie : "La maladie nous endurcit, elle nous oblige à repousser notre seuil de tolérance de la douleur, car plus on en supporte, plus elle devient supportable".

La vie continue son chemin, d’examens en examens, de prise de sang en souffrance, jusqu’à ne plus pouvoir simplement marcher. Le petit "Ange" est torturé sans que les médecins parviennent à la soulager.

TOUT REFAIRE ENCORE ET ENCORE !

Puis le papa, militaire, est muté pour être instructeur dans une petite ville du Massif Central. Toute la famille suit le mouvement. De nouveaux médecins et tout le parcours déjà fait est à refaire. Tout est à expliquer de nouveau. Mais, les médecins, peut-être septiques, demandent à refaire tous les examens déjà pratiqués. Il y a de quoi se mettre à douter quand même les médecins doutent des examens précédents réalisés par leurs confrères. 

À cette époque, "le petit ange" n’a pas encore six ans et déjà tellement secoué, perturbé, charcuté, torturé dans sa chair d’une part, puis dans son âme d’enfant plein d’innocence.

Le destin ne s’arrête pas là. Il va continuer à chahuter Emilie et sa famille. Vivre avec la maladie de l’intérieur, le papa va également l’apprendre. Et les souffrances au quotidien vont durer encore et encore.

Comment parvenir à appréhender la vie, lorsqu’elle vous empoisonne autant, si tôt, et que rien ne s’arrête ? Une belle leçon de force humaine montrée par une enfant dont bien des adultes n’en ont pas une once.

SOLIDARITÉ FAMILIALE…

Le grand frère, de deux ans plus âgé, est très proche de la petite Emilie. Comment ne pourrait-on pas l’être : "Je lui racontais mes exploits en peinture et il faisait semblant de s’y intéresser." Ce qui montre bien la proximité de ces deux enfants et l’attention de l’un envers sa petite sœur malade. La maladie avait décidée d’être plus forte et le petit ange malgré sa force perdait son énergie à grande vitesse.

À l’âge de sept ans, une mauvaise nuit la vida complètement, pas seulement physiquement : "J’étais allongée dans les bras de maman et petit à petit je ne lui serrais plus la main non plus. […] Elle me sentait partir et elle ne savait pas où j’allais. Je n’étais plus blanche, j’étais transparente."

Les traitements ont leurs efficacités mais aussi leurs inconvénients. Souvent, ils vous soignent d’un mal d’un côté et vous abîment de l’autre. C’est ce qui se produit pour Emilie, en l’occurrence pour ses yeux. Les collyres qui étaient supposés soigner son uvéite ne la soignaient pas vraiment d’une part mais qui plus est venait "provoquer un début de cataracte de l’œil gauche". Impossible de se débarrasser du mal sans en provoquer un autre.

Au fil de toutes ses douleurs, Emilie n’accepte pas de voir sa maman souffrir et en arrive à culpabiliser. Elle grandit et de se fait, prend conscience des ravages de la maladie autour d’elle : "Maman était là, livide, elle m’avait entendu gémir et à la voir je m’en voulais un peu d’avoir tant voulu qu’elle m’entende. […] Je pense que c’est à cet instant que je compris qu’en plus d’être dure, il fallait que je le sois en silence."

Chose évidente et logique, la petite grandissant prenait conscience, outre des ravages de la maladie, de sa différence par rapport aux autres, ne comprenant pas pourquoi, elle, devait subir chaque jour et pas les autres : "J’avais le sentiment d’avoir été piégée, roulée dans la farine, arnaquée. Alors, ils avaient le choix eux ! Ils n’avaient pas mal. Alors pourquoi moi et pas eux ? Qu’avais-je fait de mal, de mauvais, pourquoi avais-je été punie dès le début…"

LE CHEMIN DES INTERROGATIONS…

Les grandes questions commençaient à affluer mais il n’y avait pas de réponses. La vie est parfois si injuste et cette injustice n’est pas toujours réparable. En tout cas, aucunement explicable. Le regard des autres prend également une place importante et désagréable. 

La maladie d’Émilie prend toute la place en définitive. Intérieur mais aussi extérieur. Rien ne l’apaise, pas même les nouveaux traitements : "Ma vie devenait lourde à gérer et j’avais l’impression d’alourdir celle des gens que j’aimais […] Je voulais contrôler la maladie, ne pas la laisser prendre toute ma vie, mais elle gagnait du terrain et je ne pouvait rien pour la stopper."

La plus belle victoire de cette enfant, devenue grande bien sur, outre son combat quotidien contre la maladie était de faire sourire sa mère.

Finalement, rien n’épargne la petite. Tout bascule pour se remettre en place, puis bascule à nouveau. Le combat ne s’arrête pas seulement à celui de la maladie, on s’en aperçoit constamment au fil des pages.

Nous prenons là, une grande leçon dans ce témoignage surtout lorsqu’on réalise qu’on ose se plaindre de nos petits bobos quotidiens qui ne sont rien finalement, alors que d’autres en vivent de gros, très gros, que nous ne serions peut-être même pas apte à supporter. 

Certains perdent les pédalent alors qu’ils ont tout, y compris la bonne santé, tandis que d’autres tiennent la barre de leur vie très haut pour parvenir à tenir debout et tentent malgré leurs souffrances à maintenir un moral d’acier, avec des hauts et des bas, certes, mais tout de même ! Prenons-en note ! Retenons la leçon ! Ce ne sera que bénéfique.

Un témoignage fort, qui donne à réfléchir.
Un prix qui n’est pas excessif pour cet ouvrage de bonne qualité dans son ensemble.

Marie BARRILLON

Informations sur le livre :

Auteur : Emilie Michel
Editions : Praelego
ISBN 13 : 9782813100030
Format broché d'occasion : 25,00 €


jeudi 10 juin 2010

Les mémoires d'une carpe

"Pour beaucoup je sais ce livre n’a aucun sens, j’ai aujourd’hui vingt-trois ans, et voilà que ma plume a décidé d’entraîner ma main dans un voyage intérieur, peuplé de peurs, d’angoisses, et d’amour. Je ne suis pas ici pour vous faire voyager, en romançant la vie de l’aventurier que vous auriez aimé être ou encore vous raconter la jolie histoire d’amour que vous ne connaîtrez peut-être jamais. […] Mais il faut tout d’abord que chacun de ces mots viennent lentement effacer les maux qui noircissent le grand livre de ma jeune existence." Extrait du livre

UN PASSÉ DIFFICILE…

Antony Hablantes est demandé par le docteur Martinot. Il ne connaît pas cet homme et s’interroge sur l’objet de cette "invitation".

Antony est écrivain, mais ne l’a pas toujours été. Il a d’ailleurs publié un ouvrage sur son passé difficile lorsqu’il était bègue. Dans ce livre, il raconte ce qu’il a vécu, y compris psychologiquement. Car, il n’est pas évident de vivre sereinement avec un handicap.

Le docteur Martinot fait appel à lui pour aider sa fille, Sandrine, qu’il n’a plus vue depuis trois ans. Elle avait disparue un jour sans prévenir. Il l’avait retrouvée dans un hôpital, confinée dans une sorte d’amnésie et ne parlant plus du tout. Que s’était-il passé dans sa vie durant ces trois années ? Toute la question est là !

Le docteur Martinot est persuadé qu’Antony Hablantes est en mesure de pouvoir aider Sandrine. Mais, ce dernier ne parvient pas à comprendre de quelle manière il pourrait le faire, dans la mesure où son passé personnel n’a rien à voir avec celui de la jeune fille.

En discutant avec le docteur Martinot, Antony découvre que les problèmes d’élocution de Sandrine sont beaucoup plus anciens que sa seule disparition. Depuis toute jeune, elle était bègue. 

Son père avait fermé les yeux sur son handicap : "Je n’ai jamais voulu penser que ses mauvais résultats scolaires étaient liés à son bégaiement. […] Comme un imbécile je la traitais de fainéante, de bonne à rien. Je n’ai fait que projeter sur elle durant toutes ces années les rêves d’un père plein d’orgueil."

UN RETOUR VERS LE PASSÉ BIEN DIFFICILE À APPRÉHENDER…

Sans bien comprendre ce qu’il allait pouvoir faire, Antony accepte, après réflexion, de rendre une première visite à Sandrine. Une visite qui en amènera beaucoup d’autres.

Arrivé à l’hôpital, stationné derrière la porte entrebâillée de la chambre de la jeune fille, "nul ne peut dire lequel […] souffrait le plus en cet instant précis. Elle représentait pour lui un retour vers le passé bien difficile à appréhender."

L’entrevue est de courte durée. Sur un petit carnet, Sandrine lui fait comprendre qu’elle ne comprend pas sa présence, ni ce qu’il pourrait bien faire pour elle, puisque même les spécialiste ne parvenaient à aucun résultat au vu de son état. Antony était reparti, non sans avoir tenté quelques explications qui n’avaient eu aucun effet. Sauf celui de le renvoyer à son propre passé qui, finalement, n’était pas si lointain.

Que faire, lorsque les personnes que l’on souhaite aider, de quelle que manière que ce soit, restent fermées à tous vos arguments ? Pire encore, quand la sensibilité et l’émotivité régissent l’univers de la personne en question : "Chaque jour qui passe est alors un jour de plus qui vient renforcer le pouvoir de cette méchante sorcière qui a décidé un jour de nous faire payer très cher notre grande émotivité."

En définitive, comme on dit, "il n’y a pas plus sourd que celui qui ne veut pas entendre", et cet adage est bien plus qu’une évidence. Et dans la même logique, il n’y a pas d’être plus fermé que celui qui ne veut rien laisser transparaître.

L’ÉLÉMENT NÉCESSAIRE…

Sandrine avait repoussé toute présence de cet homme qu’elle ne connaissait pas et qui était "envoyé" par son père. Son père, à priori, la source de tous ses problèmes. Mais Antony, "notre homme ne pouvait maintenant se résoudre à l’oublier. Il fallait qu’il renoue contact avec elle". C’est se qui se produit lorsque le médecin s’occupant de la jeune fille, fait appel à lui.

Décidément, tout le monde semblait persuadé qu’Antony était l’élément nécessaire à la "guérison" de Sandrine. Antony se prend effectivement d’amitié pour cette jeune femme et finalement va tenter de se rendre utile. Il venait de prendre conscience que Sandrine avait un place importante à présent pour lui : "Je ne sais pas si je peux lui être d’un grand secours, mais, elle est pour moi comme un miroir dans lequel mon visage se reflète".

Comment aider quelqu’un qui ne parle pas ? Qui semble bien décidé à ne plus émettre aucun son ? Et comment percer le mystère qui jalonne son esprit et l’empêche ainsi d’avancer vers ce qui pourrait le libérer ?

Chacun d’entre nous pouvons, à un moment donné et pour quelle que raison que se soit, être prisonnier de nous-mêmes, de notre propre esprit qui pose des barrières qui nous semble insurmontables et dont aucune porte de sortie pourrait nous paraître accessible.

LES CHOSES NE SE PASSENT PAS TOUJOURS COMME ON LE SOUHAITE !

Antony est bien décidé à ne pas baisser les bras. Il sent que Sandrine, du fin fond de ses faiblesses, a pris une place importante pour lui. Il souhaite tant l’aider, lui être utile, ne pas se sentir impuissant face à elle et le mal qui la ronge et cela sans la brusquer.

Seulement, l’état de la jeune fille ne se résume pas seulement à ce silence. Elle est également amnésique semble-t-il. Un accident, puis un coma pourraient en être la cause mais les médecins se refusent à cette hypothèse : "Nous avons la certitude que son problème est purement psychologique. C’est comme si elle refusait au plus profond d’elle de ne plus se souvenir et par cela même de ne plus parler".

Antony se torture pour Sandrine, déplorant de ne pas parvenir à lui venir en aide. Il s’est pris d’une profonde estime pour elle. Rien n’est évident ni pour lui, ni pour les médecins.

Dans le même temps, il doit partir en Colombie avec son collègue Pito pour une enquête des plus étranges. Des faits troublants vont s’y produire. Ils vont en revenir blessés après avoir été passé à tabac, car visiblement leur présence sur le sol colombien n’est pas appréciée. Rapatriés, dans un sale état, ils n’auront pu résoudre leur enquête de journaliste qu’ils sont.

Pourtant, entre cette enquête et Sandrine, Antony ne lâche rien, bien décidé à résoudre les deux. Et s’il y avait un lien entre-elles ?

De l’émotion, une belle enquête, une histoire pas si surréaliste, ce sont les ingrédients pour ce roman qui offre tout son intérêt.

Bien tournée, l’histoire ne laisse pas supposer au début qu’elle va nous emmener dans un suspense.
Un prix courant pour un roman.
Un très bon ouvrage tant par son contenu que pour sa qualité générale.

Marie BARRILLON

Informations sur le livre :

Auteur : Robert Aveillan
Editions : Praélégo
ISBN 13 : 9782813100481
Format broché : 17,50 €
Format Kindle : 7,99 €


mercredi 9 juin 2010

Télé-vénalité

"Auparavant, pour résoudre la plupart des tracas du quotidien, il suffisait d’aller consulter sa bonne grand-mère afin de connaître son "truc" pour en venir à bout. Aujourd’hui, Mamy est bien trop occupée à surfer dans les rouleaux biarrots avec ses potes retraités pour répondre à notre détresse. Si bien qu’on a plus qu’à surfer à notre tour, sur le net cette fois-ci, pour tenter de dompter les doutes qui nous assaillent. Pire, on peut se contenter de s’avachir devant le petit écran qui s’est considérablement "enrichi" de moult émissions de téléréalité censées nous apprendre comment élever notre progéniture ou tout autre mammifère quadrupède, quoi mettre dans nos assiettes…" Extrait du livre

LE CHANGEMENT…

La lecture de "télé-vénalité" commence par un prologue assez amusant où nous retrouvons le ton assez décapant de l’auteur.

Christine Poirier décide du jour au lendemain de changer littéralement de profession et même pratiquement de vie. Elle est posée et pourtant dans sa tête un déclic se fait. Elle est "une jeune quadragénaire encore pleine de fougue et d’illusions" et pourtant : "J’étais prête et disposée à offrir mon aide précieuse aux pauvres hères en quête d’équilibre".

Branle bas de combat, local commercial loué, formalités administratives effectuées et voilà Christine Poirier prête à affronter son nouveau job. Un nouveau challenge ? Peut-être bien ! Après tout, il n’est pas donné à tout le monde d’avoir le courage de prendre autant de risques la quarantaine abordée : "Un revirement si radical à mon âge représentait un risque non négligeable et il m’était impossible de ne pas cogiter sur le bien fondé de ma décision."

La première cliente à demander de l’aide à Christine est une femme d’une soixantaine d’années qui ne sait pas dire non et se voit continuellement envahit par toutes sortes de démarcheurs et de leurs objets en tous genres. Comment faire dire non à cette femme pour qu’elle ne se fasse plus déposséder de son argent contre des produits sans aucune utilité pour elle.  Le travail ne sera pas évident pour Christine qui y mettra du punch. Et il le sera encore moins pour cette femme trop naïve.

COURAGE ET PERSÉVÉRANCE…

Très vite l’affluence se fait sentir, en particulier les femmes, envahit de mal être. Christine traite toutes les demandes dans l’espoir de pouvoir choisir un jour les cas qui se présenteront. Et ce, après avoir acquis une certaine et bonne réputation. Elle va donc de l’avant sans imaginer un instant ce que lui réserve cet avenir proche qu’elle aborde courageusement.

Les choses se corsent pour notre Christine Coach lorsqu’une femme, quadragénaire, vient lui demander de l’aide pour reconquérir son cher mari qui se désintéresse d’elle de manière on ne peut plus évidente. Christine traverse un petit moment de panique : "Aïe ! Que savais-je donc de cette espèce là ? Les seuls mammifères avec lesquels je partageais mon quotidien étaient les quelques générations de Cochon d’Inde que j’élevais depuis un certain temps."

Evidemment, vu sous cet angle, il est bien difficile d’apporter de l’aide à quelqu’un. Les hommes, à eux seuls, sont d’un compliqué ! Etre capable de les comprendre n’est pas forcément chose aisée. D’ailleurs, Christine ne s’en cache pas et reconnaît : "Mais les maris… J’ignorais tout de leur fonctionnement, ni même de leur intérêt d’ailleurs !" Mais, en coach acharnée, Christine relève le défi et parvient à apporter l’aide nécessaire et recherchée par la cliente.

COACHING TÉLÉVISÉ…

Toutes sortes de personnes forment la clientèle de Christine Poirier. Des boulimiques aux anorexiques, des alcooliques aux drogués, des accrocs au sexe à ceux perdus dans leur quotidien… Tous frappent à sa porte. Le bouche à oreille se veut efficace, parfois et c’est ici le cas. Il l’est tant, qu’un jour notre coach reçoit un appel téléphonique pas du tout comme les autres. On lui propose "de faire des essais dans le but d’animer une émission télévisée basée sur le concept du coaching".

Tout d’abord abasourdie, elle croit à une vilaine plaisanterie mais réalise rapidement que l’appel est loin d’en être une. Rendez-vous est pris pour le casting. Celui-ci se passe merveilleusement bien. Mis à part quelques changements pour Christine : "Sur le fond, je n’avais qu’à me contenter d’exercer ma profession, les seuls changements étaient la présence des caméras et le fait que je ne sois plus en mesure de choisir mes clients, imposés par la direction. Le salaire mirobolant acheva de me convaincre et décida d’accepter."

Après avoir changé d’orientation professionnelle et réussi dans le coaching, voilà qu’elle passe un nouveau cap : Animatrice en coaching télévisé pourrait-on presque dire. Mais ce chemin inconnu va-t-il lui convenir ? Car en acceptant, elle s’est volontairement mise dans les mains d’une direction de chaîne télévisée qui ne lui laissera pas grande liberté d’action.

Rapidement, le désenchantement s’impose. Elle se trouve confrontée au manque d’humanité de cette direction (espérons qu’elles ne soient pas toutes comme celle-ci) plus attachée à son audimat qu’aux cas qu’elle souhaite mettre en avant. Christine n’est pas du tout d’accord et ne se gène pas pour le dire, ce qui lui vaudra une semi-liberté : "Tu n’es qu’un immonde salaud ! Tu te moques éperdument de la souffrance de cette pauvre femme, tout ce qui t’intéresse, c’est le score d’audience […] Il y a des choses qui doivent se faire dans la confidentialité, on ne peut pas tout montrer. Je sais que les gens sont attirés par le morbide mais je ne fonctionne pas comme ça."

QUAND LA COLÈRE MONTE…

Le ton est donné, Christine ne se laisse pas marcher sur les pieds, tape du poing à grand renfort de colère, ce qui fait céder la direction. Mais, jusqu’où cette dernière accepter-t-elle les conditions que demande Christine ? Parce que si la chaîne ne fait pas dans le sentimentalisme, Christine, elle, est avant tout une femme qui a du caractère mais aussi un cœur et ne tient pas à abuser de la détresse des gens qu’elle est censée aider.

Notre personnage est confronté à la dure réalité de la télé-réalité, justement, d’où le titre évocateur "Télé-vénalité", qui annonce rien que par ce titre toutes les bassesses dont sont capables certains pour augmenter leur audimat et parvenir par ces actes au sommet.

Mais, elle est également confrontée à la dérive d’un fanatique : "Je suis le parfait exemple de l’extrême dérive de la télévision, du pouvoir infini des images sur des esprits perturbés ou malléables". Christine en réchappera-t-elle ? S’en relèvera-t-elle ?

Une fin totalement inattendue pour cet ouvrage. Une fin impossible à imaginer tant qu’on n’est pas parvenu aux dernières pages mais qui se révèle cohérente et logique avec l’histoire dans son intégralité. La télévision n’a pas que du bon divertissement. Certains programmes peuvent aboutir à des dérives chez des personnes à l’esprit dérangé ou les enfants non encore enclin à une conscience mature.

La plume de Vanessa MATTIN saura vous captiver, tant par l’histoire en elle-même que par le verbe et l’humour dont elle fait preuve.
Ne passez pas à côté de cet auteur qui, à mon sens, vaut le détour !
Un prix sans excès pour ce roman captivant
Mon coup de cœur.

Marie BARRILLON

Informations sur le livre :

Titre : Télé-vénalité
Auteur : Vanessa Mattin
Editions : Paulo-Ramand
ISBN 13 : 9782754300643
Indisponible