#Roman "Camille, regarde devant toi !" à découvrir, ici !

jeudi 5 février 2015

Elles

(Ou Le chemin des révélations)

Extraits des chapitres XIII et XIV de mon prochain roman... "Elles" à paraître

Jayny était secouée par tout ce qu’elle venait d’apprendre. Et surtout écœurée de ce que certains êtres étaient capables de faire pour l’argent, par amour ou simplement par méchanceté. Elle ne regrettait pas de ne pas connaître son père biologique. Par contre, elle regrettait que sa mère soit partie après toutes ces années de souffrance. Elle se trouvait affreusement bête et indigne. Elle aurait dû lutter au lieu de fuir lorsqu’elle pouvait encore le faire. Elle réalisait combien la douleur de sa mère avait dû être lourde depuis son départ. Elle s’en voulait, mais elle ne savait pas tout cela. Elle admettait que parfois elle était extrêmement butée, trop butée, là en était la plus grande preuve. La vie est peuplée d’épreuves dont il faut tirer les leçons à bon escient afin de ne pas reproduire ces mêmes erreurs. Certes, l’erreur est humaine, mais lorsqu’on la reproduit sans en avoir tiré les leçons, elle n’est autre que de la bêtise !
[...]
- J’ai voulu aller à l’appartement de mes parents…, lâcha Jayny à travers ses sanglots.
- Et ? interrogea Jessy constatant que son amie s’arrêtait là.
- Et je n’ai pas vu l’appartement parce que j’ai rencontré la meilleure amie de ma mère, Gaby. J’ai passé un long moment avec elle. J’ai souhaité qu’elle me parle d’eux. J’avais besoin de comprendre pour reconstituer certains éléments de mon passé. Comprendre pourquoi ils m’avaient tout laissé alors que les ponts étaient coupés entre nous depuis quelques années déjà. Comprendre pourquoi l’entente avait été impossible entre nous. Savoir qui ils étaient dans le regard de quelqu’un d’autre. Eclaircir les zones d’ombres de mes années avec eux. Mettre des mots sur nos difficultés. Des mots pour finalement parvenir à accepter les maux qui m’incisent toujours.
Gaby m’a alors tout raconté. C’est la pire histoire qu’il m’est été donné d’entendre, et je me trouve au centre. Quelque part, j’en suis même responsable… involontairement… mais, responsable quand même !
- Comment ça responsable ? Je ne peux pas le croire ! Raconte-moi… enfin… si seulement tu le souhaites. Mes oreilles sont « à toi », elles sauront faire preuve de secret et de discrétion au nom de notre amitié.
- Je sais, Jessy, mais c’est… terrible !
- J’imagine, oui, pour que cela te mette dans cet état sans dessus dessous !
Jayny commença à raconter toute l’histoire que lui avait rapportée Gaby. Régulièrement elle s’arrêtait, pleurait, puis reprenait son récit. Jessy restait attentive, mais silencieuse de peur que son amie n’aille pas au bout de l’histoire. Aller au bout était, à son avis, une nécessité indispensable.
Elle était consciente que son amie avait besoin de se vider de ce trop-plein dévastateur. Parler n'efface rien, néanmoins cela apaise parfois les brûlures immédiates. Un peu comme un baume que l'on appliquerait sur une plaie. Quand Jayny eut achevé son récit, Jessy respecta quelques instants le silence qui prenait place. À vrai dire, elle ne savait pas vraiment que dire. Elle avait conscience de l'immense peine que ressentait son amie, mais ne trouvait pas les mots. Y en avait-il au moins ?
Jayny gardait le regard planté au sol. Elle avait honte de ce père. Elle releva la tête et tout en fixant son regard dans celui de Jessy, lui dit :
- Je ne suis pas comme lui, je te le jure !
- Jayny, bien sûr que tu n'es pas comme lui. Tu n'as pas à te justifier.
- Oui, mais quand même ! Il était horrible !
- C'est vrai... Je ne te dirai pas le contraire.
- Je ne veux pas devenir comme ça ! lâcha la jeune femme.
- Tu ne le deviendras pas ! affirma Jessy.
- Ah oui ! Et qu'est-ce qui te fait dire ça ? Comment peux-tu en être sûre ? Et si c'était héréditaire, hein !
- Quand bien même ce serait héréditaire, tu ne risques rien puisqu'il n'était finalement pas ton père biologique.
- C'est vrai. Je ne suis même plus capable de penser intelligemment ni rationnellement. Remarque, l'autre ne vaut pas mieux ! conclut-elle laissant une nouvelle fois ses larmes inonder son visage.
Dans un élan de tendresse, Jessy la prit dans ses bras pour la réconforter. La douleur de son amie lui déchirait les entrailles. Elle supportait difficilement de voir les gens pleurer, et lorsqu'il s'agissait de personnes qu'elle affectionnait particulièrement, c'était pire encore.
En cet instant où elle se savait d'une grande vulnérabilité, Jayny se laissait porter par la force de Jessy. 
©Marie BARRILLON


La bande annonce se trouve ici :


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