#Roman "Camille, regarde devant toi !" à découvrir, ici !

vendredi 27 mai 2011

Playgirl

"Voilà, c’était cela qu’il lui fallait. Affamée dans sa tête, tourmentée par le manque, elle ne voyait plus les petits bonheurs qui s’enchaînaient : le roulis du train, le joli garçon qui passait dans l’allée, lui frôlait l’épaule avec son sac à dos. Ou plutôt si, soudain elle le voyait. Et elle oubliait le sandwich. Quel remède ! La gent masculine, lorsqu’elle daignait s’y pencher, était le meilleur coupe-faim."
Extrait du livre

L’ESCALADE EROTIQUE…

"Sa première lecture tendancieuse ne date pas d’hier. Elle avait douze ans, elle s’en souvient. […] Elle avait lu quelques passages chauds d’un auteur au nom mystérieux…[…]  Un interdit qu’elle avait bravé plus tard en compulsant les revues pour hommes qui lui tombaient sous la main." Les premières lignes de ce livre nous mettent sur la route de cette histoire sans équivoque aucune.

M. est une femme travailleuse, sportive mais maladivement complexée et sans grande assurance. Une vie triste de femme s’enfermant volontairement et qui par ce fait "a l’impression de passer à côté de l’essentiel". Mais aussi, et surtout, à côté de l’amour. Une femme dont l’esprit est très axé sur le sexe sans le mettre forcément en application constamment.

Elle se gave de lecture très hot et de vidéo tout aussi hot et ceci presque comme un besoin viscéral. Serait-elle une refoulée sexuelle ? Peut-être ! En tout cas c’est une éventualité. Elle parcourt Despentes ainsi que, "à l’opposé de Despentes, fille de la rue, mais tout aussi allumée à première vue, il y a Lolita Pille, les beaux quartiers de Paris, le Neuilly de tous les excès. […] Autre classe socioculturelle, autres mœurs : Catherine Millet, une intellectuelle de haut vol au discours frondeur." Ou encore Catherine Cusset : "Petites et grandes jouissances. Cusset l’insatiable se déguste cul sec". Et puis, Catherine Breillat, mais bien d’autres encore, toutes classées dans l’érotisme au minimum.

ENTRE FANTASMES, REVES ET REALITE…

Tout cela donne de quoi remplir les soirées de M. Cependant, elle n’a jamais éprouvé le besoin d’enfanter et ce pour diverses raisons qui lui sont bien personnelles. Préférant ainsi ne pas "materner. Même si l’envie d’une prolongation de soi l’a évidemment taraudée. […] Elle ne veut pas déformer son corps davantage en portant l’embryon, refuse de le nourrir au sein, redoute son éducation…" A chacun sa vision, dirons-nous !

M. se plait à jouer d’observation sur tout ce qui concerne le sexe sans pour autant l’exercer à tout va personnellement. Dans tous les êtres qu’elle observe, que ce soit dans les revues, journaux, ou même à la télévision, elle y cherche son type d’homme idéal sans pour autant s’attarder longtemps sur le physique.

Elle cherche en ces personnages celui ou ceux qui engendreront le désir. Tous ceux qui se trouvent être trop beaux n’ont aucune chance d’être retenu dans ses choix. Car pour M. les défauts physiques peuvent donner de l’attirance que les "trop beaux" n’auront pas. Dans le domaine du fantasme toute imagination est de mise ou possible en tout cas.

M. est en liesse dans ses fantasmes et en fait une "véritable" activité. Nous l’aurons donc compris, Emmanuelle Jowa nous emporte dans l’érotisme avec son personnage. Mais, elle ne le fait pas à la légère, ni dans le but d’écrire du sexe pour du sexe. Elle le fait de manière tout ce qu’il y a de plus sérieux.

Destiné seulement aux adeptes de ce genre d’ouvrage. On aurait peut-être apprécié que ce livre soit un peu plus long. Bonne qualité d’ensemble.

Marie BARRILLON

Informations sur le livre :

Titre : Playgirl
Auteur : Emmanuelle Jowa
Editions : Somnambule Equivoque
Collection Exaltations
ISBN : 9782930377063
Prix : 12,00€


jeudi 26 mai 2011

1001 secrets de grands-mères

"Pour celles qui ratent la blanquette, jettent bas filés et fleurs fanées, taillent leurs rosiers en juillet, confondent raie et carrelet, mais rêvent de vivre mieux sans se ruiner. […] Cuisine, maison, bien-être, jardinage, recyclage… Nos grands-mères possédaient mille et une idées ingénieuses pour enchanter leur quotidien. Sans se ruiner. En préservant la nature dont elles connaissaient les bienfaits. Mais ce savoir d’hier, qui s’en souvient aujourd’hui ?"
Extrait 1ère et 4ème de couverture

A CHAQUE TRACAS, SA SOLUTION…

A l’heure où nous parlons beaucoup d’écologie, de gaspillage, de manque de temps…ce livre nous offre, sans conteste, une mine d’informations et de solutions pour mettre fin à de nombreux petits tracas présents dans nos vies quotidiennes, tout en participant à la préservation de cette nature qui se dégrade, et par des gestes si simples qu’on se demande pourquoi nous n’y avons pas pensé.

Qui de mieux placées que nos grands-mères et leurs petits secrets, donnant de beaux et parfois grands résultats, pour nous raviver la mémoire. L’expression : Un secret de grand-mère n’existe pas pour rien et pour cause. Il y a tant à dire sur le sujet. C’est bien qu’il y a là moult secrets. Ces idées qu’elles nous ont transmises, mais que dans la course de nos vies nous n’avons, où pas conservées, où complètements oubliées.

Pas d’affolement ! Ce petit livre se montre comme un grand. Il est si sympathique que nous le parcourons avec un véritable plaisir, j’allais dire presque enfantin. Et comme nous adorions nos grands-mères, se pencher sur les "1001 secrets de grands-mères" n’est qu’un juste hommage que nous leur rendons. Leurs secrets ne sont finalement pas si secret que cela, à bien y réfléchir.

DU PLAISIR A LA BEAUTE EN PASSANT PAR L’UTILITE…

Sans avoir besoin se nous torturer la mémoire dans tous les sens pour nous souvenir, ce livre nous sauve de bien des situations dérangeantes ou gênantes. Une tache de café sur un vêtement ou un tapis, ongle noircis, cheveux électriques ou cheveux gras, l’entretien des bijoux ou du cristal, de l’étain ou de l’ivoire… Rien n’est laissé au hasard et rien n’est omis !

Nous découvrons également : Le langage des fleurs, tel qu’il existait à l’heure de nos chères et tendres mamies sentimentales et romantiques. Ainsi, apprendrons-nous que l’Arum serait "un désir charnel", l’Azalée serait quant à elle la "joie d’aimer", le Fuchsia serait un "amour inoubliable" ou encore l’Orchidée est source de "séduction, sensualité", pendant que la Pivoine rose ou rouge serait preuve de "sincérité", le Mimosa serait plutôt pour témoigner de "sécurité, discrétion" et bien d’autres encore. Voilà donc un beau panel pour dévoiler nos sentiments avec les fleurs.

Un peu plus loin, nous découvrons quantités d’idées pour recycler ce que vous ne voulez pas jeter en customisant, relookant, ou en donnant carrément une autre utilité à un objet que celle dont il était destiné à son origine. Mais aussi, utiliser à bon escient ce qui est généralement jeté. Par exemple, pour ceux qui ont un beau jardin, il est utile de savoir que l’eau de cuisson de nos légumes a une utilité certaine et bien plus intéressante que de terminer dans les canalisations : "Celle de pomme de terre constitue un puissant désherbant". Il est d’ailleurs sympathique pour les jardiniers de savoir que "le marc de café éloigne les fourmis et pucerons. Il agit aussi comme fertilisant sur les sols appauvris."

Et pour ceux qui n’ont pas de jardin, me direz-vous ! eh bien pour eux, sachez que "les feuilles de thé donneront un coup de fouet aux ficus, yuccas ou autres plantes d’appartement passagèrement déprimées". La liste de ces secrets est longue et chacun y trouvera son compte à ne pas douter.

TOUT Y EST !

Dans le chapitre "Les 8 produits miracles" tout est expliqué sur ces dits produits ne manquant pas d’intérêt et que chacun a chez soit comme le citron, le sel, le vinaigre, l’eau oxygénée… Et les autres.

En fin d’ouvrage, vous découvrirez un index clair et complet vous permettant de vous rendre directement sur la solution recherchée sans vous perdre dans les pages et chapitres indéfiniment en cas d’urgence. Tandis qu’en début d’ouvrage, vous est présentée une table des matières bien établie pour vous permettre un bon repérage.

De belles images anciennes parsèment ce livre pour notre plaisir. Un retour aux sources de l’enfance pour certains, une découverte pour d’autres. Vous l’aurez compris, de la "Brochette d’astuces" en cuisine à "La malle à malice" en décoration, du "Parfum d’élégance" pour les vêtements, de la beauté aux "Graines d’idées" pour le jardin, en passant par "L’art de la récup’", tout y est.
Ce livre est un plaisir garanti !

Aucun excès dans ce prix que l’ouvrage mérite bien. Une belle mine d’informations, d’astuces d’utilité certaine. Un bel ouvrage aux décors à l’ancienne. Tout est réuni pour le parcourir avec plaisir.

Marie BARRILLON 

Informations sur le livre :

Titre : 1001 secrets de grands-mères
Auteur : Sylvie Dumon-Josset
Editions : Prat
ISBN : 9782809500424
Prix : 14,90€

mercredi 25 mai 2011

Entretien avec Cyril Deydier

Entretien avec Cyril Deydier
("Marie-Betty", "Marie-Betty et le livre des conte", Edition Jérôme Do. Bentzinger
Et "Les aventures de Johny Jane", Editions de La Lune)

1001 Livres : Les histoires pour enfants, un bien joli domaine où l’on n’a pas besoin d’avoir dix ans pour se laisser porter dans le rêve et l’imaginaire. Qu’est-ce qui te pousse à écrire ce genre de littérature ?

Cyril Deydier : Je pense avant tout que je suis un grand rêveur. Avec la littérature jeunesse, tout est possible. On peut marcher sur l’eau, voler, avoir pour compagnons des animaux qui parlent, tout ça est normal… Et puis c’est un vrai plaisir des mots, des dialogues farfelus, des images incroyables. 

1001 Livres : À quel rythme écris-tu, quotidiennement : selon l’envie, en fonction d’un plan de travail préétablit… ?

Cyril Deydier : Un peu de tout ça. J’essaie vraiment d’écrire tous les jours. J’ai toujours plusieurs projets en tête. Alors, il y a immanquablement le manuscrit sur lequel j’ai fini le travail de documentation et sur lequel je peux coucher l’histoire sur papier, et puis les autres, dont les recherches se poursuivent, ou qui nécessitent encore des heures de corrections.

1001 Livres : Penses-tu écrire un jour dans un autre registre (roman, polar…),

Cyril Deydier : Oui tout à fait. J’aime raconter des histoires, quel que soit le genre. J’ai par exemple publié deux nouvelles pour adultes qui sont dans un style assez éloigné de mes romans pour un jeune public. 

1001 Livres : Et si on parlait de tes lectures, quelles sont celles que tu affectionnes ?

Cyril Deydier : C’est le grand drame de l’écriture. C’est une discipline tellement accaparante que j’ai de moins en moins le temps de découvrir d’autres ouvrages. Et puis quand on effectue un travail de recherche, on doit éplucher des dizaines de romans et autres livres afin de se faire une idée plus précise d’un sujet. Alors en ce moment par exemple, je dévore les livres historiques écrits au XVIe siècle. En fait, c’est assez drôle et plaisant de découvrir ce type d’ouvrages. Ils ont un style et une manière de penser qui n’est plus la nôtre, et qui à elle seule, fait voyager.

1001 Livres : De manière générale, qu’est-ce qui t’insupporte le plus ?

Cyril Deydier : Le manque de temps ! J’aimerais tellement utiliser l’une de ces machines imaginées par H. G. Wells et pouvoir rallonger mes journées de travail. 

1001 Livres : Un mot que tu aimes particulièrement et pourquoi celui-là plus qu’un autre ?

Cyril Deydier : « Fabuleux ». Car à lui seul, il revoit à l’imaginaire du quotidien, aux qualités d’une personne, ou à une histoire qui nous à particulièrement plu. À une situation, à une impression, bref à tant de choses, que ce mot ne m’inspire que du positif.  

1001 Livres : Il n’est certes pas facile, ni évident d’écrire pour la jeunesse. Où puises-tu ton inspiration, toutes tes belles idées ?

Cyril Deydier : Merci. Je ne sais pas trop d’où tout ça provient. Juste à observer le monde qui m’entoure et à l’entrevoir un rien plus « fabuleux » (sourire). Je peux par exemple observer une vieille dame courbée dans la rue, traînant sa poussette de marché en sortant d’un immeuble, et je m’imagine en fait qu’il s’agit d’une jeune fille déguisée, tirant derrière elle un enfant dissimulé et traqué par des malfrats, et à qui l’avenir promet un destin sans commune mesure.

1001 Livres : Beaucoup d’auteurs ont des petits rituels, des petits "trucs" indispensables lorsqu’ils écrivent. Est-ce ton cas ?

Cyril Deydier : Il me semble que chez moi, c’est le travail quotidien. Il s’effectue au réveil, à ce moment précis où le monde des songes n’est toujours pas parti de nos esprits. Je reste ainsi à rêver tout en composant mes histoires.

1001 Livres : On se doute (et on te souhaite) que ton chemin littéraire n’est qu’à son début. Quels sont tes projets futurs ?

Cyril Deydier : À nouveau merci. Il me semble en effet que lorsque l’on goûte à l’écriture, on ne veut plus faire que ça.
Pour les projets, j’ai adapté mon premier roman, Marie-Betty, en scénario et vais l’envoyer à des sociétés de production. J’ai peu d’espoir d’attirer leur attention, mais après tout, j’ai bien été édité de cette manière.
Sinon, j’ai terminé les corrections d’un roman jeunesse de fantasy et pense l’envoyer aux éditeurs d’ici peu. En parallèle, je viens de terminer la suite des Aventures de Johny Jane et travaille depuis près d’un an sur des recherches afin d’écrire un roman jeunesse de cape et d’épée.

1001 Livres : Nous sommes tous (ou presque) un peu rêveurs. Quel est ton rêve le plus utopique ?

Cyril Deydier : Mon rêve le plus utopique serait sans doute à terme de faire de l’écriture mon métier à temps plein.

1001 Livres : Quelles traces souhaites-tu que les enfants gardent après avoir lu tes livres ?

Cyril Deydier : Qu’il est toujours possible, au plus profond de soi, de vivre ses rêves et de les réaliser, et que même si tout ça est difficile, on peut y arriver !

1001 Livres : Un enfant de mon entourage m’a emprunté tes trois livres : "Marie-Betty", "Marie-Betty et le livre des contes" et "Les aventures de Johny Jane". Je lui ai demandé un mot, un seul, après lecture. Il a répondu : Magique. Qu’en penses-tu ?

Cyril Deydier : Eh bien, ça fait vraiment plaisir. Pour ces trois ouvrages, j’ai vraiment laissé mon imagination vagabonder. Et à leur parution, j’étais un peu inquiet d’être le seul, au final, à apprécier leurs univers. Alors, ce genre de commentaire positif, ainsi que les multiples mots d’encouragement que je reçois par courrier, pousse à continuer !

1001 Livres : Et pour finir, ta vie sans l’écriture : est-ce imaginable ?

Cyril Deydier : Lorsque l’on commence à écrire, on ne le dit à personne. C’est notre jardin secret, que l’on regarde avec admiration tout en étant conscient qu’il est imparfait. Et puis au fur et à mesure que les années passent, on travaille et perfectionne son style et ses histoires. C’est un travail sans fin et il est difficile d’être satisfait d’un ouvrage, même terminé. On a toujours quelque chose que l’on voudrait modifier après coup. Et puis je me suis attaché à mes personnages. Ils existent en mon for intérieur tandis que d’autres, une flopée de nouveaux amis, frappent à la porte de mon imaginaire pour prendre forme par écrit. Aujourd’hui je peux dire que non, il m’est impossible de ne pas raconter des histoires !

Merci Marie pour cette jolie interview.

Propos recueillis par Marie BARRILLON


Marie-Betty

"Le saint-bernard aboya tout à coup et la jeune fille comprit qu’elle devait se dépêcher. Elle agrippa une touffe de poils et monta sur l’animal de la taille d’un lion. Il fonça alors dans la direction opposée, la langue pendante et baveuse, visiblement au comble du bonheur. Ils parvinrent peu après au rez-de-chaussée où une armée de soldats avait eu le temps de se placer en formation serrée. Ils se tenaient droits, impassibles, comme des jouets qu’un garçon aurait disposé pour reconstituer une bataille historique."
Extrait du livre.

L’AUTEUR…

Nous avions découvert Cyril Deydier avec "Les aventure de Johny Jane", un roman jeunesse haut en couleurs et aux personnages étonnants.  
Pour vous rappeler (ou découvrir) ce livre, voir ma chronique : Les aventures de Johny Jane

Dans les aventures de "Marie-Betty", nous sommes, une nouvelle fois, émerveillés de retrouver l’auteur et sa plume enchanteresse, alors même que ce titre était son premier roman.

L’HISTOIRE…

Au retour de la boulangerie, Marie-Betty s’arrête en chemin. Elle est en pleine observation d’une jolie vitrine de magasin. Noël approche, les vitrines sont féeriques et, disons-le, magiques pour les enfants. C’est alors que son petit frère, Manuel, lui lâche la main : "En se retournant vers son frère, elle ne trouva qu’un petit gant de laine, vide, qu’elle tenait dans sa main."

Commence alors une course en folie pour la jeune fille, boucle au vent, pour retrouver son petit frère. Au détour des rues, elle l’aperçoit à plusieurs reprises, il "semblait être posé sur l’épaule d’un géant tout en poils." Que se passait-il ? Découvrait-elle une réalité du monde qu’elle pensait connaître ou au contraire entrait-elle dans un monde inconnu de tous, une autre dimension ? Toujours est-il que Marie-Betty n’a qu’une idée en tête : retrouver son petit frère envers et contre tout. Elle l’imagine à l’affût de terribles dangers. Comment pourrait-il se défendre tout seul, lui, si petit ?

ET SI LE REEL ETAIT IRREEL OU L’IRREEL ETAIT REEL ?

Marie-Betty va rencontrer l’irréel avec tout ce que cela peut apporter de surprises. Des chats en armures, des Saints Bernard "qui devait avoir la taille des plus gros lions du zoo de la ville", un bonhomme de neige qui parle tout comme les sapins d’ailleurs, des décors pour le moins étonnants faits de papier, de carton, ou encore un carrousel, un château dont "la taille du bâtiment était impressionnante. Sur cinq niveaux superposés."

Marie-Betty se retrouve dans un monde féerique mais où tout ne se passera pas aussi bien qu’on pourrait le croire, ou tout simplement l’imaginer.
D’un cachot glacial à la position de bonne à tout faire d’une princesse exigeante, elle va se plier à toutes les folies avant de parvenir à s’enfuir accompagnée des amis qu’elle a su se faire au fil des pages. Elle ne perdra jamais une seconde de vue son but principal, celui de retrouver son frère dans ce monde mi-merveilleux, mi-effrayant.

Mille et unes péripéties attendent Marie-Betty. Des magiques comme des moins belles, des gaies comme des tristes. Des rencontres surprenantes agrémenteront son voyage. Là aussi, de belles comme de très vilaines. Mais, Marie-Betty est tenace et ne se laisse pas embobiner par les beaux discours car elle sait faire preuve de réflexion, de perspicacité, de ténacité...

Pas de doute, Marie-Betty est entrée dans un monde merveilleux certes mais pour le moins étrange. Dans l’objectif de retrouver son petit frère, une seule chose la guidera : son cœur !
Nous trouvons là un joli roman, initialement à partir de 9 ou 10 ans, agrémenté d’humour tout en défilant dans l’aventure qu’il nous offre.

Un roman jeunesse certes, mais qui ne peut laisser indifférent les moins jeunes.
"Marie-Betty" est à savourer avec autant de plaisir que "Les aventures de Johny Jane".
Le temps passe sans que la lecture ne se fasse lassante. L’auteur a un don certain pour conter mais surtout le talent de parvenir en un rien de temps à nous enrôler dans ses aventures.
Un magnifique conte de noël à partir de 9 - 10 ans et pour tous ceux qui ont gardé leur âme d'enfant !! Cyril Deydier nous émerveille à chaque page. A acheter les yeux fermés mais à lire les yeux ouverts...

Marie BARRILLON

Informations sur le livre :
Titre : Marie Betty
Auteur : Cyril Deydier
Editions : Jérôme Do. Bentzinger
Collection : Petite enfance
ISBN : 9782849601730
Prix : 17,00€

mardi 24 mai 2011

Des Désirs et des Ailes

"S’il y a bien quelque chose que l’Homme peut faire c’est aimer, et ça je crois bien que c’est le besoin voire la solution à l’espèce humaine, son casse-tête, sa raison d’être. C’est vrai, ce qui nous perturbe, c’est l’Amour, c’est pour ça d’ailleurs que j’ai été aussi atteinte lorsque j’ai été privée de ces bienfaits… C’est notre force. Dans nos relations, dans notre travail, dans absolument tout, c’est l’amour de ceci ou de cela qui donne le goût, le désir, l’envie et finalement, l’action. Oui, au final l’Amour est partout, il nous conditionne, il nous construit, il nous dévoile, il nous façonne, il nous guide. L’Amour est la vie, l’Amour donne la vie. Je n’avais jamais réfléchi à quel point l’Amour était omniprésent dans notre vie et finalement l’Amour c’est tout, et l’Amour fait tout."
Extrait du livre

UNE REMISE EN QUESTION INEVITABLE…

"Un jour j’étais enfant, et j’ai eu des rêves" ainsi commence le roman de C.Linda Mour. Cette petite fille qui a des rêves "n’écoute que son cœur. La tête contre le cœur." Elle grandit entre réalité et imaginaire. Puisque comme parfois la réalité est si difficile, l’imaginaire permet au moins l’apaisement.

Sur les six premières pages, que nous nommerons préface, les mots de l’auteur nous emportent sur un ton enfantin pour s’achever ainsi : "Je vois, vous n’êtes plus des enfants, alors je vais vous raconter tout ça spécialement pour vous mes chers adultes." Laissant la place au véritable commencement du roman.

A l’approche imminente d’une rupture de vie commune, rien n’est jamais vraiment simple : "Les quelques années passées ensemble m’avait apporté toute la stabilité dont j’avais eu besoin […] Mais pourtant, depuis un an déjà, certaines choses avaient changé dans notre relation, et je pensais sérieusement à mettre un terme à cette histoire qui avait été globalement très harmonieuse en coïncidences."

Durant cette dernière année passée, la narratrice avait chassé une remise en question à maintes reprises. Remise en question vraisemblablement inévitable. Il ne faut pas éluder ce qui est devant soi, au risque de se perdre parfois. Et puis, comme on dit, c’est reculer pour mieux sauter : "Je fuyais, je me disais que tous mes doutes allaient passer comme par l’opération du Saint Esprit. Aussi, j’occupais tous mes temps libres comme pour être sûre de ne pas affronter les choses."

L’AMOUR N’EST PAS TOUJOURS ASSEZ FORT…

Elle se trouve dans une situation complexe, entre l’amour qu’elle porte toujours à Alex tout en ayant ce besoin de vivre autre chose et le désir de la quitter tout de même. Deux faits totalement incompatibles qui ne peuvent se relier à aucun moment, même au prix de gros efforts. Un des gros défauts de l’amour, c’est que rien n’est jamais acquis. Tout peut certes basculer sans qu’on s’y attende pour moult raisons et souvent ces dernières ne sont pas toujours apparentes.

L’envie de quitter cette personne et ne pas y parvenir par manque de courage pour le faire puisqu’aucune raison valable n’était exploitable pour arriver à cette fin inévitable. Les questions torturent parfois l’esprit sans que l’on parvienne à trouver des réponses acceptables. A force de trop penser à soi, nous en oublions parfois ce qui nous entoure, donc les réponses recherchées ne paraissent pas si évidentes. Alors qu’avec un autre regard, elles le seraient.

Puis un jour, elle se retrouve seule durant une semaine alors qu’Alex est allée rejoindre ses parents. Une semaine, ça offre des possibilités de liberté dont Linda profite sans hésiter. Elle rencontre alors une personne par le biais de site de discussions sur internet : "Cette infidélité avait élargi mon champ de vision, et renforcé mes exigences sexuelles et affectives […] J’avais eu une révélation, celle qui me donnait un nouvel élan de motivation pour mettre un terme à cette histoire devenue platonique." Mais, les choses sont bien plus faciles à penser ou à dire qu’à faire, c’est bien connu.

 La jeune femme a besoin de se changer les idées et pour se faire rien de tel qu’une bonne petite soirée sympathique entre meilleures amies : "J’avais envie d’en profiter pour partager autre chose que mes problèmes […] J’attendais tranquillement ma meilleure amie […] Je savais que j’allais passer un moment agréable en sa compagnie. En plus, mais ça je l’ignorais complètement à ce moment là, cette soirée me réservait une surprise de taille."

UN CELIBAT CONTRE UNE VIE DE COUPLE ET VICE-VERSA…

En tout état de cause, cela ne changeait pas le problème de la jeune fille. Elle réalisait de plus en plus qu’il lui fallait mettre fin à cette vie commune mais dans le même temps, elle refusait la simple idée de se retrouver seule. A ce moment, elle ne pensait qu’à son confort personnel et son bien-être sans imaginer se mettre à la place d’Alex une seule seconde.

Elle en oubliait une chose essentielle : on ne peut rien changer sans abattre quelques murs. Changer l’état des choses ne se fait pas sans effort et souvent même au prix de gros sacrifices, pas toujours heureux d’ailleurs. Mais, pour l’heure, elle n’en faisait qu’à sa tête : "Une seule chose m’en aurait empêché, comme disait Niagara, c’est "que le ciel me tombe sur la tête !" Mais alors il n’y avait que ça."

Elle rencontre Chloé, un soir où elle ne souhaitait pas sortir mais, ses amies très persuasives étaient parvenues à lui faire changer d’avis. De cette rencontre le destin de Linda s’en trouve chamboulé. Comment résister à l’appel des sentiments alors que c’est souvent ce que l’on cherche au plus profond de soi car "s’il y a bien quelque chose que l’Homme peut faire c’est aimer, et ça je crois bien que c’est le besoin voire la solution à l’espèce humaine, son casse-tête, sa raison d’être. […] Finalement, ce que l’on aime, n’est-ce pas ce dont nous avons besoin ? Aimer est un besoin naturel et indispensable".

D’UNE VIE DE COUPLE A UNE AUTRE…

Avec Alex, la séparation se fait sans violence, presque comme une évidence pour l’une comme pour l’autre : "Lorsqu’Alex est arrivée à la gare j’ai senti que c’était le bon moment pour discuter sérieusement […] Les choses s’étaient clarifiées dans son esprit, et elle était pour le fait que nous nous séparions."

La relation naissante entre Linda et Chloé pouvait enfin grandir sans barrière. Les sentiments amplifiaient à mesure que les jours passaient et c’est bien ce que nous attendons, ou tout au moins ce que nous espérons dans une relation amoureuse. Mais Chloé vivait loin. La distance qui les séparait toutes les deux ne rendait pas les choses faciles, ni même la situation évidente. Elles correspondaient beaucoup, par téléphone, mails ou courriers, où elles se faisaient leurs aveux amoureux mutuellement.

Une des plus belles manières de se déclarer à celui ou celle qui fait battre notre cœur, n’est-ce pas la poésie ? Ici, nous en découvrons quelques-unes :

"…Un marché nous avons conclu,
Consenti depuis le début,
Distance tu fais partie de nous,
Pourtant, c’est parfois à genoux,
Que j’aimerai te supplier,
De réduire ou de dérailler,
Cet éloignement persistant…"

MAIS, LES AILES MANQUENT PARFOIS…

Mais, les choses ne sont pas toujours ce que l’on croit. Ne voit que celui qui veut voir, même et surtout dans la plus grande des évidences. Lorsqu’on aime, parfois une évidence pour les autres regards ne l’est pas pour le nôtre. N’est-ce d’ailleurs pas pour cela que l’on dit que l’amour est aveugle. Sans aucun signe avant coureur, sans aucune alerte Chloé décide de rompre : "Je t’aime, mais je ne sais pas où j’en suis, je crois que j’ai envie de vivre autre chose." Et voilà que l’amour que Linda croyait indestructible s’écroulait une fois de plus.

Elle se retrouvait dans une situation que personne n’aime et dont elle se serait bien passée, comme chacun d’entre nous : "Je savais qu’il m’était inutile d’espérer repousser la souffrance qui m’attendait. Il n’était plus question de reconstruire autrement puisque le verdict était tombé, donc il n’y avait plus de "nous", voilà ce qu’il fallait que je digère du jour au lendemain." Il lui fallait à présent remonter la pente d’une façon ou d’une autre et n’est-ce pas cela le plus difficile dans une rupture amoureuse ?

Se reconstruire coûte que coûte. Redonner vie à cette existence chamboulée, torturée, "jusqu’à donner des ailes pour voler" à nouveau. Remonter vers la lumière comme on gravirait une montagne. Se raccrocher à quelque chose pour ne pas se noyer. Croire encore et encore que l’amour est tout près malgré tout. Croire en la vie. Croire en soi. Croire en…

Les quelques soixante dernières pages sont consacrées à Dieu. Cette rencontre que le personnage a faite. Chacun en tirera ses propres pensées, ses propres émotions, qui ne sont pas à juger. La religion, les croyances sont bien quelque chose de personnel. Un sujet sur lequel je ne m’étendrais pas et sur lequel je ne débattrais pas mais que je respecte profondément.

Chacun y trouve sa voie, voire sa foi. Chacun vivra ce combat à sa manière. Linda a trouvé la sienne. Mais pas seulement… Elle en tire des leçons car de toute expérience, il y a des leçons à retenir. A chacun les siennes !

Marie BARRILLON

Informations sur le livre :

Titre : Des désirs et des Ailes
Auteur : C.Linda Mour
Editions : Velours
ISBN : 9782351671955
Prix : 19,90€

lundi 23 mai 2011

Le monde est une chanson

"Saint-Germain, aujourd’hui, n’a plus la main. Les légendes ont pris froid, les Prévert sont sous le béton noir qui recouvre leur caveau, les caves à chansons ont pris l’eau. Je m’en vais rejoindre le métro et voir si les fleurs du mal poussent toujours sous le balcon des héros de papier. Je veux sentir battre le cœur de la ville. Il est impossible d’aimer la chanson de langue française sans aller voir sa figure de bobonne rafistolée par la témérité de la modernité galopante."
Extrait du livre

VOYAGE EN CHANSONS…

Guy Delhasse nous offre ici une belle petite anthologie de la chanson française en nous contant ses anecdotes à travers un récit voyageur et tout aussi mélodieux que son thème.
De paris à Montréal, de Bruxelles à Toulouse, en passant par Liverpool, Los Angeles ou encore New York et bien d’autres.

En passant également de Jacques Brel à Jacques Dutronc, de Joe Dassin à Charles Aznavour, François Béranger, Renaud, Yves Simon et j’en passe.
L’auteur vagabonde de ville en ville, de pays en pays, en nous tenant par le bras au gré de belles découvertes. Il nous colle çà et là des refrains, pour certains un peu oubliés mais en tout état de cause pour notre plus grand plaisir.

Il nous rafraîchit la mémoire de manière assez talentueuse, il faut bien le reconnaître. Il nous enivre d’une douce nostalgie…enfin, pour ceux qui ont traversé ces décennies 60, 70, 80 mais il ne s’arrête pas là puisqu’il remonte gentiment jusqu’à nos jours. Nous nous laissons berner par cette mémoire en découvrant son périple à travers toutes ces années pas toujours de grande fraîcheur dans nos esprits.

LES MESSAGES LANCES A TRAVERS LES CHANSONS…

Nous avons presque oublié les débuts d’un chanteur dont la renommée n’est plus à faire. A l’époque, ce "talent neuf déborde d’invention, un blond chanteur prénommé Renaud, une belle gueule de poupon qui gratte sa guitare à la pizza du Marais […]Il va falloir prendre le temps de le comprendre, ce gars. Il ne sort pas du même bois que Le Forestier qui a poussé "Comme un arbre dans la ville", il provient des quartiers des poubelles et l’exprime…" Que de souvenirs !

Béranger transmettait lui aussi des messages, et quels messages déjà ! "Plein d’humour, il dénonçait ce que nous étions et sommes toujours : un troupeau de moutons. […] Il y a quelque chose d’inachevé chez Béranger et personne n’a eu la carrure pour transmettre son héritage aux générations suivantes."  Certes, certains de nos chanteurs actuels ont bien essayé et le tentent encore mais par des tentatives bien maladroites, dirons-nous ! Leurs messages ne passent pas ! Ou alors "les moutons" que nous sommes n’entendons pas ces paroles, pour certaines pleines de sens, mais rarement mises en valeur pour nous toucher vraiment. En ce temps là, nous étions loin de ces gosses adolescents révoltés qui cassent tout pour un rien.

Au passage, l’auteur nous fait part de sa passion pour Paris, communément appelé ville lumière : "Tout le monde ne partage pas mon exaltation très provinciale pour Paris". Mais, l’auteur ne s’arrête pas à la capitale de notre belle France. Il parcourt nos régions enchantées, en chanson, et nous adresse en même temps une jolie phrase parmi tant d’autre : "Ce ne sont pas les directions qui manquent dans les chansons". Et d’ajouter, entre autre également : "Un voyage en Italie" avec Delerm ? Un "week-end à Rome" avec Daho ? Un citytrip à "Barcelone" avec Simon ? […] Pourquoi pas une escapade à "Amsterdam" avec…Béart ?"

TOUT UN MONDE A PARCOURIR…

Puis, l’auteur nous emmène avec lui au Québec, nous ne lâchons toujours pas son bras agitateur de musique. Autre périple, autres chansons… : "Montréal respire en français mais la musique lui traverse la peau comme des lames de souffrance." Et continuant sur New York : "Immense, cette ville. Je ne peux l’absorber que de l’intérieur comme si ses bruits, ses odeurs, ses couleurs devaient traverser mon corps".

Sans oublier d’autres villes clés de l’Amérique, continuons la balade en Angleterre, à commencer par Liverpool avant de revenir sur la Bretagne pour repartir sur la Belgique : Bruxelles, liège…
Guy Delhasse aime la chanson et nous le fait savoir par ce superbe périple agrémenté d’extraits de chansons tout au long des pages. Il nous rappelle les titres, les chanteurs ainsi que les années des chansons citées. Il ne laisse rien au hasard, le tout raconté comme une histoire et non comme un dictionnaire, un répertoire ou un catalogue.

Guy Delhasse donc, aime la chanson en général, il est notamment l’auteur de "Hugues Aufray, chansongraphie 1959-1999" paru aux éditions quorum en 1998. Auteur également de "Pierre Rapsat, chansongraphie" aux éditions Luc Pire en 2003 et de "Petites histoires de chansons à guitare" aux éditions Camion Blanc en 2006.

Quelques jolies phrases relevées au cœur du livre :

"Nous sommes déjà le passé de ceux qui nous suivront dans cette transe unique transmise par nos créateurs pour laisser quelques traces dans un cimetière."
"Les chansons se font sable et les refrains prennent l’eau. Comment les protéger contre les tempêtes de l’oubli."
"L’élégance de l’écriture mérite d’être mise en lumière."
"Les chansons ne meurent pas, les guitares ne se taisent jamais…ce sont les chanteurs qui s’en vont."
"Je suis incapable de trier les sensations qui cavalent dans ma tête."
"Les biographies ne sont que griffes du vent sur passages du temps."
"Une vie sans fleuve est un saule sans pleurs."
"Je rentre chez moi. Je veux poser ma mappemonde sur les oreillers verts des collines qui douillettent ma ville."
"Les partitions des pavés sont caressées de tendresses secrètes : je me sens comblé même si la nuit commence à coudre les maisons sur une même toile de fond."
"Il suffit de chanter et les directions se fixent à l’horizon comme des phares allumés dans la nuit."
"Le ciel est d’un gris à faire grincer de désespoir les dents des ours bruns."

Sans être excessif, ce livre vaut largement son prix. Une belle présentation et une bonne qualité générale, telles que nous les connaissons chez cet éditeur. L’auteur joue avec les titres pour construire des phrases poétiques ou de jeux de mots dans un bel assemblage.
Précisions non négligeables de titres de chansons de tous temps, dont Guy Delhasse cite des extraits accompagnés des noms des chanteurs et des années de sorties des titres en question.
Une belle promenade que ce livre si bien raconté. On aurait peut-être souhaité l’ouvrage un peu plus long.

Marie BARRILLON

Informations sur le livre :

Titre : Le monde est une chanson
Auteur : Guy Delhasse
Editions : Le Somnambule Equivoque
Collection : Exaltations
ISBN : 9782930377186
Prix : 10,00€

dimanche 22 mai 2011

Coxyde

"En effet, c’est par là que j’avais décidé de prendre le taureau. Le mal par le mal, je ne connaissais pas de méthode véritablement plus efficace. Et l’idée de jouer au toréador ne me déplaisait pas : observer directement l’angoisse de la bête qui se sent condamnée m’attirait secrètement. Finalement, de cette façon, j’étais persuadée d’en apprendre davantage sur le type d’univers dans lequel habitait l’homme de ma vie. En affinant cette connaissance, je confronterais notre amour."
Extrait du livre

ENQUETE AMOUREUSE

Clément veut faire des livres. Soit ! Rien de très hallucinant, ni de surprenant ici. Une trajectoire professionnelle non pas comme une autre, mais c’est celle qu’il souhaite et qu’il a choisit. Le monde regorge de personnes au même désir. Faire des livres !

Tout commence pour lui à partir d’une boîte à chaussures casée sous le lit, "extraite de l’entassement d’archives en tout genre accumulées sous mon lit jusqu’à en être devenu un pilier de soutien", nous confie l’auteur dans les premières lignes.

Cette recherche faisait suite à la demande de Marie, la femme qui partage sa vie depuis un an. Elle s’était mise dans l’idée de faire une enquête amoureuse depuis leur rencontre. Enquête amoureuse ?! Tiens donc ! Quelle drôle d’idée ! Marie lui avait dit au tout premier abord : "Je ne veux pas connaître les choses que tu regardes mais la façon dont tu les regardes." Jusque là rien de surprenant, mais alors pourquoi une enquête amoureuse ?

Marie avait voulu amener Clément à "la justification de l’accomplissement de l’état présent, par une succession de signes antérieurs". Mais, ce que Marie n’avait pas prévu c’était la réaction de Clément : "L’état d’hébétude dans lequel j’avais involontairement plongé Clément commençait à m’inquiéter […] J’avais provoqué chez Clément cette exploration intérieure dans l’espoir prétentieux de me voir associée […] aux origines de ses envies…"

Clément était en plein centre de turbulences intérieures mais n’en restait pas pour autant les deux pieds dans le même sabot. Il avait décidé de prospecter les maisons d’éditions en vue de décrocher un éventuel poste. Il n’en avait rien dit à personne, pas même à Marie. De refus en déceptions, les choses allaient bon train et n’arrangeaient en rien son déséquilibre intérieur si fragile.

REMISE EN QUESTION FORCEE

Mais, Clément restait presque constamment logé dans son silence donnant l’effet d’être envahit d’une torpeur dont il ne sortait que peu. C’est d’ailleurs ce que constatait Marie : "J’étais plutôt rassurée de voir Clément retrouver sa fougue. Toutes les occasions étaient bonnes, du moment qu’il s’éloigne de sa torpeur". Alors, lorsqu’il émettait un son ou qu’il témoignait d’un intérêt quelconque pour quelque chose, Marie était contente. Le cernait-elle vraiment ? Ne passait-elle pas à côté de l’essentiel concernant cet homme que finalement, elle semblait ne pas reconnaître ?

Il a fallu qu’ils soient tous deux témoins d’un fait pour qu’ils se confient l’un à l’autre, s’apercevant qu’il leur était arrivé à chacun la même situation alors qu’ils étaient encore enfants et de surcroit dans la même ville. Surprenant ! Coxyde !

Ils décident de s’y rendre. Tout à bien changé là-bas mais les souvenirs sont là. Eux, ne prennent pas la poudre d’escampette. Ils ne s’effacent pas, ressurgissant toujours à un moment donné et surtout lorsqu’on leur offre un paysage, un événement, une situation pour les libérer, même involontairement, de l’écrin de la mémoire qu’on croyait avoir très bien fermé. Et même aussi lorsqu’on aimerait qu’ils restent ancrés dans les profondeurs du silence, bien cachés dans cet écrin. Mais aucun écrin ne sera jamais assez bien fermés, ni assez hermétique pour empêcher les souvenirs de revenir comme après un long voyage.

Au cours de cette journée aux souvenirs, Clément avait l’air d’aller mieux et confia à Marie : "Je laisse venir et je me laisse aller".
Marie n’avait pas répondu, mais elle avait compris "à quel point il était imbibé de cette secousse existentielle initiale […] Il se laissait porter, secrètement convaincu que l’instinct nous fait dériver à bon port".

Mais, comme tout doit avoir une solution, Marie et Clément trouveront-ils celle qui saura sauver leur union ? Dans un "voyage", dans leur enfance respective, ensemble ils feront des découvertes surprenantes où se mêleront des coïncidences étonnantes.

Rémi Bertrand nous promène dans cette petite histoire courte certes, mais bien contée.
Un prix un peu excessif pour un si petit livre. Mais l’ensemble est de qualité.

Marie BARRILLON

Informations sur le livre :

Titre : Coxyde
Auteur : Rémi Bertrand
Editions : Somnambule Equivoque
Collection : Fulgurances
ISBN : 9782930377124
Prix : 10,00€

samedi 21 mai 2011

Entretien avec Charles Pons

Entretien avec Charles Pons

(“Les petites fleurs du bien”, Edition Edilivre)



1001 Livres : Quand et comment a commencé ton parcours littéraire ?

Charles Pons : Dans la cour d'une ferme où j'avais été placé en nourrice avec mon frère Patrick. J'avais décrit le combat de deux coqs. Ma mère s'en souvenait longtemps après disant que cela lui donnait toujours la chair de poule d'entendre ce texte.

1001 Livres : Dans ce domaine, quels sont tes projets à venir ?
Charles Pons : Continuer à écrire même après ma mort. Être publié et distribué dans toutes les bonnes librairies (J'ai environ 140 livres déjà écrits et prêts à être publiés)

1001 Livres : Et tes lectures, quelles sont-elles en général ?
Charles Pons : Durant mon enfance je lisais Akim le Roi de la Jungle, puis un peu plus tard des romans policiers de Carter Brown.
J'ai aussi lu pas mal de chansons et poésies
J'achète maintenant beaucoup de livres que je stocke sans même les lire. J'ai écouté pas mal Bob Dylan et lu les poètes de la beat génération (Kérouac, Ginsberg et les autres)

1001 Livres : As-tu un livre de "chevet" en particulier ?
Charles Pons : J'aimerais bien lire. J ai des velléités de lecture mais ne peux me concentrer sur la lecture vu la dose de médicaments que je prends depuis plus de trente ans.

1001 Livres : Un mot, une citation qui qualifierait l’homme littéraire que tu es ?
Charles Pons : « Le ciel est en haut » (Charles Pons)

1001 Livres : Quelle place tient l’écriture dans ton quotidien ?
Charles Pons : Pendant une longue période je ne pouvais pas écrire ni penser une seule phrase.
J'avais du « Retard d'expression ». Depuis tout s'est remis en marche et « coule de source ».
En ce moment j'écris pratiquement tous les jours sans oublier les nuits.

1001 Livres : Où puises-tu ton inspiration ?
Charles Pons : Où elle se trouve quand elle se laisse attraper.

1001 Livres : As-tu un "rituel", des petits "trucs" indispensables lorsque tu écris ?
Charles Pons : J'allume la lumière quand il se fait nuit ; Il m'arrive aussi d'écrire au MP3 sur les oreilles en écriture automatique.

1001 Livres : Le monde de l’édition est en souffrance. Que penses-tu de cette phrase ?
Charles Pons : J'ai souffert plus dans mon existence que le monde de l'édition dans son intégralité.

1001 Livres : A ton sens, que serait ta vie sans l’écriture ?

Charles Pons : Elle serait à sens unique et je n'ai pas le permis. Elle serait en somme une somme d'ennui.

1001 Livres : A part l’écriture, as-tu d’autres passions ?
Charles Pons : le permis de bien se conduire, marcher sur l'eau, chanter, chanter et encore chanter, sans oublier Valéria

Propos recueillis par Marie BARRILLON



Les petites fleurs du bien

"Je suis allé où le soleil se permet tout
Je suis parti rôder parmi les fous
J’aurai tant voulu encore croire en toi
J’aurai voulu retrouver ma triste foi"
Extrait du livre

POESIE

Au fil des trente-trois poèmes qui parsèment ce recueil, nous découvrons divers sujets abordés par l’auteur. "Des états d’âmes" en traversant "Le silence des anges", en passant par "Le souvenir de demain" ainsi que par "L’amour s’en vient de là-haut" ou encore par "La défaite des anciens".
Les émotions pourront être au rendez-vous, à chacun de les percevoir. Mais, bien entendu, cela ne s’arrête pas là.

Tout en étant sérieux, nous passons parfois par le rire ou le sourire :

"J’ai acheté des chinoiseries
Pour les offrir à la vache qui rit…"

"Je n’irai pas faire l’amour à la reine des mouches
Si tu rencontres l’ouragan prends une bonne douche…"

L’AMOUR TOUJOURS

L’amour est néanmoins très présent au fil des pages. Amour tristesse souvent :

"L’amour ne vivra pas longtemps
Bien avant la fin du règne de Satan
Elle et moi faisons de parfaits amants
Elle et moi. Personne ne ment."

Quelques passages nous surprendrons comme :

"Je deviens poète quand la vache rit."

Ou encore :

"Nous en sommes à compter les groseilles
Quand dans la baraque entrent les rats."

Nous admettrons tout de même que ces poésies sont assez particulières, tout en étant assez éloignées de Baudelaire, Verlaine ou Rimbaud.
Cependant, elles restent régulières dans les rimes.

A lire, pour tous les amoureux de poésie, sans être attachés à certaines convenances ou des codifications stricts.

Marie BARRILLON

Informations sur le livre :
Titre : Les petites fleurs du bien
Auteur : Charles Pons
Editions : Edilivre
ISBN : 9782812145223
Prix : 10,00€


lundi 2 mai 2011

La puce à l'oreille

"Dès les premières années du XV ème siècle la "bonne chière" avait aussi pris le sens de bon repas. Il est vrai que c’était en pleine guerre de Cent Ans, de ses ravages, de ses disettes, et qu’à des périodes où les gens souffrent de faim chronique il n’est rien de tel pour voir leur visage s’éclairer, leur œil pétiller et leur sourire se fendre jusqu’aux oreilles, que de leur présenter un petit gueuleton !  "
Extrait du livre

LES EXPRESSIONS POPULAIRES…

En vue d’un de mes futurs projets, je me suis penchée de manière assidue sur "La puce à l’oreille", une anthologie des expressions populaires avec leur origine.

De par le titre nous sommes immédiatement plongés dans le vif du sujet. "La puce à l’oreille", une expression familière que nous utilisons fréquemment comme tant d’autres, d’ailleurs, sans en connaître forcément l’origine. Cet ouvrage anthologique sur les expressions populaires nous donne l’origine et le sens des dites expressions qui jalonnent les décennies de bouches en bouches et ce qu’il faut savoir c’est que "l’histoire des mots est soutenue seulement par les textes qui nous sont parvenus. […] Jusqu’à la période contemporaine, la langue s’est formée presque uniquement de bouche à oreille", d’où l’amplitude des difficultés rencontrées dans les recherches élaborées.

Cependant certaines sont, au demeurant, surprenantes, d’autres nous apparaissent comme inconnues alors que d’autres encore sont plus que couramment utilisées mais pas toujours dans leur sens initial.

Cette anthologie, vous l’aurez compris, nous offre, outre une complémentarité à nos connaissances mais également une découverte qui comblera certaines de nos inévitables lacunes ainsi qu’une découverte qui comblera notre curiosité, tout en restant dans le plaisir. Cet ouvrage bien entendu peut être lu d’une traite ou au contraire en piochant ça et là les expressions au cœur des pages selon l’envie de chacun. A tous moments, il peut apporter une réponse claire et intéressante.

MAIS, D’OU VIENNENT-ELLES ?

Nous sommes nombreux à utiliser des expressions et parfois nous avons une petite alerte qui nous pousse à nous interroger : "Tiens, mais qu’elle est l’origine de l’expression que je viens d’utiliser ?" Pour cet ouvrage, la préface n’est pas à laisser de côté car un vrai travail de recherches a été effectué par obligation et nécessité pour le réaliser : "J’ai dépouillé des centaines de textes, j’ai consulté des dizaines d’ouvrages […] j’ai accumulé une documentation […] infiniment riche." Préface donc visiblement réalisé par l’auteur lui-même. Il nous explique d’où lui vient cet intérêt pour les mots : "J’avais déjà élucidé plusieurs menus mystères d’enfance […] des phrases qui me turlupinaient depuis l’âge de huit ans au moins, du genre : Etre fier comme un pou."

L’auteur nous dévoile tous les chemins empruntés pour parvenir à ses fins et constituer un ouvrage d’une véritable qualité : "Il faut distinguer le certain du probable, qui n’est plus tout à fait certain mais encore solide, de l’hypothétique pur où l’astuce et l’imagination ont la plus grande part."

Nous comprendrons donc aisément le "chemin de croix" de l’auteur pour notre plaisir. Qui plus est, il faut tout de même garder à l’esprit que pour une expression donnée, on peut trouver plusieurs origines possibles. Alors, quelle est la bonne, la véritable, la plus probable parmi toutes les possibilités aussi (évidentes) les unes que les autres ? Une fois encore, le travail de l’auteur mérite mille et une reconnaissances.

Dans une intelligente explication, il nous démontre qu’une expression pouvait (pourrait) avoir un sens tout autre à son origine et que la transformation de son sens serait due à l’évolution des modes de vie au cours des décennies, voir même des siècles. Effectivement, il est de mise de constater que le raisonnement est tout à fait logique. Rien n’étant impossible.

DES PLUS AUX MOINS CONNUES…

Nous ne serons donc pas surpris de lire les explications nous rapportant l’origine de : "Faire la sainte nitouche", "Tout le saint frusquin", "La croix et la bannière", "Faux comme un jeton" ou encore, un peu plus rare, "Faire la cane", "Mettre au bon", "Faire la bête à deux dos", "Tirer une bordée", "Aller sur les brisées", "Branler la pique".

Mais, pour ceux qui chercheraient des expressions plus courantes, nous les trouverons également, comme : "Avoir le coup de foudre", "Découvrir le pot aux roses", "Courir comme un dératé", "Mettre au pied du mur" ou "Mettre sa main au feu".

Tout comme celles, beaucoup plus populaires, comme par exemple : "Se branler" (eh oui !), "Faire l’amour", "Tremper son biscuit", n’en soyons pas choqués, là aussi il y a bien une origine, mais aussi "Avoir le béguin" ou encore "Un nom à coucher dehors"

Vous l’aurez donc remarqué, dans cette anthologie rien n’est laissé au hasard. C’est un vrai petit plaisir à parcourir pour s’informer ou apprendre selon la convenance de chacun, le tout avec le sourire et parfois même le rire !

Une multitude d’informations pour satisfaire les plus gourmands.
Des explications claires alliées à une  bonne aisance de lecture.

Marie BARRILLON

Informations sur le livre :

Titre : La puce à l’oreille
Auteur : Claude Duneton
Editions : Livre de poche
ISBN 13 : 9782253027041