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jeudi 28 avril 2016

L'horizon à l'envers

L’horizon à l’envers, Marc Lévy, Éditions Robert Laffont/Versilio
« Et puis, il voulut croire que Luke s’était trompé, que rien de ce qu’il lui avait dit n’était vrai, ni même possible. Une telle chose ne pouvait pas arriver à Hope. La terre était remplie d’ordures, d’hommes qui ne servaient à rien, qui ne faisaient que détruire, mais Hope… Hope découvrirait un jour un remède à la maladie d’Alzheimer, alors ce n’était pas possible qu’elle soit atteinte d’un mal incurable. Elle avait une mission à accomplir, et ce serait la pire des saloperies qu’une tumeur l’empêche de sauver des millions de gens. Si la mort voulait son âme, qu’elle en choisisse une autre, une bien tordue, mais pas celle de Hope qui était si belle et si rieuse. » Extrait du livre
Entre rêve et réalité

L’idéalisme pour credo où l’impossible devient possible sans aucune barrière ni aucun garde-fou, c’est ce qui pousse trois étudiants chercheurs en neurosciences ; Josh, Hope et Luke. Et lorsque l’amour s’en mêle, tout est multiplié, amplifié. Les rêves sont à portée de main, les utopies offrent l’illusion d’être accessibles, ce qui fait que « même en bonne santé, il faut beaucoup d’utopies pour vivre. »
Complices, mais aussi rivales, ils travaillent sur un projet ambitieux qui doit rester secret et où forcément la rivalité est présente, sachant que dans un tel cas, elle « est rageuse, source de créativité, d’énergie augmentée ». C’est d’ailleurs sur ce point que Flinch, le directeur du centre de recherche secret et ultra sophistiqué, mise pour que les étudiants qu’il recrute aboutissent dans leurs recherches.
Dans le cas de Josh, Hope et Luke, le projet de recherches en neurosciences est d’une ampleur sans commune mesure. Il repose sur le codage, la sauvegarde ainsi que sur le transfert de données du cerveau vers la machine. Des années de recherches pour parvenir à trouver le moyen de copier et sauvegarder les souvenirs, mais aussi la conscience d’une personne sur l’ordinateur du centre, afin, à terme, de les réintégrer… dans un autre cerveau qui en serait privé ou dépourvu suite à un accident de la vie, une amnésie… parce que « comment accepter la précarité de la vie si nous devions totalement disparaître avec la mort. La technologie pourrait offrir un jour à l’homme la possibilité que la mémoire de son vécu ne soit plus transmise par ses seuls descendants, mais par lui-même. »
Le pari est osé, fou aussi, toutefois les premiers résultats, tellement probants, puis les suivants le sont plus encore, qu’ils leur offrent la promesse d’une éternité probable. L’amour sans borne qui unit Josh et Hope n’est pas étranger à l’évolution de leurs recherches : « Parfois […] il est impossible d’expliquer ce que tu ressens pour quelqu’un, mais tu sais que cette personne t’emmène là où tu n’étais encore jamais allé. »
Pour atteindre les limites du possible rien n'est impossible

Cet amour poussera encore plus loin les limites du possible et de l’entendement lorsqu’ils apprendront que Hope est atteinte d’une tumeur incurable au cerveau. Malgré le tragique de la situation, elle ne perdra pas sa bonne humeur, battante même dans les moments d’intense fatigue, jouant chaque fois la carte de l’humour : « Elles se sentent bien dans mon cerveau [les tumeurs], elles doivent le trouver super confortable ». Une question reste en suspend à laquelle personne n’a de réponse, mais qui nous mène à une profonde réflexion : « Quelles bonnes raisons justifient que l’on meure avant d’avoir vécu ? »
Bien que jusque là elle fût le « thermomètre » de leur trio, modérant les ardeurs de chacun pour qu’ils ne perdent pas pied avec la réalité, après la découverte de cette tumeur dans son cerveau, Hope s’investira complètement et sans plus de retenue avec ses partenaires de recherches, ses complices, gardant « le sourire comme un habit de dignité, précieux et rare en de telles circonstances. »
À travers ce roman, l’auteur nous amène à réfléchir sur ce  qui fait la vie et la mort, car « la vie, la mort ce n’est jamais qu’une question de temps », la moralité et l’éthique, la maladie et la recherche, l’amour et l’amitié, mais aussi nos relations avec les autres dans leur ensemble.
Les personnages sont touchants, voire attachants, même Luke en dépit de ses airs d’ours bourru parviendra à atteindre notre estime.
Marc Lévy nous offre avec « L’horizon à l’envers », une histoire d’amour bouleversante où la trame tourne autour des thèmes où il excelle à merveille, à savoir les relations quelles soient amicales, amoureuses ou filiales avec cette fois une bonne dose de sciences et neurosciences en prime.
Nous constaterons d’ailleurs que les recherches mêmes de l’auteur n’ont été ni négligeables ni superficielles, un vrai travail de prospection a dû être nécessaire pour parvenir à un résultat aussi abouti. On notera un certain approfondissement pour enrichir cet ouvrage.
Retenons tout de même que « Le bonheur se résume finalement à de toutes petites choses », et ça, c’est une vérité indéniable, pas une utopie !
Marie BARRILLON
(Avril 2016)
Quelques phrases relevées au cours de ma lecture :
« Je n’ai qu’un cœur et je n’ai pas envie qu’on me l’abîme. »
« Quelqu’un qui vous garde dans ses bras quand il dort, qui vous sourit en ouvrant les yeux, c’est comme une étincelle d’amour qui peut vous rendre heureuse. »
« Si tu n’es pas prête à tout pour repousser les murs de ton quotidien, alors peut-être que tu ne veux pas être heureuse. »
« Constater un problème est une chose, le résoudre en est une autre, surtout quand les intérêts économiques des uns se trouvent sur le chemin des autres. »
« On a tous des fêlures, c’est par elles que la lumière entre. »
« Il est d’amples poitrines qui, pour respirer à l’aise, n’auront pas assez de l’univers. »
« Il est des souvenirs que les années n’effacent pas. »
« Lorsque maman est morte, j’ai nourri en moi le chagrin de son absence, je le nourris encore. Je ne voulais pas qu’il m’abandonne aussi, cela aurait été comme la perdre une deuxième fois. Je n’avais plus que cette douleur pour me rattacher à elle. »
« Je veux rester émerveillé par un secret que l’on échange dans le silence d’un regard au milieu de tous. »
« Si la brigade de la modestie passe par là, tu prends perpète… »
« Quel homme aurait ta sensibilité si une histoire d’amour ne l’avait pas fait souffrir ? Les plans d’origine chez les garçons sont bien trop imparfaits, il a forcément fallu que tu te reconstruises. »
« Même dans l’antichambre du néant l’homme trouvait encore le moyen d’imposer des règlements. »
« Il avait horreur des silences parce qu’ils faisaient pousser les regrets comme autant de fleurs fanées avant d’avoir vécu. »
« Leurs conversations fouillaient les greniers de leurs vies et des bribes de bonheur finissaient toujours par surgir des cartons poussiéreux de leur mémoire. »
« Tu feras le premier pas, c’est le plus dur, les autres suivent sans que l’on s’en rende compte. »
« L’histoire est pavée d’hommes de petite taille qui furent de grandes lumières. »
« Nous avons été heureux et cela implique certains devoirs à l’égard du bonheur. »
« Il y a toujours de belles choses à découvrir, même dans les moments les plus moches. » 
Informations sur le livre :
Titre : L’horizon à l’envers
Auteur : Marc Lévy
Éditions : Robert Laffont/Versilio
ISBN : 9782221157848
Prix : 21,50 €

mardi 5 avril 2016

L’immeuble des femmes qui ont renoncé aux hommes

L’immeuble des femmes qui ont renoncé aux hommes de Karine Lambert, Éditions Le Livre de Poche
 « Il a fait froid toute la semaine. Les rues sont désertes. Même Jean-Pierre a renoncé à sa virée quotidienne. Dans l’immeuble des femmes, aucun bruit, chacune est calfeutrée dans son appartement. Au deuxième étage, Juliette se demande si elles rêvent d’un homme, si elles pensent à l’avenir, si elles envisagent de finir leur vie sans caresses. Et si elle est à la bonne place avec une Reine qui parle aux bambous et une accro de yoga qui se met sur la tête à tout bout de champ. Depuis qu’elle vit ici, elle visualise ses vieux jours. Le scénario est toujours le même. » Extrait du livre
« La casa Célestina »
Elles sont cinq femmes, d’âges et de statut différents, groupées dans un petit nid où les hommes n’ont pas droit de légion, et encore moins celui d’y avancer un pied. Seul Jean-Pierre, le chat, règne en maître en tant que mâle parmi ces femmes. Autant dire qu’il est choyé !
Ce petit nid, « L’immeuble des femmes qui ont renoncé aux hommes », appelé « La casa Célestina », elles l’ont investi chacune à leur tour, et chacune avec ses raisons personnelles, légitimes ou non.
Elles ne sont pas foncièrement féministes, mais les souffrances d’un passé, pas toujours si lointain, les ont amenées à fermer les yeux sur la gent masculine, plus par souci de préservation de soi. Ceci étant la première des motivations
Tout se déroule bien dans le petit immeuble, jusqu’à l’arrivée de Juliette, une jeunette de trente et un ans, qui ne comprend pas l’état d’esprit de ces femmes qu’elle prend cependant en affection. Toutefois, elle n’hésitera pas à les affronter pour dire tout haut ce qu’elle pense, quitte à mettre aux pieds de chacune d’entre elles les mauvaises raisons, à son sens, qu’elles ont utilisé pour, soit déculpabiliser, soit se dédouaner, soit encore se créer des prétextes pour ne pas voir l’évidence ou la réalité, parfois si flagrante, qu’elles refusent sciemment ou non d’affronter. Simone avancera : « Je n’ai pas renoncé aux hommes. J’ai renoncé à en prendre plein la gueule. […] Chacun chez soi et les vaches seront bien gardées. »
Où est le bonheur dans tout cela ?
Sont-elles vraiment heureuses sans présence masculine ? Pourquoi pas ! Simone ajoutera encore : « Nous sommes libres. Des locataires volontaires. Et ce n’est pas un gratte-ciel, juste un petit immeuble. Cinq femmes, dont une qui n’a pas du tout renoncé. À l’échelle planétaire, c’est une minorité, pas une épidémie. […] Le couple n’est pas le seul modèle. Il y a plein de façons d’être heureux. »
Après tout, n’est-il pas important de ne pas être malheureux, même si au final nous ne sommes pas heureux ? Ne pas être heureux sans être malheureux, c’est déjà mieux que d’être malheureux et ne rien faire pour changer cet état de fait.
Ces cinq femmes se retrouvent régulièrement pour des repas amicaux, des sorties et autres activités. Elles semblent être sereines, mais c’est sans compter sur l’installation de Juliette, venue avec son grain de sel gros comme la tête d’un bonhomme de neige pour chambouler toute la maisonnée. Parce qu’il est, pour elle, inconcevable de vivre sans homme, irréel de fermer la porte à tout besoin de tendresse. Et Juliette, elle est tout le contraire de cela. En constante recherche d’amour, de romantisme, d’attention, de douceur, et tout ce qu’offre le grand amour. Elle a tant besoin de tout cela, elle, justement.
Néanmoins, avant de tout retourner dans le cœur de chacune, elle va chercher à comprendre les motivations de ses nouvelles amies. Parce que vivre pour soi c’est bien, mais ça ne suffit pas pour Juliette qui estime que la vie c’est autre chose de plus attrayant.
Parviendra-t-elle à leur faire entendre [sa] raison ?
« L’immeuble des femmes qui ont renoncé aux hommes » est une histoire sympathique où l’on retrouve toutes sortes d’émotions. L’entraide et le respect entre chacune sont pure évidence. Doutes et remise en question seront aussi au programme.
Ce roman est rédigé d’une plume légère et limpide. Les personnages sont attachants, mais pas apitoyés, drôles sans jamais être colériques.
On notera également que ce n’est pas, ici, un règlement de compte contre, ou envers, les hommes ni une quelconque vengeance. Il n’y a rien dans cet ouvrage qui va dans ce sens. C’est bon, c’est léger avec des pointes d’humour parsemées, en prime.
À lire avec le cœur !
Petites phrases relevées en cours de lecture :
« Il n’y a que sur scène qu’on peut danser tous les jours la même chorégraphie avec son partenaire sans tomber. Dans la vie c’est plus périlleux. »
« L’amour […] c’est un voyage obstiné. Le véritable amour, il est sauvage, ce n’est pas un jardin qu’on cultive. »
« Quand on est en colère ou triste, les pensées se transforment en marsupilamis bondissants. »
« Quand on se met au régime, on ne va pas s’installer dans un magasin de pralines. »
« On ne peut pas se protéger en amour. La seule protection c’est l’abstinence. »
« Je ne fais pas la grève de la faim. […] Je choisis un autre menu. »
« Les pensées, c’est comme les insectes. Quand tu les entends voler, reviens à ta respiration. Il y a une oasis à l’intérieur de toi, elle attend que tu viennes t’y reposer, te défroisser… »
« Si tu n’es pas heureux aujourd’hui, cache ta douleur derrière ton sourire. »
« La vie c’est une succession de déséquilibres. »
« Les hommes ont besoin d’être emmenés là où ils ne s’y attendent pas. Insaisissable, telle une libellule, ils te pensent là et tu es ailleurs. Attention ! C’est une recette pour un soir, pas un pot-au-feu pour la vie. »
Informations sur le livre :
Auteur : Karine Lambert
Éditions : Le Livre de Poche
ISBN : 9782253182719