#Roman "Camille, regarde devant toi !" à découvrir, ici !

lundi 16 février 2015

Et puis, Paulette...

 « Non, mais vraiment, c’est trop marrant ! Il fait genre celui qui n’attend plus rien, le vieux sage rangé des voitures. Mais putain, il n’a que soixante-dix ans ! Il n’a pas les yeux en face des trous, ce gars-là ! Muriel pense que s’il était moins con, il les ouvrirait en grand, et il verrait qu’elle n’est pas encore finie, sa vie. Il verrait... » Extrait du livre
La solitude...

À l’heure où les enfants quittent le foyer familial, quel que soit leur âge, nombreux nous sommes à avoir du mal à négocier le virage qui mène au silence et à la solitude, passant d’un « tout » vivant, voire turbulent à un « rien » dans un quotidien subitement (trop) calme !
La solitude s’installe sans avoir besoin d’invitation. D’abord doucement, on l’apprécie, car sur le moment ce changement fait beaucoup de bien. Puis, les jours passants, nous nous apercevons que, finalement, cette solitude est trop pesante. Elle envahit tout l’espace, imprègne chaque instant jusqu’à devenir parfois insupportable.
C’est exactement ce que va ressentir Ferdinand, veuf, lorsque son fils quitte le domicile avec femme et enfants : « Il est monté à l’étage. À la vue des jouets qui traînaient par terre et du lit défait […] il a eu un petit pincement au cœur… » se retrouvant « le cerveau en ébullition et les émotions emmêlées… »
Alors, au fil des jours, et des aléas de la vie, il va judicieusement (re)peupler sa maison, sans omettre de s’interroger « juste avant de se laisser glisser dans le sommeil, par habitude, il s’est demandé ce que feue son Henriette aurait pensé de cette histoire. »
Tout commence par Marceline, sa voisine, dont le toit de la maison s’écroule. Puis, ce sera au tour de Guy qui se retrouve veuf à son tour. Ferdinand ne supporte pas de voir son ami d’enfance s’effondrer et se laisser aller. Il connaît cela, Ferdinand. Difficile de reprendre pied lorsqu’on perd la personne avec qui l'on a partagé tant d’années.
Ils sont désormais trois comparses sous le toit de Ferdinand à braver le quotidien en le remplissant de petites choses qui font tant de bien à chacun sans faire le moindre mal à personne. De petits moments qui apaisent leurs cœurs ravagés, chacun par ses propres douleurs.

Tant qu'il y a de la place...

Mais voilà, la maison est grande, il y a encore beaucoup de place ! Elle peut bien abriter quelques âmes supplémentaires. Alors, lorsque les sœurs Lumière, Hortense et Simone, se retrouvent dans une situation complexe, et en tout cas compliquée pour elles au vu de leur grand âge, Ferdinand n’hésite pas une seconde ! La solution… il l’a, spontanément !
Et de cinq ! Puis, comme la vie s’évertue à nous tarauder, d’autres âmes viendront combler le reste de la maison. Comme Kim et la jeune Muriel, des étudiants, et puis, Paulette…
La cohabitation de tout ce petit monde se fait presque naturellement. Une certaine tendresse s’installe avec eux et uni tous ces personnages dans un quotidien au demeurant agréable et bien réglé, bien que quelques tensions empoisonnent Ferdinand dans ses relations avec son fils, Roland.
Il leur faudra du temps à ces deux-là pour parvenir à se comprendre et surmonter les imperfections de l’un comme de l’autre. Ferdinand finira par réaliser « qu’il n’y avait pas à tortiller. C’était tout simplement triste d’avoir perdu autant de temps. Pour lui, Ferdinand, de se rendre compte seulement maintenant que son fiston n’était pas juste un p’tit con. Et pour Roland, que son père n’était pas qu’un vieux naze. »
Et puis, Paulette… c’est une bien belle histoire pleine de fraîcheur, de tendresse, d’amour de l’autre. Et comme l’indique Claire Ageneau (sur la quatrième de couverture), c’est « Un récit hors du temps, tout à fait rafraîchissant. »
Pour ma part, la fin m’a quelque peu laissée sur ma faim. Néanmoins, j’ai tout de même passé un très beau moment, presque trop court, avec tout ce petit monde très attachant !
Informations sur le livre :
Titre : Et puis Paulette
Auteur : Barbara Constantine
Editeur :
Calmann-Lévy
ISBN : 9782702142783
Prix : 15,50€
Le livre de poche
ISBN : 9782253168638
Prix : 6,60€

jeudi 5 février 2015

Elles

(Ou Le chemin des révélations)

Extraits des chapitres XIII et XIV de mon prochain roman... "Elles" à paraître

Jayny était secouée par tout ce qu’elle venait d’apprendre. Et surtout écœurée de ce que certains êtres étaient capables de faire pour l’argent, par amour ou simplement par méchanceté. Elle ne regrettait pas de ne pas connaître son père biologique. Par contre, elle regrettait que sa mère soit partie après toutes ces années de souffrance. Elle se trouvait affreusement bête et indigne. Elle aurait dû lutter au lieu de fuir lorsqu’elle pouvait encore le faire. Elle réalisait combien la douleur de sa mère avait dû être lourde depuis son départ. Elle s’en voulait, mais elle ne savait pas tout cela. Elle admettait que parfois elle était extrêmement butée, trop butée, là en était la plus grande preuve. La vie est peuplée d’épreuves dont il faut tirer les leçons à bon escient afin de ne pas reproduire ces mêmes erreurs. Certes, l’erreur est humaine, mais lorsqu’on la reproduit sans en avoir tiré les leçons, elle n’est autre que de la bêtise !
[...]
- J’ai voulu aller à l’appartement de mes parents…, lâcha Jayny à travers ses sanglots.
- Et ? interrogea Jessy constatant que son amie s’arrêtait là.
- Et je n’ai pas vu l’appartement parce que j’ai rencontré la meilleure amie de ma mère, Gaby. J’ai passé un long moment avec elle. J’ai souhaité qu’elle me parle d’eux. J’avais besoin de comprendre pour reconstituer certains éléments de mon passé. Comprendre pourquoi ils m’avaient tout laissé alors que les ponts étaient coupés entre nous depuis quelques années déjà. Comprendre pourquoi l’entente avait été impossible entre nous. Savoir qui ils étaient dans le regard de quelqu’un d’autre. Eclaircir les zones d’ombres de mes années avec eux. Mettre des mots sur nos difficultés. Des mots pour finalement parvenir à accepter les maux qui m’incisent toujours.
Gaby m’a alors tout raconté. C’est la pire histoire qu’il m’est été donné d’entendre, et je me trouve au centre. Quelque part, j’en suis même responsable… involontairement… mais, responsable quand même !
- Comment ça responsable ? Je ne peux pas le croire ! Raconte-moi… enfin… si seulement tu le souhaites. Mes oreilles sont « à toi », elles sauront faire preuve de secret et de discrétion au nom de notre amitié.
- Je sais, Jessy, mais c’est… terrible !
- J’imagine, oui, pour que cela te mette dans cet état sans dessus dessous !
Jayny commença à raconter toute l’histoire que lui avait rapportée Gaby. Régulièrement elle s’arrêtait, pleurait, puis reprenait son récit. Jessy restait attentive, mais silencieuse de peur que son amie n’aille pas au bout de l’histoire. Aller au bout était, à son avis, une nécessité indispensable.
Elle était consciente que son amie avait besoin de se vider de ce trop-plein dévastateur. Parler n'efface rien, néanmoins cela apaise parfois les brûlures immédiates. Un peu comme un baume que l'on appliquerait sur une plaie. Quand Jayny eut achevé son récit, Jessy respecta quelques instants le silence qui prenait place. À vrai dire, elle ne savait pas vraiment que dire. Elle avait conscience de l'immense peine que ressentait son amie, mais ne trouvait pas les mots. Y en avait-il au moins ?
Jayny gardait le regard planté au sol. Elle avait honte de ce père. Elle releva la tête et tout en fixant son regard dans celui de Jessy, lui dit :
- Je ne suis pas comme lui, je te le jure !
- Jayny, bien sûr que tu n'es pas comme lui. Tu n'as pas à te justifier.
- Oui, mais quand même ! Il était horrible !
- C'est vrai... Je ne te dirai pas le contraire.
- Je ne veux pas devenir comme ça ! lâcha la jeune femme.
- Tu ne le deviendras pas ! affirma Jessy.
- Ah oui ! Et qu'est-ce qui te fait dire ça ? Comment peux-tu en être sûre ? Et si c'était héréditaire, hein !
- Quand bien même ce serait héréditaire, tu ne risques rien puisqu'il n'était finalement pas ton père biologique.
- C'est vrai. Je ne suis même plus capable de penser intelligemment ni rationnellement. Remarque, l'autre ne vaut pas mieux ! conclut-elle laissant une nouvelle fois ses larmes inonder son visage.
Dans un élan de tendresse, Jessy la prit dans ses bras pour la réconforter. La douleur de son amie lui déchirait les entrailles. Elle supportait difficilement de voir les gens pleurer, et lorsqu'il s'agissait de personnes qu'elle affectionnait particulièrement, c'était pire encore.
En cet instant où elle se savait d'une grande vulnérabilité, Jayny se laissait porter par la force de Jessy. 
©Marie BARRILLON


La bande annonce se trouve ici :