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mardi 6 janvier 2015

Rose Tatiana de Rosnay

Rose, Tatiana de Rosnay, Le Livre de Poche

« Quand je rêve de Baptiste, je le vois faisant la sieste, en haut, dans la chambre des enfants. Je m’émerveille de ses paupières de nacre, du battement de ses cils. La douce rondeur de ses joues. Ses lèvres entrouvertes, son souffle lent, paisible. Je contemplais cet enfant pendant des heures… […] Quand je rêve de lui, comme je le fais depuis vingt ans, je me réveille les larmes aux yeux. Mon cœur n’est plus que douleur. C’était plus facile quand vous étiez avec moi, car dans la nuit, je pouvais tendre la main et sentir votre épaule rassurante. Aujourd’hui, plus personne n’est là pour moi. Que le silence, froid et mortel. Je pleure seule. Voilà une chose que je sais fort bien faire. » Extrait du livre
Paris à l'heure du changement
 
Rose vit rue Childebert depuis son mariage avec Armand Bazelet, elle est née et a grandi tout près, Place Gozlin. Cette maison de la rue Childebert appartient à la famille Bazelet depuis deux siècles et à l’heure où Paris change sous le second empire, Rose à promis à son mari, avant qu’il ne quitte ce monde, de ne jamais abandonner cette maison qu’il aimait tant et qu’elle a appris à aimer avec la même constance. Mais, le Baron Haussmann veut moderniser la capitale en la dotant de grands boulevards au nom de son embellissement : « Le préfet et l'empereur rêvaient d'une cité moderne. Une très grande cité. Et nous le peuple de Paris, n'étions que des pions dans cette gigantesque partie d'échecs ».
Comme toujours dans ces cas-là, l’expropriation est inévitable et la population doit abdiquer et s’en aller. Seulement, Rose ne le voit pas du même œil et ne veut pas céder, malgré le dédommagement pécuniaire. Des peines et des douleurs, Rose en a vécu quelques-unes dans cette bâtisse, y compris la pire de toute, alors que le choléra avait fait des ravages : « Non, pas mon fils […] Cette nuit-là, j’ai vu mourir mon fils chéri et j’ai senti ma vie perdre tout son sens. »
Elle voit les rues se vider, les amis et voisins partir, jusqu’à se retrouver presque seule : « Je vis une époque d’isolement et de lutte, et me surprends à en supporter les rigueurs ».
Comment quitter des lieux sans ombrage, lorsqu’on y est né, qu’on y a vécu toute une vie et que tout s’y trouve, souvenirs, joies, bonheurs, peines aussi ? Comment renier une promesse faite à l’être aimé disparu sans ressentir culpabilité et douleur ?
Mais, quand partir est impossible

Rose décide de prendre la plume pour écrire une longue lettre à Armand pour lui conter l’avancement des travaux qu’elle exècre : « Oui, je la voyais, cette progression inexorable de la rue de Rennes jaillissant droit dans notre direction depuis la gare de chemin de fer de Montparnasse, et le boulevard Saint-Germain, ce monstre affamé, rampant vers l’ouest depuis le fleuve ». Mais aussi, parce qu’il est temps pour elle de lui faire un aveu. Un aveu pour lequel elle n’a jamais trouvé le courage suffisant pour le partager lorsqu’il était encore en vie. Aujourd’hui, elle veut le faire, il le faut : « La seule chose que je redoute est de ne pas réussir à vous dire ce que je dois vous révéler tant qu’il en est temps ». Cependant, avant d’y parvenir, elle se laisse emporter par ses souvenirs qu’elle relate avec douceur, même lorsqu’ils sont tristes ou douleur, c’est selon. C’est ainsi que je la ressens Rose au cours de ma lecture : une femme douce que l’on aurait envie de choyer.
Un très beau roman où l’on appréciera les détails apportés quant aux descriptions des travaux, des destructions des maisons à la construction des grands boulevards, les souvenirs et les sentiments de Rose, la douceur qui émane d’elle, l’amour indéfectible qui l’aura uni à son mari dès le premier instant. Bien que le tragique de la situation ne soit pas gai, on ne peut s’empêcher d’éprouver une véritable tendresse pour cette femme de cœur.
À l’heure où notre société est secouée de-ci delà, dans cet ouvrage nous (re)découvrons ce qu’ont été certains moments tragiques, pour peut-être nous faire prendre conscience que, finalement, nous ne sommes pas tant à plaindre que cela à l’époque actuelle que nous traversons avec mécontentement trop souvent !

Marie BARRILLON
Informations sur le livre :

Titre : Rose
Auteur : Tatiana de Rosnay
Editeur : Editions Héloïse d'Ormesson (Eho)
ISBN : 9782350871608
Prix : 19€
Kindle : Rose
Prix : 16,99€
Editeur : Le Livre de Poche
ISBN : 9782253162063
Prix : 6,90€