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lundi 10 mars 2014


« Sur le coup de cinq heures, nous décidâmes de sortir avant que le soir n’achevât la journée ; et, alors que nous passions devant un grand horloger, Clara voulut m’offrir une montre. J’en pris deux. Normal, j’ai deux poignets. Avec un seul de ces joujoux j’aurais eu l’air d’un type qui se sert de sa montre pour avoir l’heure ; et, ce jour-là, j’avais l’éternité devant moi. Tandis qu’avec deux montres, j’affichais ma capacité à jouir pleinement de la vie. J’avais d’ailleurs choisi deux modèles très chers, incrustés de diamants, dans le plus pur mauvais goût. […] J’étais satisfait que ce fût elle, ma maîtresse, qui payât. D’abord parce que ma tirelire était vide ; et ensuite, parce que j’avais besoin que la femme que j’aimais me donnât tout : son cœur, son corps et son argent. Il n’y avait là aucune âpreté au gain mais plutôt un besoin d’amour total. » Extrait du livre

Il y a quelques années, j’avais commencé la lecture de l’ouvrage « Les coloriés » de ce même auteur, mais n’ayant pas accroché au cours des vingt ou trente premières pages, je l’avais abandonné pour un temps. Pour un temps, parce que je n’abandonne jamais complètement un livre. Dans ce genre de cas, je laisse le livre de côté pour y revenir ultérieurement parce que l’état d’esprit dans lequel nous nous trouvons au moment d’entamer une lecture joue un rôle important, presque vital dans l’action que nous entamons. Nous ne sommes pas toujours réceptifs à toute heure pour tout ouvrage ! Et à ce moment-là, mon état d’esprit ne devait pas être en adéquation avec le livre. Alors, j’y reviendrai plus tard.

Puis finalement, j’ai un peu oublié « Les coloriés » sur mes étagères parmi d’autres livres (nombreux) que je n’ai pas encore lus, car le temps n’est pas toujours mon ami et que je dois ruser avec lui pour parvenir à faire un peu ce que je veux. Donc, lorsque j’ai voulu me remettre sur « Les coloriés », il y a peu, j’ai d’abord trouvé « Bille en tête », et c’est celui-ci que j’ai finalement choisi de sortir de l’étagère sur laquelle il somnolait depuis quelque temps.


Un petite phrase qui collerait bien à chacun d’entre nous, mais qui dans le cas présent, appartient au personnage principal ! « Vivre tout haut et ne plus chuchoter sa vie… », c’est ce que tout adolescent souhaite lorsque l’heure sonne en lui mettant ses « seize ans en bandoulière ». Virgile ne déroge pas à cette règle. Alexandre Jardin a obtenu le prix du Premier Roman en 1986 avec cet ouvrage et à sa lecture nous comprendrons rapidement cette récompense.

Malgré l’aspect quelque peu immature du personnage, on s’attache à lui. Poursuivant la lecture, il nous entraîne là où il veut et on a envie de savoir où il cherche vraiment à nous emmener. Je me suis sentie entraînée par Virgile. Curieuse, je me suis accrochée à lui pour savoir où il voulait en venir, où il voulait m’emporter. L’aurais-je pris en affection ? En tout cas, je me suis laissée guider par les mots de l’auteur. Une écriture franche, entraînante tout en étant facile à lire, mais accompagnée de petites phrases qui ne s’imitent pas ! Des petites phrases comme j’aime en lire, mais aussi en écrire.

Virgile perd sa mère alors qu’il n’a que huit ans, et pour ajouter un peu plus de douleur à l’effroi, cela se produit le jour de son anniversaire, toutefois il ne se laisse pas abattre : « Ne voulant que le départ de maman tue mon enfance. […] il faudrait désormais que je me fasse grandir tout seul, en me tenant par la main ». De cette douleur inattendue, il en fait un moteur qui le maintiendra hors de la noyade pour en dévoiler sa capacité de vivre envers et contre tout : « Mes yeux de petit garçon sont devenus secs et brillants, à cause de tous les pleurs rentrés. J’ai feint la gaieté pour dissimuler ma gravité. J’étais comme une toupie qui tourne pour rester debout ».

Dans cet ouvrage, nous ne trouvons pas de grand suspens, peut-être un bémol, néanmoins quelques situations fantasques sont assez drôles. Nous suivons ce garçon sur le chemin de sa vie qui le mène de l’adolescence au monde des adultes avec pour décor une mère disparue, une grand-mère qui le couve et un père quelque peu « démissionnaire » : « Mon père avait trop à faire avec son malheur pour s’occuper de moi ».

Le plus profond désir de Virgile est de devenir grand et pour se faire, il n’attend pas que le temps lui accorde cette évolution tranquillement. Il provoque tant les situations que les gens autour de lui. Son destin lui appartient, et il compte bien le dévorer sans modération même si parfois il emprunte les chemins de l’égoïsme en pensant plus à lui-même qu’aux autres.

« Bille en tête » est un roman qui se laisse lire avec plaisir même si j’en espérais plus de cocasseries, de drôleries et de suspens !


Quelques phrases relevées au cours de ma lecture :

« Les véritables aventures se vivent toujours à deux. Pour s'aimer et se trahir il faut aussi être deux. »
« Je risquerai le tout pour le tout. S'il y a des sottises qu'on se reproche après coup, il y en a qu'on regrette plus encore de n'avoir pas commises. »
« La vie semble traîner quand on attend un baiser. »
« J’espérais que les rires d’enfants feraient peur à la mort. »
« En amour comme en tout, il faut savoir mêler le corps et l'esprit. »
« J'avais, à cette époque, la faiblesse de croire que rien n'était grave pourvu qu'on sache toujours relancer les dés ; en trichant, bien entendu. »
« Il y a des lits faits pour dormir. Celui-là paraissait conçu pour l'amour. »
« Mon futur cadavre du s'en retourner de joie dans sa tombe. »
« On se sacre adulte soi-même, comme un grand, en prenant la couronne sans attendre qu'on vous la pose sur la tête. »
« Quand le corps court en avant et que l'esprit reste en arrière, quelle disgrâce. Mais quand l'esprit mûrit avant le corps, quelle souffrance ! »
« À seize ans, j’avais déjà un passé. Il m’aurait fallu un avenir, un futur qui commençât tout de suite. »
« Elle ne devait pas succomber, surtout pour une raison aussi bête que la vieillesse. »

Informations sur le livre :

Editions : Folio
ISBN : 9782070379194
Prix : 6,40 €