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vendredi 15 février 2013

Entretiens avec Bernard PELCHAT


Entretien avec Bernard PELCHAT suite à la sortie de son roman "Des nouvelles de ma sœur".

100% Auteurs : Les lecteurs aiment découvrir leurs auteurs autrement qu’à travers leurs livres. D’où vous vient ce goût pour l’écriture ?

Bernard PELCHAT : Déjà dans la jeune vingtaine, j'avais écrit deux courtes pièces de théâtre. J'ai toujours continué sporadiquement d'écrire en dilettante, mais aussi pour mon travail de promotion d'artistes dans le monde du spectacle. Depuis une dizaine d'années par contre, j'en ai fait une activité régulière qui me stimule énormément.

Je me laisse aller plus librement dans la fiction où je peux exprimer mes perceptions, mes expériences, mes fantaisies, mes envies, mes élucubrations, mes émotions, mon approche de la vie en quelque sorte, dans des situations inventées vraisemblables, invraisemblables, folles, inattendues, convenues, etc.

100% Auteurs : Quelle part prend l’écriture dans votre quotidien ? Est-ce un passe-temps, telle une occupation de loisir, ou une réelle passion ?

Bernard PELCHAT : Quand je travaille à un projet précis, normalement, j'écris chaque jour en tentant de conserver en moyenne une page par jour. En dehors de ça, je peux être des semaines sans écrire, mais il y a constamment quelque chose qui mijote. Ce n’est que partie remise…

100% Auteurs : Votre vie sans l’écriture, pensez-vous que ce soit possible pour vous ?

Bernard PELCHAT : Oui, dans le sens où je pourrais vivre sans avoir de projet d'écriture à long terme comme un roman, un récit, un essai ou quoique ce soit d'autre. Mais je pense que j'aurai toujours quelques lignes à jeter sur papier ou à l’écran, sous quelque forme que ce soit.

100% Auteurs : Suivant les uns et les autres, les méthodes de travail sont assez différentes. Avez-vous l’habitude d’établir un plan de travail ou écrivez-vous plutôt à l’instinct en suivant les pas que votre inspiration vous impose ?

Bernard PELCHAT : Habituellement, oui, j’élabore un plan de travail. Un plan de départ qui peut changer par contre au cours du processus de création. Mon ouvrage Merde... alors ! a été écrit à l'origine sous forme de théâtre musical – qui n’a d’ailleurs jamais été joué – et a été mis en ligne par la suite sous la forme d’un roman numérique.

Avec Hôtel Victoire (titre de travail) que je termine actuellement, j'ai écrit d'une traite le tout début et la fin du roman. Ne restait plus qu'à combler l'entre-deux pour en développer un tout cohérent, mais dès le départ, je savais exactement comment il commencerait et comment il se terminerait.

100% Auteurs : Une citation que vous affectionnez particulièrement, ce serait laquelle ? Pourquoi celle-là ?

Bernard PELCHAT : « Tu veux bousculer la nature, mais sois tranquille, elle ne se laissera pas faire. Un jour tu t’en apercevras ! » Citation dans l’air du temps tirée de Roy Lewis, The évolution Man, Hutchinson 1960, traduit en français par Vercors et Rita BARISSE sous le titre Pourquoi j’ai mangé mon père, Acte Sud 1990. La notion actuelle de « progrès » transposée dans les déboires d’une tribu préhistorique à l’époque de la découverte du feu. À lire absolument. Un pur délice ! Totalement hilarant, mais quelle réflexion !

100% Auteurs : Nombre d’auteurs ont des "petits trucs", des "petites manies", voire des addictions comme par exemple un café (ou thé) à portée de main, un stylo plutôt qu’un autre... Avez-vous également ce genre d’habitudes ?

Bernard PELCHAT : Non, absolument rien... sauf le silence. Indispensable pour moi à la concentration.

100% Auteurs : J’ai souvent pour habitude de dire qu’on ne donne pas rendez-vous à l’inspiration, qu’elle est seule décisionnaire. Dans votre cas, est-elle innée ou au contraire avez-vous besoin de réflexion avant d’entamer un projet d’écriture ?

Bernard PELCHAT : Dans toute forme de création, à mon avis, l'inspiration ne compte que pour très peu dans l'élaboration d'un projet. Elle est le déclic qui met en œuvre un long et laborieux processus. Avoir une idée est plutôt facile. Le travail pour la réaliser, par contre, est beaucoup plus ardu. La continuité, l'invention, la persévérance sont beaucoup plus exigeantes, plus bénéfiques, plus riches, plus stimulantes que l'inspiration. Une idée d’écrit, ça vient tout seul. J'en ai des dizaines dans mes cartons.

Mais en choisir une, la structurer, l'élaborer chapitre par chapitre, passer des heures, des jours, des mois à son clavier devant son écran, ça c'est du travail. Bien sûr que tout au long du processus, les idées doivent surgir, mais ce qui est magique, la plupart du temps, si on les campe bien, nos personnages nous les dictent eux-mêmes.

100% Auteurs : La question curieuse, s’il devait y en avoir une, serait la suivante. Y a-t-il des projets littéraires en cours ? (si oui) Acceptez-vous de nous en parler ?

Bernard PELCHAT : Comme je l'ai écrit précédemment, ces semaines-ci,  je termine un roman qui s'appellera probablement Hôtel Victoire. L'action débute le jour du déménagement, à la suite de la vente d’un hôtel. À partir du deuxième chapitre, flash-back d'un an – de juin  1949 à 1950 – où l'on découvre pourquoi on a procédé à cette transaction.

On lira ici un ouvrage que je qualifierais de minimaliste comportant quelque 75 courts chapitres sur environ 125 à 130 pages, avec une certaine particularité d'approche dont je ne veux pas dévoiler pour l'instant la teneur, mais qui, je pense, comportera son poids d'originalité. Je commencerai d'ailleurs bientôt la recherche d'un éditeur pour sa publication. Des intéressés?

Aussitôt celui-ci terminé, je m’engage dans quelque chose – on ne peut pas être plus vague – qui adoptera la même structure et les mêmes ondulations qu’une œuvre musicale très connue. Titre de travail : BGVG. À suivre.

 
100% Auteurs : Un mot, une citation qui pourrait qualifier l’être littéraire que vous êtes, ce serait lequel (laquelle) ?

Bernard PELCHAT : Curiosité. Curiosité pour les arts et la culture en général avec un intérêt particulier pour tout ce qui concerne les arts de la scène : théâtre, danse, opéra, concert, chanson, comédie musicale, spectacles multimédias, etc. En écriture, je ne veux pas non plus me confiner dans une seule manière, mais plutôt explorer les multiples avenues possibles. Avec les nouveaux médias maintenant, l’éventail se déploie de plus en plus.

100% Auteurs : Même si ce n’est pas toujours le cas, il n’en demeure pas moins que souvent les auteurs sont de grands adeptes de lecture. Donc, en termes de lecture, vers quel genre se porte votre préférence ?

Bernard PELCHAT : J'aime beaucoup les polars. Le dernier que j'ai lu, L'inaveu de Richard Ste-Marie, auteur québécois publié aux Editions Alire (http://www.alire.com/). Un inspecteur revient sur un meurtre commis trente-cinq ans plus tôt et en résout l'énigme à partir de touffus documents d'archives de son père. Je puise parfois dans les gagnants du Prix du Quai des Orfèvres et j’affectionne aussi les auteurs scandinaves.

100% Auteurs : Les enfants, adolescents et même nombre d’adultes lisent de moins en moins. Que pensez-vous de cet état de fait ?

Bernard PELCHAT : La lecture n'est pas une activité obligatoire. Si je me fie à mes deux petits-fils, l'un lit très peu et l'autre dévore. C'est donc moitié-moitié. Ils n'en sont pas moins épanouis pour autant. La lecture est une question de goût, d'intérêt. À chacun de trouver son attirance pour les formes d'art qui lui conviennent. Je suis autant ravi de rencontrer des jeunes qui ne lisent pas beaucoup, mais qui s’intéressent aux arts visuels, au cinéma, au numérique, au théâtre, à la chanson, etc.

Pour ma part, depuis un certain temps, je me suis mis à la lecture sur tablette et je lis davantage qu'auparavant. J’ai relu Dumas, Gide, Camus et bien d’autres. Les livres sont moins chers. On peut en trouver des centaines gratuitement, libres de droits. Et on peut transporter sa bibliothèque au grand complet partout où l’on va. Avis donc aux détracteurs de l'approche numérique de la lecture...

100% Auteurs : Pour terminer, par rapport à votre vécu, comment ressentez-vous le parcours dans le milieu de l’édition actuel ?

Bernard PELCHAT : J'ai publié à mon propre compte tout ce que j'ai écrit jusqu'à maintenant. Mon récit Des nouvelles de ma sœur a été refusé par une bonne douzaine d'éditeurs au Québec avant que je ne le sorte moi-même en 2010. Mon Petit Éditeur a décidé de l'inclure à son catalogue en 2012. J'en suis ravi, mais si je vais dans un Salon du livre, je dois acheter le nombre d'exemplaires que je pense écouler. Je prends donc encore pas mal de risques.


On a accès à Merde... alors ! à partir de mon site web (www.bernardpelchat.com) que j’entretiens à mes frais. Je recommencerai bientôt la ronde pour Hôtel Victoire. Il faut dire qu’à 67 ans, je suis nouveau dans ce monde. Je me considère comme un jeune auteur. Ma réputation n'est pas encore établie. J'assume donc de bonne grâce ce processus qui me fera dénicher un jour, j'espère, l’éditeur qui me prendra sous sa houlette et me fera évoluer élégamment dans ce milieu.


Merci Bernard PELCHAT d’avoir accepté de répondre à nos questions. 

Propos recueillis par Marie BARRILLON

Des nouvelles de ma soeur

Des nouvelles de ma sœur de Bernard PELCHAT Editions Mon petit éditeur, ISBN 9782748389081, 16€

« Quelque deux ans et demi après son entrée dans le monde, les médecins ont jugé que tout effort supplémentaire pour aider Sylvie était vain. Ils l’ont amenée à un certain stade de confort et ils ne pouvaient pas aller plus loin. Ayant reçu l’avis de sa libération, papa était parti la chercher avec ma tante Blandine pour la ramener au bercail. La « ramener » n’était pas le terme exact à utiliser ici puisqu’elle n’y avait passé à peine quelques heures depuis sa naissance. » Extrait du livre 

Sylvie…

Le début de cet ouvrage nous raconte l'enfance insouciante au sein d'une famille à une époque révolue qui n'a plus aucune ressemblance avec la jeunesse d'aujourd'hui. A cet époque, début des années cinquante, les enfants n'avaient ni ordinateurs ni jeux vidéos et de ce fait la vie avait une toute autre saveur. Celle où l’on apprenait des « anciens » ce que la vie avait à apporter où offrir sans jamais trouver aucun moment pour s'ennuyer ou encore se plaindre : « Combien d'heures avons-nous passées en folles baignades où, profitant des conseils des plus grands, nous apprivoisions les rudiments de la natation [...] Quelles parties de pêche nous avons faites avec des adultes expérimentés qui nous initiaient patiemment à la répulsive manipulation des vers [...] Que dire des multiples excursions dans la forêt où nous allions escalader une immense falaise... ».

Tant d'activités de nos jours trop rares et que nous jeunes ne savent pas apprécier ni même imaginer, à part quelques exceptions, peut-être.

Notre narrateur a sept ans lorsque sa petit sœur Sylvie voit le jour avec de très grosses difficultés. Une naissance compliquée qui va perturber complètement cette famille aimante et unie.

La rencontre avec Sylvie se fera plus de deux ans après sa naissance. Durant tous ces mois, elle aura subi opérations et soins médicaux divers en tout genre. Mais, elle ne pourra jamais marcher. Qui plus est, diagnostiquée Trisomie 21, elle demeurera toujours différente des autres enfants.

Arrivée en famille… 

Sylvie a deux ans et demi lorsqu’elle intègre enfin sa famille. C’est une enfant différente sur qui la vie s’est acharnée sans rien lui épargner, mais sa force de vivre est plus forte et dépasse même l’entendement. Le narrateur, encore tout jeune à ce moment, n’a aucune idée de ce qui l’attend à l’orée de cette rencontre : « Nos cœurs d’enfants ont été lourdement heurtés ce jour-là », tout en essayant de se l’imaginer, car « tant qu’on ne voit pas, on s’imagine des choses plus ou moins graves selon qu’on prend la vie du bon ou du mauvais côté ».

Toute cette famille s’unit pour apprendre à vivre ensemble autour de Sylvie, et du mieux qu’il soit possible face à cette tragédie. Cependant, Sylvie, si différente, doit être placée en institution. La réalité de son état ne permettait aucune autre solution, aucun choix. C’est un déchirement pour tous, car bien que différente, les sentiments à son égard sont bien présents, réels et sincères : « Comment ne pas aimer un être à ce point sans défense que la nature a fait entrer dans nos vies et la bouleverser à jamais ».

Sylvie passera quarante ans de son existence en institution sans (peut-être) aucune notion de la vie et/ou de sa condition. Elle vivra « en conservant son secret, en demeurant retranchée dans son monde infranchissable, complètement isolée. […] Seule avec elle-même toute sa vie, elle n’a jamais rien livré de son intimité ».

L’amour sans limite… 

Une fois devenu adulte, le narrateur fera tout son possible pour cette petite sœur qu’il aime par-dessus tout par choix, par vœu, mais aussi pour tenter de soulager ses parents dans cette bataille de tous les instants qui les a  tant blessés, cette injustice sans nom : « Ils ont vécu en essayant d’oublier sans jamais y parvenir. On ne peut pas mettre de côté si facilement son propre enfant. On ne peut pas faire comme s’il n’existait pas. Il est là. Il faut l’endosser ». Des parents qui porteront toute leur vie le poids de la culpabilité, bien qu’ils ne soient aucunement responsables de ce que la nature leur a imposé. Cette dernière fait que nous devons subir ses caprices sans aucune possibilité d’y échapper ou de l’éviter. 

Notre narrateur s’occupera de sa petite sœur, plus que tout autre, jusqu’à son dernier souffle à l’âge de cinquante ans, parce que le cœur a ses raisons et que la sienne c’est elle, Sylvie. Cette « enfant » qu’il accompagnera et verra partir, il l’aura aimé, jusqu’au bout. Et pour toujours, il l’aimera.

Les souvenirs ancrés sont ce que notre mémoire nous accorde pour ne pas oublier les « évènements », même (et peut-être surtout) au travers des pires difficultés, comme des leçons qui resteront inscrites : « Ton passage parmi nous aura été un incessant combat pour la vie ».

Bernard PELCHAT nous offre un témoignage poignant et plein de courage où l’émotion intense est à chaque instant d’une présence incontestable. Sans connaître cette petite sœur, cette lecture fait naître une tendresse particulière que l’on aurait envie de lui témoigner.

« Des nouvelles de ma sœur » est un témoignage à lire absolument !

Entretien avec l’auteur à lire, ici : Entretien avec Bernard PELCHAT

 
Auteur : Bernard PELCHAT
ISBN : 9782748389081
Prix : 16€

La phrase de la fin : « Toi seule assumais ces étincelles éphémères qui surgissaient à l'improviste du fond des ténèbres, parcelles d'infini, du fond de ton âme, intimes étoiles d'espoir qui ne soulevaient et ne soulèvent encore qu'une seule question : pourquoi ? »

Présentation de l'éditeur

Ce touchant récit de Bernard PELCHAT – écrit en s’inspirant de l’arrivée dans sa famille d’une petite sœur lourdement handicapée, tant physiquement qu’intellectuellement, au début des années cinquante, alors qu’il avait sept ans – est bâti à partir de souvenirs personnels abondamment revisités. « Des nouvelles de ma sœur » relate une existence marquée de nombreuses péripéties éprouvantes qui ont imposé à Sylvie un destin peu commun. Elle n’aura laissé aucune trace apparente de son passage sur terre. Elle n’aura été qu’une minuscule goutte d’eau dans l’ensemble de l’univers. Elle ne sera cependant pas passée inaperçue pour ses proches qui l’ont suivie tout au long de ses cinquante années de vie. Une femme anonyme, sans histoire, mais qui en a quand même eu une.

Biographie de l'auteur

Bernard PELCHAT est l’un des cofondateurs du Festival d’été de Québec (1968). Diplômé du Conservatoire d’art dramatique de Québec, section scénographie, en 1970, il s’implique immédiatement dans la vie théâtrale québécoise comme directeur de production au Théâtre du Trident pour les deux premières saisons de la compagnie. Par la suite et jusqu’en 2001, il passe au service du Grand Théâtre de Québec. À divers titres au cours de ces années tant en production qu’en communication, il participe à la création et à la présentation d’une multitude de concerts et de spectacles de théâtre, d’opéra, de danse, de comédies musicales et de variétés. Il collabore ainsi avec presque toutes les entreprises culturelles de la région de Québec, un grand nombre du Canada et d’un peu partout dans le monde.

Des nouvelles de ma sœur

vendredi 8 février 2013

Sept coups

Sept coups de Francis BAUX, Editions Les 2 Encres

« L’amour plus fort – Eros qui terrasse Thanatos – c’est sûr, il y réussissait. Cet amour n’était ni sexe ni sentiment, mais un miroir pour que chacun se voie dans les yeux de l’autre, compassion de l’éphémère créature qui devient asexuée et qui demande pitié. Fais-moi vivre, semblait dire l’autre, et chacun était aussi libre que dépendant de l’autre. La tendresse est galvaudée, malaimée, et sous-estimée, elle passe pour la passion des vieux. Cette sorte de mélange mystique qui fait que deux êtres pactisent en secret, sans texte ni loi, est un ciment d’amour fort : on n’a pas besoin de vivre ensemble dans le même lieu. » Extrait du livre.

La roulette russe…

Depuis qu’il a appris sa maladie, Pierre joue « à la roulette russe avec ce revolver trouvé caché dans le bois de la forêt de Fontainebleau ». Un jeu dangereux qui depuis vingt ans rythme des matins et qui lui offre chaque jour un nouveau sursis : « Il a encore un jour. Pourquoi avons-nous un jour de plus et pour faire quoi de plus ? […] chaque jour, il renaissait comme un bébé… ».
  
Jusqu’au jour où il rencontre Matilda. Une belle jeune femme rousse, avocate, de vingt-cinq ans. Pierre lui propose un pacte étrange qu’elle refuse, mais ne s’oppose pas à faire plus ample connaissance.

Après cette rencontre avec la jeune femme, Pierre rencontre la peur : « Pour la première fois depuis longtemps, il a peur de son geste fou, car si demain, « boum » il mourait, il ne saurait pas la suite de cette aventure qui l’agrafait à son destin comme la meilleure des raisons de vivre : encore aimer avant l’hiver de sa vie ».

Parce qu’en définitive la vie ne tient qu’à peu de choses. Un évènement, une anicroche, une rencontre ou encore une parole, un regard… suffisent parfois à faire basculer les plus rigides d’entre nous. Personne n’est à l’abri de ce genre de bousculade intérieure causée par l’environnement extérieur.

De son côté, Matilda n’est pas indifférente face à cet homme, disons-le, un peu fou : « Cette rencontre insolite lui donnait le prétexte d’un plaidoyer pour la vie, l’amour de la vie, afin de contraindre Pierre, à force d’arguments, que sa roulette n’était qu’une névrose. Surtout, cet homme surgi de n’importe où l’avait touchée car il lui semblait sincère et désespéré ».  Ne rien faire l’aurait rendue coupable « d’une indifférence et d’une certaine légèreté ».

Comment vivre avec un tel fardeau ? De plus, en tant qu’avocate, elle ne pouvait concevoir un tel acte qui ne correspondait ni à sa morale ni à sa vocation professionnelle : « Maintenant, elle devrait plaider pour rien, pour la vie, pour elle et pour lui ».

« Je meure chaque nuit pour ressusciter chaque matin »
(Georges BERNANOS, extrait de « dialogue des Carmélites »)

Matilda, torturée au plus profond d’elle-même cherchait en Pierre l’aide dont elle avait besoin. Quant à Pierre, la présence de la jeune femme lui était devenue nécessaire, sinon indispensable : « La réalité des autres nous révèle à nous-mêmes ».

De jour en jour, l’attachement s’imposait. Faisant plus que connaissance, ils devenaient amants. Plus de « clic » de révolver. Plus de provocation de la vie ou de la mort. Comme chacun en a besoin, Pierre avait trouvé en Matilda une raison de vivre, de respirer, de ne plus vouloir tenter le diable avec sa roulette russe, de ne plus chercher à chatouiller son arme en jouant avec la chance, ne serait-ce que pour Matilda, encore et encore : « Il n’y a plus besoin de roulette russe lorsque la vie prend du sens. Il devait vivre pour elle, littéralement ».

Cependant, au fil du temps, ce « elle » va se transformer en « elles ». L’arrivée inattendue de Sarah, il ne l’avait pas prévu et encore moins imaginée, Pierre. Une naissance inattendue, mais en définitive tant aimée. Rien d’autre que la naissance d’un enfant ne pourra jamais unir plus profondément les liens de deux êtres qui s’aiment. Du moins, c’est ce que l’on se plait à imaginer, à croire, à vouloir…

Les jours passent apportant, pratiquement toujours, ce quotidien d’habitudes que nous redoutons tous. Les choses changent, les pensées se modifient, les désirs bien que toujours présents diffèrent et ralentissent leur pouvoir. On cogite, on réfléchit, parfois trop, mais : « le destin fait toujours ce qui lui plaît en brodant sa toile sur nos actions en apparence les plus infimes ». Et puis, qui que l’on fasse, « c’est comme cela la vie, un peu de choix et beaucoup de choses que les évènements extérieurs déterminent ».

Pierre prend une décision, mais les émotions qui en émanent le torturent et il sait que « l’émotion est mauvaise conseillère pour tout ce qui concerne l’action ».
Ira-t-il jusqu’au bout de celle-ci ?

Une très belle histoire que nous raconte l’auteur et comme à son habitude, il nous fait l’honneur d’offrir à notre regard une kyrielle de petites phrases qui ne manqueront pas de nous mener sur le chemin de la réflexion, non pas en donneur de leçon, loin de là, mais simplement pour réfléchir aux choses, aux sentiments, à l’amour et plus encore. Néanmoins, chacun peut s’arrêter sur ce chemin pour simplement continuer sa route au fil des pages, cela n’en demeurera pas moins un vrai plaisir et ne dénaturera en rien ce plaisir de la lecture que nous donne cet ouvrage. C’est juste un plus !


 
Informations sur le livre :

Titre : Sept coups
Auteur : Francis BAUX
Éditions : Editions Les 2 Encres
Collection Encres Nomades
ISBN : 9782351685099
Prix : 13,50 €