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lundi 28 février 2011

Entretien avec Bruno Bonvalet

Entretien avec Bruno Bonvalet
(“La note”, Grrr…Art Edition)

1001 Livres : Tu es professeur des écoles et en parallèle tu écris pour les enfants. Partages-tu tes livres avec tes élèves ?

Bruno Bonvalet : Bien entendu ! Le plus possible, sans que cela devienne un quelconque prétexte commercial.

1001 Livres : On dit souvent que nous gardons une âme d’enfant. Ce n’est, certes, pas le cas pour tout le monde, mais qu’en penses-tu ?

Bruno Bonvalet : J’en pense que je ne le dis peut-être pas en parlant de moi, mais que les autres n’arrêtent pas de me le dire. Et puis garder son âme d’enfant, c’est accepter de découvrir chaque jour qu’on a encore des tas de choses à apprendre. Alors, si c’est mon cas, j’en suis plutôt heureux !

1001 Livres : Qu’est-ce qui te pousse et/ou te motive à écrire pour les enfants ?

Bruno Bonvalet : Les enfants ! Ils sont dans une telle attente, dans un tel désir de découverte (voir réponse précédente), que si on écrit pour eux, en pensant à eux, ils y trouvent toujours leur compte. Ils sont pourtant exigeants…

1001 Livres : L’écriture dans ton univers, est-elle quotidienne ?

Bruno Bonvalet : Oui, mais c’est aussi l’écriture pour prendre des contacts, pour partager des avis, pour solliciter des critiques (!)… L’auteur est auteur, mais n’en est pas moins homme et papa.

1001 Livres : A ton avis, est-il plus facile d’écrire pour les enfants lorsque l’on est professeur ?

Bruno Bonvalet : Oui et non. Oui, parce qu’à leur contact, quotidiennement, on est bien placé pour connaître leurs goûts. Non, parce que le travail scolaire n’est pas toujours de la littérature et qu’il est parfois difficile de différencier les deux. Preuves en sont mes trois premiers romans jeunesse accompagnés d’un dossier pédagogique.

1001 Livres : Quel message souhaites-tu transmettre aux enfants qui te lisent ?

Bruno Bonvalet : Je ne sais pas si on peut appeler cela un message mais je voudrais simplement qu’ils éprouvent du plaisir en me lisant et en me relisant, sans donner plus d’importance aux textes ou aux illustrations quand il y en a.

1001 Livres : A quelles tranches d’âges s’adressent tes livres jeunesse ?

Bruno Bonvalet : Pour mes albums, de 6 à 12 ans, et pour mes romans, de 10 à …ans. Il me semble difficile de déterminer une tranche d’âge pour un ouvrage.

1001 Livres : S’il n’y avait qu’un seul mot pour te décrire, lequel serait-il et pourquoi ?

Bruno Bonvalet : « Vivant » Je suis plutôt extraverti et exubérant, mais plus pour montrer que j’existe que pour juste faire le pitre !

1001 Livres : En tant que lecteurs curieux, nous aimons savoir ce que les auteurs nous réservent. Quels sont tes projets littéraires à venir ?

Bruno Bonvalet : Pour 2011 sont prévus un roman humoristique chez Grrr…Art éditions, un roman jeunesse récit de vie aux éditions Terriciaë et, last but not least, du théâtre jeunesse aux éditions Retz. Et puis plein d’autres choses en préparation et de nombreuses participations à des salons du livre. Je suis prolixe et patient…

1001 Livres : Et dans tout ça, quelles sont tes lectures personnelles ?

Bruno Bonvalet : Je varie les plaisirs en relisant des classiques comme Hugo ou Loti, en dévorant des albums ou romans jeunesse pour me tenir au courant et en me plongeant dans des BD au fil des rencontres… Actuellement, je finis le beau roman jeunesse de Florence Reynaud, « Le premier dessin du monde » en parallèle avec « Les infernaux » de Thomas Scotto et « Le roman d’un enfant » de Pierre Loti.

Propos recueillis par Marie BARRILLON


La note

"Il y avait un beau pied de lavande. J'ai voulu m'y poser.
Un bourdon a rouspété :
-Non mais qu'est-ce que tu fais là ?!!
Ici, on travaille ! Il n'y a pas de place pour toi, oust !"
Extrait du livre

LA NOTE

Avec "La note", Bruno Bonvalet n’en est pas à son "coup d’essai". Entre albums et romans jeunesses, cet auteur signe, avec ce dernier titre, son septième livre.
Professeur des écoles avant tout, il occupe ses loisirs à écrire pour les enfants mais également à illustrer ses ouvrages.


Avec "La note", l’enfant va découvrir l’histoire d’une note de musique, qui après s’être échappée d’une portée, se retrouve ballotée d’un pied de lavande à une branche de cerisier, d’une toile d’araignée jusqu’au bec d’un oiseau qui soupçonnant l’indigestion rejette la note en plein vole et sans tendresse. Elle se retrouve plongée dans le bassin d’un jardin mais les poissons n’entendent pas sa musique. Evidemment, dans l’eau nous n’entendons pas grand-chose !


QUELLE DESTINEE…

La pauvre petite note se sent rejetée de partout et par tous. Elle s’envole dans les airs, mais… est-ce vraiment son univers ! Les péripéties ne vont pas manquer de jalonner son périple où elle va en voir de toutes les couleurs.

Puis, elle rencontre une kyrielle d’autres notes où : "chacune paraissait suivre obstinément un chemin précis" Alors, notre petite note esseulée les suit. N’était-ce pas le mieux qu’elle pouvait faire ? Sa destinée va s’en trouver changée. Mais, gardons le mystère !

De belle inspiration, cet album ne peut que plaire aux enfants et s’ils ont un peu d’imagination, vous les ferez chanter sans l’avoir cherché ! Il plaira certainement aussi aux parents qui aiment faire la lecture aux plus petits.

Un petit achat simple pour faire plaisir à nos chérubins pour leur donner peut-être le goût de la lecture. Un bel ouvrage pour les enfants de 6 à 8 ans. Les illustrations sont réalisées par l’auteur.

Marie BARRILLON

Informations sur le livre :

Titre : La note
Auteur : Bruno Bonvalet
Editions : Grrr…Art
ISBN 13 : 9782913574861
Prix : 12,00€

lundi 14 février 2011

Entretien avec Nina Vivien

Entretien avec Nina Vivien
("Alcôve", Editions Edilivre)

1001 livres : "Alcôve" est ton premier livre. C’est un témoignage fort. En le lisant, on comprend le besoin que tu as eu de l’écrire. Qu’est-ce qui t’a poussée à le publier ? Voulais-tu, de cette manière, faire passer un message ? Si oui, lequel ?

Nina Vivien : J’ai écrit Alcôve sur l’espace d’une année, en 2000. A cette époque, je traversais des moments douloureux, mais nécessaires au bon découlement de mon analyse. Je commençais à accepter mon passé ainsi que mes symptômes ; mettre des mots sur des maux.
L’écriture fut pour moi la seule manière de dire les choses, la parole me manquant.
Suite à cette écriture, j’ai fait l’acte de dire à ma famille toutes ces horreurs qu’ils m’ont infligées. Leur réponse ne fut qu’un rejet de plus. Une banalisation des faits. Cette constatation et ce chamboulement intérieur m’ont entraînée vers une première dépression. J’ai donc posé dans un coin de moi « Alcôve », le temps de ma re-construction.  Il s’en est donc écoulé quelques années.

Suite à une deuxième dépression, j’ai fait l’acte de tout quitter et de m’installer loin d’eux et de ce passé, parce qu’il m’était devenu impossible de vivre près d’eux (dans la même ville) et de croiser certaines personnes qui me disaient avoir toujours su, entendu, vu, sans jamais avoir fait un geste pour me sauver. C’est donc, il y a environ deux ans que j’ai souhaité donner vie à mon récit.

Mis à part le côté salvateur d’Alcôve, c’est un cri dans la nuit qui vient briser ce silence qui parfois peut tuer. Je ne peux comprendre et accepter l’immobilisme de tous et de la société face à des actes si graves et destructeurs. Un enfant meurt tous les trois jours sous la maltraitance, quelle qu’elle soit. C’est impardonnable et condamnable ! C'est aussi un témoignage montrant que la fatalité n'existe pas, et que les enfants maltraités ne finissent pas tous par être des adultes maltraitants. Pour cela, il faut dire les choses ; mettre des mots sur des maux. Apprendre à s'accepter et à s'aimer tel que l'on est, avec nos failles, nos fragilités..., et se construire avec nos richesses intérieures. Utiliser ses forces pour vivre, et ne pas donner raison aux autres.

Je souhaite aussi apporter un certain souffle à tous ces enfants qui souffrent. Leur dire qu'ils ont le droit et le devoir de vivre et de goûter aux beautés de ce monde. Je ne peux parcourir ma vie sans penser à ces milliers d'enfants, d'adultes, qui souffrent et meurent des actes et du regard des autres. Ma vie n'aurait aucun sens, aucun intérêt. Mon vœu est qu'un jour prochain cessent toutes ces horreurs faites par Les Hommes !

1001 livres : Quels ont été tes moments les plus propices pour écrire "Alcôve" ?

Nina Vivien : Je n’ai pas eu de véritables moments, si ce n’est que j’ai écrit « Alcôve » dans une certaine urgence. Il m’était vital à cette époque de me soulager de toutes ces horribles choses. C’est ce qui m’a permis entre autres, de « guérir » de comportements autodestructeurs comme l’agoraphobie, la dépression…

1001 livres : As-tu d’autres projets d’écriture ?

Nina Vivien : Oui. En effet, je viens de terminer un autre récit ; « Le silence de Marie ». Il est tout aussi autobiographique mais différent d’ « Alcôve » au regard des années passées et de ma construction. « Le silence de Marie » commence quand j’ai échouée sur une terre inconnue ; la Bretagne. J’étais alors en congé de longue maladie pour cause de dépression. Je me suis retrouvée seule avec l’espoir de vivre enfin. Inutile de te dire que la reconstruction quelle qu’elle soit ne peut se faire sans douleurs, peurs et solitudes. C’est comme une re-naissance. Le premier cri !

J’ai souhaité aussi parler du regard que la société pose sur les êtres dit « malades », « en dehors de la normalité ». J’ai vécu cette forme d’exclusion pendant toute cette période de reconstruction, elle est encore présente aujourd’hui et le sera toujours sous d’autres formes, d’autres regards portés sur ce que j’ai pu être, ce que je suis et ce que je serai demain. « Le silence de Marie » est aussi un espoir, une histoire d’amour entre deux femmes. Marie et moi. Deux femmes qui ne se connaissent que derrière un écran d’ordinateur, mais dont leurs échanges vont êtres beaux, vrais, amoureux. Elles vont s’interroger sur leur vie, leurs attentes, leur désirs, leur peurs. Ces longs échanges m’ont beaucoup aidé à me battre. Ils m’ont donné des ailes, des ailes d’amour et de vie.

1001 livres : Quelles sont tes sources d’inspiration ?

Nina Vivien : L’instant. Les autres. Tout ce qui m’entoure. Je regarde, j’écoute, de ressens, et je pose. Je crois que je suis encore une plaie ouverte. A fleur de peau. Mes émotions, mes sensibilités et mes pensées intérieures sont sans cesse bouillonnantes, vivantes. Je suis très sensible à ce qui m’entoure ; les espaces, les vides, les silences, les bruits… Ces choses me terrifient parfois et sont source de mes inspirations, de mes bouleversements. Je suis sans cesse en interrogation sur moi-même, sur les autres et sur le sens de la vie.

1001 livres : Lorsque tu écris, optes-tu pour un plan de "travail" précis ou au contraire laisses-tu libre cours à ton inspiration ?

Nina Vivien : J’écris dans l’instant. Quand je ne peux pas me poser, j’ai toujours sur moi un petit carnet où je pose un mot, une phrase qui répondent à mon ressenti. Je n’ai donc aucun plan de travail. Je suis incapable de m’en construire un, peut-être parce que je n’ai pas de véritables connaissances littéraires dans le sens « enseignement ». D’ailleurs, je ne retouche presque jamais mes mots. Ils restent fidèles à ce que je suis. Ce qui me dessert peut-être ? Mais je ne sais faire autrement. 

1001 livres : Quant à ta manière d’écrire, quelle est-elle ? Te mets-tu sur ton ordinateur ou préfères-tu commencer par le faire à la main ?

Nina Vivien : J’écris presque toujours sur des feuilles (blocs) et dans mon petit carnet. Ensuite, bien plus tard, quand tout est posé, je retranscris sur mon ordinateur en changeant très peu de choses. J’aime le bruit de ma plume sur le papier. J’aime caresser son grain, humer son odeur. C’est fou comme une feuille peut être vivante ! Elle donne vie à des mots, une histoire, une trace. Elle est le témoignage d’instants intimes.

1001 livres : As-tu des petites choses fétiches ou que tu aimes quand tu écris ? Comme une préférence de stylo ou avoir ton petit café près de toi, écouter de la musique… Des petites habitudes qui te sont bien personnelles mais dont tu as besoin ?

Nina Vivien : J’ai  besoin d’être seule, de me poser sur une table avec mon stylo plume (toujours le même) et ma bille (celle qui ne me quitte jamais). J’écoute parfois de la musique, classique ou chanson française, celle que j’aime et qui me bouscule, comme Barbara, Aznavour, Brel, Brassens, Reggiani, et bien d’autres poètes. J’aime écrire le soir, la nuit, ou quand une nouvelle aube se prépare, quand tout est calme, quand la ville dort. Je suis en, ces instants, seule avec mes émotions. Seule avec moi-même.  J’aime bien aussi parfois être accompagnée d’un verre de vin. Il m’apporte une certaine douceur, une volupté, une nudité que peut-être je n’oserai dévoiler sans lui. Mais je n’en abuse jamais ! J’aime quand le vin est bon !

1001 livres : Y a-t-il des personnes autour de toi qui seraient tes premiers lecteurs, en avant première, si je peux dire ? Si oui, que disent-ils ?

Nina Vivien : Ma première lectrice fut ma psychologue, parce qu’elle m’a accompagnée tout au long d’Alcôve, et que sa présence m’a sauvée, même si je sais qu’on se sauve soi-même, mais sa présence, son accompagnement ont donné vie à mes écrits. Ensuite, ce fut ma « famille adoptive », celle qui m’a aidée, hébergée durant ma dépression et qui m’a aussi poussée à dire les choses envers ma famille. Ils m’ont sauvé la vie. Sans eux, je ne pense pas que je serai là aujourd’hui.

Je crois qu’ils sont fiers de moi et de ce chemin parcouru. Ils m’accompagnent, même de loin, dans mon combat contre la violence, l’exclusion et dans ma volonté de dire l’indicible.
Quelques lecteurs se sont manifestés après m’avoir lue. Peu de témoignages en fait, chose que je peux comprendre parce que mes mots sont parfois loin d’être tendres. Ils peuvent bousculer, déranger même. Mais ce peu de témoignages me confortent et me donnent envie de continuer. Cela fait du bien. J’ai l’impression en ces instants de ne plus être seule.
1001 livres : Quelle place l’écriture tient-elle dans ton quotidien ?

Nina Vivien : Elle est quotidienne ! Elle est mon souffle, ma nourriture, ma pulsion de vie. Je crois qu’elle m’accompagne comme une amie. J’ai besoin de sa présence pour vivre. Lors de ma première dépression, il m’était devenu impossible d’écrire et de lire à cause de cette innommable fatigue qui m’a poursuivie pendant de longs mois. J’en ai terriblement souffert. Un terrible manque. J’étais perdue, capable de rien. Une perdition. Une fin en soi.
J’aime lire. J’ai besoin de cela. Il y a toujours à mes côté un livre qui m’attend, que je prends et que je dévore. Les livres sont des Histoires, des Métissages. Ils sont des traces, des témoignages de Vies.

1001 livres : Comment imagines-tu ton avenir littéraire ?

Nina Vivien : Je ne me dis pas écrivaine. Je suis consciente de mes possibles et de mes impossibles !  J’ai le rêve d’être un jour à l’égal de certains écrivain (e) s. C’est bon de rêver. D’ailleurs, je rêve tout le temps ! Ma vie est un rêve sans fin !

Je crois que j’ai besoin de laisser une trace derrière moi, si infime soit-elle. J’ai envie de pousser mon dernier souffle en me disant que j’ai fait ce qu’il m’était possible de faire, de dire, d’aimer. Je suis consciente aussi que mes écrits soulèvent des sujets comme la maltraitance, l’homosexualité, le sida… qui sont encore des non-dits dans notre société. Ils n’ont donc que peu de lecteurs et donc peu de chances de connaître une certaine « célébrité » !

Il est vrai aussi que j’ai du mal à me « vendre », même si ces sujets me sont importants et qu’ils sont ma sève et mes cris. Je n’aime pas m’exposer aux autres. Trop pudique peut-être. En fait,  je ne veux pas qu’on se souvienne de moi dans mes écrits. Je veux qu’ils soient un souffle, un espoir, mais aussi un cri pour dénoncer l’exclusion, l’indifférence et la violence. Tous ces actes quotidiens qui mènent à une mort certaine. Je ne peux vivre en restant silencieuse.

Propos recueillis pas Marie BARRILLON


Alcôve

"J’ai hâte de vous revoir, j’en ai le cœur qui bat d’impatience, et pourtant il se mêle à cette joie une terrible peur. Cette peur étrange qui me rappelle celle de la punition. L’attente interminable dans le coin d’une pièce, essayant en vain de se cacher, de disparaître. Ne désirant que la mort… […] Mon enfance s’est passée dans l’abandon, ce silence interminable de l’attente, debout, dans un coin, face au mur."
Extrait du livre

PLUS QU’UN TEMOIGNAGE…UNE HISTOIRE !

Ce témoignage autobiographique commence fort en émotions. Malgré tout, âme sensible ne pas s’abstenir ! Il amène, dans un premier temps, à se poser des questions sur la condition des enfants en particulier mais également sur celle de l’enfance en général. Faisons-nous vraiment toujours autant de bien que nous le croyons à nos chères petites têtes, blondes, brunes ou rousses ?

Nina Vivien nous ouvre le regard, si tant est que cela soit nécessaire, sur ces enfances blessées. Elle nous écarquille les yeux, du moins, nous force à les porter là où elle souhaite les voir se poser. Et ce n’est pas un mal !

Combien de regards se détournent des évidences : "Les voisins : ils savent tout, voient tout, entendent tout, mais ils ne font rien. Par peur d’être dérangés, peur que cela vienne troubler leur intimité, leur vie."

Notre personnage se remémore les drames d’enfance mutilée, blessée, tout en en vivant d’autres dans le présent, la perte proche d’un être cher et tant aimé : "Je ne peux accepter que tu disparaisses sans avoir goûté à la vie… […] Une mort certaine, dans ce monde pour qui l’histoire ne lui a rien apporté". Un ami proche. Plus qu’un ami pourrait-on dire puisque pour émettre un tel ressenti, il ne peut pas en être autrement.

Le sida, cette maladie, l’enfer des vivants en sursit qui décime les Hommes depuis plus de deux décennies frappe et frappe encore sans cesser, ni laisser le moindre répit. Combien sommes-nous à en avoir une peur bleue ? Mais, combien sommes-nous, surtout, à s’en détourner pour ne pas affronter une réalité terrible ? Combien sommes-nous à la taire, la rendant encore plus tabou aujourd’hui qu’elle ne l’était à sa découverte, il y a quelque vingt-cinq ans ? "Je hais le regard des autres, celui qui nous désigne comme une chose anormale […] Je hais l’homosexualité, c’est un véritable poison qui nous bouffe lentement […] Je hais le sida. Je hais cette maladie qui nous tue d’avoir essayé d’aimer".

UN VIDE DE PLUS…

De cette maladie, Nina ne s’en détourne pas, elle ne le peut pas. Et même si elle le voulait elle en serait incapable : "Encore un vide qui va me poursuivre jusqu’à mon dernier souffle". Ce vide là, s’associera à ceux de son enfance pour la brutaliser un peu plus, plus profondément. Comment trouver l’apaisement lorsque l’on en a jamais connu les prémices ? Faire de la vie un délice n’est qu’une bataille contre des murailles encore trop élevées qui empêchent à ce délice d’emplir la vie pour lui offrir l’équilibre, au moins. Et permettre à tout ce qu’il y a de meilleur de prendre naissance là où il a oublié de fleurir, au premier cri expulsé, à la première goulée d’air inspirée, aux premières lueurs aveuglantes.

Malgré tout, le constat, Nina le fait : "Je sais aujourd’hui que cette souffrance est mienne. […] Elle a donné fruits à d’innombrables richesses, forces et courages." Bien sûr, beaucoup diront qu’il faut oublier le passé, que la vie se trouve devant. Plus facile à dire qu’à faire ! Ceux-là, que savent-ils de ces douleurs ? Il est des souffrances qui ne s’effacent pas, Brel le chantait si bien d’ailleurs, n’est-ce pas ! Mais, il est également des souffrances qui perdurent dans le temps quoi qu’on fasse, tout en étant aussi vivaces qu’à leur premier jour. Alors, lorsqu’elles sont répétées, n’est-ce pas encore pire ?

Faut-il avoir vécu certaines de ces horribles souffrances pour comprendre leur acharnement à survivre envers et contre tout ? Et surtout pour comprendre l’impossibilité parfois de les effacer ? Je ne pense pas, mais il est d’une grande évidence que pour comprendre encore faut-il avoir un minimum de sensibilité humaine. Chapeau bas à celles et ceux qui y parviennent, bravo à ces autres qui les combattent jour après jour. Mais, dans tous les cas, Respect à tous ces torturés de la vie pour toutes ces batailles pas vraiment gagnées d’avance.

L’INDESIRABLE !

Dans cette famille, tous n’avaient pas le même traitement, pourquoi ? : "Ma sœur avait sa propre pièce, le salon avec sa propre télévision […] J’étais donc assise face au mur, entre mon frère et mon père, encore une fois très mal placée, à l’affûts des coups. Mon père aimait se défouler sur moi […] sans aucune raison (en faut-il vraiment une ?)". Qu’avait de si différent notre personnage pour qu’un traitement de violences quotidiennes lui soit réservé ? Parce qu’elle n’était pas désirée ne justifie en rien la cruauté parentale dont elle était affligée jour après jour. Elle subissait sans nul autre choix possible comme tout enfant issu de la maltraitance.

Elle pense que ce qu’elle vit est une normalité, tout au moins elle a l’impression de n’exister qu’à travers la violence parentale qu’elle reçoit. Elle fini par le croire tant qu’elle s’en automutile : "Je vivais dans le refus et la négation, un comportement masochiste où seuls les coups de mes parents me rappelaient que j’étais à eux, que je leur appartenais. J’interprétais leurs gestes comme de l’amour, de l’attention, je me nourrissais de cela."

Bien sûr certains se révolteront devant de tels propos. Mais, avant d’en arriver là, si nous nous interrogions tout juste quelques secondes. Comment un enfant pourrait-il raisonner autrement alors qu’il n’a connu que ce cas de figure ? Raisonnons avec l’esprit de cet enfant qui n’a aucune notion de ce qu’est l’amour parental, ni même familiale en général, au lieu de penser avec nos esprits d’adultes responsables donc enclins à une maturité que l’enfant ne possède pas.

Comment l’enfant pourrait-il prendre conscience de quelque chose dont nous-mêmes n’avions pas conscience à son âge ? Comment cet enfant pourrait-il faire la différence de manière aussi marqué que nous entre le bien et le mal alors qu’aucun exemple ne lui est offert pour identifier et reconnaître l’un et l’autre comme étant des faits diamétralement opposés ? "J’étais considérée comme étant une chose monstrueuse, cette mauvaise graine, la honte de la famille […] J’étais une vilaine fille […] J’ai accepté leurs mots. Je me rendais coupable de tout, de tous […] Parce que je suis une vipère, une mauvaise graine, un monstre ambulant. J’ai peur de la mort de ma mère. Ils m’ont toujours dit que je la tuerais."

SURVIVRE POUR PARVENIR A VIVRE…

Qui est donc à blâmer dans tout cela ? L’enfant qui raisonne comme un enfant et subit ? Les parents destructeurs qui n’ont de parents que le nom ? La famille qui sait tout mais ferme les yeux sur tant de monstruosités ? Les voisins qui n’ignorent rien mais gardent le silence sur une situation innommable qui certes n’est pas la leur, mais pour ne pas être dérangés dans leurs petites vies bien rangées, bien heureuses ? Beaucoup de questions nous le concevrons mais des questions que l’on doit se poser vraiment !

Qui est à punir, donc ? Certainement pas l’enfant ! Il y a là, non assistance à personne en danger ! Non assistance à l’enfance maltraitée ! Et combien encore devront souffrir avant que les consciences bougent ? Se réveillent ? Osent ?

Cette petite fille devenue femme se bat quotidiennement contre des démons semés par des parents inconscients, ou plus précisément inhumains. Elle bataille contre des douleurs plus hautes que toutes les murailles, douleurs ancrées si profondément. Impossible d’imaginer qu’il puisse en être autrement !

Des années de psychothérapie auront-elle raison de ce mal ? Auront-elles le bénéfice de sauver cette femme torturée, brisée ? Seul l’avenir le lui prouvera car c’est bien d’elle qu’il s’agit ! Mais au-delà de toute cette souffrance subie depuis l’enfance, portée tel un fardeau, et dans le même temps, nous nous apercevons tout au long de ce témoignage de l’intolérance humaine quasi quotidienne rencontrée face aux personnes qui sorte de la "normalité" quant à leur sexualité : "L’homosexualité n’est ni une tare, ni une maladie, ni une faiblesse. Ce n’est pas non plus un choix que l’on fait dans le seul but d’être différent des autres. Non, ce parcours est difficile et parfois dramatique."

QU’EST-CE QUE LA NORMALITE ?

Posons-nous donc, à cet instant, une ultime question sur laquelle chacun peut méditer, ou encore argumenter. Qu’est-ce que la normalité ? Un vaste mot qui au fond n’a aucun sens réel pour finalement ne rien vouloir dire vraiment. Chacun en développe sa propre définition, ses propres limites, ses critères personnels, car ce qui est normal pour certains ne le paraitra pas pour d’autres. A mon sens profond, la normalité, qu’elle soit votre ou mienne, devrait (doit) s’allier à la tolérance ainsi qu’à l’acceptation de la différence pour avoir un sens.
Personne ne se ressemble, et heureusement !

De quel droit devrions-nous reprocher à quelqu’un d’aimer et de vouloir être aimé, de vivre, tout simplement parce qu’il (elle) est différent du modèle dans lequel nous avons grandi, évolué et où les "valeurs"  inculquées manquent cruellement justement de tolérance ?
Le monde évolue, les mentalités devraient en faire de même. Ne serait-ce pas là un bien pour le monde, pour la société, pour l’humanité ? Bien sûr que si, et cela changerait déjà bien des choses !

Ce témoignage poignant ne nous fait certes pas sourire mais il nous percute et nous ouvre un temps soit peu les yeux. Il semble que le personnage nous parle, se dévoile, sans artifice mais par besoin de montrer aux regards qui se poseront là, que ça existe encore. L’enfance est notre sac de douleur ou de bonheur, c’est selon. En cours de lecture, on s’aperçoit que le personnage s’adresse à sa psychothérapeute, parce qu’évidemment rares sont ceux qui pourront vivre leur vie sereinement sans avoir reçu d’aide pour surmonter de telles douleurs. Rien de plus humain à cela !

Et ce qu’il faut également comprendre de ce témoignage c’est qu’un enfant issu de la maltraitance ne deviendra pas nécessairement maltraitant à son tour. Un autre ayant subit l’inceste ne sera pas forcément lui aussi incestueux. Bien sûr, cela arrive mais ce n’est pas pour autant une généralité ou une évidence. Pourtant, tout ces enfants en souffrance deviendront des adultes en souffrances qui se feront bien plus de mal à eux-mêmes qu’aux autres. Et lorsqu’ils ne sont ni compris, ni aidés, ni soutenus et qu’on leur demande d’être comme tout le monde, c’est comme si on leur demandait l’impossible. Ces personnes sont bien souvent enclines à une sensibilité accrue et hors du commun. On le serait à moins !

Un livre pour tous incontestablement, car le sujet doit sensibiliser le maximum de monde.
Malgré le côté tragique du sujet, on notera de très belles phrases de l’auteur.
La tristesse que l’on peut ressentir peut en rebuter certains mais s’il n’y en avait pas cela voudrait dire que l’histoire est mal contée.

Marie BARRILLON

Informations sur le livre :

Titre : Alcôve
Auteur : Nina Vivien
Editions : Edilivre
ISBN 13 : 9782812109171
Prix : 13,00€