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mardi 11 janvier 2011

Entretien avec Lisa Giraud Taylor

Entretien avec Lisa Giraud Taylor

(Saint-Martial Viveyrols, Edition Pilote 24)


1001 Livres : D’où t’es venu l’idée de ce livre ? Peux-tu l’expliquer aux lecteurs ?

Lisa Giraud Taylor : Ma famille, du côté de mon grand-père maternel, est en majorité originaire de ce petit bout de terre et ce depuis le 16e siècle...

En faisant des recherches généalogiques au sein des différentes Archives Départementales des Régions Aquitaine et Limousin, j'ai découvert quelques vieux documents relatifs à l'église qui m'ont intriqué. En effet, la date de construction de l'église évoquée depuis longtemps était le 13e siècle... Mais ce petit texte latin de 1147 expliquait que l'église représentait déjà un enjeu financier entre deux évêques... J'ai donc décidé de creuser plus profondément avec une supportrice de choc : ma grand-mère adorée qui vivait là-bas depuis plus de 30 ans.

Je pensais au début rédiger un petit fascicule sur l'histoire de l'église-forteresse afin qu'il soit disponible à tous gratuitement. Mais plus je trouvais des informations, plus je me demandais si un livre ne serait pas plus adapté. Et puis, l'amour pour ce village a été le plus fort. Il fallait qu'une trace subsiste au cas où... 

1001 Livres : On note une grande recherche pour constituer une fiabilité des informations exposées dans ton livre. On se doute que ça n’a pas du être facile. Peux-tu nous raconter ?

Lisa Giraud Taylor : En effet, ayant un emploi, prenant, à temps plein, je ne pouvais pas y travailler tous les jours. En outre, je vivais à Marseille, bien loin de l'Aquitaine.
J'ai donc fouillé dans certaines Archives Départementales (Dordogne, Haute Vienne, Charente, etc.) pendant mes vacances et ce, uniquement durant 2 ou 3 jours. En sus, le fonctionnement des Archives Départementales me restreignaient à 10 références par jour... Pas facile quand tu as des côtes par dizaine. Un vrai parcours du combattant...

Je dois remercier ici la gentillesse et la compréhension de certains personnels et des lecteurs présents qui m'ont permis de demander plus de documents en prenant sur leurs quotas. Le partage entre "historiens" peut-être.
Cela m'a pris 5 ans (1 an mis bout à bout) pour rassembler les documents, plans, livres, prendre les photos, rencontrer les propriétaires des demeures nobles, certains particuliers, etc. Et seulement 2 mois de rédaction durant lesquels la maison familiale ressembla à un champ de bataille (en papier).

Je continue mes recherches et trouve de temps à autre des petites choses.
J'ai donc créé un site web pour partager tout cela avec ceux sont intéressés par cette commune et ce canton. (http://www.saintmartialviveyrols.com)

1001 Livres : Quel place tient l’écriture dans ton quotidien ?

Lisa Giraud Taylor : Je dirais "dès que j'ai un moment"...

J'ai une façon personnelle d'écrire. Je crée tout dans ma tête en premier : les personnages, leurs passés, le synopsis, la ligne de conduite, les chapitres, etc. Dès que tout est imbriqué, "monté" comme un film (avec la bande son ad hoc que j'écoute en boucle dans mon mp3), je m'attèle à l'écriture. Au stylo... Il faut que l'histoire glisse jusqu'au 3/4 pour que je me décide à dactylographier le tout. Le dernier 1/3 se fait sur l'ordinateur et c'est souvent à ce moment là où un de mes personnages capte mon histoire et m'amène à modifier ma version initiale....
Donc, je "pense" l'écriture partout : dans le bus, sur un quai, en marchant... J'écris dans ma tête...

1001 Livres : As-tu des “petits trucs” d’auteur qui marquent tes moments d’écriture ?

Lisa Giraud Taylor : Oui... Comme toi, je parie ! C'est assez drôle ce tic chez les auteurs... Même modeste comme moi.

Un de mes trucs est la musique. Chaque roman que j'ai écrit, comme ma monographie, s'est fait en musique. Hormis la bande son, j'ai souvent deux chansons qui accompagnent mon stylo. Cela frôle souvent l'overdose musicale. Je les écoute en boucle. Ce sont souvent des textes qui s'appliquent à mon humeur générale, à l'ambiance du roman, à l'idée que je me fais de la pensée de mon personnage préféré, qui n'est pas forcément le principal.

Alors quand tu restes sur un roman 3 mois, cela devient usant pour l'entourage d'entendre la même rengaine. Et ces chansons restent comme un vieux complice ; Quand tu les écoutes à nouveau quelque temps plus tard, on revit un moment, une émotion et personne ne comprend mais toi, je te sens bien.

Autre "truc" : le thé. Je sélectionne mon thé (avec un nuage de lait of course) et j’y reste fidèle pendant l'écriture.

Sinon, comme je photographie des lieux qui m'inspirent, griffonne un décor, dessine toute la garde robe des personnages, je garde cela étalés devant les yeux. On ne bouge pas de la même façon en jean qu'en robe crayon...

1001 Livres : Dans l’écriture es-tu plan de travail ou au contraire complètement libre ?

Lisa Giraud Taylor : Un peu des deux. Comme je te l'ai exposé ma façon d'écrire est un mélange de "planification mentale" et de liberté laissée aux personnages.
Par contre, je ne fais pas un plan détaillé pour l'histoire. Je suis une ligne de conduite, un fil conducteur mais à chaque fois, la fin n'est pas conforme à mon idée première avec quelque fois une petite déception. Mais ce sont eux, les personnages qui décident au bout du compte de leurs fins et de leurs destins.

De toute façon, cela sera à chaque fois plus sombre que prévu.

Il n'y a qu'un de mes romans que j'ai écrit sans plan, en n'ayant que les noms des personnages, avec juste une chanson en tête (qui n'avait rien à voir avec le thème de l'histoire), en moins d'un mois en bossant deux heures par jour, le soir. J'en suis sortie épuisée, pompée, incapable de penser à une autre histoire pendant des mois. Celui-ci c’est mon bébé.

1001 Livres : Comment est une journée type Lisa Giraud Taylor ?

Lisa Giraud Taylor : Ça dépend de ce que je fais. Si c'est "vie professionnelle", c'est un mélange de routine (comme tout le monde) : bus, boulot, courses, dodo... Rien de véritablement intéressant. De temps en temps (1 fois par semaine en moyenne), je m'évade au cinéma et comme je peux voir 3 films à la suite... Je coupe du monde.

Mais quoiqu'il arrive, 1 heure par jour minimum est consacré à une activité artistique : écriture, mise à jour de mes sites web, dessin, montage de la prochaine session photo (en mode commando si c'est un shooting mode)....le tout avec de la musique. Mais aucune journée ne finit sans la lecture de quelques pages d'un livre (bon ou pas),

1001 Livres : Quels sont tes projets littéraires pour l’avenir ?

Lisa Giraud Taylor : Continuer à écrire. Le fait d'avoir eu un prix récemment pour ma monographie (prix des libraires et éditeurs au concours des clochers d'or-24 2010) m'a permis de me rassurer. Un peu…
J'ai environ 3 livres en attente dans ma tête, mais le manque de temps me contraint de perdre certaines de ces histoires.

Le seul projet que je devrais avoir serait de lancer mes romans dans le grand bain (tout du moins essayer de les présenter aux maisons d'éditions) au lieu de les garder au chaud dans les tiroirs de mon bureau ! Au grand dam de mes proches qui en tant que lecteurs, me conseillent de le faire depuis plus de 20 ans !

1001 Livres : Comment perçois-tu le milieu littéraire en général de nos jours et celui de l’édition en particulier ?

Lisa Giraud Taylor : Ma perception du milieu littéraire est empreinte de respect pour tous ces grands conteurs dont je me sens éloignée. C'est fascinant vu de l'extérieur.

Il semble évident que les rapports entre les lecteurs et les livres ont changé. Et que l'édition est forcée de se renouveler.
Mais le maintien du livre papier est un bonheur. Je m'imagine assez mal lire des centaines de pages sur une tablette numérique quelle qu'elle soit.
En ce qui concerne l'édition pure, je n'ai pas grand chose à exprimer sur le sujet. Mon expérience réduite est positive avec l'éditeur de ma monographie : une belle compréhension et un suivi personnalisé.

Cependant, Il est vrai que ce monde est inaccessible si tu n'as pas de connexion ou la chance d'avoir le coup de pouce d'une bonne fée.


Merci pour cette interview, Marie, et pour toutes ces belles images que tu décris et dont nous profitons chaque jour.
Au plaisir de se rencontrer bientôt.

Propos recueillis par Marie BARRILLON


Saint-Martial Viveyrols

SAINT-MARTIAL VIVEYROLS

"Comme tous les villages de France, Saint-Martial Viveyrols possède aussi sont lot d’histoires transmises de père en fils ou de mère en fille. Une des premières que j’aie entendue c’est celle des souterrains. Un livre en deux tomes (à ma connaissance, même s’il se dit qu’un troisième aurait vu le jour) de F. Boisclair décrivait l’itinéraire d’un prêtre réfractaire de l’an II, l’abbé Victorien Peyssou, parti de son village de Cérilly dans l’Allier et recueilli par une dame Martin qui vivait au lieu-dit "le Bournet", à l’entrée de Saint-Martial Viveyrols (côté Verteillac) et s’évadait par un souterrain partant de la maison dans les terres."
Extrait du livre

SAINT-MARTIAL VIVEYROLS...

La préface de ca livre, réalisée par l’auteur, nous donne un avant goût de ce que nous allons découvrir : "Lorsque j’ai entrepris d’écrire ce livre sur Saint-Martial Viveyrols, ce devait être une monographie classique, puis au cours d’une réflexion avec un ami irlandais, l’idée d’en faire un "livre d’amour" sur le village a germé."

Nous entamons notre lecture par une "Introduction à l’histoire succincte du Périgord". De ce Périgord, on en sent déjà les senteurs. Chacun en a sa petite idée. Qui ne connait pas, un temps soit peu, le Périgord, ne serait-ce que par les mets qui jalonnent nos esprits ?

"Le Périgord est la région de France la plus riche en souvenirs de l’époque paléolithique." Nous faisons donc de belles découvertes dans cette introduction. Du néolithique aux tribus Pétrocorii ("Peuple gaulois occupant le territoire entre Isle et Dordogne"), en passant par les Wisigoths, Archambaud V et VI comtes de Périgord, la bataille de Castillon ou encore Louis d’Orléans, le Roi Henri IV, la révolution…et j’en passe.

Une jolie petite leçon d’histoire que l’on savoure mieux que sur les bancs de l’école et qui ne nous laisse pas insensible. Soit dit en passant, nous découvrons, entre autre, que : "Pour désigner l’ensemble des habitants du Périgord, les auteurs tels Montaigne, Eugène Le Roy et Brantôme employaient toujours le terme de "périgordin". A la fin du XVIII ème siècle le "u" s’y ajoute."

UN VILLAGE A TRAVERS LE TEMPS...

Nous survolons ensuite le "village du Ribéracois." L’auteur nous décrit l’origine de Saint-Martial Viveyrols dans un souci de détails étonnants. Comme par exemple celui de son nom qui était : "Sancti Marcialis de Vivairols avant 1150, Sanctis Martialis de Viveyroux, Sent Marçan Viverol (en langue d’oc)"…et bien d’autres encore. Ceci dit, il "doit donc son nom à l’évêque de Limoge, Saint-Martial, et fut créé vraisemblablement au VII ème siècle."

Il nous est donné avec exactitude la situation géographique, point culminant, nombre d’habitants, superficie, situation démographique… Pourquoi ne pas y faire une escale lors de prochaines vacances pour les amoureux de découvertes de nos régions ? Nous avons là, beaucoup d’éléments très utiles.

Nous abordons ensuite, "Le village à travers les siècles. Préhistoire, antiquité et époque gallo-romaine", d’où nous apprenons entre autre que "le sol de Saint-Martial Viveyrols date de l’époque crétacée, période de la fin du secondaire, s’étendant de moins 140 à moins 65 millions d’années, caractérisé par des dépôts considérables de craies."

Bien entendu, l’auteur a pris la peine de citer ses sources. Des Templiers à la commanderie Le Soulet, de la commanderie de Contrebranche à l’évêque de Beauvais, rien n’est laissé au hasard, pas même la guerre de Cent Ans, la Révolution, la première et la seconde guerre mondiale où là encore les détails sont minutieux.

UNE BELLE LECON D'HISTOIRE...

Nous découvrirons une liste des noms de prêtres (ou religieux) ayant officié à Saint-Martial Viveyrols et ce depuis 1644. Nous apprenons également que "la mairie a été instaurée en 1794 […] Elle se trouvait dans une des maisons du bourg, sur la "Grand Rue", au centre de cette maison aux trois entrées, ancien hôtel du XIX ème siècle, qui aurait été le siège de la sous-préfecture entre 1882 et 1926. […] Depuis 1926, la mairie se situe sur la place de l’église."

Notre voyage dans le temps à Saint-Martial Viveyrols continue. Il est recensé qu’en 1890 la commune comptait 533 habitants. Nous est donné leur répartition, les corps de métier et le nombre de personne pour chacun d’eux, les surfaces cultivées ainsi que ce qui y était cultivé, les élevages… On nous expose une comparaison avec l’année 1999 où effectivement rien n’est comparable, que ce soit les cultures, les élevages, les corps de métier mais également la population dont le nombre a diminué de près de la moitié.

On retiendra une multitude de détails importants et qui font l’histoire de ce village, entre autre : "Le 04 avril 1926, le conseil vote l’emplacement des lampes électriques publiques du village. […] Le 13 novembre 1927, un accord est donné sur le devis de 450 francs pour réparer l’aqueduc dallé sur le ruisseau de la Sauvanie. […] Le 29 décembre 1935, on note l’ouverture d’une cabine téléphonique entre 12 heures et 14 heures assurée par Mme Guillemet…" Mais aussi, que : "Pendant ces années d’occupation allemande, les soldats puis les douaniers allemands s’installent dans le château de Gandillac…". Ce ne sont là que quelques exemples parmi la mine d’informations que nous offre ce livre. Un véritable parcours historique !

De la description de l’église d’une rare précision à la bénédiction en 1896 de "deux cloches à Saint-Martial. Elles ont été fondues par M.Vauthier". Tout y est décrit avec minutie, du cimetière aux statues, des travées aux baies de côtés, de la sale d’armes à l’histoire des dalles ou des coupoles. Une magnifique plongée du passé au présent.

FAMILLES ILLUSTREE ET LECONS DE CUISINE...

Nous noterons, au passage, "Les familles illustres et leurs possessions", chapitre très intéressant. Puis, l’auteur nous invite à la suivre pour une "Promenade aux alentours de Saint-Martial Viveyrols" avant de nous arrêter sur un "Hommage à Saint-Martial Viveurols" où nous pourrons y lire quelques poésies avec grand plaisir.

Pour terminer notre périple, nous ferons une halte gourmande, quelques instants, sur la "Leçon de cuisine de ma grand-mère" où quelques recettes allècheront nos papilles comme "Les oreillettes Nanie", les "Courgettes à la crème" ou encore "Les œufs à l’écossaise", la "Liqueur d’Angélique", la "Sole à la Rochefort", et bien d’autres encore.

Nous ne mettrons aucunement en doute la fiabilité des informations contenues dans ce livre. L’auteur a pris soin de citer toutes ses sources, des archives départementales aux "Bull. de la soc. Hist. et arch. Du Périgord", des dictionnaires aux archives municipales, etc. on reconnaîtra sans difficulté le travail de fourmi admirable dont l’auteur a fait preuve pour nous offrir un ouvrage de qualité.

Un livre qui nous propose un voyage à travers le temps où les amoureux de ce type d’ouvrage passeront un excellent moment d’évasion. Il donnera, à n’en point douter, des envies d’escapades sur les terres superbes de Saint-Martial Viveyrols.
Ce livre s’adresse à tous les amoureux à la recherche de connaissances, en l’occurrence celles nos belles régions de France.
On appréciera les sources, les références citées, les explications en bas de page donnant à l’ouvrage une belle crédibilité.
On regrettera peut-être que les photographies soient en noir et blanc et assez sombre, ce qui enlève un peu de charme au livre.

Marie BARRILLON

Informations sur le livre :

Titre : Saint-Martial Viveyrols
Auteur : Lisa Giraud Taylor
Editions : Pilote 24 éditions
ISBN 13 : 9782912347763
Prix : 23,00€