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mercredi 14 juillet 2010

Les Mange-Rêve : Tombmor 2

"Dame nature n’appartient à personne, et même s’ils l’ont torturée en pensant la dompter, le tableau qu’elle nous offre, c’est elle qui l’a sculpté, peint ou dessiné. Elle a posé dessus la couleur, la froideur, la tiédeur, la vie ou bien la mort. C’est elle qui aujourd’hui nous offre un court répit, le droit de savourer cette œuvre qu’elle changera demain en soufflant sur les arbres comme on souffle une bougie un soir d’anniversaire. C’est elle qui gommera le perce-neige blanc pour remettre du vert, puis du rouge et du jaune, d’autres plantes, d’autres pluies, d’autres lunes et soleils, d’autres étoiles et rêves. Et puis du blanc encore…"
Extrait du livre

DES JEUNES, DECIDEMENT, TRES COURAGEUX…

La seconde partie de ce troisième volet débute sur les chapeaux de roue.
Tout d’abord, nous découvrons ce qui s’est passé pour Yvon, Jack, Mélanie et Snow, le chien Labrador de Jack, après la chute d’Iwan et de Thibault du cataski.

Il ne leur est pas venue à l’esprit une seconde d’abandonner les deux gamins en plein désert de neige et "une douleur lancinante les rongeait. Bien sûr, ils n’avaient pu faire demi-tour après l’accident" et "ne pouvaient se résoudre à abandonner deux adolescents qui avaient tout donné pour le succès de l’expédition." On n’en espérait pas moins.

Après plusieurs jours dans ce désert de froid et de glace, les deux adolescents sont donc retrouvés par Yvon, inventant tous les stratagèmes possible pour éviter les repérages. Le temps n’avait pas permis un sauvetage plus rapide, "ils durent attendre deux jours que les caprices du temps leur entrouvrent la petite porte de l’espoir." Yvon, Jack et Mélanie comptaient bien sûr, sur les capacités d’Iwan et de Thibault pour survivre en trouvant un abri de fortune, malgré le peu de chance, les circonstances et les conditions extérieures.

Ces deux gamins faisaient preuve de maturité, d’expérience et de sang-froid, tout comme Mélanie d’ailleurs, depuis le tout début de leurs mésaventures et personne n’en doutait plus une seconde.

LE RETOUR…

De retour en sécurité, chacun se laisse aller à la joie des retrouvailles tant espérées. Cependant, un membre d’équipage manque à l’appel : Snow, le Labrador de Jack. Ce chien plein d’intelligence, l’œil perçant et l’ouïe défiant toutes concurrences. Lui aussi avait chuté du cataski mais il avait été impossible de le retrouver.

Il manquait dans les cinq cœurs et l’espoir de le revoir était à présent inexistant, surtout après tout ce temps. Force est de constater que malgré sa sublime intelligence, il n’était pas un homme, et survivre par ce froid relevait du défi.

L’heure du nouveau départ approchait. La dernière étape était à quelques heures seulement. Destination : Tombmor. L’angoisse est présente et pour le moins palpable : "Mais c’est surtout le bout du voyage et la découverte de l’empire des ténèbres qui me tord les boyaux. A quoi ressemble cet endroit maudit où ils ont enfermé nos parents."

Iwan le saura bientôt, tout comme le reste de l’équipage. Et cette angoisse latente nous la ressentons, nous lecteurs, comme si nous y étions aussi.

DEPART PRECIPITE…

Le départ, finalement précipité, ne sera pas de tout repos, on s’y attendait bien : "Le décor est planté et je comprends pourquoi il nous faut passer le plus rapidement possible cette agglomération mise à feu et à sang par les hommes de Bogdich qui annoncent la couleur…"

Arrivés à destination, Tombmor se montre à eux. La surprise s’impose dans tous les regards face à cette masse énorme et immense, digne de l’enfer : "Je me rappelle être resté campé face au spectacle durant de longues minutes, totalement muet… […] Tombmor était là, imposante, à plusieurs centaines de mètres en aval." Pas de place pour le rêve, la situation déjà bien sérieuse allait le devenir encore plus.

Les quarts de surveillances reprennent, l’attaque de Tombmor est imminente. Mais les choses ne se passent pas toujours aussi bien qu’on le souhaiterait, nos amis vont vite s’en rendre compte et ne feront pas exception à la règle.

De grosses frayeurs seront au rendez-vous…mais pas seulement ! Frissonnons une fois encore avec ces adolescents hors du commun sous la plume d’un Jean-Luc Le Pogam plus en forme que jamais.
Pour adolescents mais les adultes peuvent se prêter à la lecture de cette saga sans aucun complexe, ils n’en auront que du plaisir.
Comme pour les précédents tomes, le format est passe-partout, facile à emporter.
Son prix demeure attractif pour cette excellente série, de quoi faire ou se faire plaisir à moindre coût et sans modération.
Comme à son habitude, l’auteur informe les lecteurs, petits et grands, par des astérisques donnant les définitions de certains mots que l’on ne connait pas forcément ou expressions, reportées en bas de page.

Marie BARRILLON

Informations sur le livre :

Titre : Les Mange-Rêve : Tombmor 2
Auteur : Jean-Luc Le pogam
Editions : Palémon
ISBN 13 : 9782916248134
Prix : 8,00 euros
Ou le pack tombmor 1 et 2 : 16,00 euros



lundi 12 juillet 2010

Les Mange-Rêve : Tombmor 1

"Nuit noire comme de l’encre, puits sans fond inlassablement rincé d’une neige intarissable de ses épais flocons… Enfer des vents rugissant comme des démons dont le souffle nous projette vers les entrailles d’un gouffre sans fin… Voilà des heures que nous perforons l’obscurité, l’œil rivé au zéro du compas de route, les fesses plantées sur nos siège plastiques, bringuebalés comme de vulgaires pantins que le froid et les événements semblent avoir statufiés sur place en attendant d’en disposer le moment venu."
Extrait du livre

PETIT RAPPEL…

Tombmor1 est le troisième épisode de la saga des Mange-Rêve. Je vous avais présenté les deux premiers tomes lors de chroniques, que je vous invite à revisiter, si tant est qu’il vous faille vous remémorer le sujet pour le moins captivant.

Ce troisième volet commence par une excellente préface de Christian Décamps dont je relève un passage : "On ne peut sortir indemne de ce voyage troublant. Après coup, on a même envie de sagesse et de passion, denrées plus précieuses que l’or."

Jean-Luc Le Pogam récidive pour nous faire frissonner, et on aime ça ! Dans le deuxième volet nous en étions restés au moment où Iwan, Mélanie, Thibault ainsi que Yvon, le grand-père d’Iwan, et son amis Jack étaient en fuite sur la route du nord à bord de cataski des plus perfectionnés. Yvon et Jack sont des anciens du G.I.A.T, dotés d’une forte expérience en défense et survie dans des situations extrêmes.

Tous les cinq étaient donc en route pour tenter de retrouver les parents d’Iwan fait prisonniers par les hommes de Bogdich. Sur leur chemin, ils affrontent les milices et leurs mésaventures ne manquent pas. Nous en avions retenu, entre autre, ces formidables leçons de courage dont faisaient preuve nos amis.

DE NOUVELLES AVENTURES EN NOUVELLES MESAVENTURES !

Dans ce nouveau volet, nous les retrouvons donc toujours sur la route du nord mais en direction de Tombmor où se trouveraient prisonniers les parents d’Iwan. Ils sont toujours sur le cataski à affronter le froid pouvant atteindre les moins cinquante degrés : "Plus un mot n’est sorti de nos bouches comme scellés par le gel que la lumière du soleil nous a une nouvelle fois abandonnés."

A l’approche d’une ville, loin d’être une ville fantôme mais qui y ressemble, nos amis ne savent pas vraiment à quel saint se vouer. C’est une ville qui paraît "désolée dont les hauts murs des bâtiments atténuent fort heureusement la puissance du vent et freinent progressivement" la vitesse du cataski de nos amis.

Vont-ils trouver des alliés en cet endroit peu avenant ? Ou au contraire sont-ils sur le point de se jeter dans la gueule du loup que sont les ennemis miliciens au service de Bogdich ?  Nous les suivons dans leurs mésaventures qui ne manquent pas, une fois encore, de nous faire ressentir moult frissons et tout autant d’émotions.

Dans cette ville délabrée, ils vont faire des découvertes. Les "habitants" ne sont finalement pas des ennemis. La chance leur tend peut-être les bras pour une fois. Et si les informations qu’ils vont en retirer pouvaient les aider, ce ne serait pas de trop.

Apparemment, les parents d’Iwan seraient passés par cette ville peu de temps avant eux, ce qui remue sérieusement Iwan : "Je n’écoute plus la conversation. Pour moi, il n’y a pas le moindre doute. […] Une fraction de seconde. C’est le temps qu’il faut à mon estomac pour faire un nœud sur lui-même. […] On était si près du but ! Mes jambes ne me portent plus." De quoi vous déstabiliser et vous faire perdre espoir.

TAYFA…

Puis, au fil de la conversation avec Laïd, un des "habitant", il pense que les parents de Thibault étaient présent également. Thibault prend lui aussi l’information de plein fouet. Nos trois amis sont secoués quelques secondes. Ils écoutent ce que Laïd a à leur apprendre car dans leur situation tout est bon à entendre, à savoir, à retenir.

Le clan de cette ville se fait appeler Tayfa. Ils sont en nombre important à se révolter contre Bogdich et son système. Téméraires et combattants, ils se battent contre les miliciens, les longs-manteaux et autres BMR (Brigade des Mange-rêve) qui viennent pour tenter de tout détruire et les faire plier au régime de leur patron ou les emprisonner.

Mais, Tayfa ne se laisse pas faire. Leur chef, Laïd, raconte tout à Iwan, Mélanie et Thibault, dans les moindres détails et leur fait visiter la "ville", ou du moins ce qu’il en reste. Là encore, ils vont faire des découvertes entre sous-sol et  passages secrets.

Tayfa est un des nids de la rébellion, et ce n’est pas le seul. Il en existe un peu partout. Nos trois compères ne se sentent plus seuls comme ils le croyaient jusque là. Des nids de ce genre s’établissent un peu partout dans l’Europe prisonnière et agissent en sous-marins pour tenter de déjouer Bogdich. Leur but est de faire "tomber" le mur magnétique pour retrouver une vraie liberté : "Et un jour, s’amuse Vlad, on fera comme à Berlin il y a trente-cinq ans : on lui abattra son mur !"

Iwan et ses deux amis apprennent que les Mangeurs étaient venus mettre la ville à feu et à sang. Le clan Tayfa ne s’était pas laissé vaincre en ripostant aussi sévèrement pour se défendre. Les mangeurs étaient repartis avec pour bouclier les parents d’Iwan et de Thibault. Si peu de temps avant leur arrivée. De quoi être secoué et passablement énervé !

LE DANGER EST A DEUX PAS…

Puis en repartant de Tayfa, les choses se gâtent. Iwan oublie de rattacher son harnais de sécurité. Le vent et le froid sévissent toujours. La neige, quant à elle, s’est épaissie de plus belle. Une violente bourrasque fait chavirer Iwan par-dessus bord du cataski : "La tête au ras du tapis et ne levant seulement que de temps à autre les yeux afin de mieux me protéger le visage de la neige qui m’arrive de face […] retrouver un peu de verticalité pour ensuite me relever […] Je m’enfonce instantanément dans la neige qui me remonte jusqu’au dessus de la poitrine…"

Mais, contre toute attente, Iwan n’est pas le seul à avoir été éjecté du cataski. Thibault en est au même point quelques mètres plus loin. Tous deux sont désormais livrés à eux-mêmes en plein désert de neige dans la nuit noire à moins cinquante degrés, rappelons-le !
Comment vont-ils se sortir de ce pétrin dont ils se seraient bien passés alors que le cataski file à vive allure, emportant Yvon, Jack et Mélanie. Ces trois derniers ne se sont pas encore aperçut qu’il en manquait deux à bord.

Iwan et Thibault sont à présent confrontés seuls au froid sans plus aucune protection avec pour seul soutien leurs lampes frontales et quelques biscuits égarés dans leurs poches. Ils vont devoir faire preuve de réflexion et de plus en plus de courage pour parvenir à se sortir de cette mauvaise posture : "Face à nous, le néant, de l’obscurité retrouvée […] la nuit qui déchaîne son tumulte. Tornades incessantes montant à l’offensive…"

Le courage de nos deux amis ne manque pas, on le savait déjà, mais dans le cas présent il redouble en force. Iwan se rappelle des conseils maintes fois prodigués par son père au cours de sa jeune existence. Ces conseils lui sont bien utiles aujourd’hui plus que jamais et c’est le moment de s’en souvenir d’une part et de les mettre en application d’autre part : "L’humour est souvent un bon moyen de survie qui fait momentanément oublier le pire." Sans oublier également que "le sommeil, lorsqu’on l’a trouvé, efface bien souvent l’inquiétude des lendemains", même si ce n’est que de courte durée.

Le froid, la neige, les Mange-Rêve, les milices, les longs-Manteaux et autres BMR sont autant de dangers qui parsèment leur avancée à chaque minute. Mais, Tayfa, Yvon Mélanie et Jack sont autant d’amis pour les aider. Arriveront-ils à les retrouver avant d’être attrapés et fait prisonniers ou avant d’être mort de froid en plein désert de neige ?

Une fois encore Jean-Luc Le Pogam nous offre un petit bijou à lire où l’on est dans l’attente, si ce n’est dans l’angoisse, de ce qui va arriver à nos amis.

L’auteur parvient encore à faire des nœuds avec nos émotions en nous emportant sur une longue coulée de frissons.
Pour adolescents mais les adultes peuvent se prêter à la lecture de cette saga sans aucun complexe, ils n’en auront que du plaisir.
Comme pour les deux précédents tomes, le format est passe-partout, facile à emporter.
Son prix demeure attractif pour cette excellente série, de quoi faire ou se faire plaisir à moindre coût.

Marie BARRILLON

Informations sur le livre :

Titre : Les Mange-Rêve-Tombmor1
Auteur : Jean-Luc Le Pogam
Editions : Palémon
Collection : Mange-Rêve
ISBN 13 : 9782916248097
Prix : 8,00 euros



vendredi 9 juillet 2010

Retour à Auschwitz

"N’importe quel peuple d’aujourd’hui - "civilisé" ou non – peut basculer dans la folie meurtrière. La Shoah semble un mystère parce qu’elle a été le fait d’un peuple cultivé, "avancé", et qu’elle a mis en œuvre toutes les ressources de la technologie moderne, avec les résultats effarants qu’on connaît… Mais du coup, d’autres Shoah sont possible. Tant que nous n’aurons pas atteint un degré vraiment supérieur de civilisation, le danger sera présent."
Extrait du livre

PETITE CRISE SANS IMPORTANCE…

Tout d’abord, je remercie l’auteur de m’avoir si gentiment dédicacé son livre.

Tout commence comme on n’y aurait pas songé. Jef, en compagnie de son grand-père est à Paris pour quelques jours. Paris en France précise-t-il, et pour cause : "Nous étions au bar de l’hôtel Lutécia, à Paris, en France. Je précise, parce que Paris (Illinois) est à trois heures de route de Péoria, le trou où j’habite."

Jef accompagne son grand-père pendant quinze jours en Europe à la demande de son père. Mais, Jef n’est pas très heureux car il avait prévu de passer ces quinze jours-là avec sa copine du moment. Il est déçu et en veut presque à son grand-père : "J’étais bien décidé à faire la gueule à grand-père (mais je me connaissais : j’aimai trop grandpa. Si je tenais un jour ou deux sans lui adresser la parole, ce serait le bout du monde) […] Je le regardais avec tendresse : sûr que ça allait être difficile de lui faire la gueule pendant quinze jours."

A l’hôtel tous deux se dirigent vers la salle de restaurant. Jef avait troqué son short contre un Jean’s alors que son grand-père avait revêtu un beau costume. Car visiblement, l’homme avait pour habitude de toujours porter une attention particulière à sa tenue, quelle que soient les circonstances.

CONFIDENCES, CONFIDENCES…

Grandpa commence à parler des allemands à son petit-fils. Ce dernier se sent tout à coup très intéressé : "Mon vœu de silence s’était envolé depuis belle lurette." Durant la guerre de 39-45, grandpa y était et pas en simple spectateur. C’était un tout jeune homme de dix-huit ans à l’époque, l’âge de Jef aujourd’hui.

Le lieu où se trouvent Jef et grandpa aujourd’hui prête à confidence car il rappelle des souvenirs au grand-père. Et des souvenirs pas franchement toujours gais : "Cet hôtel… Figure-toi que pendant la guerre, il servait de quartier général à l’Abwher, l’armée allemande".

Jef et son grand-père quittent la France. Grandpa souhaite aller en Pologne. C’est Jef qui est au volant d’une belle Mercedes cabriolet. Sur la route, grandpa lui parle de sa jeunesse mais de cette partie qui entoure la période de la guerre de 39-45 tel qu’il avait commencé à le faire à l’hôtel Lutécia, à Paris.

Lorsqu’ils traversent Berlin, Jef remarque le mur. Au moment des faits, il n’était pas encore tombé. Puis, après de longues heures de route, ils arrivent à Varsovie. Jef est fatigué de ce voyage, concentré sur sa conduite et n’aspire qu’à se reposer. Grandpa, quant à lui, souhaite visiter la ville. Une dispute éclate entre les deux hommes : "Désolé, Jeffrey. Mais tu m’accompagne. On va à Auschwitz." Jef connaissait l’histoire et n’avait pas vraiment envie de s’y plonger.

Petit affrontement entre deux générations ignorantes l’une de l’autre. Mais, les choses sont moins évidentes lorsque l’une porte un secret que l’autre ne connaît pas. Il en résulte donc une certaine incompréhension légitime.

LE SERIEUX DE L’UN, LA JEUNESSE DE L’AUTRE...

Grandpa laisse Jef en plan pour se rendre seul à Auschwitz. Jef de son côté rencontre "un tas de jeunes, polonais et étrangers, toujours partant pour faire la fête. Mais tout ça avait un arrière goût-amer." Son grand-père lui manque. Il aurait encore voulu entendre son histoire, la suite, ce qu’il ne sait pas encore. Ils se retrouvent cinq jours plus tard. Ils s’expliquent gentiment dans la voiture.

Jef a repris le volant pour revenir en France car grandpa souhaitait retourner dans une petite ville où il avait vécu durant la guerre. Lorsqu’ils arrivent, le grand-père intima à Jef de ne plus prononcer un mot de français : "A partir de maintenant tu ne parles plus français. […] Disons qu’on vient d’entrer dans la réserve et qu’on ne sait pas si les Indiens sont sur le sentier de la guerre…"

Mais, qu’est-ce que tout cela voulait dire ? Pourquoi ne fallait-il plus parler français ? Etrange le grandpa tout de même. Jef avait malgré tout réussi à soutirer une information. Son grand-père cherchait ici à retrouver son amour de jeunesse ; mais cela ne justifiait pas de ne plus parler français ! Que manigançait le grand-père ? Jef ne parvenait pas à suivre les intentions du vieil homme. Il apprenait le passé de ce dernier au compte-goutte.

Ce village de France, Auschwitz, un amour de jeunesse et maintenant une sœur dont il n’avait jamais entendu parler. Décidément, un grand-père très secret !
Jef ne manquera pas de faire des découvertes, il constatait une évidence : "Il mentait comme un arracheur de dents, mais ça, je ne le savais pas encore."

Ils arrivèrent face à l’ancienne propriété de grandpa. Tout a changé bien sûr, mais Adèle, l’amour de jeunesse, est toujours là : "Ca fait quarante-cinq ans, Jean…" Jef n’en croit pas ses oreilles : "Jean et pas John. Sacré nuance." Il réalise que son grand-père cache bien plus de choses qu’il n’y paraît. A partir de là, rien ne va plus. Grandpa fini par raconter son histoire à Jef. Son histoire, la vraie… La guerre, les rafles, le maquis, les juifs, les spoliations…

DECOUVERTES ET VERITES...

Jef découvre ses véritables origines et au-delà de cela, l’histoire de la guerre de 39-45. De la bouche de son grand-père, ça n’a plus le même sens que dans les livres d’histoire.

Mais, au sortir de la propriété, ils sont suivis par deux voitures. A croire que quelque chose perdure. On leur en veut, tout au moins au grand-père, mais de quoi et surtout cinquante ans après. Les deux hommes se retrouvent en cavale, puis en planque, avant que n’arrivent "des amis" que le grand-père a contacté pour les aider à se sortir de ce guêpier.

Les amis, Etienne et Barbara, ne traînent pas. Les informations qu’ils ont obtenues sont de grande importance. Jef et grandpa commencent à comprendre l’inimaginable. Comme quoi le temps est parfois notre allié et parfois notre ennemi.

En revenant dans la région où il avait vécu avec ses parents durant la guerre, grandpa n’imaginait pas une seconde se retrouver dans cette situation tortueuse, entre meurtre et vengeance sous couvert de trahison.

Voici un excellent roman où il n’y a pas une seconde d’ennui. On le lâche difficilement et à la fin, il nous laisse un excellent sentiment de satisfaction. Il n’y a rien à lui reprocher mais au contraire, tous les qualificatifs positifs à lui allouer. Transmettre un peu de notre histoire fait également partie de ce livre, certes pas comme les autres, même si ce n’est pas son but premier. On remarquera la formidable mise en avant pour le côté historique des faits, les spoliations… qui mettent en valeur l’ensemble du roman, page après page.

On appréciera ce retour sur le passé avec un œil autre que celui de l’histoire communément entendue. On aimera cette unité de deux générations qui aurait pu être diamétralement opposées, mais ne l’est pas. On retiendra également les multiples recherches de l’auteur pour construire son ouvrage tout au long des pages. Et beaucoup d’autres choses encore.

Quelques citations relevées au cœur du roman :

"Il paraît que je parlais fort. Ce n’était pas moi qui parlait fort, mais les autres qui murmuraient."
"Le mal fini toujours par rattraper ses auteurs."
"Si l’on gratte un peu la peau du "civilisé", ou sa carapace, comme on veut, on retrouve le primitif."
"Tant qu’on n’arrive pas à nommer les choses, à les intellectualiser, on ne les comprend pas. Et ce qu’on ne comprend pas, on le refoule."

Marie BARRILLON

Informations sur le livre :

Titre : Retour à Auschwitz
Auteur : Daniel Gauthier
Editions : Amalthée
ISBN 13 : 9782310005289
Prix : 22,00 euros