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jeudi 27 août 2009

Taxi pour un ange

« Puis elle revit le moment où elle s’était retournée, juste avant de pénétrer dans les bureaux… Il était là, ses yeux dans les siens. Elle aimait les regards de Nando. Il avait de beaux yeux bleus avec, dedans, des mots qu’elle comprenait, même s’il se taisait et la regardait avec son léger sourire. Il reviendrait la chercher… Elle en était sûre. Nando l’aimait. Il l’aimait pour de vrai. Tout comme elle. »
Extrait du livre

L’AUTEUR...


Ce roman n’est pas une tasse de thé, ni un roman pour adolescents pubères, mais au contraire c’est une histoire tout ce qu’il y a de plus renversante. Une histoire à faire frémir dans tous les sens du terme.

Antoine Cossu dit « Tony l’anguille » est un gangster. Un vrai de vrai. Pour preuve, après maintes cavales et diverses évasions, qui lui valurent son surnom, il est actuellement en prison à la maison centrale de Saint-Maur dans l’Allier où il purge une peine de dix-huit ans. Il y a fêté ses soixante-neuf ans le onze mai dernier.

Les grands médias parlent de cet homme en des termes élogieux sans pour autant pardonner ses actes passés et ce n’est ni à eux, ni à nous de les juger. Le nouvel observateur écrit en deux mille cinq : « une sorte de Gabin indestructible, un des derniers seigneurs du grand banditisme… » Le point en fait de même : « Quand il sera libéré, il n'y a pas à tortiller, Tony Cossu pourra se réinsérer facilement : son premier roman, « Taxi pour un ange », montre qu'un ex-braqueur, roi de l'évasion et spécialiste de l'attaque à main armée, n'est pas nécessairement maladroit du stylo. C'est même un très bon raconteur, qui a l'aisance d'un vieux pro. Avec quelque chose en plus, qui ne trompe pas : l'authenticité. » Et lorsque Nice Matin lui pose la question : « Assumez-vous votre passé ? » La réponse est claire : « Je ne suis pas du genre à me renier... La vie, tu dois l'assumer, y compris tes erreurs. Si c'était à refaire, il est évident que j'éviterais certains pièges… »

Tony Cossu est né de parents Sardes, ancienne ville d’Asie mineure et capitale de la Lydie, sur la rivière Pactole, dans la vallée de l’Herme. Pour cerner un peu le personnage, il faut savoir que « de 1960 à nos jours, cet homme est devenu un chef de clan à Marseille […] Il est réputé pour s’être évadé à maintes reprises et s’est distingué dans de multiples vols à main armée ou attaque de fourgons blindés… » Tony Cossu dit de lui-même : « Je suis un voleur professionnel. »

« Taxi pour un ange » est son premier livre, peut-être le premier d’une longue lignée. C’est donc du fond de sa cellule que cet ex gangster à rédigé ce roman plein de sensibilité et de passion tout en utilisant ce qu’il connaissait le mieux : le milieu dans lequel il a évolué.

L’HISTOIRE...


L’histoire se déroule à Oaxaca au Mexique. Dolorès n’a pas encore six ans et déjà plein de malheurs sur le dos. Elle est orpheline. Dolorès c’est « un de ces petits oiseaux qu’un chasseur avait blessé alors qu’il n’avait pas encore tenté de s’élancer hors du nid. » Elle garde en permanence sa poupée de chiffon qu’elle a nommé Mona. Elle lui conte tous ses secrets, parfois de trop lourds secrets, « des secrets comme des soupirs où les rêves avaient du mal à prendre leur envol. »

Dolorès est élevée par sa grand-mère, Mamina, sa seule famille. Mamina fait ce qu’elle peut avec peu de moyens, son âge avancé et ses jambes qui la font tant souffrir font qu’elle a beaucoup de mal à marcher. Tous les après-midi, elle s’endort après un petit verre de Tequila. C’est l’heure de la sieste et dehors il fait très chaud. Dolorès attend ce moment de la sieste profonde de Mamina. Elle prend sa poupée, sort par le carré de jardin et s’en va sur le chemin du petit pont. Ce n’est pas la première fois qu’elle le fait et Dolorès est sérieuse, Mamina le sait. La petite se rend au centre commercial de l’autre côté de la route, dépenser quelques sous que sa grand-mère lui avait offert pour son anniversaire.

Pendant ce temps, Nando et ses frères braquent le fourgon blindé pour récupérer la recette du week-end du centre commercial. Leur plan est bien organisé, tout est réfléchit et rien n’est laissé au hasard…quoique !
Mais, le hasard justement lorsqu’il se décide à faire des siennes pour mettre un grain de sable dans l’engrenage, les imprévus surviennent et ceux-là sont parfois de taille. Nando avait laissé son faux taxi près du lieu du braquage pour une fuite facile. Ses frères, eux, devaient partir avec le butin dans un van.

Alors que tout s’était bien déroulé et qu’ils allaient prendre la fuite, « c’est ce moment que choisit le ciel pour s’ouvrir en deux et faire tomber une averse démentielle comme c’était souvent le cas en cette saison. »
Au même instant, Dolorès sortait du centre commercial et se faufila à l’abri dans le taxi, n’ayant pas à proximité d’autres lieux pour se protéger, puis espérant ainsi qu’il la déposerait chez Mamina avant qu’elle ne se réveille et s’inquiète.

Lorsque Nando voit Dolorès à l’arrière de son « taxi », il lui intime l’ordre de descendre. Mais contre toute attente, la petite ne réagit pas et Nando ne peut pas se permettre d’attendre le bon vouloir de l’enfant, au risque de se faire prendre bêtement. Et du même coup de faire capoter le braquage si bien réussi. « Tant pis, se dit-il sans plus attendre, il enclencha la première et démarra. » Nando se fit la belle avec la fillette.

Le temps de fignoler les derniers détails de leur braquage, puis décide de la ramener chez elle. Mais, à leur arrivée une effroyable réalité les attend. Mamina s’est éteinte dans son sommeil durant sa sieste. Que faire alors de Dolorès ? Elle est si triste. Nando ne parvient pas à se résoudre à l’abandonner là. Il l’emmène avec lui et durant les jours qui suivent, il lui offre le paradis. Un petit peu de bonheur ne pouvait pas lui faire de mal. Mais il ne pouvait s’empêcher de penser que ce qu’il faisait n’était pas une bonne idée, « sa vie l’avait parfois amené à faire face à des situations hautement critiques, mais là, c’était une autre histoire… » Même si Dolorès était un petit ange aux ailes brûlées et qu’il l’aimait beaucoup. « Elle est comme une vie qui te bouscule, qui se pose dans tes bras, et qui te dit : je suis là, me laisse pas… », pense-t-il.

POUR UN BOUT DE PARADIS...


Finalement, Nando décide de garder la fillette qui ne veut pas non plus le quitter et qui plus est au Mexique, personne ne se souciera d’elle. Tant d’enfants y sont malheureux. Des orphelins, de surcroît, il y en a plein les « Ranchos : bidonvilles situés sur les hauteurs de Caracas, appelés aussi Barrios » et cela ne surprend plus personne.

Nando décide de l’emmener avec lui dans son exile en Espagne. Il sait qu’il a autre chose à lui offrir que le malheur qui l’attend dans son pays. Il a si vite appris à l’aimer, cette enfant. Il a beau être un gangster, voleur, braqueur, cela ne lui enlève pas son cœur et la profondeur des sentiments qui y naissent. Un vrai cœur pour un vrai gangster.
Aimer ne s’apprend pas, c’est un sentiment que l’on porte au fond de soi et qui grandit au moment opportun…ou inopportun.

Mais avant de parvenir en Espagne, toute une série d’événements désagréables vont faire irruption, jusqu’à les séparer. Mais Nando ne lâchera pas. Cette gamine c’était son ange, une bénédiction du ciel à elle toute seule. Elle avait les mots qui le faisait chavirer, et le regard envoûtant. Elle disait des vérités de son cœur « tout doucement, l’air de rien, comme une caresse du ciel sur le cœur. »

Nando va se démener corps et âme. Cette enfant, il ne peut pas l’abandonner. Il va tout risquer, tout mettre en péril pour elle, pour réussir. Et avec ses frères, ils vont faire leur plus beau braquage pour le plus bel ange.

Ce roman donne des frissons et nous met parfois le « trouillomètre » à zéro. C’est une très belle histoire, une très belle leçon d’amour entre l’innocence d’une enfant et la force d’un homme.  Comme quoi, même gangster cela n’empêche pas cet homme d’être un grand homme au cœur immense, quand on voit que tant d’autres n’ont pas le dixième de cette contenance.

Tony Cossu nous offre ici, un excellent roman dans lequel je dirai presque qu’il ne manque que les images. Mais cela notre imaginaire s’en charge parfaitement tant on se laisse emporter par ce livre fort bien écrit, rappelons-nous que c’est un premier roman.


Une belle histoire qui regorge d’amour et d’affection dans un univers de braqueurs que l’on n’imagine pas sous cet angle généralement.
Une tendresse à fleur de pages nous guide et nous envahi jusqu’à la fin.
Malgré le côté gangster de Nando, on se prend d’affection pour cet homme de cœur.
Mon coup de cœur de l’été, à n’en pas douter.

Marie BARRILLON

Informations sur le livre :

Titre : Taxi pour un ange
Auteur : Tony Cossu
Editions : Plon
ISBN 13 : 9782259209328
Prix : 16,90 euros

mardi 4 août 2009

Lumière à Cornemule

« A Cornemule, la nouvelle se répandit comme une traînée de poudre. Valentin Lescure l’avait-il à peine formulée à son adjoint, Barthélémy Grégoire, que la ferme la plus reculée savait qu’on allait "amener la lumière". L’émoi fut considérable. La lumière des bougies et des lampes à pétrole, maigres lueurs jaunâtres au milieu d’ombres épaisses, tout le monde savait ce que c’était et s’en contentait, mais l’autre, l’électrique, quels en étaient les effets et les conséquences ? Les gens se rassemblaient aux croisements des chemins, sur les places des hameaux et commentaient l’événement. La peur se lisait sur les visages. »
Extrait du livre

QUAND LA LUMIERE FAIT APPARAITRE LES SECRETS...


Voici un roman qui n’est certes pas récent mais que j’avais très envie de relire. L’histoire se passe au début du siècle dernier à l’heure où toute la modernité que nous connaissons de nos jours n’avait pas encore fait son apparition mais qui s’annonçait doucement.
Une modernité en particulier : L’électricité.

Nous sommes donc au début du vingtième siècle à Cornemule, un bourg de Corrèze animé par la campagne électorale de Monsieur le Maire. Ces habitants vivant à la flamme des bougies et des lampes à pétrole voient leur quotidien chamboulé lorsque Monsieur le maire décide de faire installer l’électricité au village. Les habitants voient là l’œuvre du diable. L’électricité, pensent-ils, va tuer les bêtes, rendre les hommes impuissants et provoquer tout un tas de maladies inconnues.

Mais, elle va aussi mettre à jour les petits secrets de certains. Ces petits secrets de nuit lorsque des messieurs rendent visite à une certaine dame esseulée, moyennant quelques sous à l’insu de leurs femmes légitimes bien entendu.
Et comme dans tous les villages, les commérages commencent à aller bon train. Avec l’électricité c’est « le jour à la place de la nuit. » Germaine, la mercière, « qui ne sortait de sa boutique que pour se rendre à la messe, prit-elle l’habitude de regarder la rue et de surveiller les allées et venues de ses voisins. L’impertinente lumière lui fit découvrir ce que personne n’aurait jamais dû savoir ! » Et commence ainsi la liste des maris infidèles et des hommes d’église encore moins fidèles.

...ET QUE LA REALITE SE MET A JOUR !


Dans le même temps, plusieurs victimes sont à déplorer et mises sur le compte de l’électricité : la mort d’une truie, de deux agneaux, une vache paralysée qu’il a fallut abattre…et jusqu’à Pierrinot électrocuté et presque mort après avoir saisi les fils qui passaient entre les arbres. S’en est trop pour les Cornemulois. La révolte se met en place avec en tête l’ancien maire, Maître Béranger mais aussi le fabricant de chandelles qui verrait son travail diminuer avec une telle arrivée. Les habitants s’allient à cette révolte voyant ce progrès d’un très mauvais œil. L’instituteur lui-même prend la parole sur un ton désapprobateur : « Mes amis, nous ne voulons pas de ce projet ridicule. L’électricité, c’est la mort dans nos campagnes car les fils qui seront tendus au-dessus de vos champs et de vos prés apporteront leur poison sur la terre qui vous fait vivre… »

Les candidats aux élections pour la mairie s’affrontent et c’est à celui qui aura plus d’arguments que l’autre pour s’attirer un maximum de voix. Deux clans se forment donc entre ceux qui veulent l’électricité et ceux qui n’en veulent pas.

Mais, reste la folie de Germaine qui dans tout ce chaos attend le bon moment pour afficher sa liste aux yeux de tous avec moult précision : noms, dates et heures des visites à une certaine dame. Et dont elle avait déjà eu « la patience d’attendre deux longs mois, de ne rien révéler de ses observations nocturnes pour livrer aux Cornemulois un scandale aussi complet que possible. »

Les gens ne voyaient plus en l’électricité que le côté négatif qu’elle provoquait tant ils en étaient persuadés ainsi que « le jeu de la calomnie et du déballage public. » L’installation de la centrale électrique, quant à elle, allait bon train et serait achevée avant les prochaines élections.


Ce roman fait apparaître comment avec quelques mots et une colère bien ancrée des personnes peuvent créer une véritable psychose ayant plus de force que les bonnes idées.
L’auteur nous emporte aux confins de la Corrèze, dans ce village qui se sent persécuté, avec humour et plaisir.

Marie BARRILLON

Informations sur le livre :

Titre : Lumière à Cornemule
Auteur : Gilbert Bordès
Editions : Robert Laffont
ISBN 13 : 9782221098394
Prix : 19,70 euros

lundi 3 août 2009

Les noëls blancs

« Enfin les mots que François attendait ! Il prit la main de son père qui fit comme s’il ne s’en apercevait pas. "C’est la dernière fois, songea François, la dernière fois que je peux le faire", et quelque chose en lui se brisa, comme si son enfance en cet instant s’en allait à la manière de cette route vers sa fin, vers l’inconnu, vers ce qui ne serait plus jamais. Il en eut si fort conscience qu’il étouffa un sanglot et lâcha la main. Voilà. C’était fini. Ils allaient arriver et le monde ne serait jamais plus le même. »
Extrait du livre

L’ESPOIR DU NOUVEAU SIECLE…


Dès la première page le décor est présenté. Magnifique émerveillement. Le Pradel est un hameau planté entre Corrèze et Puy De Dôme, à huit cents mètres d’altitude. Les hivers y sont rudes comme la vie. Les étés brûlants comme le feu de l’âtre.

Auguste et Elise sont les parents de trois enfants, François, Mathieu et Lucie. Ils cultivent la terre. C’est leur labeur de chaque jour, ce qui leur permet de manger à leur faim sans extravagance.  On est en 1900. Un nouveau siècle prend naissance bien loin de la facilité. Les parents cultivent une terre dont ils ne sont pas propriétaires, « une terre rude, pentue, perdue entre les forêts, une terre de montagne à bruyères et à genêts… » Ce sont des gens simples, plein de courage, honnêtes et se contentant de peu. Parce que le peu était tout ce qu’ils avaient.

A partir du mois des morts, les garçons et le père faisaient sécher les châtaignes après les avoir pelées. Ils les faisaient sécher pour pouvoir les conserver car elles allaient être l’essentiel des repas à venir. Ils tressaient des paniers avec l’osier que le père coupait à l’automne.

Dans l’arrivée de ce nouveau siècle, François espère voir une différence autour de lui, à son réveil du premier jour du nouvel an. Mais, rien n’a changé. Pas encore. Il ne constate rien. Il en est profondément déçu. La vie paraît paisible malgré la difficulté du labeur et nous sommes loin de nos facilités d’aujourd’hui. A cette époque, les enfants aidaient leurs parents dans les diverses tâches et s’amusaient de rien, et n’en étaient pas malheureux. Ce n’était pas l’ennui pour eux car ils trouvaient toujours à s’occuper. Ils exploraient la nature, couraient dans les bois, observaient le paysage qu’ils connaissaient par cœur. Pas de jeux vidéo, pas de télévision, ni de radio, pourtant ils ne connaissaient pas l’ennui.

Et puis, il y avait l’école. François adorait l’école, pourtant il fallait marcher durant trois kilomètres pour s’y rendre, mais ce n’était pas grave. Il aimait tellement les livres. Et l’hiver, c’était plus d’une heure qu’il fallait pour y aller avec une lanterne à la main parce qu’il partait avec son frère avant le lever du jour et revenait à la tombé de la nuit. L’hiver seulement, parce qu’en été ce n’était pas possible d’aller à l’école car leur père avait trop besoin d’eux à la ferme.

LA FIN DU BONHEUR…


Alors que Mathieu était solide et râblé et que « l’on devinait en lui une force tapie, un caractère décidé, une assurance. » François, lui, était le contraire et « préférait exercer son esprit que son corps. » La vie au Pradel aurait pu durer longtemps ainsi, aucun ne s’en serait plaint. Mais alors qu’il a douze ans, François sera placé comme garçon de ferme dans une famille, à une demi-journée de marche du Pradel, moyennant pécule. La ferme des parents n’assure pas un rendement suffisant pour nourrir tout le monde.

François va quitter l’école et c’est tout un pan de bonheur qui s’en va. Il avait construit des rêves qui s’envolaient brutalement, « il pensa au certificat d’études qu’il n’aurait jamais, il pensa aux contes de sa mère à la veillée, au baiser du soir, à ses folles équipées en compagnie de Mathieu, aux repas tous les cinq. » Quelque chose venait de se briser. Il allait quitter l’enfance au Pradel, pour grandir trop vite ailleurs, loin des siens et travailler. Travailler dure, « jusqu’à l’épuisement. »

Pendant ce temps, rien ne va plus au Pradel. Le propriétaire de la ferme fait tout ce qu’il peut pour chasser le reste de la famille. Le père refuse la nouvelle augmentation exorbitante du loyer, parce qu’ils ne pourraient pas payer. Ils vont devoir partir, quitter le Pradel, leur vie, leurs souvenirs. Mais pour cela, il leur faut trouver un autre fermage.

Mais en attendant, ce soir là, l’orage commençait à gronder sur les champs. Les éclairs striaient le ciel et l’horizon était noir. Tous les quatre étaient sortis afin de rentrer le foin car l’orage leur ferait perdre la récolte qui séchait. Ils ne pouvaient pas se le permettre. Ils s’activèrent. A la dernière meule de foin « il y eut une énorme bourrasque de vent chaud et la pluie se mis à tomber vraiment. » Auguste renvoya sa femme et sa fille à l’abri, tandis que lui resta sur la charrette et que Mathieu tirait la jument pour la faire avancer, « tout à coup, un terrible ébranlement du ciel succéda à un éclair d’une extrême blancheur. »
Mathieu se retrouva brusquement au sol, se releva tout aussi vite, puis se retourna mais ne vit plus son père. « La foudre avait couché Auguste Barthélémy pour toujours sur le foin qui commençait à brûler. »

SURVIVRE PLUTOT QUE VIVRE…


A partir de là, tout devient de plus en plus difficile. La famille sera éclatée. Lucie trouvera une place de lingère. Mathieu trouvera un petit fermage pour lui et sa mère. Mais, Elise devenue de santé fragile, déclinait. François était au service militaire et bientôt se serait au tour de Mathieu. La mère était inquiète malgré le sourire qu’elle persistait à montrer. « Que deviendrait-elle quand Mathieu partirait au service militaire, si François ne revenait pas ? […] La mère n’en disait rien, mais l’idée de se retrouver seule, sans toit et sans ressources, il lui venait comme un sentiment d’injustice qui la minait. »
Mais sur les hauteurs, le froid transperce et n’épargne personne, « Elise Barthélémy s’éteignit doucement au printemps, sans souffrir, comme la flamme d’une bougie usée. »

Mathieu que plus rien ne retient sur ces terres qui lui ont tout pris, part tenter sa chance en Algérie, « sur son livret militaire était inscrite la mention : Chasseurs d’Afrique. »

Les trois enfants devenus grands n’étaient cependant pas encore au bout de leur peine. Ce chamboulement du nouveau siècle, tant espéré, avait bel et bien commencé au Pradel et ne s’arrêterait pas là. Ce chamboulement était loin de ce que François avait aspiré au premier jour de ce nouveau siècle qu’il imaginait si prometteur. Au lieu de cela, il avait été dévastateur. Après toutes ces douleurs, ils allaient en vivre d’autres tout aussi difficiles, la première guerre mondiale, le désenchantement, les désillusions… Pourtant, ils leur fallaient survivre.

L’auteur retrace dans ce roman la vie d’une famille de paysans avec une infinie précision au siècle dernier. Les enfants sont élevés et grandissent avec des valeurs qui aujourd’hui se perdent trop souvent. Eprouvés dès l’enfance, ils en gardent tant de courage.
De nos jours où chacun se plaint de tout, comment pourrions-nous vivre ce que nos anciens ont enduré si valeureusement ?


Un livre excellent retraçant la vie de nos campagnes au siècle dernier.
Magnifiquement raconté où l’auteur nous plonge une fois de plus dans de belles descriptions, aux paysages enchanteurs.
Il nous offre le plaisir d’entrevoir la vie de nos aïeux.

Marie BARRILLON

Informations sur le livre :

Titre : Les noëls blancs
Auteur : Christian Signol
Editions : Albin Michel
ISBN 13 : 9782226116352
Prix : 21,90 euros

samedi 1 août 2009

Il y a l'océan

« Soyez heureux et profitez. Ne perdez plus votre temps à lacérer de votre bonne morale ce que vous ne connaissez pas et que vous avez eu la chance de ne pas traverser. Vivez et laissez vivre ceux sur qui aucune fée ne s’est penchée. Je vous souhaite de vivre avec le grand V de vos valeurs et de jamais avoir à partager l’écuelle de merde de ceux que vous jugez. Et ne me parlez pas de souffrir, vous ne pouvez qu’en parler. Il n’y a que ce que l’on connaît que l’on peut comprendre ou envisager […] Dans votre regard, il n’existe pas plus de compréhension que de pitié. Vouloir se croire en train de souffrir pour vivre, n’est pas une nécessité. »
Extrait du livre

UN REVEILLON PAS COMME LES AUTRES...


Le narrateur vient de se faire plaquer par sa « nouvelle ex », décidément ceci n’épargne personne, étant presque devenu monnaie courante ces dernières décennies. Il se retrouve seul la veille du réveillon du nouvel an au profit d’un « Golden Glandeur. »
Rien de très drôle, ni même de surprenant de nos jours. Sauf que le narrateur nous emporte dans son quotidien où il parle à son chat et que de son franc parler, il nous fait bien rire. Et plus encore lorsqu’il nous parle de masturbation : « Ca c’est un truc que tous les mecs ont essayé au moins une fois dans leur vie : l’autofellation. Echec cuisant hormis pour quelques rares exceptions. Un sadisme navrant du Grand Créateur : pour quelques centimètres manquants, c’est le commencement du mensonge […] Alors qu’on a simplement la queue trop courte ! » Puis il nous interpelle. Mais aussi, peut choquer certaines âmes sensibles.

Le soir du réveillon est pour lui une succession de mésaventures à commencer par une panne d’essence sur une route « au milieu de nulle part. » Il appelle le centre des taxis. Pas de taxis disponibles. Alors qu’il est attendu, pour passer le temps, il entame une bouteille de champagne sur le capot de sa voiture, « et en guise de verre, le bouchon de la bombe d’antigel fera l’affaire ! » Le champagne était destiné au repas chez ses amis, tant pis plus de champagne.

Et voilà notre personnage qui parle tout seul au beau milieu de nulle part et au milieu de la route avec sa bouteille dans une main et son verre bouchon dans l’autre, lorsqu’une voiture arrive au loin. C’est un taxi mais pas n’importe lequel. Le narrateur se retrouve malgré lui témoin d’une partie de sexe entre le chauffeur de taxi et la dame du téléphone qui lui avait raccroché au nez quelques minutes plus tôt, en échange d’un jerrican d’essence.

BOURGEOISIE, BOURGEOISIE…


Mais notre narrateur est déjà très en retard et cette soirée de réveillon commence à lui peser sérieusement sur les méninges, cependant il n’est pas au bout de ses peines. C’est à vingt-deux heures passées qu’il arrive enfin chez ses amis tout en sachant que ce sera probablement la dernière fois. Non seulement il est en retard mais qui plus est sans le champagne. La maîtresse de maison l’assaisonne de tous les bons mots bien désagréables à sa disposition. Le voilà donc comme un chien dans un jeu de quilles à se demander ce qu’il fait là, parmi ses personnages de la haute société bourgeoise hypocrite.

Il observe ce petit monde qui l’évite soigneusement, « passe d’un visage à l’autre, croise le regard d’anthony-gueule-d’amour-couilles-croisées, […] prend note des postures, des échanges de regards interdits-complices, et commence à dresser la liste de qui baise qui, ou de qui a sauté qui, et de qui voudrait bien recommencer. » Parce que dans la haute bourgeoisie on fait le silence mais les choses se passent comme ailleurs.

Heureusement, il y a Eva, jolie jeune fille de 18 ans en fin de puberté et qui n’a ni sa langue dans sa poche, ni froid aux yeux. Ils sont différents tous les deux mais trouvent des rapprochements. Sans se déranger plus que cela, ils se moquent ouvertement des gens qui s’habillent de fausse pudeur, fausse politesse, faux sourires… De quoi rire lorsqu’on a le regard bien aiguisé et quelques verres bien digérés.

FINALEMENT, LE MAL EST PARTOUT...


Au court du dîner, notre narrateur descend à la cave avec son ami Bernard, pour aller chercher une bonne bouteille, la jumelle de la première. Bernard se laisse aller aux confidences. Il est malheureux dans son couple. Le narrateur se rend à l’évidence, parfois on est bien mieux seul que mal accompagné, comme le dit le dicton et « entre ce qui déteint et ceux qui déteignent, les couleurs de la vie s’échappent dans l’égout des misères. »

En définitive, la haute société, bourgeoise attitude, décrite par le narrateur ne fait pas vraiment envie. De l’hypocrisie aux faux-semblants, ils ne valent pas mieux que les bof des quartiers déglingués.

Aux douze coups de minuit, ce petit monde s’unit encore plus fort dans l’hypocrisie pour faire comme les autres ou pour faire bien. Et pourtant, ils essaient tous d’être sincères alors que « rien à foutre de lui la veille, et rien à carrer de ta vie le lendemain, juste une minute approchant un peu de sincérité dans l’année. » Mais, est-ce vraiment de la sincérité au court de ce petit laps de temps ?
La sincérité se porte au cœur au jour le jour, voir de minute en minute pour être vraie à mon sens. La sincérité n’est pas un état temporaire qui s’efface après le douzième coup de minuit comme si c’était « le top départ d’un nouveau carnage. »

Notre narrateur bien secoué quitte la soirée dans la plus grande indifférence. Il s’en va au moment où soudain plus rien ne l’amuse. Entre les bulles de champagne et les rires, c’est son moral qui prend la fuite. Il réalise qu’il est seul mais surtout esseulé. Presque trop parmi ces gens heureux ou feignant de l’être.

Puis, durant cette longue nuit, il va se retrouver dans une série de mésaventures, l’amenant à divers raisonnements sur la vie en général et la sienne en particulier, sur les gens, les comportements, les mentalités…et cela d’un but bien précis que nous découvrons à la fin.
On se surprendra à différentes reprises à être en accord avec lui.


Une lecture destinée à tous ceux qui ne craignent pas le langage parfois assez rustique.
Les caractères sont petits, ce qui par moments rend la lecture plus difficile.

Marie BARRILLON

Informations sur le livre :

Titre : Il y a l’océan
Auteur : Stéphane Garnier
Editions : TdB éditions
ISBN 13 : 9782358360364
Prix : 19,50 euros