#Roman "Camille, regarde devant toi !" à découvrir, ici !

jeudi 25 juin 2009

Meme les anges ont du sang sur les ailes

« Sous des dehors de nonchalance et d’insouciance, Marie c’est une fille au cœur gros comme une citrouille, toujours prête à vous offrir le carrosse. Mais elle en a trop bavé avec son cul pour être capable de faire la part des choses, pour jouir à son juste prix de la situation présente. Et après tout vendre des fringues, même si c’est pas l’activité qui va l’élever intellectuellement, ça vaut mieux que de se faire ramoner à longueur de journée. »
Extrait du livre

ZOE LA ROUSSE…


Elle, c’est Marie dit Zoé la rousse. Au cœur de Belle-Ile-en-Mer, elle est seule avec Juju et Lili, ses jumeaux dizygotes. Marie dit Zoé la rousse parce qu’il faut bien vivre, de tout, de rien mais vivre malgré tout.

Elle fait le plus vieux métier du monde, Marie, sans honte parce qu’il n’y a pas de honte à vouloir vivre qu’elle qu’en soit la manière. Et puis, elle ne fait de mal à personne, au contraire, elle fait du bien aux paumés, aux vieux vicieux, aux sadiques de passages, même si elle s’en dégoûte.

Du matin au soir comme des horaires de bureau pour ensuite retrouver ses « petits loups, » ses amours. Lorsqu’elle aura amassé assez d’argent, elle ouvrira une boutique de lingerie et le plus vieux métier du monde ne sera plus qu’un lointain souvenir. En attendant, il faut y aller même à contre cœur.

JACQUES…


Lui, c’est Jacques. Il a rencontré Zoé la rousse un peu par hasard, un jour de pluie. Mais en Zoé, il a nettement préféré ne connaître que Marie, c’est pourquoi tout n’est qu’amical et virtuel entre eux. « L’amour tarifié, » il trouve cela malsain. Par contre, il aime bien Marie, « c’est une fille au cœur gros comme une citrouille, toujours prête à vous offrir le carrosse. » Jacques c’est un paumé de la vie. Un égaré sur une mauvaise route. Barge à ses heures, un vrai salaud à d’autres mais un « vieux con » en général.

RITA…


Puis, il y a Rita Bagha. Un nom pareil ça ne s’invente pas ! Mais pour l’association nom et prénom, les « parents avaient de l’humour, enfin un humour qui fleurait bon la connerie ! »

Rita sa destination c’est Belle-Ile. Une destination finale, « un endroit génial pour en finir avec cette putain de vie. » Elle est paumée, seule et « même pas une vue sur les étoiles, » inondée par le désespoir de l’amour perdu, « disparu comme un goéland qui a piqué son pain dans le sac d’une vieille. » Elle pleure Nicolas. Mais, Nicolas n’est peut-être pas si loin. Nous avons tous quelqu’un à pleurer à un moment donné, et parfois trop tôt. Si tôt que cela nous poursuit longtemps.

MARIE ET JACQUES…


Puis, Marie et Jacques se trouvent finalement pour « fusionner » leurs solitudes. Une fusion qui se transforme en amour respectueux, tendre, passionné. Une passion qui naît tout autant par hasard que leur rencontre.

Mais parfois le temps fait des siennes, sans nous épargner. Et tout se déforme sans prévenir.

Un joli roman plein de tendresse malgré un style assez rustique, voir même cru. A ne pas lire si on est sensible au langage impudique. L’humour s’y trouve aussi parfois mais par petite touche. A lire en se laissant aller au second degré par rapport au style. Ils ne sont pas de la haute bourgeoisie après tout. Gardons à l’esprit que se sont de tendres paumés comme il en existe partout.


Pour tous les lecteurs, mais surtout ceux qui n’ont pas peur d’un parlé effronté.
L’auteur nous emmène dans un univers assez rustique.
Il nous montre toutes sortes de sentiments au fil des pages.
Rien à signaler, sinon qu’on aurait aimé que ce roman soit un peu plus long.

Marie BARRILLON

Informations sur le livre :

Titre : Même les anges ont du sang sur les ailes
Auteur : Vincent Flajac
Editions : Le Somnambule Equivoque
Collection : Fulgurance
ISBN 13 : 9782930377032
Prix : 11,95 euros

mercredi 24 juin 2009

J'irai pas en enfer

« A la maison on avait des gros Larousse illustrés. Ils étaient lourds et pleins de pages, certaines me faisaient transpirer. Toutes les trente pages, il y avait des reproductions de tableaux, avec des muses et des nymphes pleines de poitrines. Enfin je pouvais regarder légalement des femmes à poil, tout le monde croyait que je travaillais. Je travaillais beaucoup avec le dictionnaire. Ces pages-là sont plus abîmées que les autres. »
Extrait du livre

JE VOUS SALUE MARIE…


Tout commence par des « Je vous salue Marie », que le petit Jean-Louis récite le soir dans son lit. Nul besoin d’être puritain pour lire ce livre. Non, juste besoin d’avoir envie de se détendre et souhaiter passer de bons moments et même rire au passage sur les pas de ce gamin qui nous en promet des vertes et des pas mûres.

Il est, on le comprendra vite, élevé dans un univers de croyance. Sa scolarité, c’est chez les curés qu’il va la faire et en passant par le catéchisme, l’église, les prières, la chorale et tout ce qui va avec. Il se rebute, mais il y croit. L’enfer lui fait peur, lui, il veut le paradis mais il ne peut pas s’empêcher de continuer à faire toutes sortes de bêtises et il en aura autant de punitions qui tournent toutes en prières.

Des péchés, il en fait, comme regarder dans le décolleté de la maîtresse chaque fois qu’elle se penche vers lui ou voler les cigarettes de son père et bien d’autres âneries encore. Ça lui fait penser au Jésus cloué sur les crucifix, car on lui fait croire qu’ils sont comme ça à cause des péchés de tous. Mais, l’un n’empêche pas l’autre, n’est-ce pas ? Si nous comptions nos péchés, nous n’en serions pas fier, reconnaissons-le !

SATAN QUAND TU NOUS TIENS !


Et comme Jean-Louis aime faire rire, il est prêt à tout pour y parvenir. Donc, forcément qu’est-ce qui fait rire sinon les bêtises ? Alors, Jean-louis les collectionne. On lui dit qu’il ira en enfer parce qu’il a le diable dans le ventre et à force il y croit. Il ira « là où on brûle éternellement dans des grandes marmites tandis que des diables noirs et poilus vous piquent les fesses avec des grandes fourchettes. »

Au catéchisme ce n’est guère mieux, il n’y comprend rien, « Deux personnes, Dieu et Jésus, plus un pigeon, le Saint-Esprit, se transforment en une seule personne. » Il pose des questions mais pas n’importe lesquelles, non, des questions qui dérangent bien sur.

Dans ce roman, il faut se laisser bercer par la bêtise enfantine qui n’est absolument pas méchante mais au contraire innocente. Et c’est pour cela qu’on se laisse emporter par le rire. Il n’y a que les enfants pour avoir certaines idées de bêtises lorsqu’ils ont un imaginaire bien trempé comme Jean-Louis. Ce livre se lit assez vite mais c’est un véritable régal.


Pour tous sauf peut-être pour les « croyant » qui pourraient le prendre comme un « sacrilège » s'ils le lisent au premier degré.
Le petit Jean-Louis nous raconte tous les sacrilèges qu’il a commis dans son enfance malgré sa peur de l’enfer, il en est drôle.
Il nous emmène dans ses aventures, on en referme le livre avec le même sourire qui nous a éclairés tout au long des pages.
On souhaiterait presque qu’il soit plus long.

Marie BARRILLON

Informations sur le livre :

Titre : J’irai pas en enfer
Auteur : Jean-Louis Fournier
Editions : Stock
ISBN 13 : 9782234063457
Prix : 12,00 euros

mardi 23 juin 2009

La trahison de Thomas Spencer

« Il était impossible et dérisoire d’expliquer, impossible et dérisoire de se justifier, de demander pardon. Une faute avait été commise, mais en conscience. Je l’assumais à ma manière. Des mensonges avaient été entretenus. Je les regrettais, mais il était trop tard. Il restait la trahison. Les traîtres n’ont pas d’excuses à bredouiller. »
Extrait du livre

L’AMITIE N’A PAS DE PRIX…


Thomas n’a pas de père et ne s’interroge pas sur le sujet jusqu’au jour où Paul, son ami d’enfance né le même jour que lui, lui pose la question qui l’amène à réfléchir : « Pourquoi on le voit jamais, ton père ? » Effectivement, à ce moment précis Thomas réalise qu’il ne connaît pas son père et ne l’a même jamais vu. Il en est « dévasté. »
Il souffre de « ce sentiment de dévastation instantanée. » Avec Paul, Thomas traverse l’enfance comme des « jumeaux mais pas frères. »

Lorsque Paul perd son frère, plus âgé que lui, lors de la guerre de Corée, il leur manque à chacun quelqu’un d’important. L’un son père, l’autre son frère aîné. Ce n’est pas rien dans la vie d’un enfant. Thomas le dit comme une évidence : « Je crois que si Paul et moi nous sommes autant attachés l’un à l’autre, c’est parce qu’il nous a manqué quelqu’un ; A lui un frère, à moi un père. »

Cette enfance, ils vont la parcourir accroché l’un à l’autre. Paul protège Thomas, le rassure, le console. Thomas écoute Paul, le suit sans condition.
A dix ans, dans cette Amérique agitée, Thomas découvre le racisme « en une seule phrase, prononcée sur un ton désolé et néanmoins badin, tout le racisme du Sud. »
Il traverse là sa première déception, « c’est la première rencontre avec la souffrance. »

Puis, toujours uni à Paul, le temps passe, les années s’additionnent, ils grandissent. Les premiers amours se présentent. C’est le moment des premières vraies distances entre eux. Thomas en souffre. Il découvre la solitude : « Il en va de la solitude comme les plantes : il en existe plusieurs variétés. » Thomas nous les décrit sous cinq formes selon le moment où elles les sont vécues. Il les a toutes traversées.

La vie continue son avancée, les amours aussi. Tous deux évoluent, grandissent en empruntant des chemins différents, d’autres distances s’installent certes mais rien ne les sépare.

QUOI QU’IL ADVIENNE !


Paul s’engage pour le Vietnam. Personne n’approuve cette décision, ne serait-ce qu’en souvenir de son frère et pour ses parents. Tous tentent de lui faire changer d’avis sans y parvenir. Seul Thomas garde le silence car il sait que cela est inutile. Paul est réfléchit et ne prend jamais de décision à la légère. Il en a pesé toutes les faces.

Thomas espérera son retour chaque jour et chaque jour est une déchirure, tout comme Claire la fiancée de Paul, tout comme ses parents. Paul en reviendra détruit et mutilé. Mais ce qui va l’achever c’est sans nul doute ce qu’il apprendra après son retour : « La trahison de Thomas Spencer. »

L’histoire est émouvante, tour à tour pleine de tendresse, d’amour. De l’enfant à l’homme, ces deux êtres ne cesseront jamais de s’aimer d’un amour sain et pur. Il n’en demeure pas moins que les pages les plus bouleversantes sont les dernières car nous sommes loin d’en imaginer la teneur.

Nous parcourons ici l’enfance, l’adolescence, la vie de ce narrateur torturé par les remords. De Eisenhower à J.F Kennedy, en passant par le mur de Berlin, la Corée, le Vietnam, autant d’événements qui ont marqué Thomas et Paul. Nous traversons avec eux, le temps et l’Amérique de cette époque, sur plusieurs décennies.
Thomas et Paul restent les amis, « les frères » qu’ils ont toujours été. Leurs convictions divergentes n’ont pas non laissé de traces sur leur profonde amitié où l’amour à plus d’importance et garde sa place quoi qu’il advienne. Même la trahison ne leur a tiré aucun cri


Particulièrement destiné à ceux qui aiment les sagas.
Ce roman vaut la dépense par sa qualité tant de l’histoire en elle-même que pour le style de l’écriture.
Un très bon roman plein de sensibilité, de tendresse, d’amour et ce même dans la tourmente.
Le paysage alentours nous y est joliment décrit.
Les personnages sont attachants.
C’est le type de saga qui ferait un bon téléfilm.

Marie BARRILLON

Informations sur le livre :

Titre : La trahison de Thomas Spencer
Auteur : Philippe Besson
Editions : Julliard
ISBN 13 : 9782260017707
Prix : 19,00 €

mercredi 17 juin 2009

Et si... Aniaki

« C’était décidé, j’allais vivre ici. Je regardais mon passé avec un sentiment de plénitude. Je ne lutterai plus, je ne voulais plus rien. Est-ce cela, tout abandonner ? Renaître à nouveau… une vie simple, une vie libre. Seule l’émotion serait mon guide. Il n’y avait rien à chercher, nul autre endroit où aller, juste poser ses valises. J’avais tant de choses à comprendre. »
Extrait du livre

ET SI…CERTAINS SECRETS DEVAIENT RESTER DANS L’OMBRE


Nikolas, grand avocat reconnu, se retrouve seul après sa rupture avec Nathalie. Les heures passent, les réflexions s’additionnent. N’est-ce pas ce qui se produit souvent après une rupture amoureuse. Durant un temps, plus ou moins long suivant les personnes, commence cette descente sans tranquillité où tout est remis en cause dans l’esprit, que l’on soit responsable ou non de la situation.

Nikolas, perdu dans ses pensées, se souvient avoir laissé à la cave une malle reçue de son grand-père avant sa mort. Il décide d’aller la chercher. Elle porte encore sur son côté l’étiquette de sa provenance : la Grèce.

Dans ce moment de déprime qu’il traverse, il étale le contenu de la malle au beau milieu de son salon, inspectant chaque objet, les palpant, les sentant, un à un. Puis, il trouve dans son ancien cahier d’écolier, une lettre et un manuscrit dont la plupart des phrases sont effacées.

Ce contenu va s’avérer étrange et attiser la curiosité de Nikolas qui va se décider à partir sans tarder pour l’île dont parle son grand-père dans sa lettre.

L’ILE DE SYMI


Symi, île perdue dans la mer Egée et qui dans la mythologie grecque tient son nom d’une des épouses (la nymphe Syme) de Poséidon, le dieu grec des mers et des océans en furie, époux de la terre et des profondeurs mystérieuses.

Symi, île montagneuse où vallée, falaises et criques la rendent encore plus mystérieuse. Cette île où Nikolas a grandi avec Talita son amie d’enfance. Il va justement retrouver Talita auparavant, après dix ans d’absence pour lui parler de ce manuscrit.

Dès les premières minutes en sa compagnie, c’est le choc. Nikolas est subjugué. Il tombe amoureux de Talita comme un adolescent. Elle n’est plus l’enfant naïve qu’elle était. Elle a changé, elle est belle, elle est femme.

ET SI LA LEGENDE N’EN ETAIT PAS UNE !


Nikolas va tenter de comprendre cette légende qui lui semble pourtant si réelle mais il ne trouve pas en son amie l’aide qu’il en espérait. Talita lui présente Talham qui doit l’aider, mais cette aide tant espérée de Nikolas n’est pas celle qu’il attend.

Nikolas va parcourir l’île à la rencontre d’un étrange chinois qui va lui parler des périodes antiques de cette île tant aimée faisant référence à la légende avec d’infini détails. Il rencontrera des moines encore plus étranges qui après l’avoir poursuivit et tenté de le voler tenteront de le dissuader de continuer ces recherches. Il va naviguer tant sur la mer que dans sa folie obsessionnelle pour trouver la réponse à cette énigme laissée par son grand-père.

Au risque de tout perdre et jusqu’à sa vie, il va aller jusqu’au bout de son désir pour découvrir cette vérité si bien cachée. Il va abandonner son passé tout en gardant à l’esprit Talita dont il est persuadé qu’elle possède les réponses qu’il cherche et dont il est éperdument amoureux.

Une belle intrigue parsemée de magnifiques descriptions du paysage. Mais aussi une belle leçon d’histoire antique de Simy, la Grèce et ses dieux ayant trait à la légende.


Une intrigue bien montée et qui donne vraiment envie d’aller jusqu’au bout du livre pour connaître les réponses que cherche le personnage principal.
Un style léger qui n’apporte pas de lourdeur.
D’excellents passages historiques sont savamment racontés.

Marie BARRILLON

Informations sur le livre :

Titre : Et si…Aniaki
Auteur : Pierre Nollet
Editions : TdB éditions
ISBN 13 : 9782358360173
Prix : 19,50 euros

vendredi 12 juin 2009

Récit d'un branleur

« Dans la file d’attente du magasin, c’était à mon tour de déposer mes boîtes pour chien sur le tapis roulant de la caissière qui faisait un concours d’acné avec sa caisse. En repensant à mon rêve je le trouvais ridicule. Et je me dis que j’étais aussi con dans mes rêves que dans la vie. Et que ça m’aurait bien arrangé d’être un génie dans mes rêves. Que ça m’aurait reposé de ma connerie éveillée. »
Extrait du livre

IL PARAIT QU’ON ATTIRE TOUS UN CERTAIN GRATIN DE LA SOCIETE


Roman ne sait pas quoi faire, il erre dans sa vie comme beaucoup d’autres, désœuvré et sans envie. Sans emploi, ni famille et pas non plus d’amis ou de femme. Il erre sans aucun intérêt.
Mais, s’il y a une chose qu’il n’a aucune difficulté à comprendre c’est que tous les déjantés, les dingues, les farfelus, il les attire mieux que les mouches sur le miel, « les hallucinés. Et tous ceux qui ont besoin de se plaindre. »

A longueur de temps, Roman écoute leurs palabres, leurs discours, leurs questions existentielles qui ne le sont que pour eux sans se demander si Roman, lui, en a à faire quelque chose. « Ces types là, ils vous voient comme deux oreilles géantes mises au monde pour n’entendre que de longues plaintes. »

Mais Roman, par gentillesse ou par lâcheté, ne dit rien et les laisse débiter leurs problèmes qui finalement ne sont grands et importants que pour eux.

Et si Roman ne sait pas quoi faire de sa vie c’est seulement parce qu’il est feignant, et même très feignant. Car même chercher du travail à quoi bon puisqu’on lui « avait dit qu’il était impossible d’en trouver. » Il n’avait donc pas insisté et n’avait plus cherché.

Puis Julia, sa tante lui demande de lui rendre un service. Ca tombe à point nommé. Elle voudrait qu’il s’occupe de Véra, sa chienne durant son absence qui va la mener en cure mais dont finalement elle ne reviendra pas. En contre partie, elle le gratifie d’un chèque plus que généreux. Julia est riche et ne lésine pas sur les zéros qui en font un montant exorbitant. Roman fébrile range le chèque dans sa poche.

UN PEU D’OCCUPATION NE FAIT PAS DE MAL


Cette somme rondelette donne à Roman une raison supplémentaire de ne rien faire. Mais, elle lui donne surtout l’envie de sortir tout le temps, toute la journée, laissant Véra seule dans l’appartement. C’est plus fort que lui et tellement tentant aussi : « l’argent ne me brûlait pas que les doigts, il cramait aussi mon cerveau et toute ma raison. »

Cela dit, au bout de quelque temps et avec ce fameux pécule laissé par Julia, Roman décide de monter son agence des plaintes : « La société des Plaintes. » Celle-ci ne met pas longtemps à prospérer tant il y a de plaignants. Les lamentations vont bon train. Ils viennent et reviennent encore tous ces gens en mal de vivre ou d’être tout simplement, tous ces plaignants qui finalement ne savent plus quoi inventer pour déverser leurs jérémiades puis s’en retournent « vers la dixième planète du système solaire »  que Roman avait baptisé « l’étoile de la connerie humaine. Planète accueillant tous les timbrés et autres malades de la terre. »

Mais la vie n’est pas un long fleuve tranquille, tout le monde le sait. Roman va s’en apercevoir tristement, « A chaque folie meurtrière recommencée dans le monde, l’homme est un peu plus con qu’hier. » Il va tout abandonner comme on claque des doigts.

Ce roman n’est ni un roman d’aventure, ni une histoire à suspense pourtant on se laisse emporter par le personnage avec sourire. Il est paumé dans une vie tout aussi paumée et de surcroît ne fait rien pour en changer mais il est attachant. Il est à l’écoute de tous ceux qui lui racontent leurs déboires et paradoxalement, Roman en fait de même avec nous lecteurs. Ce livre est plein d’humour, farfelu, un poil déjanté. C’est un bon moment de détente.


Pour tous ceux qui cherchent une lecture de distraction.
Il est écrit comme on parle, sans grand mot.
Il est drôle et la lecture en est facile.

Marie BARRILLON

Informations sur le livre :

Titre : Récit d’un branleur
Auteur : Samuel Benchetrit
Editions : Julliard
ISBN 13 : 9782260015420
Prix : 18,00 euros

mercredi 10 juin 2009

Le secret de Torrenova

« Après la mort de grand-père, j’ai demandé à notre tante, ajouta Thérésa. Elle m’a répondu : " Mon frère m’a fait apprendre par cœur ce qu’il fallait dire à Tito, au cas où il poserait des questions." Je te le dis à toi, apprends-le toi aussi. Ton père fut frappé d’un amour profond pour une femme qui ne pouvait pas devenir sienne : le secret fut bien gardé. Elle consentit à te laisser à lui à condition qu’elle puisse t’allaiter jusqu’à trois mois. »
Extrait du livre

LA FAMILLE


Tito c’est le patriarche, celui qui dit, celui qui ordonne, celui qui n’admet pas les objections, ni les critiques et qu’on ne contredit pas.
Il en impose de sa voix à sa prestance, de son regard à sa parole. Il inspire le respect au sain de cette famille. Une vraie famille de Sicile pure souche. La famille on la protège, on la vénère, on la respecte et rien ni personne ne doit déroger à cette notion.

La famille, on l’aime envers et contre tout. On la porte sur le cœur tout simplement et quoi qu’il en coûte.
Les repas, où tous se retrouvent réunis, sont inévitables et font partie des coutumes. De grandes tablées. Tous sont présents, fils, filles, neveux, nièces, tantes… Aucun ne manquent à l’appel.

Et nous voilà transporté au soleil, au cœur de cette Sicile, dans ses profondeurs. De ses paysages à ses chaleurs, de ses ententes à ses colères, de ses secrets à ses aveux.
Nous sommes observateurs et spectateurs de cette famille où l’air de rien se cache un terrible secret qu’il ne faut pas dévoiler, ni percer. Mais c’est sans compter sur la ténacité de Tito.

Tito marche sur les traces de ce secret pour accéder à la vérité…effrayante ou non, il veut savoir. Au travers de courriers d’antan, il apprend à connaître son père mais aussi sa tante ainsi que le rôle qu’elle a tenu au sein de la famille. Elle ne s’est jamais mariée, pourquoi ?
Il réalise qu’il ne connaissait pas vraiment ce père auprès duquel il a grandit et qu’il a tant aimé. Mais, connaît-on vraiment les gens ? Même les plus proches ?

LE SECRET…L’OBSESSION DE TITO


Ce secret hante Tito, il en délaisse tout le reste car il sent au fond de lui qu’il y est directement lié.
Puis, le calme apparent de la famille s’efface. Ses enfants se rebellent. Des conflits s’animent. Entre ses deux filles ce n’est pas la grande entente. Santi, son fils, veut les rênes de la fabrique familiale de pâtes. Les sœurs veulent leur part. Sa tante s’y oppose. Sa femme prend leur défense. La domestique, devenue sa maîtresse au fil du temps, met son grain de sel partout mais surtout est à l’affût de tout ce qui se dit au sein de la famille. On ne sait jamais, tout peut avoir de l’importance et servir ses intérêts.

Tito est tiraillé de toutes parts. Par les uns, par les autres. Personne ne l’épargne.
Mais, entre toutes ses petites guerres au cœur de sa famille, parviendra-t-il à découvrir le secret qui le taraude ? Et surtout, arrivera-t-il une fois découvert, à le garder dans les profondeurs du silence ? Il y a des secrets qu’il ne faut pas faire apparaître au grand jour. Ne dit-on pas : Pour vivre heureux, vivons cachés ?

Le texte est limpide mais entêtant, empêchant tout arrêt de lecture. Une fois cette lecture commencée, on veut savoir la fin. On se sent bien dans les pages, dans l’histoire. On se sent transporté aussi, comme en voyage en découvrant le paysage par de belles descriptions. Nous y sommes presque parmi les uns et les autres. Et nous suivons Tito en lui « tenant » presque la main au long des pages qui finalement se tournent vite, très vite, jusqu’au bout de cette saga familiale.


Bien imaginée, bien menée, bien racontée, un vrai plaisir !
Tous les sentiments se mêlent dans l’histoire, de la tendresse à la colère, en passant par les rancœurs et l’amour ainsi que l’amitié sous toutes ses formes.
Mon coup de cœur !

Marie BARRILLON

Informations sur le livre :

Titre : Le secret de Torrenova
Auteur : Simonetta Agnello Hornby
Traduit de l’italien par Delphine Gachet
Editions : Robert Laffont
ISBN 13 : 9782221109823
Prix : 20,00 euros

samedi 6 juin 2009

Asiles de fous

« Une sorte de réveil en sursaut, mais les yeux clos, la conscience en retrait de crainte d’être mordue par la réalité. A nouveau le son de sa voix qui me reprochait ma lâcheté, puis mon inertie. Je reconnaissais le bruit de la grande valise arrachée d’un geste sec du dessus de l’armoire, puis ouverte sur le sol. Je me voyais à sa place, éventrée, coupée en deux, avec une longue charnière à la place de la colonne vertébrale et un intérieur vide… »
Extrait du livre

UN ROBINET CONTRE UNE RUPTURE...


On sonne à la porte, elle ouvre. C’est François, son beau-père, il vient réparer le robinet de la cuisine qui ne cesse de fuir. Il discute avec elle comme pour retarder le moment des aveux qu’il doit faire, craignant l’effondrement qu’il ne pourra peut-être pas gérer. Elle aurait tous les droits de s’effondrer, surtout lorsque rien ne lui avait mis la puce à l’oreille. Il est le messager en mauvaise posture mais il en prend presque du plaisir tout en prenant ce rôle très au sérieux.

François se lance, il le faut bien, c’est aussi pour cela qu’il est là, le robinet n’est qu’une excuse. Il lui annonce que Damien, son fils, l’homme avec lequel elle vit depuis cinq ans, ne reviendra pas. Ce Damien qui n’a pas eu le courage de faire face à ses responsabilités et encore moins celui de prendre lui-même ses affaires. François est gentil mais il serait bien mieux dans un autre rôle que l’annonceur de rupture, pense-t-elle.

Mais tout en tournant en rond, tant dans sa silhouette que dans les mots, il affronte ce pour quoi il s’est substitué à Damien, allant jusqu’à lui trouver des excuses sur son manque évident de courage : « Il aurait pu vous en parler lui-même mais il avait peur de votre chagrin, de vos pleurs. Il craignait une crise de nerfs, il est déjà très angoissé par son travail, à son âge il ne peut pas se permettre la moindre erreur s’il veut grimper dans l’organigramme. »
Il ne peut pas se permettre la moindre erreur le fiston, mais il peut se permettre de briser sa compagne en se cachant derrière son père.

VERS UNE FOLIE GENERALE...


Gisèle reçoit ce coup bas avec bonne figure, mais François ne s’arrête pas là. Il continue, il déverse et persiste même à parler pour ne rien dire. Gisèle voit sa vie s’envoler et court s’enrouler dans sa couette. Elle n’aspire qu’à dormir, s’il voulait bien se taire. Elle le laisse se dépêtrer des affaires de Damien, l’armoire, le guéridon, tout ce qu’il veut du moment qu’il disparaît une bonne fois pour toutes avec ses mots qui l’incisent.

Mais, il persiste, reste, se sent bien même avec elle comme il dit. Elle finit par l’aider à tout descendre pour le voir disparaître mais ne décroche aucun mot, pas même un souffle.

Enfin, elle se retrouve seule enfermée dans son appartement et sa torture. Gisèle ne veut pas y croire. Elle attend Damien, mais il ne rentre pas, alors elle va appeler chez ses beaux-parents. Sa belle-mère, Solange, répond et lui déverse toute sa colère, ses médisances, sa hargne.
Cinq ans de vie, de partage avec Damien et les siens et voilà comment ses beaux-parents l’éconduisent, avec insultes comme si rien n’avait existé, comme si ces cinq années n’avaient compté que cinq petites minutes.

Les personnages, dans ce quatuor, sont aussi névrosés les uns que les autres. La folie est bien présente ici, de pages en pages, de personnages en personnages. Rien n’est laissé au hasard et ce jusqu’à l’extrême parfois. Avec un humour acide et un cynisme accentué, l’auteur nous emporte dans sa caricature vers la folie des personnages parfois difficiles à cerner.


Ce roman est particulièrement destiné à tous ceux qui aiment les romans à l’emporte-pièce.
Un prix standard pour ce roman un peu trop cynique malgré les qualités de l’écrit.
Il est certes bien écrit malgré tout avec style et rythme qui ne laisse pas indifférent.
Très caricatural, troublant, dérangeant et parfois un peu ennuyeux.
Le lecteur se sent parfois agressé dans le genre de caricatures présentes.
Le côté sarcastique est un peu trop prononcé, le cynique aussi.

Marie BARRILLON

Informations sur le livre :

Titre : Asiles de fous
Auteur : Régis Jauffret
Editions : Gallimard
ISBN 13 : 9782070775347
Prix : 16,50 euros

mercredi 3 juin 2009

L'île berceau

« Sur la plage, elle hurle. Un cri grave terminé par un aigu. L’océan lui répond en la giflant d’une vague. Les larmes se mêlent à l’eau de mer sur son visage. Elle rit, elle pleure. Trouve un abri entre deux rochers roses, face à la mer. S’y calfeutre. Sa respiration est calme. Son drame intime se dépose. Elle chante à la mer et l’eau porte sa voix. »
Extrait du livre

MARA...


Elle, c’est Mara.
Elle a la quarantaine, elle quitte un homme Antoine, son mari. En perd un autre Hugues, son amant. Hugues qu’elle suit jusqu’au cimetière, sa dernière demeure, « ils ne se parlaient presque plus. Ils étaient au-dessus des paroles. Un lien par-delà les mots. Un amour révélé dans la souffrance. »
Puis, la douleur qui pénètre, la lassitude qui s’incruste, les doutes qui s’installent.

Elle s’en va et ne reviendra pas avant un bon moment. Elle s’exile pour aller déposer sa peine quelque part. Une petite maison sur une île. La solitude comme un besoin pour trouver l’accalmie. La mer pour échapper aux profondeurs de la noirceur et y mélanger sa peine, pour s’en débarrasser. Mais, peut-on vraiment s’en débarrasser ?

JONATHAN...


Lui, c’est Jonathan.
Il part, il quitte Anne. Il a vingt ans et déjà blessé par l’amour. Une femme, une seule, Anne comme une obsession. Il ne la regarde pas, s’éloigne envahit de douleur, de rancœur. Et, il ne se laisse pas retenir par les mains qui s’agrippent.  Les mains de celle qu’il a tant aimée. « Il sent la gravité de l’amour. Qu’il croyait jusqu’alors léger. »

Il prend le premier train en partance. Ce train ne va pas loin, il aurait préféré partir plus loin, très loin. Mais c’est toujours comme ça, c’est le premier train qui compte. Alors, il ira tout de même où le train le mènera. Et c’est au bord de la mer.

Il marche sur le sable, même en pleine tempête cela ne lui fait pas peur. Quand on souffre, la peur n’a plus de raison d’être, seule la douleur prend tout l’espace. Il veut crier dans la tempête mais n’y parvient pas. « Le cri c’est le silence. Le silence de la douleur. »

ENSEMBLE...


Mara et Jonathan vont se trouver. La vie regorge de concours de circonstances. Ils vont faire connaissance, se porter à bout de bras l’un, l’autre. Retrouver un mince sourire ensemble. De rapprochements en rapprochements, ils vont se laisser aller à la tendresse. Puis, un peu plus. Le lien s’y prête, celui de la douleur conjuguée. Le lieu convient aussi pour tenter d’oublier, au moins un instant. L’île déserte n’est que pour eux.

Ils portent en eux chacun une histoire mais au fond la teneur en est la même : La douleur d’un amour perdu. Alors, ils se comprennent.

Ici, la détresse se lit à grandes enjambées. Fidéline Dujeu s’affirme avec des mots qui pèsent. Qu’ils soient de tendresse, d’émotion, de douleur mais en tout cas toujours d’amour. Elle nous parle du paysage, nous raconte la mer. Nous pouvons fermer les yeux quelques secondes et nous voilà sur l’île berceau. On y voit l’étendu bleue, infini telle qu’elle y est décrite au fils des pages.

Le texte nous empoigne et nous serre le cœur. Fidéline Dujeu pose le doigt sur la profondeur de la douleur de l’amour.


Un prix un peu élevé pour un si petit format mais il est de taille passe-partout.
Une belle couverture, un papier de qualité et une agréable prise en main.
Après « Coquillages », son premier roman, Fidéline Dujeu récidive et nous transporte agréablement et sans lassitude dans la lecture une fois encore.
De belles descriptions, tant du paysage que des sentiments, des émotions...
On aurait aimé que l’histoire soit un peu plus longue.

Marie BARRILLON

 
Informations sur le livre :

Titre : L’île berceau
Auteur : Fidéline Dujeu
Editions : Somnambule équivoque
Collection : Fulgurances
ISBN 13 : 9782930377087
Prix : 12,00 euros

mardi 2 juin 2009

Coquillages

« Je regarde le visage de ma femme comme s’il ne m’avait jamais appartenu. Il ne m’a jamais appartenu. Je l’ai cherchée. Toutes ses années. Ebauche de lien. Serré. Ma gorge s’est nouée. Les fils de sa vie se déroulent sous mes yeux vidés d’amour. Je ne parviens pas à les suivre, je ne peux pas les retenir. Sans force. Elle m’abandonne. Je suis si seul. L’amour a-t-il existé ? »
Extrait du livre

LA RENCONTRE…


Renaud rencontre Chloé sur une plage par un bel après-midi de novembre. Alors qu’il est parti pour se ressourcer, reprendre pied. Photographe professionnel, il avait parcouru le monde pour figer sur négatifs toutes les horreurs croisées. Pour « témoigner, montrer, prouver…Barbaries, tueries, génocides. » Durant six années, il avait du «  être partout, être nulle part. » Il se sentait complètement vide de l’intérieur, une pause dans son espace temps s’imposait.

Sur cette plage, les coquillages s’alignent les uns à côté des autres, les uns au-dessus des autres, «  image saisissante. Une carte postale géante exposée aux regards célestes. » Plus loin, une jeune femme, très belle. Elle pose les derniers coquillages avant que la mer ne vienne tout emporter.

La mer monte comme pressée de s’étaler. Chloé regarde le spectacle, le sourire bien en place. Elle se délecte de voir les eaux engloutir son chef-d’œuvre. Il s’efface petit à petit. Renaud mitraille tout ce qu’il peut avec son objectif… Les coquillages et leur envol dans l’eau salée. La mer balaie le sable en emportant tout ce qui se trouve sur son passage comme une affamée.

Dans l’euphorie de ses prises de vues, Renaud prend aussi Chloé. Oui, Chloé et son sourire. Chloé et ses boucles brunes. Chloé et son bonnet rouge, son visage. Puis, sans s’y attendre l’amour les emporte plus sûrement que l’aurait fait la mer.

NE DIT-ON PAS QUE L’AMOUR EST PLUS FORT QUE TOUT ?


De cet amour sans limite, Renaud va se retrouver dans un tourbillon tumultueux. Il va poser ses pas sur chacune des marches qui le mèneront en enfer. De douleur en tristesse, de l’espoir au désespoir, de l’amour à la déraison, il n’aura de vision que celle de sauver chloé.

Mais, n’est-il pas déjà trop tard ?
Dans ce petit roman, on se découvre tour à tour souriant, bouleversé, triste aussi. L’émotion est bien présente, savamment écrite et exposée au regard du lecteur, dans un style limpide qui se laisse happer avec plaisir.


Un prix un peu élevé pour un si petit format mais le roman en vaut la peine.
Les pages, d’un papier épais et de qualité, donne plaisir à le manipuler.
Un style d’écriture très agréable pour ce premier roman où on se laisse emporter par l’auteur sans aucune lassitude.
La photo de couverture en noir et blanc incite à l’évasion.
Dommage que la fin de l’histoire soit si triste.

Marie BARRILLON

Informations sur le livre :

Titre : Coquillages
Auteur : Fidéline Dujeu
Editions : Somnambule équivoque
Collection : Fulgurances
ISBN 13 : 9782930377049
Prix : 12,00 euros