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jeudi 25 décembre 2008

Entretien avec Laurent Boyet

Entretien avec Laurent Boyet,
auteur du roman "Le rédempteur de la Têt"

1001 livres : Quelle motivation t'as poussé à écrire un roman policier, indépendamment du fait que ce soit ton métier ?

Laurent Boyet : En fait, j'étais persuadé que je n'écrirais jamais de romans policiers, justement parce que c'est mon métier. Je pensais que tout avait déjà été dit, écrit et filmé sur le sujet. Et puis, il y avait une espèce de pudeur à parler de quelque chose que je connais trop bien sans doute. Mais, on m'a demandé de réfléchir à quelque chose en vue de participer au Prix du Quai des Orfèvres. Ayant trouvé une idée qui sortait un peu de l'ordinaire, je me suis lancé dans l'écriture et j'ai trouvé un éditeur avant d'avoir eu le temps de participer au Prix.

1001 livres : Penses-tu écrire d'autres romans ? Si oui, est-ce que ce sera dans la continuité du premier, c'est-à-dire des policiers ?


Laurent Boyet : J'ai trouvé une véritable liberté dans l'écriture d'un roman policier, une sensation que je n'ai pas retrouvée dans l'écriture pour d'autres genres. En 2001, j'ai publié à compte d'auteur mon premier roman, "TOI", une belle histoire d'amour qui a reçu d'ailleurs la même année une mention spéciale au Prix Littéraire Européen. Mais, j'ai pris plus de plaisir à écrire "le rédempteur...". Cela me permet d'aller loin, très loin dans l'écriture, l'imaginaire, l'exutoire.
En début d'année prochaine, sortira chez le même éditeur "Le supplice d'Amélie", un roman policier encore plus noir que le premier. Ce ne serait pas une suite mais, on y retrouvera deux personnages croisés dans "Le Rédempteur de la Têt".
Mais, j'aime tellement écrire; c'est une telle nécessité pour moi, que je n'ai pas envie de me laisser enfermer dans un style, un genre littéraire.

1001 livres : Sur ta manière d'écrire, le fais-tu à l'instinct ou plutôt en adoptant, dès le début, une certaine organisation ou logique ?


Laurent Boyet : Je dirais que c'est une sorte ...d'instinct structuré ! C'est très étrange. Je commence par avoir une idée. Je ne jette rien par écrit. Je ne fais aucun plan. Non, je laisse l'histoire mûrir en moi, librement. Pour "Le Rédempteur de la Têt"", par exemple, j'ai d'abord eu l'idée du dénouement et j'ai construit mon histoire tout autour, par rapport à la fin. Pour le prochain, c'est tout l'inverse. J'ai eu l'idée du point de départ et je me suis laissé guider. J'ai même changé de meurtrier en cours d'écriture !
J'aime me lancer dans un projet d'écriture parce que je vis véritablement avec mon histoire. Elle est en moi, comme un secret, que personne ne pourrait percer. Elle grandit et je vis vraiment avec mes personnages. Au final, ce sont eux qui finissent par me dicter les mots...
Propos recueillis par Marie BARRILLON

Le rédempteur de la Têt, Laurent Boyet

Etre policier, c’est justement aller de l’autre côté du miroir trop bien poli, pour découvrir la mauvaise face des gens. Rien ne nous échappe jamais. A force de fouiller, de chercher et de chercher encore, on finit toujours par trouver. Pas forcément ce qu’on cherche. Mais, on trouve.
Extrait du livre

LIEUTENANT LAYETTE…

Bruno Layette, un nom qui peut prêter à rire, il le sait et le reconnaît avec humour. « Je sais cela ne s’invente pas ! Cela fait 35 ans qu’on me demande si je mets encore des couches, ou si je mange avec un bavoir. A force on s’habitue. »

Bruno Layette est flic. Lieutenant de police précisément, ce qui équivaut anciennement à Inspecteur. Cela paraît moins flatteur mais le travail est le même.
Est-ce par vocation qu’il a choisi ce métier ? Il n’en n’est pas certain. Dans son esprit, la police c’était ce qu’il en voyait dans les séries policières lorsqu’il était plus jeune et encore chez ses parents. Moulin et sa moto. Maigret et son chapeau, sa pipe. Navarro et ses mulets. Ah, Navarro !

Toujours est-il que Bruno est lieutenant de police à Perpignan. Ce n’est pas que ce soit navrant mais ça ne remue pas beaucoup. Et Bruno aimerait bien que ça bouge un peu. « On se retrouve à Perpignan, à chasser plus souvent l’ennui que les grands délinquants. »

Entre eux, les collègues parlent de tout et de rien, ça occupe. Ils discutent des matchs de rugby passés ou à venir. Parce que Perpignan, c’est bien l’endroit où on ne peut éviter le rugby.
Puis, ils parlent des filles. Celles qu’ils ont ou n’ont pas, celles qu’ils aimeraient avoir ou pas du tout. Le boulot, ils en discutent un peu mais il n’y a pas grand-chose à en dire, alors ce sujet là passe vite. C’est calme. Le soleil, la mer…

Lorsqu’un appel les alerte, c’est la détente et l’ennui qui prennent fin. Prendre l’air, bouger, mener l’enquête, même une toute petite, ils sont preneurs.

Bruno est appelé avec ses collègues sur le lieu d’un accident, non loin de la Têt, une rivière caillouteuse qui vient des montagnes. Elle peut être capricieuse après des chutes de neige et des pluies trop importantes. Les crues la font monter jusqu’aux berges pour parfois même passer au dessus des traverses. « Il y a les pompiers qui courent dans tous les sens. Il y a les coups de klaxon des gens imbéciles qui sont toujours pressés, même devant la mort. Il y a les badauds, de l’autre côté de la rambarde, qui prennent des photos avec leur téléphone portable. »
Mais, les riverains ont aperçu un corps emballé dans un sac plastique et flottant sur la Têt. Et cela n’a visiblement rien à voir avec l’accident. D’un seul coup, la vie de Bruno et ses collègues va s’animer.

FINALEMENT, N’EST-CE PAS MIEUX LORSQUE PERPIGNAN EST AU CALME ?


Un accident, un corps flottant sur la Têt, du sang, des morts ! Ca on ne l’apprend pas à l’école de police. « C’est cru. Mais, c’est la réalité, notre vrai travail et on le prend en pleine gueule. Alors tant bien que mal, on se forge un caractère. »

Une jeune femme de la PJ, le gardien Caroline Payet, doit travailler en équipe avec Bruno sur ce crime. Mais Bruno est plein de préjugés sur les femmes en général mais dans la police en particulier : « Les femmes dans la police ? Je suis pas contre. Le problème, c’est que ça fini toujours par une histoire de cul et, ça fout la mauvaise ambiance. »
Alors Bruno est largement sceptique sur cette association avec le gardien Payet et n’est pas du tout enclin à l’amabilité. Un minimum sera bien suffisant, pense-t-il !

L’enquête débute : photos, relevé d’indices, autopsie… « La police est un monde de voyeurs. Il faut toujours qu’on prenne tout en photo : les scènes de crime, les suspects, les voitures brûlées, les stupéfiants découverts, les autopsies. Tout. »
Pas le temps pour l’apéro… Là, on ne rigole pas, c’est du sérieux. « Quand on commence une enquête, c’est un peu comme si on se retrouvait devant un puzzle défait. »

Au fil de l’enquête et de la découverte des indices, le tueur s’adresse à Bruno par des petits mots retrouvés sur les victimes : « Bien vu Lieutenant. J’avais raison de vous faire confiance… ». Mais, pourquoi ? Bruno aimerait bien comprendre les raisons qui poussent le tueur à s’adresser à lui en particulier par ces messages de très mauvais goût.

Comme si l’enquête n’était pas suffisante en elle-même pour accaparer son esprit, Caroline s’impose ! Elle fait preuve de beaucoup de logique et de réflexion. Ses intuitions agacent le Lieutenant Layette mais en même temps, il est bien obligé de reconnaître qu’elle possède  certaines qualités et des atouts évidents. Caroline fait bien son travail, il en convient sans grand plaisir.

Tout se complique lorsqu’un second corps est découvert et que les premiers indices correspondent avec le premier crime. Le légiste le confirme : « Et, si on y regarde de plus près, je suis au regret de vous dire que celui, ou celle qui a grossièrement cousu les lèvres entre elles avec ce fil est le même que celui qui a cousu les yeux de notre noyé. »

MAIS A QUEL JEU JOUE LE TUEUR ?


Bruno sait très bien ce que cela veut dire. Un second crime, un seul tueur. Et peut-être même d’autres crimes à venir.
L’enquête avance à petits pas tendus. Les interrogations sur ces meurtres au fil des indices n’ont pas de réponse et les interrogatoires s’accumulent.
Puis, il y a Caroline et ses intuitions certes assez bonnes en général mais qui l’agacent. D’ailleurs, il n’y a pas que cela qui l’agace chez elle. Elle est belle, sûre d’elle, elle a de la réflexion, de la finesse. C’est trop pour Bruno mais il faut faire avec, il n’a pas le choix.

Aller prendre un verre avec sa collègue leur permettrait de se changer les idées, prendre l’air et revenir sur l’enquête avec l’esprit plus frais, plus disponible à de nouvelles évidences, d’autres intuitions et peut-être même faire apparaître des détails qu’ils n’avaient pas jugés importants à un autre moment.

Bruno lance l’idée malgré ses préjugés. Un verre et rien de plus. Un verre ce n’est rien. Ils ne sont que coéquipiers sur cette affaire et rien d’autre. Enfin…rien de plus…ils le croient, l’un comme l’autre.

Un verre, des confidences mutuelles, une bise sur la joue, puis ils rentrent chacun de leur côté. Bruno tente de se persuader que ce verre, n’était qu’un verre. Caroline, elle, voit bien au-delà dans l’ambiance tamisée du pub.
Le lendemain, le sérieux reprend ses droits. L’enquête devient de plus en plus difficile pour Bruno. Le tueur est bien déterminé à jouer avec les nerfs du Lieutenant sans rien lui épargner.

Une troisième victime et toujours un message à son intention : Bruno commence à se sentir de plus en plus mal à l’aise dans cette affaire. « Non, ce n’est pas difficile, c’est… insupportable. Insoutenable. Je n’en peux plus. Si vous saviez comme je n’en peux plus. Je passe mon temps à chercher dans le moindre recoin de mon esprit. Et j’en ai des recoins… Je cherche un signe, un repère. N’importe quoi. Mais, il a tellement d’avance sur moi. »

Il a de plus en plus de mal à se concentrer et son esprit qui tourne autour de Caroline au lieu de rester sur les meurtres à élucider. Heureusement Caroline est une vraie pro et ne se laisse pas tourmenter : « Du sacré bon travail. Du vrai boulot de flic. Mais ça m’en coûterait de lui dire. J’ai du mal avec les compliments. C’est comme si plus rien de bon ne pouvait, ne voulait sortir de ma bouche. »

Les questions tentent de se frayer un chemin dans son esprit pour comprendre pourquoi le tueur s’acharne sur lui, jusqu’à entrer dans sa vie privée pour l’atteindre.

Texte simple et facile à lire pour tous les amoureux de roman policier.
L’intrigue est présente tout au long des pages et donne au lecteur le désir d’en savoir plus.
Une histoire bien montée où la chute est tout à fait inattendue.
En deux mots, un polar plein de suspense qui maintient le lecteur en haleine jusqu’aux dernières pages.

Marie BARRILLON

Informations sur le livre :

Titre : Le rédempteur de la Têt
Auteur : Laurent Boyet
Editions : Cap Béar éditions
ISBN 13 : 9782350660493
Prix : 9,00 euros

mercredi 10 décembre 2008

La traversée de l'été

"Il lui glissa dans les mains un petit bouquet de violettes. Elle n’eut pas besoin de les regarder pour savoir qu’il les avait volées, comme si elle avait assisté à la scène. Les fleurs contenaient l’été tout entier, avec ses ombres et ses lumières gravées dans les feuilles, et elle en pressa toute la fraîcheur contre sa joue.
Grady n’avait qu’une connaissance limitée de ce genre de naufrage citadin."
Extrait du livre

Grady…

Alors que Mr et Mrs McNeil sont sur le point de partir en Europe pour passer l’été, Mrs McNeil s’angoisse de laisser leur fille, Grady, seule à New York.

Grady, n’a certes que dix-sept ans mais elle n’est plus une petite fille non plus. Et elle ne s’angoisse pas le moins du monde de se retrouver seule. Ce serait plutôt le contraire. Elle « sentit un rire irrépressible monter en elle, une joyeuse agitation qui semblait envahir la blancheur du ciel d’été étendu devant elle comme une toile vierge sur laquelle elle pouvait dessiner les premiers élans imparables de la liberté. »

Pourtant aucune sympathie unissait la mère et la fille. Mrs McNeil inspirait même du mépris à Grady. Ce qui n’empêchait pas cette angoisse de monter dans le cœur de Mrs McNeil, elle ne s’en cachait pas d’ailleurs.

A l’heure du départ, le mouchoir blanc déployé, la main battant l’air. Mrs McNeil ne cessait de culpabiliser, pensant et s’interrogeant sur le sort de Grady durant leur absence. « Ne commettait-elle pas une faute inexcusable en la laissant ainsi ? On n’abandonne pas une enfant inaboutie, incomplète. »
Mais son mari l’apaisa en la serrant dans ses bras. Le bateau largua les amarres et s’éloigna.

L’INNOCENCE DE LA JEUNESSE IGNORE LES PIEGES DE LA VIE...


Grady, libérée du regard de sa mère n’eut qu’une pensée qu’elle s’empressa d’exécuter : retrouver Clyde Manzer. Il travaillait dans le parking où Grady garait souvent sa voiture. Parfois, Clyde piquait un somme à l’arrière de l’un des véhicules présents dans le parking.
Grady le trouva effectivement endormi sur la banquette arrière de sa propre voiture.

En le voyant ainsi au pays des songes, elle ne put s’empêcher de penser : « Il y a une sorte de magie à observer l’être aimé sans qu’il en ait conscience, comme si sans le toucher on lui prenait la main et qu’on lise dans son cœur. »
Grady était amoureuse de Clyde, bien que ce ne fut pas son premier amour.

Peter Bell, son meilleur ami et ami d’enfance de surcroît, ne voyait pas d’un bon œil cet amour naissant dans le cœur de Grady. Surtout depuis qu’il avait compris qu’il était, lui, profondément épris d’elle.
Les narrations de Grady sur son nouvel amour et leurs ébats exaspéraient Peter à l’extrême. Mais ils étaient amis, alors il gardait pour lui son ressentiment. « Il était possible qu’il ne parvînt jamais à lui faire l’amour et, s’il y réussissait, leurs ébats s’achèveraient sans doute par une crise de fou rire ou de larmes, comme lors de leurs jeux d’enfants. »

Mais pour l’heure, Peter occupait la seconde place dans le cœur de Grady, devancé par Clyde, qu’il n’appréciait pas beaucoup.
Grady était ailleurs, trop occupée par ses sentiments qu’elle en oubliait bonne manière et bonne éducation. Clyde l’emportait dans un tourbillon qu’elle ne cherchait pas à éviter. Elle ne ressentait pas le désir de s’en évader.
Etait-elle consciente que ces jeux la conduisaient vers des lisières sombres que la vie est capable de mettre sur notre chemin s’il y a une brèche dans notre garde ?

Et quand le piège se referme qu’advient-il de nous ?

Grady se laissait aller sans réflexion à ce bien-être de liberté et sans aucune prudence, même si parfois quelques questions venaient subrepticement lui effleurer l’esprit. Mais tout juste l’effleurer, rien de plus ! Cela ne lui permettait pas de réagir.

De bêtises en bêtises, rien n’allait plus dans le bon sens. Grady ne voyait plus que Clyde dans son univers. Clyde et toutes les petites choses, honnêtes ou non, qu’il faisait. Il les faisait pour elle, « Il m’a apporté un papillon, confia-t-elle à un miroir tacheté. Oui, dans un sac de pastilles de menthe… Du moins, je croyais qu’ils étaient à la menthe, l’odeur avait ce délicieux parfum. » « Cela lui faisait du bien de sentir une main qui lui tenait la tête, cela atténuait le vertige, les vibrations intérieures. » « Parfois, j’ai l’impression que ma tête s’envole, que mon cœur me traverse la gorge. »

La jeunesse a cela de beau : l’innocence. Mais de dangereux aussi, parfois même jusqu’au geste fatal face à l’inconscience, entraînant tout un monde dans sa chute.

Texte sans difficulté, et agréable de fluidité.
Une postface rédigée avec beaucoup d’élégance et d’affection par Alan U.Schwartz.
Une préface de quelques pages rédigées par Charles Dantzig nous apprend également comment est apparu le désir d’écriture chez l’auteur.
Ces deux sections relatent la vie d’auteur de Truman Capote. Beaucoup de détails nous apprennent qui était l’auteur et ce qu’il a vécu dans l’écriture.

Marie BARRILLON


Informations sur le livre :

Titre : La traversée de l’été
Traduit de l’Anglais par Gabrielle ROLIN
Auteur : Truman Capote
Editions : Grasset et Fasquelle
ISBN 13 : 9782246703013
Prix : 12,90 euros

vendredi 21 novembre 2008

Je n'ai pas peur

« Arrivé dans la vallée, je suis resté quelques minutes à reprendre mon souffle, affalé contre un tronc. Puis je suis passé d’un arbre à l’autre, comme une ombre sioux. Les oreilles dressées vers toute voix ou bruit suspect. Mais je n’entendais que mon sang battre à mes tympans.»
Extrait du livre

LES JOIES DE L’ENFANCE…

Un été d’une chaleur excessive et sans égal à Acqua Traverse, petit hameau d’Italie cerné de collines. Elles se succèdent à perte de vue « …comme les vagues d’un océan doré. Jusqu’au bout de l’horizon, du blé, du ciel, des grillons, du soleil et de la chaleur. »
Le jour, les adultes restent confinés dans les maisons, les volets clos jusqu’au soir et la venue d’une pointe de fraîcheur même infime.

Seuls les enfants sont assez téméraires pour sortir dans la campagne malgré le soleil de plomb et la chaleur étouffante. Les gamins ont toujours besoin d’occupations pour passer le temps et éviter l’ennui même si cela doit passer par des bêtises en tout genre.

Michele, Maria, Rackman, Salvatore, Barbara et Remo sont de ceux-là.
Et puis, qu’y a-t-il à faire dans un hameau perdu entre ciel et terre ? Un hameau de quatre maisons dispersées parmi les champs de blé, une route à perte de vue et les collines pour paysage. « Quatre maisons en tout. Quatre malheureuses maisons en pierre et en mortier, au toit en tuiles et aux petites fenêtres… Deux d’un côté, deux de l’autre. Et une rue en terre battue et défoncée, au centre. Il n’y avait pas une place, pas de ruelles. »

Ces enfants font les quatre-cent coups. Tout est source à rigoler ou à faire le malin.
Sur le flanc arrière d’une colline, les gamins en recherche d’occupation découvre une maison abandonnée, effondrée en plusieurs endroits. Elle sentait bien l’abandon.

Sur l’ordre de Rackam, après un gage, Michele explore la maison délabrée. Escalade ce qui peut l’être, jouant au magicien sur les poutres rongées, espérant de tout son cœur qu’elles ne lâchent pas sous son poids. Ses camarades l’attendent à l’entrée de la maison.
Michele continue son exploration jusqu’au moment où il tombe côté jardin. Une chute lourde. La chance a souhaité qu’il ne se blesse pas, bien qu’il croit un instant s’être rompu les os. Il découvre qu’il est tombé sur une plaque de taule recouverte de feuillages, ce qui a permis d’amortir sa chute. Il pousse sa curiosité à explorer ce qui se trouve sous cette plaque.

Parfois la curiosité nous apporte plus que de la surprise !

Sous la plaque de taule, Michele découvre un trou profond, mais il ne parvient pas à distinguer ce qui se trouve au fond. Tout est noir. Soudain, il s’aperçoit que ce qu’il discerne ne peut-être qu’une jambe. Une jambe ! Ce qui provoque chez lui un mouvement de recul et de terreur. « Je me suis assis, j’ai fermé les yeux, appuyé mon front sur la main, respiré. J’avais envie de m’enfuir, de courir vers les autres. Mais je ne pouvais pas. Je devais d’abord regarder une autre fois. » Le regard s’habituant à l’obscurité, il réalisa que ce qu’il voyait là, en bas, était un corps. Un corps d’enfant.

D’où pouvait-il bien venir ? Que faisait-il ici ? Et pourquoi était-il enfermé dans le noir, caché, à moitié nu ? Lorsque Michele entendit les autres l’appeler, il décréta qu’il ne leur dirait rien sur sa découverte. Il replaça la plaque de taule et la camoufla avec les feuilles et la terre comme il l’avait découverte. Il rejoignit les autres. Tous regagnèrent le chemin du retour.

Mais Michele se posait beaucoup de questions. Ce qu’il avait vu l’envahissait. Et si cet enfant était mort ! Il fallait qu’il en ai le cœur net. Il retournerait là-bas, à la maison délabrée, derrière la colline, seul. Son père, routier, était rentré à la maison durant son escapade mais la vraie joie des retrouvailles n’y était pas. Michele était à présent trop absorbé et perturbé par sa découverte.

Et la réalité amène de grandes désillusions !

Durant des jours, Michele se rend auprès de l’enfant, le soigne, l’alimente mais ne sait pas quoi faire pour le sortir de là. Il se prend d’amitié pour ce petit de son âge, prisonnier. Il a peur qu’on apprenne ce qu’il sait. Il prend des risques et descend dans le trou avec parfois l’angoisse au ventre de le trouver mort. Mais, cela ne l’effraie pas. Il se dit : « Les chats et les chiens morts ne m’avait jamais impressionné. Le poil cache la mort ». Et puis, « Les morts ne font rien, je me suis dis, j’ai fait le signe de croix et je suis descendu ».

Jour après jour Michele feinte son petit monde pour continuer à rendre visite au garçon. Il lui parle, le soigne, l’abreuve puis le lave.

Jusqu’au jour où il apprend par les informations télévisées que c’est un enfant kidnappé qui se trouve dans le trou. De découverte en découverte, il réalise que les kidnappeurs ne sont autre que son père et ses amis. Lorsque Felice, un ami de son père, le surprend avec le garçon, c’est une catastrophe qui s’abat sur Michele.
Son père lui fait jurer de ne rien dire à personne. Sinon, ils le tueront. Michele jure.

Neuf ans, est-ce un âge pour faire jurer un enfant de garder le silence sur une telle situation ?
Michele jure de peur. Peur que les autres le supprime, le garçon et lui. C’est ce que son père lui a dit. Il jure aussi par amour. L’amour et la peur font bon ménage parfois.

Michele s’entête. Le garçon a besoin d’aide et il sait que lui seul peut encore le sauver. Il va tout tenter. Le tout pour le tout et tant pis pour la promesse faite à son père. L’amour peut parfois être plus fort que la peur. Et dans ce cas, il sait que tout peut être possible !

Dans ce roman on y trouve tous les sentiments. De l’innocence de l’enfance à la monstruosité de certains adultes. De l’amour à la colère. De la douceur à la brutalité. Bref, toutes les émotions sont réunies pour nous faire vibrer tout au long des pages.
Style facile et limpide pour ce bon thriller qui garde le lecteur en haleine jusqu’au bout.


Marie BARRILLON

Informations sur le livre :

Titre : Je n’ai pas peur
(Traduit de l’italien par Myriem Bouzaher)
Auteur : Niccolò Ammaniti
Editions : Grasset & Fasquelle
ISBN 13 : 9782246628514
Prix : 19,80 euros
Editions : Le Livre de Poche
ISBN 13 : 9782253072713
Prix : 5,50 euros



lundi 20 octobre 2008

L’envol de Sarah


« Malheureusement, au sortire de l’enfance, quand l’adolescence vous pousse à devenir adulte, il arrive que nos illusions et notre innocence meurent. Le rêve et le sublime sont souvent maltraités par la réalité. C’est comme un entonnoir qui, lorsqu’on y tombe, offre un passage de plus en plus difficile et à travers lequel pourtant il faut se frayer un chemin avant de trouver sa place. »
Extrait du livre

TRISTE ENVOL…

 Sarah est une enfant qui aime la vie. Studieuse et se contentant du bonheur de vivre. Appréciant les petites choses qui embellissent son univers. Sa famille, ses amis, tout à son importance dans son bonheur, son équilibre s’y trouve.

Lorsque ses parents décident de déménager sur Bordeaux, par besoin professionnel, Sarah perd pieds, ne trouvant plus aucun goût à la vie. Elle refuse d’abord de quitter cette Bretagne qu’elle aime tant, puis s’y soumet doucement à force de discussions avec ses parents.

« Nous vivons dans une société de consommation qui ne nous facilite pas la vie. Il nous faut toujours négocier avec nos enfants. »

Sarah tente de mettre fin à ses jours à plusieurs reprises. Après chacune d’elle, elle se sent un peu mieux. C’est ce que croit son entourage. Puis, de longues lettres déchirantes comme autant d’appels au secours succèdent aux tentatives de suicide. Deux pas en avant pour trois pas en arrière, Sarah ne parvient pas à sortir de cette dépression.

Les raisons de mourir sont-elles les mêmes que celles de vivre ?

Sarah se noie petit à petit au fin fond d’une dépression qui ne la quitte plus et dont elle ne parvient pas à s’extraire. Tous, autour d’elle, s’unissent pour l’aider. Tous mettent à sa portée tous les moyens et les meilleurs spécialistes pour la sortir de ce carcan qu’est la dépression lorsqu’elle vous enveloppe trop serrée.

« L’envol de Sarah » est un témoignage poignant et criant de vérité sur un état que nous ne regardons pas d’assez près. Pourtant son existence est de plus en plus présente dans notre société actuelle. Malgré notre assiduité de parent, nous ne parvenons pas à déceler, ni à comprendre ce qui se passe sous nos yeux. Et lorsque les spécialistes n’y parviennent pas non plus, c’est que le mal est bien caché. Trop bien caché.

« Parent, nous sommes toujours inquiets pour nos progénitures. C’est une anxiété presque sans répit. Même quand tout va bien, nous avons des raisons de nous inquiéter : la vie est si fragile. »

Quel est ce mal qui ronge nos enfants ?

Au point de ne pouvoir en parler, s’extérioriser, s’alléger et qui trop souvent les poussent vers la fin du chemin avant même d’en avoir exploré tous les sentiers. Pourquoi choisir la fin avant même de se donner le temps d’explorer certaines beautés et merveilles que porte la vie ?

Nous n’avons parfois pas le temps de leur apprendre ces merveilles-là. Les dîners de familles, les voyages au bout du monde. Le bonheur de respirer les bonnes odeurs de nos plaines et celles de l’amour. Le plaisir de ressentir cette poussée amoureuse d’une main tendre, d’un baiser, d’une rencontre.

Sarah a basculé comme beaucoup d’adolescents. Elle a seize ans lorsqu’elle saute du pont d’Aquitaine.

Ce livre, outre le témoignage, est le cri d’une mère dans une société aveugle.

- Un livre pour tous, bien que les femmes seront peut-être plus sensibles au sujet.
- Ecrit dans un style simple et limpide où la lecture se fait sans difficulté.
- A l’heure d’aujourd’hui où nombre d’adolescents mettent fin à leurs jours, ce témoignage a un intérêt qu’il ne faut pas négliger.
- La logique de la vie n’est pas celle-ci pourtant c’en est bien une réalité dans notre société lorsque l’on sait que «En France, aujourd'hui, une adolescente sur huit fait une tentative de suicide. Chaque jour en moyenne, deux jeunes de 15 à 24 ans réussissent à mettre fin à leur vie. »
- Un témoignage qui donne des frissons rien qu’à imaginer que ce pourrait être notre enfant.

Marie BARRILLON

Informations sur le livre :

Titre : L’envol de Sarah
Auteur : Agnès Favre
Editions : Max Milo
ISBN 13 : 978-2-353-41003-3
Prix : 17,90 euros

mardi 30 septembre 2008

Le dernier cri du chat

« Une barque éclairée par une lampe tempête sortait du port, poussée à la gaffe par un personnage immense qu’une cape noire rendait aussi aérien qu’un ange des ténèbres. Sur le pont transformé en catafalque, un corps reposait. Annie, le souffle court, s’adossa au pignon de la maison et observa en proie à une terreur grandissante. Lorsque le visage du batelier, semblable à celui de la mort, tourna vers elle son regard caverneux c’est son mari qu’elle sembla voir. »
Extrait du livre

LE VISAGE DE CHARLES EMISSE N'ETAIT CELUI D'UN HOMME QUE POUR LA PARTIE DROITE.


Issu d’une famille de modestes ostréiculteurs, Charles Emisse hérite de sa tante d’une fortune colossale dont il n’a que faire.

Né dans des conditions embarrassantes et difficiles, et détenteur d’un passé chaotique, douloureux, il passe pour un être violent au comportement étrange. Il est considéré comme un être nanti de débilité mentale pour les habitants du village depuis toujours.

Charles Emisse nous emmène dans les bas-fonds de l’étrange dans un suspense bien ficelé.
L’esprit torturé par son amour pour Morgane, l’emporte dans une descente aux enfers ahurissante. Engoncé dans la déraison en tenant la main à la folie, il nous conduit dans des méandres insoupçonnables.

Des personnages captivants se débattent sur fond de régates dans les décors incroyablement magnifiques du bassin d'Arcachon. Planté entre mer et collines, on n’imagine pas le bassin baigné dans la folie. Charles avait disparu de la région durant plusieurs années. Il réapparaît soudain sans avoir oublié le passé, « le sort n’aime pas les trous de mémoire ».
Alex, jeune pompier et amant de Morgan, est hanté par le retour de Charles dont il a déjà subi les coups et la folie.

Le mystère qui uni les personnages se découvre peu à peu, allié à la folie qui s'en dégage. L’auteur nous emmène vers une fin qui peut surprendre, mais tout en étant étonnamment inattendue. Loin de ce qu’on imagine au fil des pages, elle demeure cependant excellente.

L’histoire est rondement menée. L’intrigue se poursuit tout au long de livre. Le suspense tient l’esprit en éveil sans aucune difficulté.

Laissez-vous emporter dans cette spirale et surprendre par le style de l’auteur.

«… Le gondolier gardait ses réflexions pour lui. La mémoire lui était revenue et c’était jubilatoire pour lui d’enlever à son vieux rival, une si jolie femme. Il ne dit pas un mot afin de plaire à son père dont l’âme hantait les cygnes sauvages… »

Charles, ses divagations, sa folie et son adoration pour Morgan. Morgan, sa beauté et son désir d’Alex. Alex, son bateau et sa passion pour Morgan.
Jusqu’où mène l’adoration ? Vers quels actes poussent la jalousie ?

Ici, jusqu’à la déraison et la folie !

Un livre pour tous mais plus particulièrement pour les lecteurs amoureux d’intrigues. De belles descriptions du bassin d’Arcachon et de ses alentours nous apportent un visuel agréable.

Un bon suspense suivi d’une chute inattendue qui donne au roman tout son intérêt.
Un style propre, de belles tournures. Un assemblage qui apporte d’agréables phrases tout au long du roman.

Marie BARRILLON

Informations sur le livre :

Titre : Le dernier cri du chat
Auteur : Christian Chaillet
Editions : Le Manuscrit
ISBN : 9782748144161
Prix : 14,90 euros